Taille 42 – Malika Ferdjoukh & Charles Pollak

Éditeur :  L’École des Loisirs

Collection : Médium

Date de parution : 2007

264 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Septembre 1939. J’ai onze ans et je pars à la mer avec l’école. C’est grâce à la guerre qui vient d’éclater. Il paraît que nous, les enfants, nous serons plus à l’abri là-bas qu’à Paris.
Je suis flâneur, rêveur, timide, sentimental. J’aime les illustrés et le cinéma. Mandrake, Fu Manchu, Prince Vaillant, Gary Cooper, Clark Gable.
Je fais un bisou pressé à ma grande sœur. Je ne sais pas encore que je la vois pour la dernière fois.
L’an prochain, je dois passer mon certificat d’études. Je ne sais pas encore que ce petit diplôme va me sauver la vie.
Eugène, mon père, va chercher du travail là où il y en a, dans un village en Baie de Somme. Je ne sais pas encore que bientôt, nous allons tous le rejoindre, changer de vie, tromper la mort, grâce à son aiguille de tailleur qui va faire des miracles.
Je suis Juif, c’est devenu un secret, et je ne comprends pas pourquoi tant de gens ont l’air de trouver que c’est mal.

Cette histoire est vraie. Charles Pollak l’a vécue. Malika Ferdjoukh l’a écrite.

Mon avis :

Suite à ma très appréciée lecture de « Chaque soir à 11 heures« , je me suis replongée avec envie dans la bibliographie de Malika Ferdjoukh. J’ai ainsi décidé de lire (ou relire) une bonne partie de ses romans (vaste programme n’est-ce pas..). J’ai donc commencé par ce roman édité à L’École des Loisirs (comme la plupart des romans de l’auteur d’ailleurs), et dont je n’avais bizarrement pas beaucoup entendu parler jusque là.

« Taille 42 » nous raconte donc l’histoire de Charles Pollak, à travers les mots de Malika Ferdjoukh. Le style de cette dernière est d’ailleurs perceptible de temps à autre dans le récit, ce qui est toujours très agréable. J’ai notamment noté les interjections qui rythment le début du récit, ainsi que bien évidemment l’humour toujours présent en toile de fond…

A travers le point de vue du plus jeune fils de la famille, Charles, dit Charly, nous suivons donc le parcours des Pollak, originaires de Hongrie et installés à Paris depuis les années 20. Le père de Charles, Eugène dit Apou, est un tailleur spécialisé dans le gilet, et aidé dans son travail par ses filles et sa femme. Le tissu et la coupe des vêtements est d’ailleurs un thème qui revient souvent dans ce roman, comme un fil rouge : les ourlets, les plis, les doublures, les matières…, élément qui m’a beaucoup plu durant ma lecture.

« Tu vois, répète mon père avec ce vibrato admiratif dans la voix dont il n’use que pour parler de la fortune des Rothschild ou de la cuisine de ma mère. Tu vois pourquoi M. Rosenfeld, il nous dépasse tous ? Personne ne sait, comme lui, cacher les bords et les replis de la coupe ! C’est un artiste.  » p.15

La vie est parfois dure, et la guerre s’installe peu à peu dans les esprits comme quelque chose d’inévitable, mais ce récit reste tout de même en grande partie pour Charles celui de souvenirs joyeux et tendres, partagés entre l’école, le cinéma, la vie quotidienne à la maison, et les jeux avec son frère et ses amis.

Avec l’arrivée de la guerre, la vie devient cependant plus dure pour les Français, et plus particulièrement pour les personnes juives comme la famille Pollak. Les fils sont contraints de partir avec leur classe loin de Paris, où ils seront tous les deux plus en sécurité. Décidé à garder sa famille en vie coûte que coûte, Apou décide de son côté de partir en Baie de Somme, afin d’y faire ce pour quoi il est le plus doué, la taille de costumes, et ensuite pouvoir y installer toute sa famille.

Au final, il est assez difficile de parler de ce récit sans trop en dévoiler sur l’histoire de cette famille. J’ai aimé le fait que ce récit nous soit raconté du point de vue de Charles, qui du haut de ses 12 ans n’a pas toujours des préoccupations aussi sérieuses que les adultes de sa famille… Cela mène d’ailleurs régulièrement à des scènes assez comiques. Et c’est là encore un point qui m’a beaucoup touchée dans ce roman, car malgré la gravité et la tristesse des évènements qui se déroulent autour d’eux, la famille Pollak reste toujours unie, aimante et prête à tout pour survivre et protéger au maximum les enfants.

J’ai du mal à en dire plus sur ce roman, mais selon moi il propose une approche de la vie durant la Seconde Guerre Mondiale différente de ce que j’ai eu l’habitude de lire sur ce sujet. Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’être moi-même « protégée » des évènements extérieurs par les parents de Charles, comme eux-mêmes parviennent à protéger leurs enfants des privations et des atrocités de la guerre.

« Il avait parlé en hongrois. Il tira sur sa cigarette, fixant la pointe étincelante de ses bottes. Ma mère continua de remuer son bois, mon père de repasser sa doublure, André de jouer avec Moska, Madeleine de coudre son ourlet, moi de caresser Frimousse. […] Le bois brûlait, le fer repassait, l’ourlet se cousait, la chienne remuait les oreilles, le chat ronronnait… Le tankiste leva les yeux derrière la fumée de sa cigarette. A brûle-pourpoint, il demanda : – Et vous ? Vous êtes de quelle religion ?  » p.231

J’ai été très touchée par les passages traitant de la religion et des efforts que les parents de Charles doivent faire pour abandonner leurs habitudes et rituels religieux, afin de ne pas dévoiler leur véritable identité. Particulièrement les passages sur la viande de porc, interdite par leur religion, mais qu’ils sont cependant contraints de manger afin de ne pas éveiller les soupçons mais aussi de survivre, ou encore ceux se déroulant à l’église, lorsque la famille doit faire semblant d’être catholique, comme toute le monde. Ces scènes sont touchantes et tristes à la fois, car elles mettent en évidence cette partie d’eux-mêmes que les Pollak doivent peu à peu mettre de côté, s’il veulent survivre à cette guerre… Mais elles restent aussi très drôles, à travers les remarques et questionnements de Charles et de son frère.

 » Le curé lui remit une effigie peinte, toute brillante, de Jésus. Mon père la prit, l’air de savoir parfaitement de quoi il retournait. L’assistance se cogna la poitrine en répétant : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri… » Ensuite, ils allèrent à la queue leu leu devant le père Jean pour avaler un truc qui leur donnait un air crispé quand ils retournaient à leur place, comme s’ils avaient avalé du plâtre qui aurait durci dans leur bouche.
– C’est quoi ? chuchota mon frère.
– Le corps du Christ ! murmurai-je, me référant à ce que venait de dire le curé.
– Beurk… Si c’est comme la viande séchée, j’en prends pas.
On resta immobiles devant nos prie-Dieu, en priant (on ne savait plus tellement qui, à vrai dire) pour que personne ne remarque qu’on n’était pas allés avaler le plâtre ou viande séchée.  » p.201

Un autre point qui m’a plu est la réelle tendresse qu’on ressent entre Charles, ses sœurs et son frère. La scène durant laquelle Charles va à la pharmacie le ventre vide dans le seul but de demander des échantillons de crème de jour au pharmacien, et ainsi faire plaisir à sa grande sœur, alors que le plus important est surtout de se trouver à manger, est particulièrement touchante. J’ai enfin particulièrement aimé les relations que la famille Pollak noue petit à petit avec les habitants du village, et la façon avec laquelle elle parvient à s’y intégrer.

 » – Une reine des reinettes ! nota Nadine, la bouche pleine.
– La mienne, c’est une pomme à cidre.
– Les pommes, c’est comme les humains, soupira Eliane entre deux bouchées. Plein de variétés pour une seule espèce.
Croc, croc, dans un bruit de chair de fruit, tout fut bientôt englouti, les pommes et la philosophie.  » p.193

« Taille 42 » est un livre que je conseille à tout le monde, et qui est je pense particulièrement adapté aux enfants et adolescents qui souhaitent découvrir la vie quotidienne d’une famille juive touchante et attachante sous l’Occupation.

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme “Sombres citrouilles“, “Minuit-cinq“, “Fais-moi peur”, “Aggie change de vie“ ou encore «  »Chaque soir à 11 heures«  ». Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • Après la guerre, Charles Pollak est resté dans le village de Feuquières-en-Vimeu jusqu’en 1948. Il s’est ensuite marié et est aujourd’hui père de deux filles, grand-père et arrière-grand-père. C’est sa fille Ida qui lui a fait rencontrer Malika Ferdjoukh.

Autres petits papiers :

  • Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
    • Chaque soir à 11 heures, le dernier roman de Malika Ferdjoukh, sorti en 2011.
    • Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.

z__montages

Si c’est un homme – Primo Levi

Se questo è un uomo

Éditeur : Pocket

Collection : Presses Pocket

Date de parution originale : 1947

Date de parution française : 1987

272 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

« Ce livre est sans conteste l’un des témoignages les plus bouleversants sur l’expérience indicible des camps d’extermination. Primo Levi y décrit la folie meurtrière du nazisme qui culmine dans la négation de l’appartenance des juifs à l’humanité. Le passage où l’auteur décrit le regard de ce dignitaire nazi qui lui parle sans le voir, comme s’il était transparent et n’existait pas en tant qu’homme, figure parmi les pages qui font le mieux comprendre que l’holocauste a d’abord été une négation de l’humain en l’autre.

Si rien ne prédisposait l’ingénieur chimiste qu’était Primo Levi à écrire, son témoignage est pourtant devenu un livre qu’il importe à chaque membre de l’espèce humaine d’avoir lu pour que la nuit et le brouillard de l’oubli ne recouvrent pas à tout jamais le souvenir de l’innommable, pour que jamais plus la question de savoir « si c’est un homme » ne se pose. De ce devoir de mémoire, l’auteur s’est acquitté avant de mettre fin à ses jours, tant il semble difficile de vivre hanté par les fantômes de ces corps martyrisés et de ces voix étouffées. »

Paul Klein

Mon avis :

Difficile d’écrire mon avis sur ce livre tant ma lecture a été laborieuse. Difficile du fait du sujet en lui-même, la déportation durant la seconde guerre mondiale, qui est évidemment très dur, mais également du fait de la manière dont l’auteur a traité le sujet. J’avoue avoir eu beaucoup de mal à finir cette lecture, que j’ai d’ailleurs du étaler sur plusieurs semaines. Même si je lis régulièrement des livres traitant de cette période et plus particulièrement de l’Holocauste, j’ai rarement été confrontée à une description aussi « brute » (je ne trouve pas de mot plus approprié, je m’en excuse) des évènements.

 » Plus rien ne nous appartient : ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux ; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s’ils nous écoutaient, il ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu’à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.  » p.34

Primo Levi nous décrit dans son livre toute l’inhumanité d’Auschwitz, de la façon la plus glaçante qui soit. J’ai parfois eu du mal à comprendre la quasi-objectivité avec laquelle certains passages sont traités, laissant presque penser à une sorte de guide de survie en camp de concentration. C’est justement là que « Si c’est un homme » prend toute sa dimension pour moi : le système concentrationnaire d’Auschwitz, en déshumanisant l’auteur, parvient également à rendre ce récit autobiographique quasiment objectif et neutre.

Il n’en demeure pas moins que ce livre m’a profondément émue et marquée. C’est un livre « à lire », comme on dit, pour demeurer conscient, si cela demeure encore nécessaire, de la perte d’humanité dont les hommes ont été capables. Un livre dans lequel les phrases claquent, choquent et marquent. Un livre nécessaire.

 » Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n’est pas un homme. Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s’il n’est pas fautif, plus éloigné du modèle de l’homme pensant que le plus fruste des Pygmées et le plus abominable des sadiques.  »  p.185

Autour du livre :

  • Primo Levi est né en 1919 Turin en Italie. Chimiste de métier, il est déporté en février 1944 à Auschwitz, dont il est libéré en janvier 1945. Il se met rapidement à écrire « Si c’est un homme » (dont le nom est issu d’un de ses poèmes), qu’il termine en décembre 1946. Bien que publié en 1947, il faudra attendre les années 60 pour que le livre soit remarqué et traduit dans d’autres langues. Il n’est publié en français qu’en 1987.
  • Primo Levi a également publié d’autres écrits, tels que le recueil d’histoires courtes « Le Système Périodique » ou le roman « La Clé à Molette« .
  • Toute sa vie, Primo Levi s’est battu pour que l’horreur des camps de concentration ne soit pas oubliée, discutant avec des étudiants, donnant des conférences et visitant les sites des anciens camps de concentration. Il meurt le 11 avril 1987 après une chute dans les escaliers.

Cette lecture rentre dans le cadre du Challenge Livraddict 2011 (dont le résultat risque d’être très médiocre à la fin de l’année..) :

17/100

Le Liseur – Bernhard Schlink

Der Vorleser

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution originale : 1995

Date de parution française : 1996

242 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Mon avis sur le livre :

Tout d’abord, un conseil, ne lisez pas la 4ème de couverture de ce livre, en tout cas pas dans son édition Folio Gallimard, car elle mentionne un à un tous les éléments clés de ce roman… Voilà pourquoi je ne l’ai pas indiquée ici.

J’ai découvert ce livre à travers l’adaptation qu’en a fait Stephen Daldry, et je dois dire que je ne l’aurais peut-être jamais lu si Sybille  ne m’avait pas proposé de m’envoyer son exemplaire dans le cadre de ses livres voyageurs.

Nous suivons donc dans ce roman Michael, qui se remémore son adolescence et notamment la relation qu’il a eue à cette époque avec Hanna, de vingt ans son aînée. On comprendra plus tard les raisons qui l’ont poussé à se remémorer ces instants avec cette femme.

« Sur son visage d’alors sont venus se poser, dans ma mémoire, ses visages ultérieurs. Quand je veux l’évoquer devant mes yeux telle qu’elle était alors, elle apparaît sans visage. Il faut que je la reconstitue. » p.20

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai notamment été rapidement passionnée par les évènements de la vie d’Hanna, qui nous sont racontés par Michael au fur et à mesure que celui-ci les découvre. Les séances au cours desquelles il lui lisait des livres sont émouvantes, elles prendront cependant tous leur sens dans la suite du récit, lorsque l’on découvre les secrets entourant la vie d’Hanna.

Le point m’ayant le plus gênée au cours de cette lecture est sans doute la relation entre Michael et Hanna en elle-même, en tout cas lorsque celui-ci est un adolescent. Au-delà de leur différence d’âge, qui m’a empêchée d’y voir une certaine forme de romantisme, je ne suis pas parvenue à apprécier le personnage d’Hanna, du moins dans la première partie du roman. Je l’ai trouvé froide et brutale, et j’ai eu du mal à comprendre l’attachement obstiné que ressent Michael pour elle. Il est vrai que la suite du récit nous permet de mieux comprendre les attitudes et réactions brusques de Hanna, mais c’est un point qui ne m’a toutefois pas plu. J’ai pu cependant constater que je m’attachais plus facilement à son personnage dans le film que dans le livre, sans doute est-ce dû à l’actrice qui l’incarne (voir plus bas mon avis sur le film)…

Au-delà de cela, l’écriture de Bernhard Schlink est impressionnante de justesse. Il parvient parfaitement à traduire l’influence que cette histoire d’amour précoce a eue sur Michael, en particulier sur ses relations amoureuses ultérieures. La peur d’être abandonné une nouvelle fois, et surtout de ne pas retrouver la même passion que celle qui l’unissait à Hanna l’empêche de s’engager totalement dans une nouvelle relation, même des années plus tard.

« Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il rétrospectivement détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités ? Pourquoi le souvenir d’années de mariage heureux est-il gâché lorsque l’on découvre que, pendant tout ce temps-là, l’autre avait un amant ? […] Parce que le bonheur n’est pas vrai s’il ne dure pas éternellement ? » p.48

Les scènes de procès sont très prenantes, on découvre en même temps que le narrateur les charges pesant contre Hanna, les accusations, les non-dits et leurs conséquences. Paradoxalement, c’est dans cette partie du roman que j’ai apprécié le personnage de Hanna, qui semble si manipulable face au jury et aux autres accusées, incapable de comprendre qu’elle s’enfonce elle-même dans ses explications et se demandant sans cesse ce qu’il aurait fallu qu’elle fasse, plutôt que de se questionner sur ce qu’elle aurait faire. Les réflexions sur la culpabilité et le devoir sont ainsi intéressantes : est-on moins responsable lorsque l’on a agi sous les ordres de quelqu’un d’autre ? A partir de quel moment doit-on arrêter de respecter les ordres et commencer à prendre en compte sa propre conscience ?

J’ai également beaucoup aimé la seconde partie de la relation qui s’instaure entre Michael et Hanna, des années plus tard. Je pense que le fait que ce dernier soit alors adulte m’a permis de dépasser le blocage que j’avais au début du fait de leur différence d’âge. Les cassettes qu’il enregistre pour elle deviennent alors les uniques témoignages d’amitié (d’amour ?) qu’il est encore capable de lui donner.

« Non que j’aie oublié Hanna, mais au bout d’un certain temps, mon souvenir d’elle cessa de m’accompagner. Elle resta en arrière comme une ville quand le train repart. Elle est là quelque part derrière nous, on pourrait s’y rendre et s’assurer qu’elle existe bien. Mais pourquoi ferait-on cela ? »

Mon avis sur le film :

Contrairement à mon habitude, j’ai donc vu ce film avant de lire le livre, mais j’en ai revisionné depuis des passages pour capter les éventuelles différences entre le roman et son adaptation. L’adaptation a été réalisée en 2008 par Stephen Daldry, qui avait également adapté en 2002 un autre roman, « The Hours » de Michael Cunningham, avec Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore dans les rôles principaux.

Michael jeune est incarné par David Kross, acteur de 21 ans que l’on verra bientôt dans le prochain film de Steven Spielberg, « Cheval de guerre »,  et adulte par Ralph Fiennes, acteur que l’on ne présente plus (disons juste qu’il a joué dans de petits films comme « La Liste de Schindler », « Le Patient Anglais », « The Duchess », « Les Hauts de Hurlevent » ou encore la série des « Harry Potter »…).

Hannah pour sa part est jouée du début à la fin par Kate Winslet. Ces deux derniers sont des acteurs dont j’apprécie beaucoup le travail, et ils sont là encore excellents dans leurs rôles. Ralph Fiennes a un visage hallucinant, qui traduit très bien les sentiments de ses personnages, sans avoir besoin de parler. J’ai l’habitude de voir Kate Winslet dans des rôles de femmes fortes et sûres d’elle, souvent incomprises par leurs proches (je pense notamment à son rôle dans « Les noces rebelles », « Little children », « Eternal sunshine of the spotless mind » ou même encore dans « Titanic »).  Le rôle d’Hannah rentre donc selon moi dans ce genre de personnages dans lequel elle excelle.

Le jeune David Kross joue également très bien, notamment durant les scènes qu’il partage avec Kate Winslet, qui ne devaient pas toujours être faciles à jouer du fait de son âge… J’ai retrouvé avec plaisir l’actrice allemande Alexandra Maria Lara, que j’avais déjà pu voir dans les films « Control » ou « L’affaire Farewell », et qui joue ici la jeune victime du procès.

Le film suit globalement le même déroulement que le livre, et les nombreux flashbacks qui ponctuent le récit de Michael s’intègrent très bien dans celui-ci. Je trouve l’adaptation très réussie, l’image est superbe, la musique juste là quand il faut.

Petit effet collatéral non voulu : durant tout le film, j’ai été incapable de regarder l’acteur Ralph Fiennes sans voir en lui Lord Voldemort, dont il incarne le personnage dans les adaptations des Harry Potter. Perturbant donc…

Autour du livre :

  • Stephen Daldry est né en 1944 en Allemagne. En plus d’être écrivain, il exerce également la profession de juge. Il a depuis « Le Liseur » écrit d’autres romans, notamment « Amours en fuite » en 2001 et « La circoncision » en 2003.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de l’édition que j’ai lue est issue du travail de Barnaby Hall, photographe dont les œuvres servent régulièrement à illustrer des romans. Sur son site, on peut voir une partie des livres qu’il a illustrés.

Ce livre rentre dans le cadre du challenge « Regarde ce que tu lis », organisé par Nodrey.

Le silence de la mer – Vercors

Éditeur : Le Livre de Poche

Collection : Libretti

Date de parution originale : 1942

187 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Ce récit est le premier qu’a publié clandestinement Jean Bruller alias Vercors, en 1942. Il fut d’ailleurs critiqué pour une apparente tolérance vis à vis de l’envahisseur.

Hiver 1940, la France est défaite. En province, dans une ancienne demeure, un vieil homme et sa nièce voient une partie de leur habitat réquisitionnée pour héberger un officier allemand. Lors des veillées, dans la grande cuisine, seule pièce chauffée, au coin de l’âtre, l’officier leur rend visite et essaye d’établir un contact. Enfermés dans leur mutisme, les deux hôtes écoutent sans mot dire. De longs monologues sur l’amour des peuples, la coopération, l’admiration de la culture française émanent de cet homme fin et cultivé, musicien de profession. Il croit à l’avenir d’une Europe unifiée où chacun respecte l’autre et y apporte son particularisme. Il croit en la pluralité des cultures et des idées. En face de lui, seul le silence lui répond.

Avec le recul et au regard de l’histoire, ce récit nous révèle une très grande subtilité d’esprit pour une œuvre composée en pleine tourmente.

Mon avis :

J’ai commencé ce livre en pensant que c’était un roman, du fait de la 4ème de couverture. Il s’agit en fait de plusieurs nouvelles, se déroulant pour la plupart en France durant la Seconde Guerre Mondiale, et traitant de la Résistance, des lois anti-juives du régime de Vichy ou encore de la vie sous l’Occupation.

Je suis agréablement surprise par cette lecture, moi qui ai souvent du mal à lire des nouvelles (je pense que j’ai du mal à m’attacher aux personnages sur des textes courts, ce qui explique en partie pourquoi j’adhère d’habitude et malheureusement peu à cette forme de récits…). Le sujet traité est dur, et ces nouvelles ne font souvent qu’esquisser un évènement ou un personnage, mais j’ai pourtant rapidement accroché à ces textes.

On sent dans ce livre les prises de position de Vercors, qui traite de manière discrète mais superbement efficace de la résistance (en particulier de la résistance pacifique et silencieuse), du courage, de la confiance, du patriotisme (le beau et parfois naïf amour pour son pays, pas le chauvinisme têtu…), mais aussi de la lâcheté, de la fierté mal placée et de la haine. C’est d’autant plus émouvant lorsque l’on sait que la nouvelle principale, « Le silence de la mer », a été écrite en pleine Occupation. L’auteur semble particulièrement conscient des évènements.

Comme vous l’avez sans doute compris, je vous conseille vivement ce livre, ne serait-ce que pour la beauté de certaines phrases (même si j’ai trouvé le style de l’une des nouvelles plutôt difficile). J’y ai de plus trouvé un écho à ma lecture précédente, « Indignez-vous » de Stéphane Hessel, dans lequel l’auteur nous exhorte à ne jamais laisser faire, et à toujours être capable de se révolter contre les injustices.

Je tiens à préciser que j’ai tenté d’écrire un court article cette fois-ci, afin de m’adapter au genre de ce livre, mais je ne suis pas sûre d’y être parvenue…

Autour du livre :

  • Résistant, Vercors a fondé en 1941 avec Pierre de Lescure les Éditions de Minuit, maison d’édition clandestine sous l’Occupation. Sa nouvelle « Le silence de la mer » est la première à y être publiée en 1942.
  • La nouvelle « Le silence de la mer » a été adaptée deux fois au cinéma : une première fois par Jean-Pierre Melville en 1947, et une seconde fois sous la forme d’un téléfilm sorti en 2004 et dans lequel joue Michel Galabru.

La voleuse de livres – Markus Zusak

The book Thief

Éditeur : Pocket

Collection : Presses Pocket

Date de parution originale : 2005

Date de parution française : 2007

633 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenue. Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s’est arrêtée. Est-ce son destin d’orpheline dans l’Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? A moins que ce ne soit son secret… Celui qui l’a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres…

Mon avis :

J’ai trouvé plutôt difficile de débuter cette critique. Il faut dire que « La voleuse de livres » a été pour moi un gros coup de cœur, et que je trouve assez compliqué de parler de manière claire d’un livre que j’ai adoré. Cette lecture s’est pourtant étendue pour moi sur plusieurs semaines, mais cela fait bien longtemps qu’un livre ne m’avait autant marquée…

Ce qui ressort surtout pour moi dans ce livre, c’est la puissance des personnages. C’est simple, ils sont tous superbement travaillés. Je ne vois pas un seul personnage de ce roman pour lequel je n’ai pas eu peur, pour lequel je n’ai pas eu un sentiment maternel ou encore face à la bêtise duquel je ne me suis pas sentie impuissante ou agacée…

En premier lieu évidemment, Liesel Meminger. Déjà, je trouve que son nom sonne très bien, je ne sais pas si ça a eu une influence sur mon attachement au personnage, mais ça m’a tout de suite plu. Voilà, c’était juste une petite remarque comme ça… Pour revenir à cette chère Liesel, au début du livre, lorsque j’ai compris que pendant ces 600 pages j’allais la suivre à travers le point de vue de la narratrice, je me suis tout de suite attachée à ce personnage. Liesel vit des évènements tragiques, mais parvient toujours à surpasser sa tristesse quand il s’agit de remonter le moral de ses proches, de sauver l’honneur de quelqu’un ou surtout de faire une bêtise. A travers cette petite fille, l’auteur semble vouloir nous donner une leçon d’espoir et de volonté face au malheur et surtout face à la bêtise humaine.

Ensuite vient Hans Hubermann, personnage qui m’a certainement le plus émue dans ce roman. Liesel a tout de suite confiance en lui, et j’ai aimé la relation de protection mutuelle qui se lie petit à petit entre eux…

« Parfois je me dis que mon Papa est un accordéon. Quand il respire et me regarde en souriant, j’entends les notes. »

Pour ma part, il représente l’homme parfait (oui, pas moins que ça !) : il est discret…

« [Il] pouvait faire partie du décor même quand il était sur le devant de la scène. »

…humain, intègre, drôle, plein d’amour et de compassion… et surtout, accordéoniste. Connaître l’histoire de cet accordéon du début à la fin m’a d’ailleurs passionnée…

« L’accordéon vit parce qu’il respire. »

J’ai pris l’habitude durant ce roman de me représenter Hans, toujours une cigarette à la bouche, d’ailleurs d’après la narratrice, « ce qu’il préfère c’est les rouler ». J’ai vraiment été émue par cet homme qui ne voit pas l’intérêt de la guerre et du régime nazi mais qui se voit contraint parfois d’y participer afin de protéger sa famille.

« Ils aimaient mieux rouler des cigarettes que rouler dans la neige et dans la boue. Ils préféraient tirer des cartes plutôt que tirer des balles. »

Il serait peut-être un peu long de citer tous les autres personnages de ce roman, mais disons que Rosa Hubermann , la « maman » de Liesel, m’a fait rire à chacune de ses insultes en allemand (« Saumensch », « Saukerl » et j’en passe…). J’ai été émue de son amour discret pour Hans et Liesel… Il faut également citer Max Vandenburg, dont la « bande dessinée » tendre, poétique et émouvante qu’il offre à Liesel, « L’homme qui se penchait », mériterait à elle seule d’être publiée. Je n’oublie pas non plus Rudy Steiner, le voisin de Liesel, qui m’a également beaucoup plu. Malgré son jeune âge, il a déjà quelques opinions sur le régime nazi et la guerre. C’est sans doute un des personnages les plus courageux du roman, à sa manière…

Enfin, je crois que le personnage le plus intéressant, le plus observateur, le plus drôle, le plus poète par moment, c’est certainement le narrateur, ou plutôt la narratrice, j’ai nommé la Mort. Car oui, le propre de ce superbe roman est d’être écrit par la Mort herself, et c’est ce qui le rend si original et surprenant. Mais attention, ce n’est pas une Mort macabre, sadique et obstinée que nous avons face à nous, mais un personnage pas toujours sûr de lui, parfois épuisé et dépité devant les bêtises humaines, quelqu’un qui se pose même des questions sur son rôle sur Terre…

« […] J’ai besoin de me distraire. Cela me permet de conserver mon équilibre et de tenir le coup, étant donné que je fais ce métier depuis une éternité. »

« Trois langues s’entremêlaient. Le russe, les balles, l’allemand. »

Sa façon d’appréhender le monde à travers les couleurs qu’elle perçoit donne lieu à des descriptions très poétiques.

« D’abord les couleurs, ensuite les humains. C’est comme ça que je vois les choses, d’habitude. Ou que j’essaie du moins. »

« Le jour était gris, la couleur de l’Europe. »

Cette Mort-là ne semble jamais aller chercher ses victimes avec nonchalance ou négligence, elle « vient les chercher »,  « se penche vers eux », « libère leur âme », « [les] emporte avec douceur »… Elle ressent de la compassion pour les humains et les décrit souvent avec humour et tendresse. Dès sa première rencontre avec Lisel, elle est touchée par cette fillette et ne peut résister à s’intéresser davantage à la vie de celle-ci.

Du fait du statut plus que particulier de cette narratrice omnisciente, le récit est régulièrement marqué par des bonds dans le temps. On pourrait croire que ceux-ci dérangent la lecture, d’autant plus qu’ils nous apprennent souvent des éléments fondamentaux de la suite du roman, et qu’il n’est donc pas rare que nous connaissions le destin d’un personnage dès son entrée dans le récit. Malgré cela, ça n’est jamais le cas. Et pourtant, j’avoue faire partie des personnes qui détestent par dessus tout qu’on leur raconte ne serait-ce qu’un élément insignifiant d’un roman avant de le lire. Dans « La voleuse de livres », Markus Zusak intègre tellement bien ces passages qu’ils n’en sont que plus intéressants.

De même, la narratrice distille au cours du roman de petites informations, en lien direct ou non avec le récit. Ces éléments permettent de se poser au cours de la lecture et sont, contrairement à ce que je craignais au début, très agréables et souvent drôles. Cette originalité dans la structure du roman est sûrement pour beaucoup dans le plaisir que j’ai eu à lire ce livre.

Voilà, il me semble que je suis presque parvenue à décrire ce que j’ai ressenti en lisant ce livre, que je conseille tout simplement à tout le monde. Ce livre rentre dans le cadre du « Big Challenge 2011 » de Livraddict, et me permet d’atteindre pour ce challenge le résultat de 16 titres lus sur 100 (il y a encore du boulot…).

16/100

Autour du livre :

  • L’auteur, Markus Zusak, est un écrivain australien né en 1975, d’un père autrichien et d’une mère allemande. Il est l’auteur de plusieurs romans pour jeunes adultes, largement récompensés en Australie, aux États-Unis ou en Europe : « The Underdog », « Fighting Ruben Wolfe », « When Dogs Cry » ou encore « I am the Messenger ».
  • Dans le livre, la triste musique « Sombre dimanche » est mentionnée comme ayant provoqué une vague de suicides en Hongrie (« Szomorú Vasárnap » en hongrois). Je ne sais pas si cette information est véridique, mais cette superbe chanson, dont vous pouvez écouter une version ici, est également connue pour être présente au début du film « La Liste de Schindler » de Steven Spielberg. Elle a également été reprise en anglais sous le tire de « Gloomy Sunday », dont vous pouvez écouter la version de Billie Holiday ici.