Médaille Newbery

Après avoir lu « Hier tu comprendras » de Rebecca Stead, j’ai découvert que ce livre avait remporté en 2010 la Médaille Newbery (Newbery Medal en anglais). Comme je suis toujours à la recherche de titres de livres à découvrir, je me suis dit que ce serait une bonne idée de faire un point sur quelques prix comme celui-ci (je pense notamment au Prix Carnegie dont j’avais parlé dans mon article concernant « Cher inconnu » de Berlie Doherty ou au Booktrust Teenage Prize remporté en 2008 par « La voix du couteau » de Patrick Ness).

Aujourd’hui donc, la Médaille Newbery. Ce prix a été créé en 1922 et est organisé par l’Association for Library Service to Children, qui appartient elle-même à l’American Library Association. Il récompense chaque année l’auteur ayant, selon le jury, le mieux contribué à la littérature jeunesse américaine. Son nom fait référence à l’éditeur britannique John Newbery, qui fut l’un des premiers à rendre « rentable » la littérature jeunesse (Source : Wikipedia).

Je vous mets donc ci-dessous la liste des livres ayant remporté ce prestigieux prix au fil des ans. J’ai essayé pour chaque livre d’indiquer son titre en version française (lorsqu’elle existe), et de mettre le lien vers la fiche Bibliomania correspondante si celle-ci a été créée…

Les enfants du marais – Georges Montforez

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution originale : 1958

296 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Résumé :

Ragris et Pignolle sont les derniers habitants du marais. Alors que Pignolle, affligé d’une femme revêche et de trois enfants, cherche dans le vin rouge le souvenir de sa première femme, Ragris, secret et généreux, vit seul et voue un amour chaste et méconnu à Marie. Tane, le conducteur du train local, Amédée, rêveur et oisif, Pépé, ancien du marais devenu un riche industriel, complètent l’équipe.

Ce livre est un livre heureux. Il parle d’amitié et de liberté et raconte les joies, les bonheurs, les attentes des enfants du marais.

Mon avis :

J’ai découvert ce roman à travers son adaptation, que j’avais appréciée il y a quelques années. Même si cela ne m’arrive pas couramment de lire un livre après en avoir vu l’adaptation, le bon souvenir que je gardais de ce film m’a donné envie de me replonger dans l’univers de ces marais…

Comme le résumé l’explique très bien, nous suivons donc dans ce roman Ragris, personnage discret et peu loquace, Pignolle, bon buveur et peu responsable, et toute la troupe de personnages gravitant autour de ces deux amis. Leur vie au marais est rythmée par de petits boulots de cueillette, de pêche ou de jardinage, qui leur permettent de voir venir les mois suivants de manière peu régulière. Ragris soutient Pignolle, rattrape ses nombreuses erreurs et s’occupe en partie de la famille de celui-ci.

La relation qui lie ces deux personnages est une profonde amitié, même si la dépendance de Pignolle vis-à-vis de Ragris a souvent pu m’énerver au cours de ma lecture. Pignolle boit trop, est peu prévoyant, se plaint souvent et dépense son argent sans réfléchir, ce qui oblige souvent son ami à se sacrifier pour lui. Seulement voilà, un lien profond unit tout de même ces deux êtres un peu paumés.

Ce roman est avant tout une ode à la vie auprès de la nature, à la pêche et à la cueillette, aux soirées et repas entre amis… Les incursions des deux personnages principaux dans la ville sont d’ailleurs souvent à l’origine de situations improbables, que ce soit pour y rencontrer leurs amis Amédée et Pépé, pour y rencontrer la jolie Marie ou pour y vendre au marché leurs prises et récoltes de la matinée.

J’ai particulièrement aimé le personnage de Pépé, ancien du marais devenu riche, perdu dans une vie bourgeoise et au sein d’une famille qu’il ne supporte plus. Ses tentatives pour faire découvrir le marais à son petit-fils sont touchantes, et le symbole d’une période perdue qui ne reviendra sans doute pas… Amédée, ancien riche oisif aujourd’hui ruiné, est également émouvant. Il connait tous les livres de sa bibliothèque par cœur, mais ne connaît au final que très peu de la vie…

« Ce sont précisément ceux qui mènent une vie monotone qui tiennent un journal, parce qu’ils en ont le temps, parce qu’ils veulent se persuader, avec le recul, que leur existence a tout de même été bien remplie – remplie de vent. »

Dans ce roman, le marais est lui aussi un personnage à part entière, plein de mystères et riche d’une nature toujours présente dans la vie quotidienne des personnages. Mais ce roman parle surtout de liberté, et de cette vie que les personnages ont choisie, libre mais incertaine.

« Le gars du marais, c’est celui qui vit de l’air et du temps. Il ne touche pas le chômage. Il vend du muguet, du poisson, des grenouilles, selon la saison. Et quand il n’a rien à vendre, il ne vend rien et il vit tout de même. Les bourgeois n’aiment pas cela, Pignolle. Ils pensent que ce n’est pas régulier. »

Adaptation :

Comme je vous l’ai dit, ce beau roman a fait l’objet en 1999 d’une adaptation par Jean Becker, à qui l’on doit également « Elisa », « Effroyables jardins », « Dialogue avec mon jardinier » ou encore plus récemment « La tête en friche ». Ce film a la chance de bénéficier d’un superbe casting : Pignolle (rebaptisé pour l’occasion Pignol) est ainsi interprété par Jacques Villeret, Ragris (rebaptisé Garris) par Jacques Gamblin, Pépé la Reinette par Michel Serrault et Amédée par André Dussollier. On peut également noter la présence rapide d’Eric Cantona (chic chic) et d’Isabelle Carré dans le rôle de Marie.

Ce film m’avait beaucoup marquée étant plus jeune, je me souvenais particulièrement de certaines scènes autour du marais (la pêche à la grenouille) et d’une scène avec Michel Serrault qui m’avait beaucoup touchée (la scène où il neige, pour ceux qui connaissent…). J’avais en tête l’acteur en lisant le livre, ce qui explique en partie pourquoi j’ai tant aimé son personnage.

Mais revenons au film, que j’ai donc revu après avoir lu le livre. Pour tout dire, je trouve que l’adaptation de ce roman est très réussie. Je pense que Jean Becker est particulièrement doué pour peindre les personnages simples, « les petites gens », comme il l’a également très bien fait d’ailleurs dans « La tête en friche » avec le personnage joué par Gérard Depardieu. Sa vision du marais me plaît également. Je pense même qu’il a réussi à rendre le film plus prenant que le livre, sans doute avec la complicité des acteurs encore une fois…

Autour du livre :

  • Georges Montforez est un écrivain français né en 1921, romancier, nouvelliste, auteur d’ouvrages pour la jeunesse, scénarios de bandes dessinées et de nombreux contes pour enfants. Il existe assez peu d’informations le concernant, je peux donc juste vous indiquer qu’il est né en Cochinchine (actuel Viêt-Nam), de parents originaires de Roanne dans la Loire et qu’il a passé son enfance et sa jeunesse à Roanne. C’est d’ailleurs là qu’il a écrit son premier roman. Quatre autres de ses romans ont été publiés après « Les enfants du marais » : « La presqu’île Martin », « L’ombre d’un chêne », « Le pacte » et « La glaisière ».

Cette lecture rentre dans le cadre du Challenge « Regarde ce que tu lis » organisé par Nodrey.

Tom petit Tom tout petit homme Tom – Barbara Constantine

Éditeur : Le Livre de Poche

Collection : Littérature & Documents

Date de parution originale : 2010

224 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Tom a onze ans. Il vit dans un vieux mobile home avec Joss, sa mère (plutôt jeune : elle l’a eu à treize ans et demi). Comme Joss adore faire la fête et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va chaparder dans les potagers voisins… Mais comme il a peur de se faire prendre et d’être envoyé à la Ddass (sa mère lui a dit que ça pouvait arriver et qu’elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention. Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), allongée au milieu de ses choux, en larmes parce qu’elle n’arrive pas à se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom n’était pas passé par là…

Mon avis :

J’ai commencé ce livre car j’avais besoin d’une lecture facile et pleine de bons sentiments, le genre de lecture qui me repose et me rend toute guillerette… Et à ce niveau-là, le roman de Barbara Constantine tient largement ses promesses. On s’attache rapidement au personnage triplement éponyme de ce roman, courageux, intelligent et profondément gentil, qui tente de se faire aimer d’une maman pas tous les jours très tendre.

On sent beaucoup de non-dits dans leur relation, de la brutalité également de la part de Jo, qui est devenue maman avant même de devenir adulte. Mais en toile de fond, on ressent également l’amour et l’attachement qui les relient.

Dans ce roman, on suit donc Tom tout au long de ses journées, qu’il occupe essentiellement à trouver à manger pour le soir. Ceci l’amène à rencontrer un couple d’anglais s’essayant au jardinage, une vieille dame un peu perdue et un jeune employé des pompes funèbres au comportement pas toujours prévisible. J’ai particulièrement aimé tout ce qui touchait au couple anglais, à leur jardin potager et aux raisons qui les ont poussés à venir s’installer en France.

L’amitié entre Tom et la vieille dame est également très touchante. Tom décide de s’occuper d’elle et de la prendre sous son aile, comme il aimerait peut-être parfois le faire avec sa maman, sans que celle-ci ne lui en donne la possibilité. Le personnage de la mère est lui aussi peu à peu attachant, prenant de la hauteur au fur et à mesure du récit.

Petit point négatif, je n’ai par contre pas trop accroché au style de l’auteur, que j’ai trouvé un peu trop proche du langage parlé à mon goût. Malgré cela, j’ai été très touchée par l’histoire de ce roman et je pense retenter l’expérience Barbara Constantine très prochainement avec un autre de ses romans, A Mélie sans mélo sans doute.

Autour du livre :

  • Barbara Constantine est une écrivain française auteure de trois romans : Allumer le chat, A Mélie sans mélo et Tom petit Tom tout petit homme Tom. Elle a également été scripte pour le cinéma, notamment sur le film Les poupées russes de Cédric Klapisch.

Le goût des pépins de pomme – Katharina Hagena

Der Geschmack von Appelkernen

Éditeur : Anne Carrière

Date de parution originale : 2008

Date de parution française : 2010

268 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

A la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu’elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n’envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu’elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l’entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l’histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes. Katharina Hagena nous livre ici un grand roman sur le thème du souvenir et de l’oubli.

Mon avis :

Ce qui m’a d’abord attirée dans ce livre, je l’avoue, c’est sa couverture. Cette représentation d’une ancienne planche botanique représentant la pomme m’a tout de suite séduite. Petite déjà, j’aimais beaucoup observer ces vieilles planches, découvrant des coupes de tous ces fruits et légumes que je ne connaissais pas toujours… Cette couverture m’a donc rapidement rappelé l’enfance et la nostalgie qui l’entoure souvent. Je lui ai tout de suite trouvé un goût ancien et réconfortant, qui a perduré durant les premiers chapitres de ce roman.

Car dans ce roman il est beaucoup question de goût justement, du goût des pommes et de leurs pépins, des groseilles blanches qui ont un goût de larmes, des mûriers…, de leur parfum, de la sensation des aiguilles de pins sous les pieds nus… On déambule derrière Iris pendant qu’elle redécouvre le jardin et en même temps ses souvenirs, et on voudrait presque y être, passer les doigts dans les herbes aromatiques du potager, s’allonger sous ce pommier magique qui a été témoins de tant de choses… Jusqu’à ce que l’on comprenne qu’Iris n’a pas tourné le dos à ce paradis sans raisons. Car ce jardin est aussi rempli de secrets de familles, de drames remontant parfois à plusieurs générations et de souvenirs qui s’effritent…

« Le sol y était de couleur rouille, nappé d’une épaisse couche d’aiguilles de pin. Le pas, dès que l’on marchait dessus, se faisait élastique, silencieux, et l’on avançait, comme ensorcelé, jusqu’au moment où l’on débouchait de l’autre côté, sur le grand pré planté de fruitiers. » p.56

Ce roman m’a laissé un sentiment étrange. Je l’ai aimé c’est sûr, mais savoir pourquoi m’est plus difficile… J’ai aimé ces histoires de femmes s’étalant sur plusieurs générations, j’ai aimé la symbolique à la fois fertile et dramatique de cette maison et de ce jardin. J’ai aimé les tantes d’Iris, Inga si admirée et pourtant si seule, dont les doigts de fée produisent des étincelles, et que j’ai imaginée comme ces femmes des années folles, à la Louise Brooks. Harriet également, femme frêle mais pourtant si forte, que j’ai imaginée pour sa part comme Scarlett, la petite colocataire rousse de Hugh Grant dans « Quatre mariages et un enterrement ». Bref si vous pensez adapter ce roman, faites-moi signe, j’ai pleins d’idées…

Cela rejoint d’ailleurs ce que je disais précédemment sur l’aspect très « sensitif » de ce roman. Au cours des chapitres, tous mes sens ont tour à tour été stimulés, comme si j’étais moi-même Iris, Bertha, Mira ou Rosemarie. Plusieurs fois j’ai senti le goût des pommes (et des pépins) dans ma bouche.

Je conseille donc la lecture de ce roman, pas fortement mais quand même un petit peu, tant je me demande si je ne suis pas la seule à avoir ressenti cela à la lecture. Allez, si, lisez-le, en particulier si vous aimez les histoire de femmes, les secrets de famille, les jardins, les fleurs, les fruits, les confitures, les écluses, les robes en tulle et à paillettes cachées au fond des placards, les vieux escaliers qui craquent et les vélos qui couinent… Et puis les pommes surtout.

« Vous savez, les enfants, il y a trois choses que l’on peut contempler continuellement sans jamais s’en lasser. L’une de ces choses, c’est l’eau. L’autre, c’est le feu. Et la troisième, c’est le malheur des autres. » p.174

Autour du livre :

  • Katharina Hagena est née en 1967 à Karlsruhe en Allemagne. Elle a enseigné la littérature à Dublin puis à Hambourg. « Le goût des pépins de pomme », qui a été un best-seller en Allemagne, est son premier livre.

Illustration de couverture :

  • La planche botanique en couverture de mon édition a été réalisée par Friedrich Guimpel, un artiste et graveur spécialisé dans la réalisation de ce type de dessins didactiques.

Vous pouvez également consulter ici l’article que Soundandfury a consacré à ce roman il y a quelques mois.

La malédiction du cloporte – Christine Coustau & Olivier Hertel

Éditeur : Points

Collection : Série Sciences

Date de parution originale : 2008

187 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Pourquoi des bactéries changent-elle le sexe des cloportes ? Pourquoi ne faut-il jamais tuer les rats lors d’une épidémie de peste ? Pourquoi le paludisme a-t-il résisté jusqu’ici à toutes les méthodes de lutte ? Le parasitisme est un phénomène aussi vieux que l’évolution. Entre des hôtes multipliant les tactiques de défense et des parasites redoublant d’innovations jusqu’à changer d’identité génétique pour contourner ces défenses, la bataille n’est pas près de s’arrêter. Aucune espèce n’échappe au monde des parasites, pique-assiettes et autres profiteurs. Ils sont partout et prennent toutes les formes : vers, virus, bactéries, microbes, mollusques, crustacés, insectes et même oiseaux. Et chacun a ses petites ruses. Celui-ci jette ses hôtes dans la gueule de prédateurs pour mieux les coloniser, celui-là les bourre de toxines assassines quand tel autre s’occupe de régler tous les détails de leur vie sexuelle. De petites histoires savoureuses, où parasites et parasités s’affrontent clans une lutte dont l’enjeu est simple : survivre.

Mon avis :

Je suis tombée sur ce livre par hasard, car j’aime bien parfois traîner au rayon « Sciences » des librairies, où les livres de vulgarisation scientifique notamment me permettent de me remettre dans les domaines scientifiques que j’étudiais au lycée ou au début des mes études.

Comme vous l’avez donc compris, ce livre traite de toutes les formes de parasitisme possibles, qui sont  bien plus présentes sur la planète que je ne l’aurais cru. Ainsi, des milliers voire des millions de bactéries, de microbes, de virus, d’insectes, d’invertébrés, de poissons et d’oiseaux utilisent chaque jour ce système afin de survivre et d’assurer leur descendance. Ce qui est intéressant, c’est également de constater que parfois le parasitisme mène à la mort de l’espèce parasitée, mais que dans d’autres cas le parasite et la parasité cohabitent très bien ensemble, dans une sorte de relation donnant-donnant.

Puisqu’à mon humble avis, l’unique manière de convaincre quelqu’un de lire un tel livre est de susciter sa curiosité, voici pour vous les quelques exemples qui m’ont le plus intéressée :

  • Le coucou est une espèce d’oiseau qui a choisi le parasitisme pour survivre. Pas très motivée à élever seule ses rejetons, la femelle coucou a trouvé une méthode imparable pour contrer ce problème : leur trouver des parents adoptifs, sans que ceux-ci s’en rendent compte, qui plus est. En effet, les femelles de cette espèce pondent leur œuf dans le nid d’une autre espèce, qui ne se doute a priori de rien. Lorsque l’oisillon naît, il va alors jeter par-dessus bord les autres œufs non éclos du nid (ceux du couple d’oiseaux parasité donc), devenant l’unique oiseau de la couvée. Il sera ainsi élevé par ses parents adoptifs, pendant que sa mère biologique continuera de parasiter d’autres nids.
  • La douve du foie, Dicrocoelium dentriticum de son petit nom, est un ver qui est contraint pour survivre de suivre un cycle assez complexe, puisqu’il doit passer successivement dans le corps d’un escargot, d’une fourmi et d’un mouton. Les choses se compliquent lors du passage de la fourmi au mouton, car celui-ci est végétarien et la fourmi ne fait pas partie de son régime alimentaire. Le Dicrocoelium dentriticum va donc prendre le contrôle du cerveau de la fourmi et ainsi la forcer à se faire manger par le mouton. L’insecte « manipulé »  s’installe donc au sommet d’un brin d’herbe, et persiste dans son attitude suicidaire jusqu’à ce qu’un mouton passe par là et le mange par mégarde. Le parasite se retrouve ainsi dans le corps du mouton, où il pourra enfin de reproduire et perpétuer son espèce.
  • Le Botox, produit connu notamment pour permettre à certaines personnes d’avoir un visage figé (mais sans rides) pendant quelques semaines, est désigné dans le monde des parasites sous le terme d’acide botulinique, qui n’est rien de moins que le poison le plus violent pour l’espèce humaine. Il est synthétisé par la bactérie Clostridium botulinum, qui est l’agent responsable du botulisme, maladie grave menant à la paralysie et qui a fait des ravages en Europe entre le 18ème et le 19ème siècle. Lorsque des médecins utilisent du Botox afin d’estomper les rides de leurs patient(e)s, ils n’injectent le produit paralysant que dans les muscles responsables de la formation des rides, qui sont donc bloqués. S’ils visent mal, le Botox pourra être injecté par erreur dans un muscle proche, ce qui pourra provoquer un affaissement de la paupière par exemple. Rassurez-vous, l’effet s’estompe heureusement en quelques semaines…
  • Le lapin, espèce aujourd’hui bien connue de nos régions, était jusqu’en 1859 absent des terres australiennes. Mais c’était sans compter sur le colon britannique Thomas Austin, qui libère un jour 24 lapins dans sa propriété, afin de s’entraîner au tir. Au bout de dix ans, les lapins se sont reproduits et répandus dans le pays, atteignant une population de 10 milliards d’individus en 1926. Même en éliminant 80% de la population à coups de pièges et de tirs au lapin, les 20% restants parviennent toujours à se reproduire et à reconstituer leur communauté. C’est alors que les spécialistes s’intéressent au virus de la myxomatose afin d’éradiquer le mammifère. Après quelques décennies durant lesquelles les Australiens préfèrent bien étudier le problème afin d’éviter une épidémie dangereuse au sein de l’île, le virus  s’échappe accidentellement en 1951, tuant 99,8% de la population de lapins de l’île. Ce qui aurait pu être une bonne nouvelle révèle uniquement les limites et les dangers des parasites, puisque les 0,2% des lapins restants, les plus résistants au virus donc, parviennent à se multiplier et à transmettre peu à peu leur immunité face au virus à leurs descendants. Au final, au cours d’une troisième épidémie, seulement 30 à 40% de la population de lapins sera décimée…

Si ces quelques exemples vous ont intéressés, sachez que ce court livre regorge d’autres anecdotes plus intéressantes les unes que les autres sur d’autres formes de parasitisme. Celles-ci vont des plus graves en termes de santé publique, comme l’anthrax, le paludisme (maladie causée par un parasite transmis à l’homme par l’anophèle, une espèce de moustique, et qui tue chaque année entre 1 et 3 millions de personnes dans le monde), la mouche tsé-tsé, les salmonelles ou encore les tiques, à celles présentes dans la nature comme la Wolbachia, qui parasite coccinelles et  cloportes ou encore la sacculine, crustacé parasite qui castre et féminise son hôte afin d’assurer sa survie…

Ce livre propose également en introduction une réflexion sur la vulgarisation scientifique et le langage technique ou non qu’elle nécessite. Ainsi, parler comme je l’ai fait parfois dans cet article d’un virus qui choisit, décide ou pense gêne parfois les spécialistes, puisqu’on ne considère pas actuellement que ces espèces soient conscientes de ce qu’elles font, mais plutôt que leur comportement résulte de leur évolution…

J’ai trouvé ce livre très intéressant, car il est accessible et qu’il propose souvent une approche historique  du sujet à l’origine plutôt technique, notamment lorsqu’il mentionne les différentes épidémies qui ont touché les hommes au cours du temps. D’autre part, même si de nombreux sujets graves comme les pandémies sont étudiés, les autres formes de parasitisme sont plutôt traitées sur le ton de l’humour, ce qui rend la lecture plus facile et agréable. « La malédiction du cloporte » est donc un livre que je conseille aux personnes curieuses, intéressées ou non par le sujet, et qui souhaiteraient agrémenter leurs discussions dans les repas de famille de quelques anecdotes intéressantes…

Les chemins de la liberté – Peter Weir

Bande-annonce

Date de sortie : 26 janvier 2011

Réalisateur : Peter Weir

Scénaristes : Peter Weir, Keith Clarke, d’après l’oeuvre de Slavomir Rawicz, « A marche forcée »

Acteurs : Jim Sturgess, Ed Harris, Saoirse Ronan, Colin Farrell, Mark Strong, Gustaf Skarsgard, Alexandru Potocean, Sebastian Urzendowsky…

Résumé :

En 1940, une petite troupe de prisonniers décide de s’évader d’un camp de travail sibérien. Pour ces hommes venus de tous les horizons, s’échapper de cet enfer ne sera que le début de l’aventure… Ensemble, ils vont parcourir plus de 10.000 kilomètres, à travers la toundra sibérienne glacée, traversant les plaines de Mongolie, les fournaises du désert de Gobi puis les sommets de l’Himalaya pour franchir la Grande Muraille de Chine. Certains s’arrêteront en chemin, d’autres ne survivront pas aux épreuves. L’Inde – alors sous contrôle anglais – est le but ultime. Mais la route est longue, les rencontres risquées, les conditions physiques épouvantables, et chacun a ses secrets…

(Source : Allociné)

Mon avis :

Cela fait déjà quelques mois que j’attendais la sortie de ce film, tant on m’avait parlé avec passion du livre dont il est adapté, « A marche forcée » de Slavomir Rawicz, paru aux éditions Phébus (une mine d’or en ce qui concerne les récits de voyage…). J’avais eu un peu peur tout de même en constatant la présence au casting de Colin Farrell, ce qui me faisait craindre une adaptation un peu trop américaine du roman. Finalement, je trouve que ce n’est pas du tout le cas, et ce film a même vraiment été pour moi un un coup de cœur !

Comme d’habitude, je vais commencer par les acteurs de ce film… J’ai beaucoup aimé le personnage joué par Jim Sturgess, acteur que j’avais déjà repéré dans « Across the universe » de Julie Taymor (sorte de comédie musicale dans l’Amérique des années 70 et basée sur les chansons des Beatles…) et « Deux sœurs pour un roi » de Justin Chadwick. Vous pouvez d’ailleurs voir ici l’extrait d’« Across the universe » dans lequel il chante une reprise des Beatles, « I’ve just seen a face » et que j’écoute régulièrement en boucle… Pour en revenir à lui, j’ai beaucoup aimé son rôle de jeune Polonais trahi par sa femme, qui l’a dénoncé aux autorités soviétiques et donc involontairement condamné au goulag, et qui va de fil en aiguille mener une bande de prisonniers à s’évader de ce camp perdu en pleine Sibérie.

Dès les premiers jours de cette fuite, il devient sans forcément le vouloir le leader de ce groupe hétérogène composé d’un Américain (Ed Harris), d’un criminel (Colin Farrell), d’un artiste, d’un prêtre (Gustaf Skarsgard), d’un jeune aveugle et par la suite d’une jeune fille en fuite elle aussi (Saoirse Ronan)… Ed Harris est également très bon dans son rôle d’Américain émigré en URSS suite à la crise économique de 1929 et au triste passé. L’arrivée de Saoirse Ronan dans cet univers masculin est également une bouffée d’air frais. Ses yeux bleus tranchent dans les paysages désertiques brûlants et attirent le regard sur son visage enfantin. D’abord vue comme une bouche supplémentaire à nourrir par les anciens prisonniers du goulag, elle devient peu à peu la femme-enfant à protéger et à laquelle on se confie…

Le film doit l’essentiel de son charme au périple héroïque effectué par les personnages. A l’origine emprisonnés dans un goulag en Sibérie, ils décident de s’en échapper plutôt que d’y mourir. Au total, ils parcourent  plus de 10.000 kilomètres, subissant la famine, la soif et la misère, des -50°C  de l’hiver sibérien aux chaleurs extrêmes du désert de Gobi. Peu à peu, les personnages ressortent de cette épreuve transformés. L’entraide, la bonté, l’amitié, le pardon et la confiance deviennent peu à peu les valeurs dictant leurs actions.

Comme son nom l’indique très bien, ce film parle surtout de liberté. Janusz, le personnage principal joué par Jim Sturgess, l’exprime très bien à travers cette phrase qui montre sa perpétuelle persévérance : « Tous ne survivront pas, mais ils mourront libres ». A travers leur périple, ils marchent seuls dans les forêts sibériennes, sur les rives du lac Baïkal, dans les plaines de Mongolie, le désert de Gobi ou encore à travers l’Himalaya. Ils semblent libres dans ces paysages à la fois magnifiques et dangereux, mais ils ne le sauront que lorsqu’ils seront sortis de ce bloc soviétique qui les a condamnés. La beauté des paysages est à couper le souffle, la présence de la société « National Geographic Films » à la production y étant sans doute pour beaucoup.

Voici donc un film que je conseille à tout le monde, particulièrement à ceux qui sont séduits par les paysages magnifiques traversés. Le réalisateur a parfaitement réussi à rendre compte de l’exploit réalisé par ces évadés, sans tomber dans le sensationnel ou le romanesque. Je pense également que le roman dont il est adapté est à lire, ce que je ferai sans doute de mon côté assez rapidement…

 

Autour du film :

  • Ce film est donc une adaptation du roman de Slawomir Rawicz, « A marche forcée », publié en 1956 et vendu à plus de 500.000 exemplaires, qui se serait inspiré de compatriotes ayant réalisé ce défi.
  • Ed Harris s’est pour son rôle inspiré du livre « Les abandonnés », écrit par Tim Tzouliadis en 2008 et qui traite de ces nombreux américains installés en Europe afin de fuir la crise de 1929, envoyés dans les goulags par les autorités soviétiques et souvent oubliés par leur pays d’origine.
  • Les comédiens ont été formés à la survie en milieu hostile par Cyril Delafosse-Guiramand, aventurier et conseiller technique sur le film, qui a lui-même effectué le trajet réalisé par ces évadés du goulag, de Magadan en extrême-orient russe à Calcutta en Inde.
  • Peter Weir n’avait pas réalisé de nouveau film depuis « Master and Commander » en 2003, dans lequel on pouvait suivre les aventures et découvertes du vaisseau du capitaine de la Marine Royale Britannique Jack Aubrey, interprété par Russel Crowe. Avant, il avait entre autres réalisé « The Truman Show » en 1998, « Le cercle des poètes disparus » sorti en 1990, ainsi que le film « Witness » en 1985.

Arrietty le petit monde des chapardeurs – Hiromasa Yonebayashi

Bande-annonce

Résumé Allociné :

Dans la banlieue de Tokyo, sous le plancher d’une vieille maison perdue au cœur d’un immense jardin, la minuscule Arrietty vit en secret avec sa famille. Ce sont des Chapardeurs. Arrietty connaît les règles : on n’emprunte que ce dont on a besoin, en tellement petite quantité que les habitants de la maison ne s’en aperçoivent pas. Plus important encore, on se méfie du chat, des rats, et interdiction absolue d’être vus par les humains sous peine d’être obligés de déménager et de perdre cet univers miniature fascinant fait d’objets détournés. Arrietty sait tout cela. Pourtant, lorsqu’un jeune garçon, Sho, arrive à la maison pour se reposer avant une grave opération, elle sent que tout sera différent. Entre la jeune fille et celui qu’elle voit comme un géant, commencent une aventure et une amitié que personne ne pourra oublier…

Mon avis :

A chaque sortie d’un film du studio Ghibli, je me fais un plaisir d’aller voir au cinéma comment, cette fois encore, ils parviendront à m’enchanter. Les films de Miyazaki, Takahata et des autres réalisateurs de ce studio font partie des rares films que je peux revoir régulièrement sans m’en lasser. Je découvre à chaque fois des détails oubliés et je suis toujours totalement enchantée par les personnages, les musiques, les décors, les inventions toutes plus originales les unes que les autres, les animaux imaginaires, les robots ou encore les villes qui y sont créés. Je pense écrire un de ces jours un article sur le studio, mais pour aujourd’hui je vais me contenter du dernier en date, « Arrietty le petit monde des chapardeurs », pour lequel Hayao Miyazaki est à la fois producteur et scénariste.

Les premières scènes du film, durant lesquelles Sho est assis dans la voiture de sa tante, m’ont d’abord fait penser à celles du « Voyage de Chihiro », autre film Ghibli, lorsque Chihiro et ses parents sont dans leur voiture (comme ici, ici et ici), en route vers leur nouvelle maison. Ensuite, quand Sho arrive dans le jardin de la maison, je me suis retrouvée dans « Mon voisin Totoro », notamment lors des scènes où Mey et Satsuki jouent dans le jardin (comme ici). C’était donc un bon début.

La découverte du monde des chapardeurs est magique… Ces êtres minuscules vivent en effet dans le sous-sol de la maison, et se sont créés un foyer à partir de tout ce qu’ils ont pu récupérer chez les humains (un pot de fleur fait office de cheminée, une écorce de citron devient un abat-jour et les dés à coudre remplacent les vases).

J’ai aimé les scènes de chapardages nocturnes dans la maison. L’utilisation des éléments de construction lors de leurs déplacements m’a fait sourire. La relation entre Arrietty et son père lors de ces escapades m’a beaucoup touchée, il lui fait confiance en espérant qu’un jour, elle saura se débrouiller seule. Les différentes rencontres entre Sho et Arrietty sont également très belles, surtout celles se déroulant dans le jardin parmi les fleurs. Les décors sont alors superbes, la lumière passant à travers les branches d’arbre ou encore la transparence des pétales de fleurs ont notamment retenu mon attention.

Malgré ces superbes décors et ces personnages attachants, j’ai quand même été déçue par l’absence d’une réelle intrigue au cours du film. J’ai été habituée à mieux de la part du studio Ghibli. De même, selon moi, les dialogues ne sont pas aussi travaillés que d’habitude… J’ai trouvé que certains passages, notamment celui tentant de transmettre un semblant de message écologique, étaient bancals et ne prenaient pas…

Cependant, le film est à voir. Même si pour ma part, je trouve qu’il n’est pas à la hauteur des autres films du studio, il vaut le coup. Ne serait-ce que pour la musique… Oui, je ne vous en parle qu’ici, car je voulais finir cette critique sur une note positive ! Composée par une harpiste celtique d’origine bretonne du nom de Cécile Corbel, la première artiste non japonaise à participer à la bande-son d’un film du studio, je l’ai trouvée tout simplement magnifique. Elle se compose de morceaux à la harpe celtique et à la guitare, à l’ambiance à la fois folk et celtique. La musique s’intègre cependant parfaitement dans l’univers japonais du film. Vous pouvez voir ici une vidéo du thème principal de la BO, « Arrietty’s song ».

Autour du film :

  • « Arrietty le petit monde des chapardeurs » s’inspire du roman jeunesse de Mary Norton, « Les Chapardeurs », « The Borrowers » en version originale. La série animée « Les Minipouss », à laquelle on peut penser en voyant « Arrietty », était elle inspirée des romans « The Littles » de John Peterson.
  • Le film est pour Hayao Miyazaki totalement adapté au monde actuel, puisque selon lui « […] l’ère de la consommation de masse approche de sa fin. Nous sommes dans une très mauvaise situation économique et l’idée d’emprunter plutôt que d’acheter illustre parfaitement la direction générale que prennent les choses. »