Le monde dans la main – Mikaël Ollivier

Éditeur :  Thierry Magnier

Collection : Grands Romans

Date de parution : 2011

288 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Dans la vie de Pierre, adolescent timide et sans histoire, tout semble normal et lisse. Il partage son temps entre le lycée et le conservatoire, et entretient une correspondance assidue avec sa sœur partie de la maison.
Un samedi après-midi, après des courses chez Ikea, sa mère leur tourne le dos, à lui et à son père. Elle disparaît, sans rien dire. Quelques heures plus tard, elle envoie un SMS : « Ne vous inquiétez pas pour moi. Je n’en peux plus, c’est tout. »
Après le choc, la peur et de vaines recherches policières, la vie s’organise autour de cette absence inexplicable. Les repères s’écroulent. Le vernis se fendille et dans cette famille où l’on parlait peu, les langues se délient soudain, révélant des secrets et des drames insoupçonnés. La violence de ce bouleversement transforme le jeune homme réservé, lui apprenant à se débarrasser de ses peurs et de son excessive sagesse.

Mon avis :

Mikaël Ollivier est un auteur que j’ai découvert lorsque j’étais au lycée à travers deux de ses précédents romans, « La vie, en gros » et « Star-crossed lovers« , que j’avais tous deux beaucoup appréciés (il faudrait que je le relise d’ailleurs..). Voilà pourquoi je n’ai pas hésité longtemps à lire son nouveau roman, dont la couverture me plaisait en plus beaucoup..

Malgré le sujet pas forcément heureux traité dans ce livre, on comprend dès les premières pages que sa lecture ne sera pas triste, au contraire. Mikaël Ollivier est particulièrement doué pour faire rire, ou au moins sourire, en toutes circonstances, et il le prouve parfaitement dans ce roman. Il maîtrise en fait très bien ce que j’appellerais le « comique de situation », soit quelque chose qui me fait très souvent rire. Dans le cas présent, on assiste en particulier à une scène assez mémorable à Ikea où Pierre et ses parents, munis d’un « chariot aussi facilement maniable qu’un âne mort » (p.19), s’impatientent un à un au fur et à mesure de leur lente progression dans le magasin…

« Pour parvenir aux rayons des chambres, il fallait passer par les salons, les canapés, faire un arrêt aux bureaux puis traverser les cuisines. Pas le choix. Chez Ikea, on n’avance pas, on chemine, on piétine, on tourne, on a l’impression de faire des kilomètres alors qu’on fait du surplace entre les fausses cloisons qui abrite les faux intérieurs. » (p.14)

Au final, comme le dit si bien Pierre, « Ikea, c’est drôle au début. » (p.13). Et je ne vous parle pas des scènes en présence du vieux couple voisin des grands-parents de Pierre, dont la femme a été renommée par Pierre Madame Faisandée, du fait de son âge et de la couleur de sa peau…

Pour en revenir au sujet du roman en lui-même, on assiste donc au départ de la mère de Pierre, qui disparaît un jour sans prévenir, et ne donne plus de signe de vie mis à part un SMS leur demandant de ne pas s’inquiéter. Commence alors pour Pierre et son père une vie à deux un peu bancale, dans laquelle les rôles sont vite inversés.. Pierre récupère, étrangement avec un certain plaisir, le rôle du chef de famille devant veiller sur son père.

« J’avais envie de le prendre dans mes bras mais est-ce qu’on est capable, à seize ans, de serrer son père pour le consoler ? » (p.142)

J’ai beaucoup aimé la relation qui se noue petit à petit entre ces deux personnages.. Pierre semble redécouvrir son père à travers cette épreuve, et l’on sent que leur relation en sort renforcée. J’ai particulièrement aimé le fait qu’on ne tombe pas dans un scénario qui aurait pu être classique : l’adolescent qui part en vrille, les relations avec son père qui se détériorent, les notes qui diminuent inexorablement à l’école, et éventuellement pour finir : la drogue et la fugue qui sait ! Mais non, rien de tout cela ici, les changements qui s’opèrent au sein de ces deux êtres s’avèrent au final bien plus subtils..

 » Pierre, quand je serai vieux, vraiment vieux, et que tu seras un homme, un père peut-être, avec des responsabilités, des soucis, une vie à toi dont je ne saurai rien, n’oublie pas qui j’ai été. N’oublie pas, même si je n’ai plus toute ma tête, même si j’ai rapetissé, que je suis tout tassé et que je pue le vieux, n’oublie pas que j’ai été ton père, que j’ai mené ma vie, essayer de guider le début de la tienne. Que j’ai été un homme. » (p.180)

J’ai été surprise que l’absence de la mère, qui demeure à l’origine l’élément déclencheur de ce récit, reste malgré tout en toile de fond et ne constitue pas forcément l’essentiel de l’intrigue. C’est un point qui pourrait déconcerter mais que j’ai finalement trouvé ici intéressant. Je pense que cela permet en effet au lecteur de s’attacher ainsi plus aux changements qui s’opèrent dans la vie de Pierre et de son père. Cela dit, le départ de la mère et les éléments qui auraient pu la conduire à les quitter ne sont pas non plus totalement absents du roman, et heureusement. Au final, on a comme l’impression à la fin de ce roman d’en savoir très peu sur cette femme, qui semble être toujours restée une sorte de mystère pour ses proches.. Et c’est d’ailleurs ce que Pierre semblait ressentir dès le début. Connait-il vraiment sa mère ? Que sait-il de ses goûts, de son passé, de sa vie ?

 » Mais il faut bien comprendre que ce n’était pas envisageable que ma mère disparaisse pour de bon. C’était ma mère, c’était sa femme, c’était comme le jour qui se lèvre chaque matin, tellement normal qu’on n’y fait plus attention.  » (p.25)

Au cours de ses réflexions, Pierre se pose beaucoup de questions sur l’influence que peuvent avoir nos choix sur le cours de notre vie. Quand votre mère quitte la voiture au beau milieu d’un parking et s’en va, faut-il la rattraper ou la laisser partir ? Cela aurait-il changé quelque chose à sa disparition ? Notre vie dépend-elle vraiment des choix arbitraires que nous sommes amenés à faire, ou existe-t-il une sorte de destin auquel nous sommes voués, peu importe nos choix ?

 » – En prenant à gauche, je choisis sans le savoir une vie et je tourne le dos à une autre ! Comment savoir laquelle aurait été la meilleure, celle de la rue de gauche, ou celle de la rue de droite ?
– On ne peut pas savoir.
– Mais c’est des coups à rester au lit de peur de bouleverser l’avenir au moindre pas!
– Sauf que c’est pas en restant au lit que tu vas la rencontrer, la femme de ta vie. » (p.134)

Pour finir, je crois que le plaisir que j’ai pris à lire ce livre tient en grande partie à la richesse de ses personnages. Au-delà des deux personnages centraux, Pierre et son père, Mikaël Ollivier nous offre une palette de personnages secondaires toujours surprenants et attachants : Mathias le meilleur ami de Pierre, dont les réflexions sont toujours pertinentes et à contre-courant de ce que l’on pourrait imaginer dans un roman destiné aux adolescents, la grand-mère maternelle de Pierre, Bonne Maman, qui sous ses airs bourgeois et froids cache une attitude protectrice qui m’a touchée, la grand-mère paternelle de Pierre cette fois, à l’opposé de l’autre, et aux remarques impertinentes, sans oublier mon personnage préféré : Marie-Bertille (je précise que la famille dont est issue la mère de Pierre est assez bourgeoise, ce qui explique certains des prénoms..), la tante de Pierre, qui sous ses airs timides et coincés cache une personnalité forte et réfléchie (excusez-moi pour la longueur de la citation suivante, mais j’aime vraiment beaucoup ce passage…).

 » J’ai compris ce soir-là ce que j’aimais chez ma tante. C’était qu’elle ne m’avait jamais traité comme un enfant, ni comme un adolescent. Jamais elle ne m’avait demandé comment allait l’école, si j’avais une amoureuse, ce que je voulais faire plus tard. Avec elle, je n’avais même pas l’impression d’être son neveu, mais moi-même, tout simplement. Un individu qu’elle prenait tel qu’il était. S’il était très difficile à quelqu’un qui ne la connaissait pas de lui donner un âge (sans même parler de ses tenues vestimentaires hors d’âge et de modes), c’était parce que le temps n’avait pas de prise sur elle car pas d’importance. Et du coup, il en allait de même pour l’âge des personnes qu’elle fréquentait. Elle s’en moquait et se comportait de la même façon avec tout le monde, ne cherchant à plaire à personne, ni professionnellement […], ni amicalement, ni amoureusement. Elle ne jouait pas à la vie comme nous tous, et cela faisait d’elle un être reposant. Et sans doute plus libre malgré ses airs coincés que bon nombre d’entre nous qui passons notre temps à vouloir démontrer aux autres combien nous le sommes. » (p.189-190)

Et j’allais oublier le personnage qui est sans doute le plus important pour Pierre : sa sœur, Alix, qui n’est plus à la maison mais avec laquelle il communique tout le temps, dès qu’il se sent mal ou se pose des questions.. J’ai trouvé cette relation extrêmement touchante et bien amenée, et c’est sans doute ces dialogues avec sa sœur qui m’ont tant fait aimer le personnage de Pierre, auquel je me suis beaucoup attachée durant ma lecture.

 » La beauté n’a pas besoin qu’on la voit pour exister. » (p.74)

Pour finir, « Le monde dans la main » est un roman que je conseille vraiment, aux adultes comme aux plus jeunes, et qui nous fait nous poser de très belles questions sur l’absence et le souvenir que l’on garde des gens qui ne sont plus là, mais également sur les choix que l’on peut être amené à faire dans la vie. Ce livre insiste également, et ce de manière originale et pertinente, sur la notion de liberté et d’indépendance d’esprit vis-à-vis des autres, ainsi que sur la nécessité qu’il y a à saisir la différence entre ce que nous souhaitons faire de notre vie et ce que les autres attendent de nous. Enfin, les différents personnages nous donnent dans ce roman une discrète leçon de courage et surtout d’espoir, que j’ai eu beaucoup de plaisir à recevoir.

 » Est-ce que tout passe avec le temps ? » (p.181)

Autour du livre :

  • Mikaël Ollivier est un écrivain français né en 1968. Alors qu’il n’aimait pas lire étant enfant (voir son roman « Celui qui n’aimait pas lire »), c’est d’abord pour le cinéma qu’il se passionne. Il travaillera par la suite à Canal Plus. Parmi ses romans destinés aux plus jeunes, on peut citer :
  • Mikaël Ollivier a également publié des romans destinés aux adultes.
  • A noter les références littéraires et musicales présentes dans ce roman, qui font toujours plaisir : la Prélude de la 1ère Suite de Bach, toujours elle (on en parlait aussi dans « Si je reste » de Gayle Forman), une Prélude de Chopin, la Gnossienne n°1 de Satie, le roman « La Quête d’Ewilan » de Pierre Bottero, le Concerto pour piano n°5 de Beethoven (« Concerto Empereur »), et j’en oublie sans doute… J’aime beaucoup découvrir de telles références dans mes lectures, dans le cas présent cela me permet de combler une partie mes lacunes en ce qui concerne la musique classique…

Taille 42 – Malika Ferdjoukh & Charles Pollak

Éditeur :  L’École des Loisirs

Collection : Médium

Date de parution : 2007

264 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Septembre 1939. J’ai onze ans et je pars à la mer avec l’école. C’est grâce à la guerre qui vient d’éclater. Il paraît que nous, les enfants, nous serons plus à l’abri là-bas qu’à Paris.
Je suis flâneur, rêveur, timide, sentimental. J’aime les illustrés et le cinéma. Mandrake, Fu Manchu, Prince Vaillant, Gary Cooper, Clark Gable.
Je fais un bisou pressé à ma grande sœur. Je ne sais pas encore que je la vois pour la dernière fois.
L’an prochain, je dois passer mon certificat d’études. Je ne sais pas encore que ce petit diplôme va me sauver la vie.
Eugène, mon père, va chercher du travail là où il y en a, dans un village en Baie de Somme. Je ne sais pas encore que bientôt, nous allons tous le rejoindre, changer de vie, tromper la mort, grâce à son aiguille de tailleur qui va faire des miracles.
Je suis Juif, c’est devenu un secret, et je ne comprends pas pourquoi tant de gens ont l’air de trouver que c’est mal.

Cette histoire est vraie. Charles Pollak l’a vécue. Malika Ferdjoukh l’a écrite.

Mon avis :

Suite à ma très appréciée lecture de « Chaque soir à 11 heures« , je me suis replongée avec envie dans la bibliographie de Malika Ferdjoukh. J’ai ainsi décidé de lire (ou relire) une bonne partie de ses romans (vaste programme n’est-ce pas..). J’ai donc commencé par ce roman édité à L’École des Loisirs (comme la plupart des romans de l’auteur d’ailleurs), et dont je n’avais bizarrement pas beaucoup entendu parler jusque là.

« Taille 42 » nous raconte donc l’histoire de Charles Pollak, à travers les mots de Malika Ferdjoukh. Le style de cette dernière est d’ailleurs perceptible de temps à autre dans le récit, ce qui est toujours très agréable. J’ai notamment noté les interjections qui rythment le début du récit, ainsi que bien évidemment l’humour toujours présent en toile de fond…

A travers le point de vue du plus jeune fils de la famille, Charles, dit Charly, nous suivons donc le parcours des Pollak, originaires de Hongrie et installés à Paris depuis les années 20. Le père de Charles, Eugène dit Apou, est un tailleur spécialisé dans le gilet, et aidé dans son travail par ses filles et sa femme. Le tissu et la coupe des vêtements est d’ailleurs un thème qui revient souvent dans ce roman, comme un fil rouge : les ourlets, les plis, les doublures, les matières…, élément qui m’a beaucoup plu durant ma lecture.

« Tu vois, répète mon père avec ce vibrato admiratif dans la voix dont il n’use que pour parler de la fortune des Rothschild ou de la cuisine de ma mère. Tu vois pourquoi M. Rosenfeld, il nous dépasse tous ? Personne ne sait, comme lui, cacher les bords et les replis de la coupe ! C’est un artiste.  » p.15

La vie est parfois dure, et la guerre s’installe peu à peu dans les esprits comme quelque chose d’inévitable, mais ce récit reste tout de même en grande partie pour Charles celui de souvenirs joyeux et tendres, partagés entre l’école, le cinéma, la vie quotidienne à la maison, et les jeux avec son frère et ses amis.

Avec l’arrivée de la guerre, la vie devient cependant plus dure pour les Français, et plus particulièrement pour les personnes juives comme la famille Pollak. Les fils sont contraints de partir avec leur classe loin de Paris, où ils seront tous les deux plus en sécurité. Décidé à garder sa famille en vie coûte que coûte, Apou décide de son côté de partir en Baie de Somme, afin d’y faire ce pour quoi il est le plus doué, la taille de costumes, et ensuite pouvoir y installer toute sa famille.

Au final, il est assez difficile de parler de ce récit sans trop en dévoiler sur l’histoire de cette famille. J’ai aimé le fait que ce récit nous soit raconté du point de vue de Charles, qui du haut de ses 12 ans n’a pas toujours des préoccupations aussi sérieuses que les adultes de sa famille… Cela mène d’ailleurs régulièrement à des scènes assez comiques. Et c’est là encore un point qui m’a beaucoup touchée dans ce roman, car malgré la gravité et la tristesse des évènements qui se déroulent autour d’eux, la famille Pollak reste toujours unie, aimante et prête à tout pour survivre et protéger au maximum les enfants.

J’ai du mal à en dire plus sur ce roman, mais selon moi il propose une approche de la vie durant la Seconde Guerre Mondiale différente de ce que j’ai eu l’habitude de lire sur ce sujet. Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’être moi-même « protégée » des évènements extérieurs par les parents de Charles, comme eux-mêmes parviennent à protéger leurs enfants des privations et des atrocités de la guerre.

« Il avait parlé en hongrois. Il tira sur sa cigarette, fixant la pointe étincelante de ses bottes. Ma mère continua de remuer son bois, mon père de repasser sa doublure, André de jouer avec Moska, Madeleine de coudre son ourlet, moi de caresser Frimousse. […] Le bois brûlait, le fer repassait, l’ourlet se cousait, la chienne remuait les oreilles, le chat ronronnait… Le tankiste leva les yeux derrière la fumée de sa cigarette. A brûle-pourpoint, il demanda : – Et vous ? Vous êtes de quelle religion ?  » p.231

J’ai été très touchée par les passages traitant de la religion et des efforts que les parents de Charles doivent faire pour abandonner leurs habitudes et rituels religieux, afin de ne pas dévoiler leur véritable identité. Particulièrement les passages sur la viande de porc, interdite par leur religion, mais qu’ils sont cependant contraints de manger afin de ne pas éveiller les soupçons mais aussi de survivre, ou encore ceux se déroulant à l’église, lorsque la famille doit faire semblant d’être catholique, comme toute le monde. Ces scènes sont touchantes et tristes à la fois, car elles mettent en évidence cette partie d’eux-mêmes que les Pollak doivent peu à peu mettre de côté, s’il veulent survivre à cette guerre… Mais elles restent aussi très drôles, à travers les remarques et questionnements de Charles et de son frère.

 » Le curé lui remit une effigie peinte, toute brillante, de Jésus. Mon père la prit, l’air de savoir parfaitement de quoi il retournait. L’assistance se cogna la poitrine en répétant : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri… » Ensuite, ils allèrent à la queue leu leu devant le père Jean pour avaler un truc qui leur donnait un air crispé quand ils retournaient à leur place, comme s’ils avaient avalé du plâtre qui aurait durci dans leur bouche.
– C’est quoi ? chuchota mon frère.
– Le corps du Christ ! murmurai-je, me référant à ce que venait de dire le curé.
– Beurk… Si c’est comme la viande séchée, j’en prends pas.
On resta immobiles devant nos prie-Dieu, en priant (on ne savait plus tellement qui, à vrai dire) pour que personne ne remarque qu’on n’était pas allés avaler le plâtre ou viande séchée.  » p.201

Un autre point qui m’a plu est la réelle tendresse qu’on ressent entre Charles, ses sœurs et son frère. La scène durant laquelle Charles va à la pharmacie le ventre vide dans le seul but de demander des échantillons de crème de jour au pharmacien, et ainsi faire plaisir à sa grande sœur, alors que le plus important est surtout de se trouver à manger, est particulièrement touchante. J’ai enfin particulièrement aimé les relations que la famille Pollak noue petit à petit avec les habitants du village, et la façon avec laquelle elle parvient à s’y intégrer.

 » – Une reine des reinettes ! nota Nadine, la bouche pleine.
– La mienne, c’est une pomme à cidre.
– Les pommes, c’est comme les humains, soupira Eliane entre deux bouchées. Plein de variétés pour une seule espèce.
Croc, croc, dans un bruit de chair de fruit, tout fut bientôt englouti, les pommes et la philosophie.  » p.193

« Taille 42 » est un livre que je conseille à tout le monde, et qui est je pense particulièrement adapté aux enfants et adolescents qui souhaitent découvrir la vie quotidienne d’une famille juive touchante et attachante sous l’Occupation.

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme “Sombres citrouilles“, “Minuit-cinq“, “Fais-moi peur”, “Aggie change de vie“ ou encore «  »Chaque soir à 11 heures«  ». Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • Après la guerre, Charles Pollak est resté dans le village de Feuquières-en-Vimeu jusqu’en 1948. Il s’est ensuite marié et est aujourd’hui père de deux filles, grand-père et arrière-grand-père. C’est sa fille Ida qui lui a fait rencontrer Malika Ferdjoukh.

Autres petits papiers :

  • Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
    • Chaque soir à 11 heures, le dernier roman de Malika Ferdjoukh, sorti en 2011.
    • Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.

z__montages

De pierre et de cendre – Linda Newbery

Set in stone

Éditeur :  Le Livre de Poche

Collection : Littérature & Documents

Date de parution originale : 2006

Date de parution française : 2009

384 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux deux filles de Mr. Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d’un passé scandaleux. Entre désirs de possession, obsessions et illusions, les deux demoiselles, leur père, l’ombre de leur mère décédée et leur gouvernante entament devant Samuel une subtile danse aussi fascinante que macabre…

Mon avis :

« De pierre et de cendre » étant un livre que j’ai lu en juin 2011, je m’excuse par avance si mes lointains souvenirs ne me permettent pas de vous offrir un avis très détaillé… Quand je suis tombée sur ce roman, j’ai tout de suite été attirée par sa jolie couverture, son résumé et l’atmosphère qui s’en dégage. Nous sommes en 1898 en Angleterre, dans un contexte tout à fait adapté à mes goûts donc.

A travers le personnage de Samuel Godwin, le récit commence par la découverte de la magnifique demeure des Farrow, Fourwinds. Celle-ci, qui tient son nom des quatre vents qui la parcourent depuis les différents points cardinaux, semble entourer d’une aura particulière. Samuel le perçoit rapidement, et les dires des deux demoiselles de la maison ne font que confirmer son impression. Tout au long du roman, cette demeure restera d’ailleurs un personnage à part entière, renfermant ses mystères, ses secrets et ses drames…

Au sein de cette propriété vivent Mr. Farrow, ses deux filles, Marianne et Juliana, ainsi que leur gouvernante Charlotte Agnew, dont le dévouement pour les deux adolescentes semble absolu. Samuel comprend vite que de nombreux secrets tournent autour de cette famille, et que l’apparente sérénité avec laquelle Mr. Farrow le reçoit n’est qu’illusion…

J’ai beaucoup aimé dans ce roman découvrir peu à peu les mystères qui se cachent derrière cette famille et cette propriété. Samuel étant le professeur de peinture des deux adolescentes, j’ai également apprécié la manière avec laquelle l’auteure intègre le thème de l’art dans cette intrigue : les gargouilles encadrant la maison, qui semblent si importantes, mais pour des raisons différentes, à chacun des membres de cette famille, les cours de peinture données sur la terrasse, le rapport entre l’artiste et son œuvre, le rapport entre le statut d’homme et d’artiste…

Durant ce roman, je me suis d’ailleurs souvent surprise à stopper ma lecture pour observer le tableau illustrant la couverture, que je trouve magnifique et très onirique… J’avais la sensation que ce tableau représentait parfaitement l’atmosphère qui se dégage de ce roman : onirique et doux, mystérieux et intriguant.

Les personnages sont également intéressants : Marianne et Juliana aux caractères si différents, Charlotte Agnew si proche des jeunes filles et bien plus intelligente qu’elle ne le laisse voir, Mr. Farrow, à la fois charismatique, épuisant et dérangeant, et enfin Samuel Godwin, l’un des deux narrateurs (l’autre étant Charlotte), qui tente de percer les mystères de cette demeure sans se douter que c’est en partie elle qui le dirige…

Cependant, alors que j’ai beaucoup apprécié, pour des raisons diverses, les premiers personnages, le personnage de Samuel m’a plus gênée et énervée. J’ai eu du mal à comprendre son comportement et sa quête d’ascension sociale.. La famille Farrow représente son unique chance d’être enfin reconnu pour ses œuvres, d’être enfin accepté dans cette société qui l’attire tant. Mais les sacrifices qu’il est prêt à faire et les pactes moraux qu’il est prêt à conclure m’ont rendu ce personnage dérangeant sous certains aspects, même si l’on comprend vite qu’il est lui-même déchiré entre ses devoirs et ses envies.

Le personnage de Charlotte Agnew, la gouvernante, m’a elle beaucoup plu. Son intelligence, sa perspicacité et sa droiture me l’ont rendue très sympathique. J’ai particulièrement aimé la légère intrigue tournant autour de sa propre famille. C’est plus précisément dans ces passages que l’on se rend compte de l’origine de la force et du courage qui émanent d’elle.

Les références à des romans tels que « Jane Eyre » sont palpables (j’ai lu dans d’autres avis des références aux livres de Wilkie Collins, que je n’ai encore jamais lus), que ce soit dans l’atmosphère qui se dégage du roman ou dans les thèmes traités comme l’hystérie et les secrets de famille. Peut-être trop justement. Car contrairement à de tels romans, j’ai trouvé dans celui-ci certains éléments trop évidents et trop simples. J’ai du mal à comprendre qu’un roman dont l’intrigue occupe la quasi-totalité du livre ne nous propose qu’un dénouement rapide et trop facile. Je pense que c’est cet aspect qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cette lecture.

Au final, je suis ressortie de ce roman très partagée, puisque je me suis imprégnée et j’ai beaucoup apprécié son atmosphère pendant une grande partie de ma lecture, avant d’être déçue par la facilité des dénouements. Je trouve que ces personnages méritaient quelque chose de plus abouti.

Enfin, cela peut paraître étrange, mais quand j’ai compris à la fin de ma lecture que le personnage de Samuel avait réellement existé, mon point de vue plutôt négatif sur le personnage s’est un peu adouci (voir plus bas dans la partie « Autour du livre » les détails de sa vie)… De même, cet aspect « biographique » du roman pourrait également expliquer la rapidité du dénouement, qui suivrait alors le déroulement réel des évènements. Cela dit, étant donné que je ne sais pas jusqu’à quel point ce roman s’inspire de la vie du peintre et où commence la fiction, je reste sur ce que j’ai dit concernant les quelques points négatifs que j’ai précisés plus haut.

Mais puisque j’aime finir mes avis sur une note positive, je dirais que « De pierre et de cendre » est un roman qui m’a beaucoup touchée et dont on ne voit pas passer la lecture. On est totalement pris dans les aventures de ce jeune peintre et surtout dans le cadre merveilleux et mystérieux de cette famille. Si le mélange de mystère, d’art et d’aventures vous intéresse, n’hésitez donc pas !

Autour du livre :

  • Linda Newbery est un écrivain britannique qui a d’abord surtout écrit des romans pour enfants, adolescents et jeunes adultes. Sur de nombreux sites, « De pierre et de cendre » est d’ailleurs considéré comme un roman pour jeunes adultes. Personnellement, je ne le rangerai pas forcément dans cette catégorie…
  • Peu de ses romans ont actuellement été traduits en français : « Sisterland« , « The Shell House« , « The Treasure House« …
  • Vous pouvez obtenir plus d’informations sur cette auteure sur son site internet.
  • En commençant ce roman, je me suis demandée si le personnage de Samuel Godwin était réel ou imaginaire. Les quelques recherches faites sur internet n’ayant pas été fructueuses, j’ai donc imaginé durant ma lecture que son personnage était fictif. Cependant, à la fin de ma lecture, j’ai pu lire la notice bibliographique écrite par l’auteure et donc constater que le peintre Samuel James Godwin avait réellement existé (même si je n’en trouve aucune trace sur Internet). Né en 1878 et disparu en 1941, il faisait partie d’un petit groupe de peintres mineurs dont les œuvres ont suscité l’intérêt au début du 20ème siècle. Son œuvre a ensuite eu son heure de gloire après la Première Guerre Mondiale, en partie grâce au mécénat de Rupert Vernon-Dale (personnage présent dans le roman). Après une exposition particulière en 1920, il a cessé définitivement d’exposer et n’a plus participé à la vie artistique de l’époque. Ses tableaux les plus célèbres sont « La Sauvageonne« , mentionné dans le roman et qui semble représenter Marianne Farrow, ainsi que « Les Quatre Vents« , représentant les gargouilles de la demeure décrites là encore dans le roman.

Illustration de la couverture :

  • Mon édition est illustrée par un extrait d’un tableau peint par Charles Courtney Curran en 1909 et intitulé « Sur les hauteurs« . Curran était un peintre impressionniste américain né en 1861 et décédé en 1942. Vous pouvez voir une partie de ses magnifiques tableaux ici.

« Sur les hauteurs », Charles Courtney Curran (1909) – Source

« Songs of childhood », Charles Courtney Curran – Source

« The Lanterns », Charles Courtney Curran (1910) – Source

« On the cliff », Charles Courtney Curran (1910) – Source

« A breezy day », Charles Courtney Curran (1887) – Source

Chaque soir à 11 heures – Malika Ferdjoukh

Éditeur :  Flammarion

Collection : Émotion

Date de parution : 2011

401 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Willa Ayre s’est classée dans la catégorie des filles que les garçons ne voient jamais, des insignifiantes, des petits chats caustiques mais frileux. Iago, lui, attire tous les regards. Il est le garçon dont rêvent toutes les filles du lycée.

Dès la rentrée, Iago pose les yeux sur Willa et la choisit. Mais à une fête, Willa rencontre le bizarre et ténébreux Edern. Dès lors, sa vie prend une tournure étrange. De la grande maison obscure cachée au fond de l’impasse, la jeune fille doit découvrir les secrets, sonder son coeur, et faire un choix…

Mon avis :

Depuis le temps que j’attendais de lire ce livre, je ne regrette pas de l’avoir enfin commencé ! Après avoir lu beaucoup de ses romans durant mon adolescence, j’ai donc retrouvé Malika Ferdjoukh avec ce nouveau livre, publié dans la nouvelle collection « Émotion » de chez Flammarion (ladite émotion étant ici l’amûûûr…).

Dès le début, nous plongeons directement dans un univers so Ferdjoukhien, dans lequel les personnages ont des prénoms étranges (Wilhelmina, Iago, Isebelle, Roch, Melville, Rosemonde et j’en passe), un humour ravageur et des références culturelles plein la tête (on prend le temps de s’arrêter devant « Beau fixe sur New-York » de Stanley Donen ou « La joyeuse divorcée » de Mark Sandrich, mais aussi « Massacre à la tronçonneuse » ou Tim Burton, on y lit « Papa longues jambes » de Jean Webster ou « L’invitation à la valse » de Rosamond Lehmann, on y écoute Charlie Parker, on y croise les œuvres de Gustave Moreau ou Niki de Saint Phalle…). Et surtout, et c’est ce qui m’a fait le plus grand bien, on est face à une héroïne irrésistiblement attachante, qui n’a pas sa langue dans sa poche, est intelligente, sérieuse, courageuse, curieuse et se passionne donc pour tout et n’importe quoi. Qu’est-ce que ça fait du bien de temps en temps une fille pas nunuche comme Willa !

A noter également l’importance de la ville de Paris dans ce roman, à travers les rues de laquelle Willa court toute la journée… On la suit dans le métro, dans le bus, en voiture et en taxi, dans l’hôtel de luxe particulier de son amie Fran, dans la lugubre mais tellement attirante maison d’Edern, mystérieusement appelée « Fausse Malice » (et qui n’est pas sans rappeler la Vill’Hervé des romans « Quatre sœurs« …), dans l’appartement glauque de son professeur de saxo, et enfin dans son appartement cosy dans lequel on mange des Bounty glacés en regardant des comédies musicales.

Au-delà du cadre et des personnages, on se laisse rapidement emporter par l’intrigue de ce roman et les nombreuses aventures qui jalonnent la vie de Willa. L’enquête qu’elle mène peut parfois paraître tarabiscotée, mais cela ne gâche en rien le roman. Certains passages en présence des camarades de classe de Willa, toutes nunuches et de vraies gosses de riche, m’ont parfois un peu énervée. Mais c’est le milieu très parisien dans lequel évolue Willa qui veut ça j’imagine… Heureusement que les trois personnages principaux relèvent un peu le niveau de réflexion (Willa, Edern et Iago) et rendent ce livre totalement addictif. J’oubliais le personnage de Marni, qui est adorable et m’a fait penser à Enid des « Quatre sœurs« . Enfin, chose qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps, j’ai eu des papillons dans le ventre en lisant une scène de ce livre en particulier, j’espère qu’elle vous fera le même effet !

En bref, « Chaque soir à 11 heures » est un livre que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher et que je conseille donc fortement, que l’on connaisse Malika Ferdjoukh ou que l’on souhaite la découvrir…

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme « Sombres citrouilles« , « Minuit-cinq« , « Fais-moi peur » ou encore « Aggie change de vie« . « Chaque soir à 11 heures » est son dernier roman. Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • On retrouve les prénoms de plusieurs personnages de ce livre dans de célèbres romans. Wilhelmina est ainsi présent dans « Dracula » de Bram Stoker, puisqu’il est porté par le personnage féminin principal, Wilhelmina « Mina » Murray. Iago est quant à lui le prénom du personnage manipulateur de la tragédie de Shakespeare « Othello« .

Autres petits papiers :

  • Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
    • Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.
    • Taille 42, écrit par Malika Ferdjoukh et Charles Pollak, et sorti en 2007.

        

 

16 Lunes – Kami Garcia & Margaret Stohl

Beautiful creatures

Éditeur : Hachette Roman

Collection :  Black Moon

Date de parution originale : 2009

Date de parution française : 2010

656 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

J’ai longtemps rêvé de cette fille. Elle apparaissait dans un cauchemar où, malgré tous mes efforts, elle tombait sans que je ne puisse la sauver. Je me savais lié à elle d’une façon particulière. Et puis un jour, elle est arrivée en chair et en os dans au lycée de Gatlin, notre petite bourgade du Sud des Etats-Unis. Elle était belle et mystérieuse. Si j’avais su qu’en même temps que cette fille, dont j’allais tomber éperdument amoureux, surgirait aussi une malédiction… Nous étions menacés. Et cette fois, j’allais devoir la sauver… L’amour sera-t-il plus fort que le destin ?

Mon avis :

Un court avis pour ce livre auquel je n’ai pas vraiment accroché (après relecture, mon avis n’est en fait pas si court, désolé je me suis laissée emportée comme d’habitude..). Après avoir littéralement dévoré la série des « Hunger Games » et avoir été agréablement surprise par « Divergent« , j’ai décidé de m’intéresser de plus près au mouvement de la littérature young adult (qui est bien fournie en ce moment il faut le dire..). Je pensais apprécier ce roman écrit à quatre mains, d’autant plus que j’en avais lu de très bonnes critiques ici ou là. Malheureusement, je crois que j’adhère largement plus aux écrits de Suzanne Collins ou Veronica Roth…

Bon, tout n’est pas négatif, quelques points m’ont quand même plu dans ce roman, notamment les références au passé de la ville de Gatlin à l’époque de la guerre de Sécession. J’ai trouvé très agréable d’être plongée dans cette époque à travers les flashbacks que subissent Lena et Ethan. Cela m’a d’ailleurs donné envie de lire d’autres romans se déroulant à cette époque (Scarlett O’Hara me voilà !). J’ai aussi beaucoup aimé les personnages d’Amma, de Marian, de Macon ou des vieilles tantes, même si je trouve qu’ils ne sont pas assez présents.

J’aurais aimé en savoir plus sur les parents d’Ethan, personnages qui semblaient tellement intéressants à creuser, ou sur le manoir dans lequel vit Lena avec son oncle… D’autant plus que vue la longueur du livre, il y avait de la place pour en parler.

Durant ma lecture, j’ai en fait été plus intéressée par les détails annexes (la bibliothèque de Marian, les révélations sur les parents d’Ethan…) que par l’histoire entre Ethan et Lena. Le fait que je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à Ethan ne m’a pas non plus aidée.. Lena remonte un peu le niveau, heureusement. J’ai qui plus est trouvé l’intrigue un peu tarabiscotée et facile, avec quelques lourdeurs et incohérences.

Au final, je pense que je ne suis pas parvenue à suffisamment croire en l’intrigue pour l’apprécier, et j’ai donc eu du mal à finir les 600 pages de ce livre (étaient-elles nécessaires d’ailleurs ?).

Enfin, dernier point, après lequel je m’arrêterai, j’ai eu la désagréable impression, et ce pendant au moins tout le 1er quart du livre, d’être dans une intrigue littéralement calquée sur celle de « Twilight » :

  • un personnage principal qui vit dans une ville un peu paumée du sud des États-Unis / du nord des États-Unis, dans laquelle il ne se passe rien, mais où tout le monde se connaît,
  • ce même personnage qui a des copains au lycée, mais qui ne se sent pas pleinement « lui » / « elle » dans cet environnement, à qui il manque quelque chose sans qu’il sache quoi, l’amour fou peut-être ?
  • un autre personnage étrange, autour duquel des phénomènes étranges se produisent, qui a une famille étrange autour de laquelle des rumeurs étranges circulent…
  • des scènes qui se déroulent pour 90% au lycée, notamment sur le parking, qui comme chacun sait est toujours le lieu le plus important dans un lycée, le lieu où tout se passe : une manif anti-élèves turbulents / un accident de voiture miraculeusement sans victime (non mais franchement, moi dans mon lycée le parking était beaucoup plus calme..)
  • une rencontre entre ces deux personnages qui aboutit au coup de foudre quasi immédiat, pour l’un d’entre eux au moins.. malheureusement pour eux, cet amour est IMPOSSIBLE !!
  • un personnage principal qui jusque-là était un enfant modèle (qui lisait beaucoup et nous parlait toujours de ses livres préférés), mais qui est bientôt prêt à tout (même à se faire gronder par sa gouvernante / à se faire punir par son papa) pour voir son amour, et même si cette dernière / ce dernier le rejette un peu au début..

Bref, je m’arrête là, mais j’aurais pu aussi parler des espèces de décharges électriques qu’Ethan reçoit quand il touche Lena, de la famille de Lena plus que bizarre avec chacun des dons différents, du père pas bavard, des histoires anciennes que la ville se traîne depuis des siècles, de l’unique magasin qui vend de tout et devant lequel les jeunes se retrouvent, des capacités musicales ou littéraires du personnage « étrange »… Je trouve ces éléments tellement gros qu’ils en sont presque grotesques.

D’autant plus qu’il y avait quand même du potentiel, notamment, comme je l’ai dit, au niveau du passé de la ville et du lien avec la Guerre de Sécession, ou des personnages secondaires.. Je vous redirige vers les quelques points positifs que j’ai cités au début de cet article, il ne faudrait pas non plus croire que j’ai tout détesté quand même !

Bon voilà, comme vous pouvez le constater je n’ai pas trop accroché et je ne pense pas que je lirai les suites de ce premier tome. Mais comme j’ai lu de très nombreux avis positifs sur ce livre, je vous invite à aller les lire, peut-être vous donneront-ils plus envie de le lire que le mien !

Autour du livre :

  • Kami Garcia et Margaret Stohl sont deux écrivains américaines vivant à Los Angeles. Vous pouvez consulter leur site internet ici.
  • Ce roman est le premier d’une série intitulée en français « Chroniques des Enchanteurs« , et est suivi de « 17 Lunes » et « 18 Lunes« .
  • Cette série va bientôt faire l’objet d’une adaptation cinématographique.

Une petite remarque :

Je voulais dans cet article masquer en partie les spoilers, car je me rends compte que c’est un truc auquel je ne pense jamais dans mes articles, alors que pourtant je n’aime pas trop en lire moi-même dans ceux des autres… Cependant, en me relisant, je n’ai rien trouvé qui valait le coup que je le masque. Mais peut-être que je ne me rends pas compte.. Voilà pourquoi je vous demande votre avis, pour ceux qui ont déjà lu ce livre ou non, y a-t-il des détails dans mon article qui dévoilent trop l’intrigue et que j’aurais du taire ou masquer ? Merci pour vos éventuels conseils !

Quartier Lointain – Jirô Taniguchi

Haruka-na machi e

Éditeur : Casterman

Date de parution originale : 1998

Date de parution française : 2002 (1er tome) – 2003 (2ème tome)

405 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Prix du Meilleur Scénario et Prix Canal BD au Festival d’Angoulême de 2003.

Prix d’Excellence du Festival des arts médias de l’Agence pour les affaires culturelles au Japon, catégorie Manga, en 1998.

4ème de couverture :

Homme mûr de 40 ans, transporté dans la peau de l’adolescent qu’il était à 14 ans, Hiroshi continue la redécouverte de son passé. Questionnant sa grand-mère, ses parents, ses amis, il réalise tout ce qui lui avait échappé lorsqu’il était jeune. Et petit à petit, l’année scolaire avançant, il voit se rapprocher la date fatidique où son père disparaîtra, pour toujours, sans aucune explication. Peut-il changer son passé ou est-il condamné à le revivre, impuissant ? Et retrouvera-t-il son existence normale, sa femme et ses enfants ?

Mon avis :

Bon, il est temps de reprendre en main ce blog et de remettre à jour mes avis sur mes lectures. Je commence donc avec « Quartier Lointain », lecture qui m’a permis d’entrer dans l’univers des mangas… Ça fait longtemps que j’entends parler de Jirô Taniguchi en bien, et je ne regrette pas de m’être à mon tour laissée tenter.

Dans ce manga, nous suivons donc les aventures de Hiroshi Nakahara, homme de 48 ans qui se retrouve du jour au lendemain dans le corps de l’adolescent qu’il était, et qui va donc être tenté d’en modifier le cours. Une fois digérées les questions techniques qui me passaient par la tête (je n’ai pas pu m’empêcher de me poser des questions sur la vraisemblance de la chose, par exemple si son esprit à lui est présent dans le passé, alors qui se trouve dans son corps dans le futur ? Toujours lui ? Oui son lui jeune ? Ont-ils fait un échange ? Bref, comme vous le voyez, même dans le cas d’une intrigue relevant quelque peu du fantastique, j’ai souvent besoin de savoir que la chose est malgré tout plausible…), je suis rapidement entrée dans cette histoire.

Le personnage principal revit des moments de son adolescence, et se rend vite compte de l’impact qu’un changement de comportement pourrait avoir sur son futur. Doit-il tenter de modifier ce qui s’est mal passé à cette époque, au risque de changer également le cours du reste de sa vie ? A-t-il le droit de profiter de ces instants dans la peau d’un jeune garçon ? Que faire lorsque le destin nous permet de revivre une partie de notre vie ?

Ce retour en arrière lui permet également de découvrir la partie cachée de son histoire, celle de ses parents. Il tente de comprendre les choix de ses parents, et ce qui a mené son père à disparaître sans laisser de traces…

J’ai beaucoup aimé le fait que pour Hiroshi, ce retour dans le passé représente en quelque sorte un retour à la vie. A travers les quelques retours dans le futur, on se rend compte en effet du tournant qu’a pris sa vie adulte. Ses filles qui se moquent (gentiment ?) de lui, sa femme qui semble quelque peu délaissée… Alors qu’il n’a jamais compris le départ inexpliqué de son père lorsqu’il était adolescent, il se rend peu à peu compte que c’est exactement ce que lui-même a fait avec sa propre famille : fuir. Fuir à travers le travail, fuir à travers l’alcool, fuir dans le silence ou au contraire la colère…

J’ai également apprécié l’alternance entre les scènes comiques, dues au fait qu’il est maintenant un adolescent réfléchissant et parlant comme un adulte, et connaissant même en partie l’avenir (notamment les résultats sportifs, atout-clé de tout voyageur dans le temps qui se respecte !), et les scènes plus émouvantes avec sa famille, notamment son père et sa grand-mère.

J’ai du mal à mettre plus de mots sur ma lecture, mais j’en ressors en tout cas avec un avis très positif. Je vous conseille donc la lecture de ce manga, ainsi que des autres publications de l’auteur. Je lirai sûrement un autre manga de Taniguchi un de ces jours, peut-être « Le journal de mon père« , « Les années douces » ou encore « Le sommet des Dieux« .

Autour du livre :

  • Jirô Taniguchi est un auteur de mangas japonais né en 1947 à Tottori. Il écrit des mangas seinen (mangas globalement destinés aux jeunes hommes) et gakiga (plutôt destinés aux adultes). Il a publié son premier manga, « Kareta heya », en 1970, suivi dans les années 80 de mangas aux styles variés. Il a fortement été influencé dans son travail par la bande dessinée européenne. A partir des années 90, il décide de s’orienter vers les éléments de la vie quotidienne, et publie notamment dans ce sens « L’homme qui marche », « Le journal de mon père » ou « Quartier Lointain » (source Wikipedia).
  • Ce manga a été adapté en film en 2010 par le réalisateur belge Sam Garbarski, avec Pascal Greggory, Alexandra Maria Lara, Jonathan Zaccaï et Léo Legrand dans les rôles principaux (fiche Allociné)

Cette lecture rentre dans le cadre du Baby-Challenge Manga organisé par Livraddict :

1/20

Le clan des Otori, tome 1 : Le silence du rossignol – Lian Hearn

Tales of the Otori, book 1 : Across the nightingale floor

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de sortie originale : 2002

Date de sortie française : 2002

372 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Au XIVème siècle, dans un Japon médiéval mythique, le jeune Takeo grandit au sein d’une communauté paisible qui condamne la violence, mais elle est massacrée par les hommes d’Iida, chef du clan des Tohan. Takeo, sauvé par sire Shigeru, du clan des Otori, se trouve plongé au cœur de luttes sanglantes entre les seigneurs de la guerre. Il doit suivre son destin. Mais qui est-il ? Paysan, seigneur ou assassin ? D’où tient-il ses dons prodigieux ? Lorsqu’il rencontre la belle Kaede, un amour fou naît entre les deux jeunes gens : devra-t-il choisir entre cet amour, sa dévotion à sire Shigeru et son désir de vengeance ? Sa quête le mènera jusqu’à la forteresse d’Inuyama, lorsqu’il marchera sur le « parquet du Rossignol ». Cette nui-là, le rossignol chantera-t-il ?

Mon avis :

Depuis le temps que j’entendais dire du bien de cette série, il était temps que je m’y mette. Et bien je ne regrette pas de m’être plongée dedans ! Cette immersion dans un Japon imaginaire aux allures médiévales m’a totalement emportée, et j’ai maintenant terriblement envie d’en lire les tomes suivants.

On suit donc dans ce premier tome le destin de Takeo, membre de la pacifique communauté des Invisibles, qui voit sa vie bouleversée le jour où des guerriers du clan des Tohan décime son village, en tue ses habitants et l’oblige à fuir. Il est alors sauvé et recueilli par sire Shigeru, seigneur du clan des Otori, qui décide de l’adopter et de l’élever comme son fils. Afin de devenir un honorable guerrier Otori, il doit subir un apprentissage rigoureux, au cours duquel il développe des facultés impressionnantes. Peu à peu, il en découvre également plus sur ses origines et sur les luttes engagées entre les différents clans du royaume. Mais je vous laisse découvrir par vous-mêmes les nombreuses péripéties que devra affronter Takeo…

Après un début assez lent à se mettre en place (le temps de nous éclairer sur les différents clans vivant dans ce monde et les luttes qui peuvent exister entre ceux-ci…), j’ai été totalement transportée par ce roman. Je me suis rapidement imaginée dans les décors de films tels que « Princesse Mononoké » de Hayao Miyazaki. On se balade dans ce Japon imaginaire au sein duquel les rivalités sont nombreuses. J’ai beaucoup aimé le soin apporté aux personnages de ce premier tome. Sire Shigeru est devenu mon modèle, une sorte de Dumbledore à la japonaise, en plus jeune et plus séduisant. On prend également plaisir à voir évoluer Takeo, qui devient au fil du tome un adulte et observe lui-même l’évolution inquiétante de ses émotions, du pacifique Invisible qu’il était au guerrier combattif et en quête de vengeance qu’il devient peu à peu… Kaede est elle aussi un personnage intéressant, qui prend au cours du récit de plus en plus d’ampleur.

J’ai beaucoup aimé les passages faisant référence au parquet du rossignol, parquet ayant réellement existé et sur lequel le moindre appui produit un petit grincement imitant le chant d’un oiseau, et destiné à trahir la présence d’intrus dans le bâtiment. Les références aux coutumes médiévales japonaises ou à la vie quotidienne à cette époque m’ont également beaucoup plu (même si l’auteur revendique elle-même le fait que son récit ne soit pas réellement « historique »…).

J’ai apprécié également le fait que ce premier tome ne se contente pas seulement de « poser » la suite de l’histoire. L’histoire racontée dans ce tome est en effet une aventure à part entière, et j’espère que les prochains tomes permettront eux aussi de le voir évoluer parmi les différentes périodes de sa vie… J’ai très hâte de savoir ce qui l’attend par la suite.

Ce premier tome du « Clan des Otori » est donc un livre que je vous conseille fortement, notamment si vous aimez les récits d’aventure historiques et la magie des ambiances japonaises.

Autour du livre :

  • Lian Hearn est le pseudonyme de l’écrivaine anglaise Gillian Rubinstein, qui vit depuis 40 ans en Australie. Elle a choisi d’utiliser un pseudonyme pour cette série qui était sa première destinée à des adultes, afin que son œuvre soit jugée de manière indépendante et non par rapport à ses précédents romans.
  • Lian Hearn a choisi son pseudonyme en hommage à Lafcadio Hearn, écrivain irlandais qui s’exile au Japon à la fin du 19ème siècle, se marie à la fille d’un samouraï, prend la nationalité japonaise et y devient professeur d’université en littérature anglaise. Hearn était également le traducteur en langue anglaise des œuvres de Maupassant, Flaubert, Hugo, Zola ou encore Anatole France (source : Wikipedia).

Illustration de la couverture :

  • La couverture de mon édition représente un détail du tableau de Hirosada intitulé L’acteur Kataoka Ichizo (Source)