Quartier Lointain – Jirô Taniguchi

Haruka-na machi e

Éditeur : Casterman

Date de parution originale : 1998

Date de parution française : 2002 (1er tome) – 2003 (2ème tome)

405 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Prix du Meilleur Scénario et Prix Canal BD au Festival d’Angoulême de 2003.

Prix d’Excellence du Festival des arts médias de l’Agence pour les affaires culturelles au Japon, catégorie Manga, en 1998.

4ème de couverture :

Homme mûr de 40 ans, transporté dans la peau de l’adolescent qu’il était à 14 ans, Hiroshi continue la redécouverte de son passé. Questionnant sa grand-mère, ses parents, ses amis, il réalise tout ce qui lui avait échappé lorsqu’il était jeune. Et petit à petit, l’année scolaire avançant, il voit se rapprocher la date fatidique où son père disparaîtra, pour toujours, sans aucune explication. Peut-il changer son passé ou est-il condamné à le revivre, impuissant ? Et retrouvera-t-il son existence normale, sa femme et ses enfants ?

Mon avis :

Bon, il est temps de reprendre en main ce blog et de remettre à jour mes avis sur mes lectures. Je commence donc avec « Quartier Lointain », lecture qui m’a permis d’entrer dans l’univers des mangas… Ça fait longtemps que j’entends parler de Jirô Taniguchi en bien, et je ne regrette pas de m’être à mon tour laissée tenter.

Dans ce manga, nous suivons donc les aventures de Hiroshi Nakahara, homme de 48 ans qui se retrouve du jour au lendemain dans le corps de l’adolescent qu’il était, et qui va donc être tenté d’en modifier le cours. Une fois digérées les questions techniques qui me passaient par la tête (je n’ai pas pu m’empêcher de me poser des questions sur la vraisemblance de la chose, par exemple si son esprit à lui est présent dans le passé, alors qui se trouve dans son corps dans le futur ? Toujours lui ? Oui son lui jeune ? Ont-ils fait un échange ? Bref, comme vous le voyez, même dans le cas d’une intrigue relevant quelque peu du fantastique, j’ai souvent besoin de savoir que la chose est malgré tout plausible…), je suis rapidement entrée dans cette histoire.

Le personnage principal revit des moments de son adolescence, et se rend vite compte de l’impact qu’un changement de comportement pourrait avoir sur son futur. Doit-il tenter de modifier ce qui s’est mal passé à cette époque, au risque de changer également le cours du reste de sa vie ? A-t-il le droit de profiter de ces instants dans la peau d’un jeune garçon ? Que faire lorsque le destin nous permet de revivre une partie de notre vie ?

Ce retour en arrière lui permet également de découvrir la partie cachée de son histoire, celle de ses parents. Il tente de comprendre les choix de ses parents, et ce qui a mené son père à disparaître sans laisser de traces…

J’ai beaucoup aimé le fait que pour Hiroshi, ce retour dans le passé représente en quelque sorte un retour à la vie. A travers les quelques retours dans le futur, on se rend compte en effet du tournant qu’a pris sa vie adulte. Ses filles qui se moquent (gentiment ?) de lui, sa femme qui semble quelque peu délaissée… Alors qu’il n’a jamais compris le départ inexpliqué de son père lorsqu’il était adolescent, il se rend peu à peu compte que c’est exactement ce que lui-même a fait avec sa propre famille : fuir. Fuir à travers le travail, fuir à travers l’alcool, fuir dans le silence ou au contraire la colère…

J’ai également apprécié l’alternance entre les scènes comiques, dues au fait qu’il est maintenant un adolescent réfléchissant et parlant comme un adulte, et connaissant même en partie l’avenir (notamment les résultats sportifs, atout-clé de tout voyageur dans le temps qui se respecte !), et les scènes plus émouvantes avec sa famille, notamment son père et sa grand-mère.

J’ai du mal à mettre plus de mots sur ma lecture, mais j’en ressors en tout cas avec un avis très positif. Je vous conseille donc la lecture de ce manga, ainsi que des autres publications de l’auteur. Je lirai sûrement un autre manga de Taniguchi un de ces jours, peut-être « Le journal de mon père« , « Les années douces » ou encore « Le sommet des Dieux« .

Autour du livre :

  • Jirô Taniguchi est un auteur de mangas japonais né en 1947 à Tottori. Il écrit des mangas seinen (mangas globalement destinés aux jeunes hommes) et gakiga (plutôt destinés aux adultes). Il a publié son premier manga, « Kareta heya », en 1970, suivi dans les années 80 de mangas aux styles variés. Il a fortement été influencé dans son travail par la bande dessinée européenne. A partir des années 90, il décide de s’orienter vers les éléments de la vie quotidienne, et publie notamment dans ce sens « L’homme qui marche », « Le journal de mon père » ou « Quartier Lointain » (source Wikipedia).
  • Ce manga a été adapté en film en 2010 par le réalisateur belge Sam Garbarski, avec Pascal Greggory, Alexandra Maria Lara, Jonathan Zaccaï et Léo Legrand dans les rôles principaux (fiche Allociné)

Cette lecture rentre dans le cadre du Baby-Challenge Manga organisé par Livraddict :

1/20

Quatre sœurs, tome 1 : Enid – Malika Ferdjoukh & Cati Baur

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Date de parution : 2011

160 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Bande dessinée adaptée du 1er roman de la série « Quatre sœurs« , « Enid« , par Malika Ferdjoukh.

Résumé (Delcourt) :

Orphelines depuis peu, les sœurs Verdelaine vivent à la Vill’Hervé, une grande maison en bord de mer. Enid, c’est la plus jeune, celle qui ne comprend pas vraiment les choses de l’amour, celle que personne ne croit quand elle dit qu’elle a entendu un fantôme hurler dans le parc. Ni Geneviève, ni Hortense, ni Bettina… Pas même Charlie l’aînée qui s’occupe de toute la petite tribu.

Mon avis :

Ah Malika Ferdjoukh ! On peut dire que cette auteure aura marqué une bonne partie de mes lectures de jeunesse (en collaboration avec Moka, Marie-Aude Murail, Judy Blume, Susie Morgenstern, Brigitte Smadja et j’en passe évidemment…). Parmi ces lectures, la série des « Quatre Sœurs », et plus particulièrement le premier tome nommé « Enid », est sans doute l’une des dernières que j’ai découverte, avant de m’éloigner petit à petit de ce merveilleux éditeur qu’est « L’École des Loisirs » (j’y reviens quand même parfois, ces livres étant pour moi des lectures doudous…). Quelle ne fût pas ma surprise donc de découvrir que Cati Baur avait adapté ce roman en bande dessinée, mais surtout que le résultat n’étais pas mal du tout…

Mais revenons à la Vill’Hervé et à ses habitantes… Comme l’indique ma quatrième de couverture :

« Tout comme les Trois Mousquetaires étaient quatre, les Quatre Sœurs Verdelaine sont cinq ».

Comment peut-on mieux débuter une histoire ? (Et on retrouve là tout l’humour de l’auteure) Nous suivons donc les sœurs Verdelaine, Charlie, Geneviève, Bettina, Hortense et Enid, orphelines depuis peu et vivant seules dans leur grande maison au bord de l’Atlantique, sous la responsabilité de la première.

Dessins issus du site de Cati Baur

Comme son nom l’indique, ce premier tome se concentre essentiellement sur les aventures d’Enid, la plus jeune, un peu perdue au sein de cette fratrie, mais également sur l’arrivée temporaire dans la famille d’une sixième jeune fille, Colombe, la jalousie de Bettina envers cette dernière, ou encore les recherches souterraines effectuées par Enid et son meilleur ami dans le jardin de la maison…

Mais au-delà de tout cela, Malika Ferdjoukh parvient surtout à nous parler d’une fratrie dans laquelle on rêverait de vivre, avec ses hauts et ses bas certes, mais toujours profondément soudée. Dès le début, on est happé dans la vie quotidienne de ces cinq sœurs, tentant de gérer comme elles le peuvent la vie à cinq. Charlie est émouvante en chef de famille à la fois organisée et malicieuse, de même que Geneviève en gestionnaire et mère poule, ou Hortense en timide jeune fille toujours un livre à la main… On a envie de se lover sur le canapé avec celle-ci et d’y lire un bon livre au chaud, de goûter aux confitures de Geneviève, de tester la merveilleuse salle de bains de Bettina, de prendre son petit-déjeuner sur la longue table de la cuisine aux chaises dépareillées et même de réparer la vieille chaudière avec Charlie.

Les dessins de Cati Baur sont joyeux et colorés, et rendent bien selon moi l’univers du roman et de la famille Verdelaine. Elle a su donner une âme à la maison familiale, notamment lors des scènes réunissant tout le monde dans la cuisine, le salon ou le jardin. Un court texte de Malika Ferdjoukh explique d’ailleurs comment les deux auteures se sont rencontrées et ce qui l’a convaincue de travailler avec Cati Baur.

Que l’on ait lu ou non le roman d’origine, cette adaptation en bande dessinée est selon moi vraiment réussie et apporte réellement un plus au roman déjà très bon de Malika Ferdjoukh. Je la conseille donc fortement !

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme « Sombres citrouilles », « Minuit-cinq », « Fais-moi peur » ou encore « Aggie change de vie ». Son dernier roman, « Chaque soir à 11 heures », est sorti en septembre 2011. Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Les personnages de la série des « Quatre sœurs » ont d’ailleurs en partie été inspirés par les acteurs et actrices de cette époque. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • Cati Baur est née en 1973 à Genève. Elle a exercé de nombreux métiers (libraire, manutentionnaire en maison d’édition, « blonde de l’accueil », assistante d’édition), tenu un blog de dessin et publié trois bande dessinées à ce jour (« J’arrête de fumer », « Vacance » et bien sûr « Enid »). Pour plus d’infos, son site internet est ici.

Autres petits papiers :

  • Du même auteur (Malika Ferdjoukh), vous pouvez aussi lire mon avis sur :

                 

De Gaulle à la plage – Jean-Yves Ferri

Éditeur : Dargaud

Collection : Poisson Pilote

Date de parution originale : 2007

46 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Résumé :

Mon avis :

Nous voici donc pendant l’été 1956, à la plage. De Gaulle part en vacances afin d’oublier l’ingratitude des Français suite à l’échec électoral de son parti… On suit donc ici les périples de Charles et de ses tongs qui font « flip, flop », de son bras droit Lebornec qui doit l’aider à écrire ses mémoires, du chien Wehrmacht, descendant du chien-loup d’Hitler, et de sa femme Yvonne qui le surveille lorsqu’il drague un peu trop les ménagères en vacances…

Au travers de quelques références historiques (mais surtout d’anecdotes sorties tout droit de l’imagination de l’auteur), on découvre un de Gaulle un peu perdu, vexé de la réaction des Français, peu au fait des nouveaux modes de vie des Français et prêt à lancer un nouvel appel comme celui du 18 juin à tout moment.

 

Ferri, que je connaissais déjà depuis la série « Le Retour à la Terre », est totalement parvenu à me faire rire à la lecture de cette BD. J’ai beaucoup aimé les liens discrets (ou non) à l’Histoire, qui jalonnent la vie quotidienne et parfois monotone du général. Il n’est d’ailleurs plus vraiment « le Général » mais un anonyme en vacances, bien loin du héros de la seconde guerre mondiale…

Je vous conseille donc très fortement cette bande dessinée, qui vous permettra de passer un bon moment en compagnie de « l’Homme de pouvoir ».

Autour de la BD :

  • Jean-Yves Ferri est un auteur de bande dessinée français. Il a beaucoup travaillé avec le magazine de bande dessinée Fluide Glacial, avant de collaborer avec Manu Larcenet sur la série « Le retour à la Terre » (dont il signe le scénario).

Le Petit Prince – Joann Sfar

Éditeur : Gallimard BD

Collection : Fétiche

Date de parution originale : 2008

112 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Imaginez-vous perdu dans le désert, loin de tout lieu habité, et face à un petit garçon tout blond, surgi de nulle part. Si de surcroît ce petit garçon vous demande avec insistance de dessiner un mouton, vous voilà plus qu’étonné ! À partir de là, vous n’aurez plus qu’une seule interrogation : savoir d’où vient cet étrange petit bonhomme et connaître son histoire. S’ouvre alors un monde étrange et poétique, peuplé de métaphores, décrit à travers les paroles d’un « petit prince » qui porte aussi sur notre monde à nous un regard tout neuf, empli de naïveté, de fraîcheur et de gravité. Très vite, vous découvrez d’étranges planètes, peuplées d’hommes d’affaires, de buveurs, de vaniteux, d’allumeurs de réverbères.

Cette évocation onirique, à laquelle participent les aquarelles de l’auteur, a tout d’un parcours initiatique, où l’enfant apprendra les richesses essentielles des rapports humains et le secret qui les régit : « On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Mon avis :

Adaptation du conte poétique et philosophique de Saint-Exupéry, cette bande dessinée de Joan Sfar se lit très rapidement malgré son nombre de pages plutôt élevé. Pour commencer, je dois avouer au risque de me faire huer que je n’ai jamais vraiment accroché à ce livre pourtant culte sorti en 1943. Je me souviens l’avoir aimé, mais sans le trouver fantastique comme mon entourage me le promettait. D’autre part, mis à part « La fille du professeur » que j’ai beaucoup aimé, je ne suis pas non plus toujours très fan du dessin de Joann Sfar. Je partais donc sur de mauvaises bases… Malgré tout cela, j’avais hâte de voir comment ce dernier parviendrait à adapter ce livre pourtant culte chez de nombreuses générations de lecteurs.

Et bien contrairement à ce que j’aurais pu craindre, j’ai vraiment bien accroché à cette adaptation. Il me semble que l’histoire m’a plus touchée que lors de la lecture du livre. Je suis rapidement entrée dans le récit de cet aviateur, et tout comme lui, j’ai été à la fois émue et intriguée par ce petit garçon, sa planète et ses rencontres. Je me souvenais de ces personnages qu’il croise au cours de ses voyages, mais je crois que je n’avais pas vraiment saisi les messages qui se dissimulent derrière (j’étais peut-être trop jeune pour les saisir). J’ai au final été charmée par ce récit que je pense  relire très vite, dès que je l’aurai sous la main, car je suis maintenant persuadée de l’apprécier…

Concernant le style de Sfar, j’ai été surprise de ne pas être gênée par les dessins, alors que d’habitude le style de ce dessinateur ne me plaît pas forcément (sauf, je le précise encore une fois, dans « La fille du professeur »). J’ai trouvé que dans ce cas, le dessin s’adaptait parfaitement à l’esprit en apparence enfantin que l’auteur a donné à son récit. Les couleurs sont superbes, et même si je préfère les dessins originaux réalisés par Saint-Exupéry, j’ai trouvé ceux réalisés par Sfar émouvants et totalement adaptés au récit.

Que dire de plus, sinon qu’il ne faut pas hésiter à ouvrir et lire cette bande dessinée, que l’on ait aimé ou non le livre original de Saint-Exupéry…

Autour du livre :

  • Joann Sfar est un auteur de bande dessinée, écrivain et réalisateur français. Artiste très éclectique, ses travaux les plus connus sont sans doute les séries « Le chat du rabbin » et « Petit Vampire», ainsi que ses collaborations avec le groupe de musique Dionysos (illustrations de certains albums et réalisation du clip « Tes lacets sont des fées»).
  • Ce sont les héritiers de Saint-Exupéry qui ont demandé à Joann Sfar d’adapter le « Le Petit Prince », après avoir lu « Le Chat du Rabbin ».
  • En 2010 est sorti le premier film de Sfar, « Gainsbourg, vie héroïque», qui est un portrait romancé du chanteur, et pour lequel l’acteur principal Eric Elmosnino a gagné le César 2011 du meilleur acteur. J’en profite pour vous conseiller fortement ce film, plus particulièrement si vous aimez le chanteur .
  • Joann Sfar est un admirateur de Quentin Blake, l’illustrateur des romans de Roald Dahl.

  • En 2010, une lecture musicale et illustrée a eu lieu au Théâtre de l’Européen, réunissant Joann Sfar, le comédien et humoriste François Morel, le violoncelliste Frédéric Deville et le clarinettiste Guillaume Humery. La vidéo est disponible ici.
  • Je vous conseille enfin l’interview de Joann Sfar réalisée par le site Evene, qui permet de mieux découvrir l’auteur, ses goûts et ses réalisations.