L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

The Vanishing Act of Esme Lennox

Éditeur :  10-18

Collection :  Domaine Étranger

Date de parution originale : 2006

Date de parution française : 2008

231 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

A Édimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées ressurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l’existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l’isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d’une enfance douloureuse ? De l’amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu’une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ?

Mon avis :

« L’étrange disparition d’Esme Lennox » est un roman que j’ai découvert un peu par hasard, notamment grâce à sa couverture que je trouvais très jolie et captivante. Je l’ai lu il y a quelques mois, à une époque où je lisais peut-être un peu trop de romans traitant de familles et de leurs secrets enfouis (« Le goût des pépins de pomme » de Katharina Hagena, « La pluie, avant qu’elle tombe » de Jonathan Coe…), ce qui explique le léger flou dans lequel je place aujourd’hui ce livre. Je me souviens l’avoir beaucoup apprécié, mais je crois que je confonds beaucoup d’éléments avec le livre de Jonathan Coe. On va donc voir ce que j’arrive à récupérer de mes souvenirs.

Dans ce roman, on suit Iris, une jeune femme indépendante et bien dans sa peau vivant à Édimbourg. Un jour, elle découvre avec surprise qu’elle a une grande-tante , prénommée Esme, ayant vécu toute sa vie dans un hôpital psychiatrique. Rapidement touchée par cette femme dont elle se sent proche, elle va tenter de découvrir les raisons du mystère qui entoure cette femme haute en couleurs : pourquoi n’a-t-elle jamais entendu parler d’elle ? Pourquoi Esme a-t-elle été enfermée dans cet hôpital à l’âge de 16 ans ?

Au début de ma lecture, j’ai parfois été quelque peu décontenancée par les changements de narration, puisqu’on passe de scènes racontées par un narrateur extérieur à l’histoire à des passages reprenant les pensées de certains personnages du roman. Ces derniers passages sont au début assez obscurs à saisir, d’autant plus qu’ils sont racontés par des personnages dont la mémoire s’effrite peu à peu..

Passé cela cependant, on entre rapidement dans le cœur même de la vie d’Esme, et des évènements qui l’ont menée dans cet hôpital. On débute avec son enfance en Inde (les ambiances m’ont d’ailleurs fait penser à la bande dessinée « India dreams » de Maryse et Jean-François Charles), auprès de sa sœur Kitty et de ses parents, jusqu’à l’année fatidique de ses 16 ans. Sa courte enfance puis adolescence voit défiler des évènements pour le moins traumatisants, mais elle vit malheureusement à une époque où l’on ne montre pas ses sentiments, et où la meilleure chose à faire est d’encaisser et de se taire..

Dès le début, j’ai été touchée par le personnage atypique d’Esme. Ses proches ne la comprennent pas, la voyant capricieuse quand elle est d’une sensibilité extrême, irrespectueuse et désobéissante quand elle se montre anticonformiste. A travers ce personnage, on conçoit les difficultés que pouvait éprouver une femme éprise de liberté et d’autonomie, à une époque où la société ne l’y autorisait pas.

J’ai aimé également le lien tendre et teinté de respect mutuel qui se tisse rapidement entre Esme et Iris. Ces deux femmes, qui ont vécu à des décennies d’écart, sont pourtant éprises des mêmes envies de liberté dans leurs choix de vie. La redécouverte du quotidien par Esme, elle qui n’a jamais été libre de ses mouvements durant ces années en hôpital psychiatrique, est particulièrement touchante. C’est avec une joie parfois enfantine qu’elle s’approprie peu à peu la vie dans l’appartement d’Iris.

Ce roman est pour moi un roman fort sur la liberté de vivre, mais qui traite également des notions de jalousie, de pardon et de souvenir. Ce n’est pas un roman extrêmement gai, c’est certain, plutôt un livre émouvant et parfois révoltant, dans lequel on est rapidement happé par la vie trop tôt brisée de cette drôle et touchante Esme Lennox.

 » Toute sa famille […] se résume à présent à cette fille, la seule qui reste. Ils se sont tous réduits à cette brune assise sur le sable, qui ignore que ses mains, ses yeux, sa façon de pencher la tête, le mouvement de ses cheveux sont ceux de la mère d’Esme. Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent des identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres. » p.119

 » « Pose ton livre, Esme, lui avait dit sa mère. Tu as assez lu pour ce soir. »
Elle en était incapable, car les personnages et le lieu de l’action la captivaient. Soudain, voilà que son père se tenait devant elle, lui arrachait le livre, le fermait sans marquer la page. Ne restait plus alors que la pièce dans laquelle elle se trouvait. « Fais ce que dit ta mère, pour l’amour de Dieu », disait-il.
Elle se redressa, la rage bouillonnant en elle, et, au lieu de demander : « S’il te plaît, rends-moi mon livre », elle lâcha : « Je veux continuer l’école ».
Ce n’était pas prévu. Elle savait que le moment était mal choisi pour aborder ce sujet, que la discussion ne servirait à rien, mais ce désir était aigu en elle, et elle n’avait pas pu s’en empêcher. Les mots avaient jailli de leur cachette. Sans son livre, ses mains se sentaient curieuses et inutiles, et le besoin de continuer l’école s’était exprimé par sa bouche à son insu.
Un silence s’empara de la pièce. La grand-mère regarda son fils, Kitty leva les yeux sur leur mère, puis les baissa sur son ouvrage. […]
« Non, répondit son père.
– S’il te plaît ». Esme se leva, s’étreignant les mains pour les empêcher de trembler. « Mlle Murray dit que je pourrais obtenir une bourse et ensuite, peut-être, tenter l’université et…
– Ça ne servirait à rien, trancha son père en se rasseyant dans son fauteuil. Pas question que mes filles travaillent pour vivre. » « 

Autour du livre :

  • Maggie O’Farrell est une écrivaine britannique née en 1972 en Irlande du Nord. Elle a grandi au Pays de Galles et en Écosse. Après une courte carrière de critique littéraire, elle se consacre totalement à l’écriture à la suite du succès de son premier roman, « Quand tu es parti« , publié en 2000. Elle a publié par la suite « La Maîtresse de mon amant » en 2002, « La distance entre nous » en 2004, qui a reçu le prix Somerset-Maugham, et « Cette main qui a pris la mienne » en 2010.
  • Sur la page Wikipédia consacrée à l’écrivaine, une analyse très intéressante des thèmes récurrents dans ses romans est proposée. On y apprend que ses romans se caractérisent avant tout par une intrigue se déroulant dans des pays anglo-saxons dans lesquels Maggie O’Farrell a vécu, par une pluralité des voix, un mélange du passé et du présent dans la narration, ainsi qu’un sujet souvent centré autour d’une famille, généralement sur plusieurs générations. L’émancipation des femmes, la difficulté des relations fraternelles, la perte des être chers et la sentimentalité extrême des personnages sont également des thèmes fortement développés par l’auteure dans ses œuvres.
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Extrêmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer

Extremely Loud and Incredibly Close

Éditeur : Points

Date de parution originale : 2005

Date de parution française : 2006

460 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Oskar, 9 ans, est surdoué, ultrasensible, fou d’astrophysique, fan des Beatles et collectionneur de cactées miniatures. Son père est mort dans les attentats du World Trade Center en lui laissant une clé. Persuadé qu’elle expliquera cette disparition injuste, le jeune garçon recherche la serrure qui lui correspond. Sa quête désespérée l’entraîne aux quatre coins de la ville où règne le climat délétère de l’après 11-Septembre.

Mon avis :

Comme le résumé l’indique très bien, nous suivons dans ce roman le jeune Oskar, surdoué de 9 ans aux passions toutes plus originales les unes que les autres, et dont le papa vient tragiquement de décéder. La découverte d’une clé dans les affaires de son papa va le mener dans une sorte de quête, à la recherche d’indices sur les derniers moments et la vie de celui-ci. Ce roman ne tourne en fait pas seulement autour du personnage d’Oskar, mais également autour des autres membres de sa famille, et traite plus particulièrement de ses grands-parents paternels et de la relation tragique et pourtant belle qui les a unis.

Je me suis beaucoup attachée au personnage d’Oskar durant cette lecture. J’ai aimé partir dans ses aventures parfois improbables à travers New-York, à la rencontre de tous les Black de cette ville. Cette quête se déroule comme une sorte de chasse au trésor, au cours de laquelle le jeune personnage se construit lui aussi et affronte peu à peu le décès de son papa. Ses remarques sont souvent judicieuses et pleines de malice. On découvre à travers ses souvenirs la relation pleine de complicité et de confiance qu’il entretenait avec son papa.

« Ce secret était un trou au milieu de moi dans lequel tombaient toutes les choses heureuses. »

Sa relation avec sa grand-mère est également émouvante. L’histoire de cette dernière, qui est racontée en parallèle de celle d’Oskar, est touchante et tragique, ramenant le lecteur aux origines européennes de la famille et à l’émigration forcée des grands-parents après la Seconde Guerre Mondiale. Plus on découvre son passé, et plus on est touché par cette grand-mère qui semble vivre pour et à travers ses proches. J’ai aimé le double sens que certains évènements prennent au cours du récit, suivant qu’ils soient traités du point de vue de l’histoire d’Oskar ou de celle de sa grand-mère (les messages collés sur la vitre entre les deux immeubles, les signatures sur les papiers dans la papeterie, le locataire…).

Certains des personnages rencontrés par Oskar au cours de sa quête sont eux aussi intéressants, particulièrement M. Black (rappelons qu’Oskar est à la recherche d’une personne se nommant Black, et rend donc visite à toutes les personnes de New-York portant ce nom de famille, ce qui lui prend un peu de temps… 75% des personnages de ce roman se nomment donc ainsi…), le voisin du dessus qui offre rapidement à Oskar un semblant de figure paternelle. J’ai aimé les messages cachés derrière chacune de ces rencontres, de la femme qui n’a pas quitté l’Empire State Building depuis des années au voisin et sa surdité choisie. Les histoires se croisent, sans forcément se relier, mais s’emboîtent pourtant bien les unes avec les autres…

« Je me suis senti ce soir-là, […], incroyablement près de tout ce qu’il y a dans l’univers, mais aussi extrêmement seul. Je me demandais, pour la première fois de ma vie, si la vie valait tout ce travail que c’est de vivre. Qu’y avait-il exactement qui en valait la peine ? Qu’y a t-il de si horrible à être mort pour toujours, et à ne rien sentir, à ne pas même rêver? Qu’y a t-il de si formidable à sentir et à rêver ? »

Je ne pense pas que le but de l’auteur était de rendre compte d’une histoire crédible (c’est vrai qu’un enfant de 9 ans qui se promène seul dans les rues de New-York à la rencontre d’inconnus, cela peut laisser sceptique…). A travers les histoires croisées d’Oskar et de ses grands-parents, on suit une histoire de famille souvent triste et pourtant si dynamique. Les remarques et le comportement inhabituels d’Oskar donnent en effet une touche de fraîcheur à l’histoire, que ce soit à travers ses inventions qu’il a toujours en tête (une eau traitée afin de donner une couleur différente à la peau selon l’humeur de celui qui se douche, un réservoir situé sous l’oreiller de chaque new-yorkais afin de recueillir les larmes de celui-ci, une limousine extrêmement longue dont le début se situerait au lieu de départ et le bout au lieu d’arrivée, ce qui éviterait de déplacer la-dite voiture…). Les lettres qu’Oskar envoie à des centaines de personnes, et notamment la courte relation épistolaire qu’il parvient à entretenir avec le scientifique Stephen Hawking, sont comme un fil rouge que j’ai retrouvé avec plaisir tout au long de ce roman.

J’aurais aimé en apprendre davantage sur le personnage du père, décédé au cours des attentats du 11 septembre, dont finalement on ne sait que peu de choses… J’aurais souhaité en connaître davantage sur la vie de ce personnage qui demeure au final la figure centrale de ce roman, à travers les souvenirs de ses proches.

« On ne peut se protéger de la tristesse sans se protéger du bonheur. »

« Extrêmement fort et incroyablement près » est un roman que je conseille fortement, tant j’ai eu du mal à le lâcher. En plus, il est bourré de petites références culturelles et scientifiques, ce qui est toujours agréable pour quelqu’un de curieux comme moi, et j’ai de plus trouvé sa mise en page particulièrement originale (insertion de photos et d’images au sein du texte, jeux sur la typographie, pages blanches…).

Autour du livre :

  • Jonathan Safran Foer est un écrivain américain né en 1977. Il a sorti un roman en 2002, « Tout est illuminé« , qui a connu un succès très important et a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2005 par Liev Schreiber, avec Elijah Wood dans le rôle principal. Il a également sorti en 2009 l’ouvrage « Faut-il manger les animaux ?« , qui combat l’élevage industriel et l’abattage des animaux (et dont la sortie en poche est prévue pour février 2012). Ses autres ouvrages n’ont pour le moment pas encore été traduits en français.

  • Une adaptation du roman, réalisée par Stephen Daldry (Monsieur « The reader« , « Billy Elliot » et « The Hours« ) sortira le 29 février 2012. C’est Tom Hanks et Sandra Bullock qui interprèteront les parents d’Oskar. La bande-annonce est visible ici.

     

  • Dans ce roman, le livre de chevet d’Oskar est « Une brève histoire du temps » du physicien et cosmologiste anglais Stephen Hawking. Ce livre, sorti en 1988, est un livre de médiation scientifique qui tente d’expliquer des phénomènes comme le Big Bang ou les trous noirs (source : Wikipedia).
  •  L’épouse de Jonathan Safran Foer est l’écrivaine Nicole Krauss, dont le roman « L’histoire de l’amour » devrait rejoindre rapidement mes étagères…

Illustration de la couverture :

  • La couverture de mon édition est illustrée par une œuvre de l’artiste Jon Gray, dont le nom d’artiste est Gray318. Il avait déjà illustré l’édition américaine de « Tout est illuminé« .

La solitude des nombres premiers – Paolo Giordano

La solitudine dei numeri primi

Éditeur : Points

Date de parution originale : 2008

Date de parution française : 2009

342 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Elle aime la photo, il est passionné par les mathématiques. Elle se sent exclue du monde, il refuse d’en faire partie. Chacun se reconnaît dans la solitude de l’autre. Ils se croisent, se rapprochent puis s’éloignent, avant de se frôler à nouveau. Leurs camarades de lycée sont les premiers à voir ce qu’Alice et Mattia ne comprendront que bien des années plus tard : le lien qui les unit est indestructible.

Mon avis :

J’ai encore une fois découvert ce roman à travers l’adaptation qui en a été faite l’année dernière, et dont est tirée la photo de la couverture de mon édition. J’ai été captivée par le regard perdu de cette jeune fille (je sais que pour certains, elle fait plutôt peur…). Je me souviens que pendant quelques jours (ma lecture remonte quand même maintenant à quelques mois),  je n’ai plus pensé qu’à me procurer ce livre sorti en 2008 en Italie. En faisant mes petites recherches préliminaires (obligatoires avant d’acheter un livre !), j’ai également appris que l’auteur, Paolo Giordano, né en 1982, avait présenté une thèse en physique des interactions fondamentales. Je crois que ça a été l’élément déclencheur pour que j’achète ce roman, j’aime beaucoup lorsque les gens parviennent à faire coïncider dans leur vie sciences et littérature.

Bref, revenons au livre. Ce roman raconte donc l’histoire de deux êtres quelques peu paumés dans leur vie, dans leur famille et dans leurs études, un peu à l’écart du reste des élèves de leur lycée, volontairement ou non. On suit ces deux personnages tour à tour, comprenant peu à peu leur mal-être, les observant évoluer et grandir dans ce monde auquel ils ne semblent pas toujours vouloir adhérer. Certains passages en sont même parfois épuisants, tant on a envie de les voir avancer.

« Ils avaient traversé les années en apnée, lui, refusant le monde, elle, se sentant refusée par le monde, et ils s’étaient aperçus que cela ne faisait pas beaucoup de différence. »

J’ai beaucoup de mal à parler de ce roman. Il m’a beaucoup marquée et je m’y suis laissée emporter du début à la fin, quasiment en transe sur les dernières pages (j’étais peut-être malade…). Je me suis posée sur l’épaule de ces deux personnes et j’ai observé peu à peu leur évolution, espérant les voir avancer dans la vie, les voir faire ces pas vers les autres qu’ils semblent parfois incapables de faire, j’ai pleuré avec eux, j’ai été touchée par leurs paroles, par leurs secrets, par leur incapacité à exprimer ce qu’ils ressentent, j’ai été révoltée lorsque les autres ne les comprenaient pas ou leur faisaient du mal…

« Il l’avait appris : les choix se font en l’espace de quelques secondes et se paient le reste du temps. »

Je ne sais pas vraiment que dire de plus sur ce roman, je sais bien qu’il ne plaira pas à tout le monde car il n’est pas très gai, mais pour moi ce fut vraiment une belle découverte, à la fois puissante et épuisante (j’en suis sortie un peu exténuée, et j’ai eu du mal par la suite à me remettre dans un autre livre).

Et pis mince, regardez-moi ce titre, faut-il avoir fait des études en mathématiques pour le trouver magnifique ? Peut-être en fait… Bref, ceux que le résumé intéresse un peu, n’hésitez pas.

« Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes. Ils occupent leur place dans la série infinie des nombres naturels, écrasés comme les autres entre deux semblables, mais à un pas de distance. Ce sont des nombres soupçonneux et solitaires, raison pour laquelle Mattia les trouvait merveilleux. » p.149

Autour du livre :

  • Paolo Giordano est un écrivain italien né en 1982. Comme je l’ai dit plus haut, il a fait une thèse en physique des interactions fondamentales à Turin. Il a indiqué que ce livre était en partie autobiographique.
  • Il a été le plus jeune auteur à remporter le prix Strega en 2008 (l’un des prix les plus prestigieux en Italie) pour ce roman.
  • Ce livre a été adapté en film en 2010 par l’italien Saverio Costanzo.

Le Liseur – Bernhard Schlink

Der Vorleser

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution originale : 1995

Date de parution française : 1996

242 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Mon avis sur le livre :

Tout d’abord, un conseil, ne lisez pas la 4ème de couverture de ce livre, en tout cas pas dans son édition Folio Gallimard, car elle mentionne un à un tous les éléments clés de ce roman… Voilà pourquoi je ne l’ai pas indiquée ici.

J’ai découvert ce livre à travers l’adaptation qu’en a fait Stephen Daldry, et je dois dire que je ne l’aurais peut-être jamais lu si Sybille  ne m’avait pas proposé de m’envoyer son exemplaire dans le cadre de ses livres voyageurs.

Nous suivons donc dans ce roman Michael, qui se remémore son adolescence et notamment la relation qu’il a eue à cette époque avec Hanna, de vingt ans son aînée. On comprendra plus tard les raisons qui l’ont poussé à se remémorer ces instants avec cette femme.

« Sur son visage d’alors sont venus se poser, dans ma mémoire, ses visages ultérieurs. Quand je veux l’évoquer devant mes yeux telle qu’elle était alors, elle apparaît sans visage. Il faut que je la reconstitue. » p.20

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai notamment été rapidement passionnée par les évènements de la vie d’Hanna, qui nous sont racontés par Michael au fur et à mesure que celui-ci les découvre. Les séances au cours desquelles il lui lisait des livres sont émouvantes, elles prendront cependant tous leur sens dans la suite du récit, lorsque l’on découvre les secrets entourant la vie d’Hanna.

Le point m’ayant le plus gênée au cours de cette lecture est sans doute la relation entre Michael et Hanna en elle-même, en tout cas lorsque celui-ci est un adolescent. Au-delà de leur différence d’âge, qui m’a empêchée d’y voir une certaine forme de romantisme, je ne suis pas parvenue à apprécier le personnage d’Hanna, du moins dans la première partie du roman. Je l’ai trouvé froide et brutale, et j’ai eu du mal à comprendre l’attachement obstiné que ressent Michael pour elle. Il est vrai que la suite du récit nous permet de mieux comprendre les attitudes et réactions brusques de Hanna, mais c’est un point qui ne m’a toutefois pas plu. J’ai pu cependant constater que je m’attachais plus facilement à son personnage dans le film que dans le livre, sans doute est-ce dû à l’actrice qui l’incarne (voir plus bas mon avis sur le film)…

Au-delà de cela, l’écriture de Bernhard Schlink est impressionnante de justesse. Il parvient parfaitement à traduire l’influence que cette histoire d’amour précoce a eue sur Michael, en particulier sur ses relations amoureuses ultérieures. La peur d’être abandonné une nouvelle fois, et surtout de ne pas retrouver la même passion que celle qui l’unissait à Hanna l’empêche de s’engager totalement dans une nouvelle relation, même des années plus tard.

« Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il rétrospectivement détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités ? Pourquoi le souvenir d’années de mariage heureux est-il gâché lorsque l’on découvre que, pendant tout ce temps-là, l’autre avait un amant ? […] Parce que le bonheur n’est pas vrai s’il ne dure pas éternellement ? » p.48

Les scènes de procès sont très prenantes, on découvre en même temps que le narrateur les charges pesant contre Hanna, les accusations, les non-dits et leurs conséquences. Paradoxalement, c’est dans cette partie du roman que j’ai apprécié le personnage de Hanna, qui semble si manipulable face au jury et aux autres accusées, incapable de comprendre qu’elle s’enfonce elle-même dans ses explications et se demandant sans cesse ce qu’il aurait fallu qu’elle fasse, plutôt que de se questionner sur ce qu’elle aurait faire. Les réflexions sur la culpabilité et le devoir sont ainsi intéressantes : est-on moins responsable lorsque l’on a agi sous les ordres de quelqu’un d’autre ? A partir de quel moment doit-on arrêter de respecter les ordres et commencer à prendre en compte sa propre conscience ?

J’ai également beaucoup aimé la seconde partie de la relation qui s’instaure entre Michael et Hanna, des années plus tard. Je pense que le fait que ce dernier soit alors adulte m’a permis de dépasser le blocage que j’avais au début du fait de leur différence d’âge. Les cassettes qu’il enregistre pour elle deviennent alors les uniques témoignages d’amitié (d’amour ?) qu’il est encore capable de lui donner.

« Non que j’aie oublié Hanna, mais au bout d’un certain temps, mon souvenir d’elle cessa de m’accompagner. Elle resta en arrière comme une ville quand le train repart. Elle est là quelque part derrière nous, on pourrait s’y rendre et s’assurer qu’elle existe bien. Mais pourquoi ferait-on cela ? »

Mon avis sur le film :

Contrairement à mon habitude, j’ai donc vu ce film avant de lire le livre, mais j’en ai revisionné depuis des passages pour capter les éventuelles différences entre le roman et son adaptation. L’adaptation a été réalisée en 2008 par Stephen Daldry, qui avait également adapté en 2002 un autre roman, « The Hours » de Michael Cunningham, avec Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore dans les rôles principaux.

Michael jeune est incarné par David Kross, acteur de 21 ans que l’on verra bientôt dans le prochain film de Steven Spielberg, « Cheval de guerre »,  et adulte par Ralph Fiennes, acteur que l’on ne présente plus (disons juste qu’il a joué dans de petits films comme « La Liste de Schindler », « Le Patient Anglais », « The Duchess », « Les Hauts de Hurlevent » ou encore la série des « Harry Potter »…).

Hannah pour sa part est jouée du début à la fin par Kate Winslet. Ces deux derniers sont des acteurs dont j’apprécie beaucoup le travail, et ils sont là encore excellents dans leurs rôles. Ralph Fiennes a un visage hallucinant, qui traduit très bien les sentiments de ses personnages, sans avoir besoin de parler. J’ai l’habitude de voir Kate Winslet dans des rôles de femmes fortes et sûres d’elle, souvent incomprises par leurs proches (je pense notamment à son rôle dans « Les noces rebelles », « Little children », « Eternal sunshine of the spotless mind » ou même encore dans « Titanic »).  Le rôle d’Hannah rentre donc selon moi dans ce genre de personnages dans lequel elle excelle.

Le jeune David Kross joue également très bien, notamment durant les scènes qu’il partage avec Kate Winslet, qui ne devaient pas toujours être faciles à jouer du fait de son âge… J’ai retrouvé avec plaisir l’actrice allemande Alexandra Maria Lara, que j’avais déjà pu voir dans les films « Control » ou « L’affaire Farewell », et qui joue ici la jeune victime du procès.

Le film suit globalement le même déroulement que le livre, et les nombreux flashbacks qui ponctuent le récit de Michael s’intègrent très bien dans celui-ci. Je trouve l’adaptation très réussie, l’image est superbe, la musique juste là quand il faut.

Petit effet collatéral non voulu : durant tout le film, j’ai été incapable de regarder l’acteur Ralph Fiennes sans voir en lui Lord Voldemort, dont il incarne le personnage dans les adaptations des Harry Potter. Perturbant donc…

Autour du livre :

  • Stephen Daldry est né en 1944 en Allemagne. En plus d’être écrivain, il exerce également la profession de juge. Il a depuis « Le Liseur » écrit d’autres romans, notamment « Amours en fuite » en 2001 et « La circoncision » en 2003.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de l’édition que j’ai lue est issue du travail de Barnaby Hall, photographe dont les œuvres servent régulièrement à illustrer des romans. Sur son site, on peut voir une partie des livres qu’il a illustrés.

Ce livre rentre dans le cadre du challenge « Regarde ce que tu lis », organisé par Nodrey.

La voleuse de livres – Markus Zusak

The book Thief

Éditeur : Pocket

Collection : Presses Pocket

Date de parution originale : 2005

Date de parution française : 2007

633 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenue. Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s’est arrêtée. Est-ce son destin d’orpheline dans l’Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? A moins que ce ne soit son secret… Celui qui l’a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres…

Mon avis :

J’ai trouvé plutôt difficile de débuter cette critique. Il faut dire que « La voleuse de livres » a été pour moi un gros coup de cœur, et que je trouve assez compliqué de parler de manière claire d’un livre que j’ai adoré. Cette lecture s’est pourtant étendue pour moi sur plusieurs semaines, mais cela fait bien longtemps qu’un livre ne m’avait autant marquée…

Ce qui ressort surtout pour moi dans ce livre, c’est la puissance des personnages. C’est simple, ils sont tous superbement travaillés. Je ne vois pas un seul personnage de ce roman pour lequel je n’ai pas eu peur, pour lequel je n’ai pas eu un sentiment maternel ou encore face à la bêtise duquel je ne me suis pas sentie impuissante ou agacée…

En premier lieu évidemment, Liesel Meminger. Déjà, je trouve que son nom sonne très bien, je ne sais pas si ça a eu une influence sur mon attachement au personnage, mais ça m’a tout de suite plu. Voilà, c’était juste une petite remarque comme ça… Pour revenir à cette chère Liesel, au début du livre, lorsque j’ai compris que pendant ces 600 pages j’allais la suivre à travers le point de vue de la narratrice, je me suis tout de suite attachée à ce personnage. Liesel vit des évènements tragiques, mais parvient toujours à surpasser sa tristesse quand il s’agit de remonter le moral de ses proches, de sauver l’honneur de quelqu’un ou surtout de faire une bêtise. A travers cette petite fille, l’auteur semble vouloir nous donner une leçon d’espoir et de volonté face au malheur et surtout face à la bêtise humaine.

Ensuite vient Hans Hubermann, personnage qui m’a certainement le plus émue dans ce roman. Liesel a tout de suite confiance en lui, et j’ai aimé la relation de protection mutuelle qui se lie petit à petit entre eux…

« Parfois je me dis que mon Papa est un accordéon. Quand il respire et me regarde en souriant, j’entends les notes. »

Pour ma part, il représente l’homme parfait (oui, pas moins que ça !) : il est discret…

« [Il] pouvait faire partie du décor même quand il était sur le devant de la scène. »

…humain, intègre, drôle, plein d’amour et de compassion… et surtout, accordéoniste. Connaître l’histoire de cet accordéon du début à la fin m’a d’ailleurs passionnée…

« L’accordéon vit parce qu’il respire. »

J’ai pris l’habitude durant ce roman de me représenter Hans, toujours une cigarette à la bouche, d’ailleurs d’après la narratrice, « ce qu’il préfère c’est les rouler ». J’ai vraiment été émue par cet homme qui ne voit pas l’intérêt de la guerre et du régime nazi mais qui se voit contraint parfois d’y participer afin de protéger sa famille.

« Ils aimaient mieux rouler des cigarettes que rouler dans la neige et dans la boue. Ils préféraient tirer des cartes plutôt que tirer des balles. »

Il serait peut-être un peu long de citer tous les autres personnages de ce roman, mais disons que Rosa Hubermann , la « maman » de Liesel, m’a fait rire à chacune de ses insultes en allemand (« Saumensch », « Saukerl » et j’en passe…). J’ai été émue de son amour discret pour Hans et Liesel… Il faut également citer Max Vandenburg, dont la « bande dessinée » tendre, poétique et émouvante qu’il offre à Liesel, « L’homme qui se penchait », mériterait à elle seule d’être publiée. Je n’oublie pas non plus Rudy Steiner, le voisin de Liesel, qui m’a également beaucoup plu. Malgré son jeune âge, il a déjà quelques opinions sur le régime nazi et la guerre. C’est sans doute un des personnages les plus courageux du roman, à sa manière…

Enfin, je crois que le personnage le plus intéressant, le plus observateur, le plus drôle, le plus poète par moment, c’est certainement le narrateur, ou plutôt la narratrice, j’ai nommé la Mort. Car oui, le propre de ce superbe roman est d’être écrit par la Mort herself, et c’est ce qui le rend si original et surprenant. Mais attention, ce n’est pas une Mort macabre, sadique et obstinée que nous avons face à nous, mais un personnage pas toujours sûr de lui, parfois épuisé et dépité devant les bêtises humaines, quelqu’un qui se pose même des questions sur son rôle sur Terre…

« […] J’ai besoin de me distraire. Cela me permet de conserver mon équilibre et de tenir le coup, étant donné que je fais ce métier depuis une éternité. »

« Trois langues s’entremêlaient. Le russe, les balles, l’allemand. »

Sa façon d’appréhender le monde à travers les couleurs qu’elle perçoit donne lieu à des descriptions très poétiques.

« D’abord les couleurs, ensuite les humains. C’est comme ça que je vois les choses, d’habitude. Ou que j’essaie du moins. »

« Le jour était gris, la couleur de l’Europe. »

Cette Mort-là ne semble jamais aller chercher ses victimes avec nonchalance ou négligence, elle « vient les chercher »,  « se penche vers eux », « libère leur âme », « [les] emporte avec douceur »… Elle ressent de la compassion pour les humains et les décrit souvent avec humour et tendresse. Dès sa première rencontre avec Lisel, elle est touchée par cette fillette et ne peut résister à s’intéresser davantage à la vie de celle-ci.

Du fait du statut plus que particulier de cette narratrice omnisciente, le récit est régulièrement marqué par des bonds dans le temps. On pourrait croire que ceux-ci dérangent la lecture, d’autant plus qu’ils nous apprennent souvent des éléments fondamentaux de la suite du roman, et qu’il n’est donc pas rare que nous connaissions le destin d’un personnage dès son entrée dans le récit. Malgré cela, ça n’est jamais le cas. Et pourtant, j’avoue faire partie des personnes qui détestent par dessus tout qu’on leur raconte ne serait-ce qu’un élément insignifiant d’un roman avant de le lire. Dans « La voleuse de livres », Markus Zusak intègre tellement bien ces passages qu’ils n’en sont que plus intéressants.

De même, la narratrice distille au cours du roman de petites informations, en lien direct ou non avec le récit. Ces éléments permettent de se poser au cours de la lecture et sont, contrairement à ce que je craignais au début, très agréables et souvent drôles. Cette originalité dans la structure du roman est sûrement pour beaucoup dans le plaisir que j’ai eu à lire ce livre.

Voilà, il me semble que je suis presque parvenue à décrire ce que j’ai ressenti en lisant ce livre, que je conseille tout simplement à tout le monde. Ce livre rentre dans le cadre du « Big Challenge 2011 » de Livraddict, et me permet d’atteindre pour ce challenge le résultat de 16 titres lus sur 100 (il y a encore du boulot…).

16/100

Autour du livre :

  • L’auteur, Markus Zusak, est un écrivain australien né en 1975, d’un père autrichien et d’une mère allemande. Il est l’auteur de plusieurs romans pour jeunes adultes, largement récompensés en Australie, aux États-Unis ou en Europe : « The Underdog », « Fighting Ruben Wolfe », « When Dogs Cry » ou encore « I am the Messenger ».
  • Dans le livre, la triste musique « Sombre dimanche » est mentionnée comme ayant provoqué une vague de suicides en Hongrie (« Szomorú Vasárnap » en hongrois). Je ne sais pas si cette information est véridique, mais cette superbe chanson, dont vous pouvez écouter une version ici, est également connue pour être présente au début du film « La Liste de Schindler » de Steven Spielberg. Elle a également été reprise en anglais sous le tire de « Gloomy Sunday », dont vous pouvez écouter la version de Billie Holiday ici.