L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

The Vanishing Act of Esme Lennox

Éditeur :  10-18

Collection :  Domaine Étranger

Date de parution originale : 2006

Date de parution française : 2008

231 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

A Édimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées ressurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l’existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l’isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d’une enfance douloureuse ? De l’amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu’une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ?

Mon avis :

« L’étrange disparition d’Esme Lennox » est un roman que j’ai découvert un peu par hasard, notamment grâce à sa couverture que je trouvais très jolie et captivante. Je l’ai lu il y a quelques mois, à une époque où je lisais peut-être un peu trop de romans traitant de familles et de leurs secrets enfouis (« Le goût des pépins de pomme » de Katharina Hagena, « La pluie, avant qu’elle tombe » de Jonathan Coe…), ce qui explique le léger flou dans lequel je place aujourd’hui ce livre. Je me souviens l’avoir beaucoup apprécié, mais je crois que je confonds beaucoup d’éléments avec le livre de Jonathan Coe. On va donc voir ce que j’arrive à récupérer de mes souvenirs.

Dans ce roman, on suit Iris, une jeune femme indépendante et bien dans sa peau vivant à Édimbourg. Un jour, elle découvre avec surprise qu’elle a une grande-tante , prénommée Esme, ayant vécu toute sa vie dans un hôpital psychiatrique. Rapidement touchée par cette femme dont elle se sent proche, elle va tenter de découvrir les raisons du mystère qui entoure cette femme haute en couleurs : pourquoi n’a-t-elle jamais entendu parler d’elle ? Pourquoi Esme a-t-elle été enfermée dans cet hôpital à l’âge de 16 ans ?

Au début de ma lecture, j’ai parfois été quelque peu décontenancée par les changements de narration, puisqu’on passe de scènes racontées par un narrateur extérieur à l’histoire à des passages reprenant les pensées de certains personnages du roman. Ces derniers passages sont au début assez obscurs à saisir, d’autant plus qu’ils sont racontés par des personnages dont la mémoire s’effrite peu à peu..

Passé cela cependant, on entre rapidement dans le cœur même de la vie d’Esme, et des évènements qui l’ont menée dans cet hôpital. On débute avec son enfance en Inde (les ambiances m’ont d’ailleurs fait penser à la bande dessinée « India dreams » de Maryse et Jean-François Charles), auprès de sa sœur Kitty et de ses parents, jusqu’à l’année fatidique de ses 16 ans. Sa courte enfance puis adolescence voit défiler des évènements pour le moins traumatisants, mais elle vit malheureusement à une époque où l’on ne montre pas ses sentiments, et où la meilleure chose à faire est d’encaisser et de se taire..

Dès le début, j’ai été touchée par le personnage atypique d’Esme. Ses proches ne la comprennent pas, la voyant capricieuse quand elle est d’une sensibilité extrême, irrespectueuse et désobéissante quand elle se montre anticonformiste. A travers ce personnage, on conçoit les difficultés que pouvait éprouver une femme éprise de liberté et d’autonomie, à une époque où la société ne l’y autorisait pas.

J’ai aimé également le lien tendre et teinté de respect mutuel qui se tisse rapidement entre Esme et Iris. Ces deux femmes, qui ont vécu à des décennies d’écart, sont pourtant éprises des mêmes envies de liberté dans leurs choix de vie. La redécouverte du quotidien par Esme, elle qui n’a jamais été libre de ses mouvements durant ces années en hôpital psychiatrique, est particulièrement touchante. C’est avec une joie parfois enfantine qu’elle s’approprie peu à peu la vie dans l’appartement d’Iris.

Ce roman est pour moi un roman fort sur la liberté de vivre, mais qui traite également des notions de jalousie, de pardon et de souvenir. Ce n’est pas un roman extrêmement gai, c’est certain, plutôt un livre émouvant et parfois révoltant, dans lequel on est rapidement happé par la vie trop tôt brisée de cette drôle et touchante Esme Lennox.

 » Toute sa famille […] se résume à présent à cette fille, la seule qui reste. Ils se sont tous réduits à cette brune assise sur le sable, qui ignore que ses mains, ses yeux, sa façon de pencher la tête, le mouvement de ses cheveux sont ceux de la mère d’Esme. Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent des identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres. » p.119

 » « Pose ton livre, Esme, lui avait dit sa mère. Tu as assez lu pour ce soir. »
Elle en était incapable, car les personnages et le lieu de l’action la captivaient. Soudain, voilà que son père se tenait devant elle, lui arrachait le livre, le fermait sans marquer la page. Ne restait plus alors que la pièce dans laquelle elle se trouvait. « Fais ce que dit ta mère, pour l’amour de Dieu », disait-il.
Elle se redressa, la rage bouillonnant en elle, et, au lieu de demander : « S’il te plaît, rends-moi mon livre », elle lâcha : « Je veux continuer l’école ».
Ce n’était pas prévu. Elle savait que le moment était mal choisi pour aborder ce sujet, que la discussion ne servirait à rien, mais ce désir était aigu en elle, et elle n’avait pas pu s’en empêcher. Les mots avaient jailli de leur cachette. Sans son livre, ses mains se sentaient curieuses et inutiles, et le besoin de continuer l’école s’était exprimé par sa bouche à son insu.
Un silence s’empara de la pièce. La grand-mère regarda son fils, Kitty leva les yeux sur leur mère, puis les baissa sur son ouvrage. […]
« Non, répondit son père.
– S’il te plaît ». Esme se leva, s’étreignant les mains pour les empêcher de trembler. « Mlle Murray dit que je pourrais obtenir une bourse et ensuite, peut-être, tenter l’université et…
– Ça ne servirait à rien, trancha son père en se rasseyant dans son fauteuil. Pas question que mes filles travaillent pour vivre. » « 

Autour du livre :

  • Maggie O’Farrell est une écrivaine britannique née en 1972 en Irlande du Nord. Elle a grandi au Pays de Galles et en Écosse. Après une courte carrière de critique littéraire, elle se consacre totalement à l’écriture à la suite du succès de son premier roman, « Quand tu es parti« , publié en 2000. Elle a publié par la suite « La Maîtresse de mon amant » en 2002, « La distance entre nous » en 2004, qui a reçu le prix Somerset-Maugham, et « Cette main qui a pris la mienne » en 2010.
  • Sur la page Wikipédia consacrée à l’écrivaine, une analyse très intéressante des thèmes récurrents dans ses romans est proposée. On y apprend que ses romans se caractérisent avant tout par une intrigue se déroulant dans des pays anglo-saxons dans lesquels Maggie O’Farrell a vécu, par une pluralité des voix, un mélange du passé et du présent dans la narration, ainsi qu’un sujet souvent centré autour d’une famille, généralement sur plusieurs générations. L’émancipation des femmes, la difficulté des relations fraternelles, la perte des être chers et la sentimentalité extrême des personnages sont également des thèmes fortement développés par l’auteure dans ses œuvres.
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Si c’est un homme – Primo Levi

Se questo è un uomo

Éditeur : Pocket

Collection : Presses Pocket

Date de parution originale : 1947

Date de parution française : 1987

272 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

« Ce livre est sans conteste l’un des témoignages les plus bouleversants sur l’expérience indicible des camps d’extermination. Primo Levi y décrit la folie meurtrière du nazisme qui culmine dans la négation de l’appartenance des juifs à l’humanité. Le passage où l’auteur décrit le regard de ce dignitaire nazi qui lui parle sans le voir, comme s’il était transparent et n’existait pas en tant qu’homme, figure parmi les pages qui font le mieux comprendre que l’holocauste a d’abord été une négation de l’humain en l’autre.

Si rien ne prédisposait l’ingénieur chimiste qu’était Primo Levi à écrire, son témoignage est pourtant devenu un livre qu’il importe à chaque membre de l’espèce humaine d’avoir lu pour que la nuit et le brouillard de l’oubli ne recouvrent pas à tout jamais le souvenir de l’innommable, pour que jamais plus la question de savoir « si c’est un homme » ne se pose. De ce devoir de mémoire, l’auteur s’est acquitté avant de mettre fin à ses jours, tant il semble difficile de vivre hanté par les fantômes de ces corps martyrisés et de ces voix étouffées. »

Paul Klein

Mon avis :

Difficile d’écrire mon avis sur ce livre tant ma lecture a été laborieuse. Difficile du fait du sujet en lui-même, la déportation durant la seconde guerre mondiale, qui est évidemment très dur, mais également du fait de la manière dont l’auteur a traité le sujet. J’avoue avoir eu beaucoup de mal à finir cette lecture, que j’ai d’ailleurs du étaler sur plusieurs semaines. Même si je lis régulièrement des livres traitant de cette période et plus particulièrement de l’Holocauste, j’ai rarement été confrontée à une description aussi « brute » (je ne trouve pas de mot plus approprié, je m’en excuse) des évènements.

 » Plus rien ne nous appartient : ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux ; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s’ils nous écoutaient, il ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu’à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.  » p.34

Primo Levi nous décrit dans son livre toute l’inhumanité d’Auschwitz, de la façon la plus glaçante qui soit. J’ai parfois eu du mal à comprendre la quasi-objectivité avec laquelle certains passages sont traités, laissant presque penser à une sorte de guide de survie en camp de concentration. C’est justement là que « Si c’est un homme » prend toute sa dimension pour moi : le système concentrationnaire d’Auschwitz, en déshumanisant l’auteur, parvient également à rendre ce récit autobiographique quasiment objectif et neutre.

Il n’en demeure pas moins que ce livre m’a profondément émue et marquée. C’est un livre « à lire », comme on dit, pour demeurer conscient, si cela demeure encore nécessaire, de la perte d’humanité dont les hommes ont été capables. Un livre dans lequel les phrases claquent, choquent et marquent. Un livre nécessaire.

 » Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n’est pas un homme. Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s’il n’est pas fautif, plus éloigné du modèle de l’homme pensant que le plus fruste des Pygmées et le plus abominable des sadiques.  »  p.185

Autour du livre :

  • Primo Levi est né en 1919 Turin en Italie. Chimiste de métier, il est déporté en février 1944 à Auschwitz, dont il est libéré en janvier 1945. Il se met rapidement à écrire « Si c’est un homme » (dont le nom est issu d’un de ses poèmes), qu’il termine en décembre 1946. Bien que publié en 1947, il faudra attendre les années 60 pour que le livre soit remarqué et traduit dans d’autres langues. Il n’est publié en français qu’en 1987.
  • Primo Levi a également publié d’autres écrits, tels que le recueil d’histoires courtes « Le Système Périodique » ou le roman « La Clé à Molette« .
  • Toute sa vie, Primo Levi s’est battu pour que l’horreur des camps de concentration ne soit pas oubliée, discutant avec des étudiants, donnant des conférences et visitant les sites des anciens camps de concentration. Il meurt le 11 avril 1987 après une chute dans les escaliers.

Cette lecture rentre dans le cadre du Challenge Livraddict 2011 (dont le résultat risque d’être très médiocre à la fin de l’année..) :

17/100

Le chaos en marche, tome 1 : La voix du couteau – Patrick Ness

The Chaos Walking Trilogy 1 : The Knife of Never Letting Go

Editeur : Gallimard Jeunesse

Collection : Pôle Fiction

Date de parution originale : 2008

Date de parution française : 2009

528 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

C’est l’année de ses 13 ans et Todd va devenir un homme. Il est le dernier garçon de Nouveau Monde, uniquement peuplé d’hommes, où chacun peut entendre la pensée des autres : c’est le Bruit, incessant, obsédant. Un jour, Todd découvre un lieu où le Bruit se tait…

Mon avis :

J’ai d’abord été attirée par « La voix du couteau » parce qu’il faisait partie de la collection Pôle Fiction de Gallimard Jeunesse, en laquelle j’ai énormément confiance. L’insistance de Soundandfury n’a fait que me conforter dans mon choix…

A la lecture du résumé, je m’attendais à un roman d’anticipation dans le genre du livre « Les fils de l’homme » de P.D. James (un monde dans lequel la population est devenue stérile et se dépeuple petit à petit…). Le héros, Todd, est le plus jeune garçon de son village, Prentissville, et sera dans quelques semaines le dernier à devenir un homme. Je me suis rapidement attachée au personnage de Todd, même si le langage parlé qu’il utilise dans le récit m’a quelque peu perturbée au début. Finalement, on comprend vite pourquoi il parle de cette manière et on s’habitue alors à son orthographe approximatif, qui donne même du charme à son récit (si si, à un certain moment, c’est agréable !)…

« […] le marais c’est le seul endroit près de Prentissville où on peut s’isoler un minimum de tout le Bruit que les hommes répandent hors d’eux-mêmes, de toute cette clameur, tout ce raffut qui se calme jamais, même quand ils dorment, les hommes et leurs pensées qu’ils savent même pas qu’ils pensent, même quand tout le monde les entend. Les hommes et leur Bruit. Je sais pas comment ils font, comment ils le supportent et se supportent. » p.15

Je me suis aussi beaucoup attachée à son chien, Manchee, avec lequel il communique également à travers son Bruit. Et oui, car dans le monde de Todd, les animaux sont également sujets à cette particularité… Je trouve d’ailleurs que tous les passages dans lesquels se trouve un animal désamorcent un peu le suspense et constituent en quelque sorte des pauses dans le récit (particulièrement les moutons dont le Bruit n’est fait que de « Moutons ! » divers et variés, les écureuils qui piaillent en boucle « Viens », « Toupie » et « Chope », et surtout les vaches géantes appelées les « choses », dont le bruit est une sorte de chant réconfortant, rappelant la mer…).

« C’est comme le chant d’une famille où tout est toujours bien, c’est un chant d’appartenir qui vous fait appartenir rien qu’en l’entendant, c’est un chant qui prendra toujours soin de vous et qui jamais vous quittera. Si vous avez un cœur, ça le brise, si vous avez le cœur brisé, ça le répare » p.273

Dès le début, on tente de comprendre à travers les quelques explications de Todd les habitudes et modes de vie de son village et de ses habitants, ainsi que le virus qui en a un jour décimé toutes les femmes… Cette première incursion dans la vie de Prentissville est en partie dérangeant, tant les Bruits filtrant continuellement des esprits de ses habitants rendent l’atmosphère brouillonne et étouffante. Ce climat semble d’ailleurs se répercuter sur l’état d’esprit de Todd, qui a toujours l’air passablement énervé et sur le qui-vive…  A la suite de sa découverte dans les marais, l’action se met rapidement et violemment en route. Todd doit laisser de côté tout ce qu’il a toujours connu, sans réellement savoir pourquoi, et en évitant de trop y penser de peur d’attirer l’attention à travers son Bruit.

« – Pourquoi tu me le dis pas, tout simplement ?
– Parce que la connaissance est dangereuse […], et quand je regarde dans son Bruit voir ce qu’il cache, ça rugit et ça m’envoie comme une gifle. » p.66

Car c’est là toute la particularité de ce roman : le Bruit. Imaginez un monde où toutes vos pensées peuvent être entendues… Imaginez l’impact que cela puisse avoir sur l’organisation d’une société… Doit-on n’avoir de secret pour personne, puisque de toute manière ce secret transparaîtra dans notre Bruit ? Doit-on vivre en ermite, loin du Bruit de ses semblables ? Comment construire une relation avec quelqu’un, lorsqu’il est conscient de la moindre de nos pensées ?

Je préfère ne pas aller plus loin, par peur de dévoiler plus encore l’intrigue de ce roman. D’autant plus que sur les 528 pages que compte ce livre, il ne faut pas en lire plus de 50 pour voir apparaître les premiers rebondissements…

Comme vous l’aurez compris, j’ai donc beaucoup apprécié la lecture de ce roman, dont l’intrigue m’a tenu en haleine jusqu’à la fin. J’ai beaucoup aimé la relation qui se noue petit à petit entre Todd et V., régulièrement perturbée par le Bruit du premier.

Pour un roman jeunesse, j’ai trouvé ce premier tome particulièrement travaillé… Il mène à des réflexions assez dures et perturbantes, sur le rôle de la femme dans la société ou encore la façon dont une société s’accommode de ses contraintes (ici, le Bruit qui arrive d’un seul coup). Je me demande d’ailleurs s’il devrait être classé dans la littérature jeunesse.

J’ai quand même parfois trouvé ma lecture assez longue, et je me demande si l’auteur n’aurait pas pu raccourcir certains passages. Malgré cela, j’ai été facilement emportée dans cette intrigue, et j’ai déjà hâte de me plonger dans le tome 2, intitulé « Le Cercle et la Flèche » (« The Ask and the Answer » en VO).

Autour du livre :

  • La série « Le Chaos en Marche » est composé de trois tomes : « La Voix du Couteau », « Le Cercle et la Flèche » et « La Guerre du Bruit », sortis entre 2008 et 2010. Le premier a gagné le « Booktrust Teenage Prize » en 2008. La liste des nominés à ce prix, qui a également été décerné à Neil Gaiman pour « L’étrange vie de Nobody Owens » et à Mark Haddon pour « Le bizarre incident du chien pendant la nuit », regorge d’ailleurs d’idées en littérature jeunesse. Il a également été récompensé par le « Guardian Award » et le « Prix James Tiptree Jr », qui récompense « des ouvrages de science-fiction ou de fantasy qui développent ou explorent notre compréhension de la sexuation » (voir cette page pour plus d’explications sur ce prix).
  • Patrick Ness est un écrivain et journaliste américano-britannique né en 1971, qui vit actuellement à Londres. En plus de la série « Le Chaos en Marche », il a également écrit « The Crash of Hennington » en 2003, « Topics About Which I Know Nothing » en 2005, ainsi que le roman jeunesse « A Monster Calls » en 2011.

Pour aller plus loin, vous pouvez également aller voir les avis de Soundandfury et de Radicale.

Le joueur d’échecs – Stefan Zweig

Schachnovelle

Éditeur : Le Livre de Poche

Collection : Libretti

Date de parution originale : 1943

Date de parution française : 1944

94 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Qui est cet inconnu capable d’en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu’antipathique ? Peut-on croire, comme il l’affirme, qu’il n’a pas joué depuis plus de vingt ans ? Les circonstances dans lesquelles l’homme a acquis cette science sont terribles. Elles nous renvoient aux expérimentations nazies sur les effets de l’isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.

Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit un personnage avec une ironie douloureuse, « pourrait servir d’illustration à la charmante époque où nous vivons ».

Mon avis :

J’avais depuis longtemps envie de découvrir l’auteur Stefan Zweig, c’est chose faite à travers cette nouvelle. On y suit donc le narrateur, voyageant sur un paquebot, et sa rencontre avec deux joueurs d’échecs. On se penche d’abord sur l’impressionnante carrière du champion du monde d’échecs, Mirko Czentovic, homme froid qui se montre hautain et cupide, puis sur le passé douloureux du docteur B., homme fragile déclarant ne pas avoir joué aux échecs depuis des années.

A travers l’histoire du docteur B., ce récit traite d’obsession et de folie, et revient sur les méthodes, « non violentes » mais toujours abjectes, des nazis durant la seconde guerre mondiale. On est happé par l’évocation de la vie de ces deux hommes, et par la place que représente le jeu d’échecs dans leurs vies respectives. Pour l’un c’est le moyen à travers lequel il a pu sortir de sa vie monotone, pour l’autre c’est une porte de sortie qui a viré à l’obsession.

Je suis déçue de n’avoir pas réellement accroché à cette nouvelle, car je me rends bien compte que je suis sans doute passée à côté de quelque chose. Savoir par ailleurs qu’elle a été écrite par Stefan Zweig peu de temps avant sa mort en 1942 m’a émue, et je pense me replonger bientôt avec plaisir dans un autre de ses romans.

6/20

Shutter Island – Dennis Lehane

Shutter Island

Éditeur : Rivages

Collection : Rivages/Noir

Date de parution originale : 2003

Date de parution française : 2003

392 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livradict

Résumé :

Années 50, États-Unis. Les marshals Teddy Daniels et Chuck Aule sont appelés sur une île sinistre au large de Boston, Shutter Island. Un hôpital psychiatrique aux allures de prison y accueille des patients atteints de troubles mentaux graves et coupables de crimes abominables.

Les deux marshals doivent enquêter sur la disparition d’une patiente, Rachel Solando, qui a disparu de sa chambre pourtant fermée à clé. Le seul indice étant une feuille de papier retrouvée dans sa chambre sur laquelle on peu lire des suites de chiffres sans signification apparente.

Mon avis :

Pas facile de parler de ce livre sans en dévoiler trop… L’intrigue est si profondément ancrée dans le roman, au-delà même de ce à quoi l’on s’attend au début, que toute description ne ferait que gâcher le plaisir des futurs lecteurs…

Je suis entrée dans cette histoire en pensant qu’elle commençait de manière assez classique (bien que ma connaissance des thrillers et des policiers soit, je l’avoue, peu développée…). Un marshal, Teddy Daniels, un lieu étrange, Shutter Island, une enquête, la disparition de Rachel Solando, d’éventuels complices, les membres de l’hôpital. Mais petit à petit, j’ai compris que justement je n’étais pas dans une intrigue classique.

Sans trop en dévoiler, disons que durant ce livre, je me suis sentie totalement emportée par l’histoire, du début à la fin. Plus le roman avançait, et plus je me sentais moi-même perdre pied, m’embrouiller et piétiner dans cette enquête impossible, au même titre que le personnage principal.

Le huis clos y est sans doute pour quelque chose… Shutter Island, île glauque abritant un hôpital psychiatrique aux allures de prison. Rien que ça, ça fait froid dans le dos. « Prisonnière » de celle-ci au même titre que les personnages, j’ai même commencé à ressentir moi-même la phobie de l’eau et de la mer qu’éprouve le personnage principal. C’est donc en même temps que lui que je me suis sentie tour à tour désorientée, perturbée, frustrée, énervée, suspicieuse et finalement manipulée.

Car c’est justement ce qui est magique dans la lecture de « Shutter Island » : pendant une bonne partie du roman (ça m’a paru moins net sur la fin, ce qui est logique au final…), j’étais littéralement Teddy Daniels.

Le début d’amitié qui se crée au fil de l’enquête entre Chuck et Teddy m’a touchée, de même que les descriptions ultra-précises qui sont faites des attitudes et des comportements de chaque personnage. Je me suis attachée à un grand nombre d’entre eux, même s’ils sont plus étranges les uns que les autres (le Dr Cawley notamment). Le mélange entre les rêves de Teddy et la réalité est décrit de manière si détaillée que j’en suis venue à m’y perdre moi-même…

Jusqu’à ce que l’auteur me réveille, et de manière brutale. Car toute la réussite de « Shutter Island » repose pour moi dans cette fin vers laquelle Dennis Lehane nous mène progressivement…

Comme vous l’aurez compris, j’ai été bluffée par la maîtrise de Dennis Lehane dans ce livre. Je pense que je suis d’autant plus conquise que je n’ai quasiment jamais lu de thrillers avant celui-ci. Et bien je viens de découvrir que j’aimais ça ! Je pense d’ailleurs lire bientôt « Mystic River » et « Gone Baby Gone » de ce même auteur.

Je vous conseille donc totalement ce livre, qui pour moi est un coup de cœur, et cela même si vous n’êtes pas forcément habitués à ce genre de lectures. Ce livre rentre également dans le cadre du Big Challenge 2011 organisé par Livraddict (article à venir…).

15/100

Autour du livre :

Dennis Lehane est un auteur américain né en 1965. Il écrit essentiellement des thrillers se situant quasi-exclusivement dans la ville de Boston. Ancien éducateur, il a longtemps travaillé auprès de l’enfance maltraitée, thème qui est souvent présent dans ses œuvres.

– Le livre a été adapté au cinéma en 2010 par Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle de Teddy Daniels et Mark Ruffalo dans le rôle de Chuck Aule.

Je l’ai justement regardé hier et je l’ai trouvé vraiment superbe. A un ou deux détails près, Scorsese respecte le déroulement du roman. Bizarrement, les passages qui m’avaient paru flous dans le livre passent plus facilement dans le film. Mais peut-être est-ce dû au fait qu’à certains moments du livre, j’étais tellement surprise par certaines révélations que j’avais un peu de mal à me concentrer sur les détails…


Comme je connaissais déjà le fin mot de l’intrigue, c’était assez étrange de regarder le film… Disons que je voyais toutes les scènes avec un œil nouveau, ça m’a permis de vérifier que tout avait été bien réfléchi par le réalisateur. A voir aussi donc !