Northanger Abbey – Jane Austen

Éditeur : 10/18

Collection : Domaine étranger

Date de parution originale : Décembre 1817 (achevé en 1803)

Date de parution française : 1824

285 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Une jeune provinciale de bonne famille est envoyée à Bath, prendre les eaux, pour faire son apprentissage du monde et des intermittences du cœur. L’héroïne se retrouve égarée au milieu de conjonctures qui la rabaissent aux yeux du lecteur. En toute occasion, elle se comporte en référence à son livre de chevet, « Les mystères d’Udolphe » de Mrs Radcliffe.

Mon avis :

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en commençant ce roman de Jane Austen. « Northanger Abbey » n’étant pas le roman de l’auteure dont on parle le plus, je m’attendais peut-être à être un peu déçue par rapport aux quatre autres romans que j’avais lus, me disant qu’il ne serait peut-être pas aussi bien.. Et bien je dois dire que je me suis trompée, et que pour la 5ème fois, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures des personnages mis en scène par cette chère Jane, et plus particulièrement celles entourant le personnage de Catherine Morland.

Je trouve d’ailleurs que les 4èmes de couverture que l’on peut lire de ce roman sont un peu sévères avec ce personnage principal. Alors oui, Catherine Morland vit dans ses livres et est un peu naïve, oui elle croit aux histoires racontées dans ses romans gothiques et ne rêve que d’une chose, vivre dans une ancienne abbaye en ruine, mais j’ai personnellement trouvé sa naïveté très touchante. Tout au long de ma lecture, je me suis attendue à un retournement de situation qui me ferait ne plus apprécier ce personnage, mais non, il faut bien dire ce qui est, j’ai trouvé cette Catherine Morland droite et honnête, et elle fait même partie des personnages de Jane Austen auxquels je me suis le plus attachée.

J’ai beaucoup aimé mon incursion dans la ville de Bath, dans laquelle la bonne société anglaise de l’époque « prenait les eaux ». Comme d’habitude dans les romans de Jane Austen, on observe les journées fort remplies et mouvementées des personnages : on se balade, on va au bal, on discute, on va au théâtre, on critique les autres, on s’esclaffe, et finalement on ne fait rien d’autre… Comment mieux retranscrire cela qu’à travers la tournure de la page 73, « une laborieuse journée d’oisiveté« . Au milieu de cela, Catherine découvre pour la première fois la vie mondaine, l’amitié aussi, et les premiers émois amoureux évidemment.. J’ai beaucoup aimé la voir appréhender ce monde mystérieux pour elle, j’ai aussi eu un peu peur pour elle, notamment qu’elle se fasse manipuler par ses nouveaux « amis », mais non, Catherine reste droite dans ses bottines et c’est pour cela que j’ai beaucoup aimé ce personnage.

Comme toujours, Jane Austen égraine son roman de quelques pointes d’humour, que j’ai parfois trouvées un peu moins subtiles que d’habitude, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient moins drôles. Dès le début, on comprend que l’auteure se moque gentiment de son héroïne et justement de son caractère de non-héroïne. L’amie de Catherine, Mrs Allen, a elle aussi droit à quelques remarques ironiques très plaisantes, qui m’ont fait apprécier mon irruption dans cette société mondaine aux relations superficielles. Les gens se parlent, mais ne s’écoutent pas.. On s’extasie de se retrouver, mais on préfèrerait être ailleurs. Mais le summum de l’exaspération revient pour moi à Mr. Thorpe (et à sa sœur dans une certaine mesure), symboles de l’hypocrisie et de la fierté mal placée… Comme d’habitude dans les romans de Jane Austen, j’ai été ravie de la fin de ce roman, et du destin dévolu à chacun de ces personnages.

Je vous laisse avec quelques extraits du roman que je trouve particulièrement bien écrits et bien sentis, notamment ceux qui se moquent des romans en général. Après cela, qu’on ne vienne pas me dire que les classiques sont ennuyeux et sans humour..

 » Personne ayant jamais vu Catherine Morland dans son enfance ne l’eût supposée née pour être une héroïne. Sa situation dans l’existence, le caractère de son père et celui de sa mère, sa propre personne et son tempérament, tout s’opposait également à ce qu’elle en fût une un jour. Son père était clergyman sans être pour cela ni méprisé ni pauvre, et c’était un monsieur très respectable, bien qu’il eût pour nom celui de Richard*… […] La mère de Catherine était une femme dotée d’un gros sens pratique, d’un caractère aimable et, ce qui est plus remarquable, d’une bonne constitution. Elle avait eu trois fils avant la naissance de Catherine et au lieu de mourir en mettant cette dernière au monde, comme on pourrait s’y attendre, continua à vivre, et cela pour avoir encore six enfants, les voir grandir autour d’elle et jouir elle-même d’une excellente santé. On dit toujours d’une famille de dix enfants que c’est une belle famille, du moment qu’elle compte assez de têtes, bras et jambes pour chacun, mais les Morland avaient peu d’autres droits pour prétendre à ce titre, car ils étaient dans l’ensemble des plus quelconques, et Catherine fut pendant de nombreuses années aussi quelconque que n’importe lequel d’entre eux.  » p.9-10
* Dans mon édition, il est écrit que « ce prénom de Richard que Jane Austen semble reprocher à Mr. Morland serait une allusion à une plaisanterie entre Jane et sa sœur Cassandra au sujet d’un certain Richard Harvey ».

« Elle lut tous ces ouvrages que doivent lire les héroïnes pour emplir leur mémoire de ces citations qui s’avèrent tellement utiles et tellement apaisantes dans les vicissitudes de leur existence mouvementée. » p.12

« Il faut à présent décrire un peu Mrs. Allen, pour que le lecteur puisse juger dans quelle mesure ses actions favoriseront par la suite le climat de désolation de cette œuvre, et comprendre comment elle risque de contribuer à réduire la pauvre Catherine à l’infortune et au désespoir que peut décrire le dernier tome d’un roman, si elle y contribuera par son imprudence, sa vulgarité ou sa jalousie, en interceptant ses lettres, en ruinant sa réputation ou en la chassant de chez elle. » p.17 (cet extrait fait un peu peur à la première lecture, mais rassurez-vous, Jane Austen s’amuse..)

« Mrs. Allen appartenait à cette nombreuse catégorie de femmes dont la société ne peut éveiller d’autre émotion que la surprise à la pensée qu’il s’est trouvé au monde un homme capable de les aimer au point de les épouser. Elle n’avait ni beauté, ni esprit, ni talent, ni distinction. » p.17

« Mrs. Allen avait toujours le plus grand désir d’avoir à Bath des relations nombreuses, et elle le répétait chaque jour après avoir eu la preuve qu’elle n’y connaissait absolument personne. » p.23

« Il parlait avec beaucoup d’aisance et d’esprit, et il y avait dans ses manières une malice et une gaieté qui forçaient l’attention, bien que Catherine ne s’en rendît pas très bien compte. » p.23

« Mrs. Thorpe était une veuve et une veuve sans fortune. Elle avait un excellent caractère ; c’était une femme bonne et une mère indulgente. Sa fille aînée était pour sa part d’une grande beauté et les plus jeunes, en ayant la prétention d’être aussi belles que leur sœur, en imitant son air et en s’habillant dans le même style, étaient tout à fait charmantes.
Cette brève description de la famille Thorpe a pour but de remplacer l’inévitable, interminable et minutieux récit détaillé que Mrs. Thorpe ferait elle-même sur ses aventures passées, ses souffrances… récit que l’on devrait s’attendre à voir occuper les trois ou quatre chapitres suivants ; on y verrait l’indignité des lords et des avoués occuper le devant de la scène et l’on y trouverait rapportées par le menu des conversations vieilles de vingt ans. » p.34

« Si une matinée pluvieuse les privait d’autres plaisirs, elles tenaient quand même à se voir au mépris de la pluie et de la boue, et s’enfermaient ensemble pour lire des romans. Des romans, oui, car je refuse d’obéir à cette coutume mesquine et peu politique qu’adoptent si souvent les auteurs et qui consiste à déconsidérer, par une censure des plus méprisantes, le genre d’œuvres même dont ils sont en train d’accroître le nombre. Ils rejoignent là leurs pires ennemis pour octroyer à de tels ouvrages les épithètes les plus cruelles et n’autorisent presque jamais leur héroïne à lire des romans. […] Je ne saurais défendre une telle attitude. Laissons aux critiques le soin de dénigrer à loisir toute effusion d’imagination, laissons-leur le soin de parler, à propos de tout nouveau roman et en un style rebattu, de la camelote sur laquelle ahanent de nos jours les presses. […] Bien que nos productions aient offert aux lecteurs un plaisir plus grand, plus sincère que celles d’aucune autre corporation littéraire en ce monde, aucun genre, jamais, ne fût plus décrié. Quelle qu’en soit la cause, la vanité, l’ignorance ou la mode, nous avons presque autant d’ennemis que de lecteurs, et […] il semble presque correspondre à une volonté générale de décrier le talent et de mésestimer le travail du romancier, de dédaigner des œuvres qui n’ont pour les recommander que le génie, l’esprit et le bon goût. » p.37-38 (je m’excuse pour la longueur de celle-ci..)

« Par la force de l’habitude, elle n’était guère dérangée par les remarques et exclamations de Mrs. Allen qui, étant donné le vide de son esprit et son incapacité à penser, ne parlait jamais beaucoup mais ne pouvait jamais non plus rester tout à fait silencieuse. » p.65

« Elle souffrit cependant le mercredi soir d’une insomnie de dix minutes […] » p.80

Et enfin, pour finir, un extrait que je trouve particulièrement bien écrit, et qui m’a fait aimer plus encore le personnage d’Henry Tilney :

« Je dois finir de lire quelques brochures avant de pouvoir aller dormir, dit-il à Catherine, et les affaires de la nation m’occuperont peut-être encore quand vous serez endormie depuis bien longtemps déjà. Pouvons-nous, chacun de notre côté, mieux employer notre temps ? Mes yeux se fatigueront pour le bien d’autrui, et les vôtres, par le sommeil, prépareront les ravages qu’ils feront demain. » p. 204

Autour du livre :

  • Jane Austen est une écrivaine anglaise née le 16 décembre 1775 et décédée le 18 juillet 1817. Elle a d’abord connu le succès avec la parution de « Raison et sentiments » en 1811 (publié de façon anonyme), « Orgueil et préjugés » en 1813, « Mansfield Park » en 1814 et « Emma » en 1816. Deux autres de ses romans, « Northanger Abbey » et « Persuasion« , ont tous deux été publiés de manière posthume en 1818. Elle a commencé en janvier 1817 son dernier roman, qui sera nommé « Sanditon« , mais ne l’a pas achevé.
  • La page Wikipédia qui lui est consacrée est tellement bien faite que je ne peux que vous diriger vers elle pour en savoir plus sur cette superbe auteure.

Cette lecture entre dans le cadre du challenge « Gilmore Girls » organisée par Karine.

2/3

Nord et Sud – Elizabeth Gaskell

North and South

Éditeur : Points

Collection : Les Grands Romans

Date de parution originale : 1854-1855

Date de parution française : 2010

685 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Après une enfance passée dans un village riant du Hampshire, Margaret Hale, fille de pasteur, s’installe dans une ville du Nord. Témoin des luttes entre ouvriers et patrons, sa conscience sociale s’éveille. John Thornton, propriétaire d’une filature, incarne tout ce qu’elle déteste : l’industrie, l’argent et l’ambition […].

Mon avis :

En commençant ce livre, je m’attendais à y trouver le même style d’écriture que celui de Jane Austen, sans doute parce qu’avec Charlotte et Emily Brontë, celle-ci est la seule auteure du 19ème siècle que j’ai jamais lue. Le début du récit m’a confortée dans cette idée : une jeune femme, sûre d’elle et n’ayant pas peur d’exprimer ses opinions, Margaret Hale, se retrouve confrontée à un monde auquel elle n’a jamais été habituée.

Cela m’a rappelé le début de Mansfield Park ou même de Persuasion, lorsque Anne s’éloigne des repères qu’elle a toujours connus. Elizabeth Gaskell réussit également à placer quelques notes d’humour tout au long de son récit, et se moque gentiment des habitudes des membres de la haute société anglaise.

« Cependant, depuis peu, son état de santé lui inspirait de l’appréhension ; elle souffrait d’une petite toux nerveuse qui survenait toutes les fois qu’elle y pensait ; et un docteur complaisant lui avait prescrit précisément ce qu’elle souhaitait, à savoir de passer l’hiver en Italie. Mrs Shaw avait des désirs aussi impérieux que la plupart des gens, mais il lui déplaisait de faire quoi que ce fût en admettant ouvertement qu’elle obéissait à sa propre initiative ou à son bon plaisir ; elle préférait être contrainte de satisfaire ses inclinations en se pliant aux ordres ou aux désirs d’une autre personne. Véritablement persuadée alors qu’elle se soumettait à une dure nécessité extérieure, elle pouvait gémir et se plaindre à sa manière discrète tout en faisant exactement ce dont elle avait envie. » p.27-28

La légère différence entre les romans que j’ai pu lire de Jane Austen et celui-ci réside essentiellement je trouve dans la description qui est faite ici de la classe ouvrière de Milton (même si l’on retrouve en partie cela dans Mansfield Park, lors des scènes se déroulant dans la famille de Fanny). On assiste ici à la vie dans la cité ouvrière de Milton, durant une période de grève touchant les filatures de coton. La famille Higgins, dont le père est ouvrier et la fille gravement malade, décide de se mettre en grève afin d’obtenir une hausse des salaires.

«  […] je préfère mourir à mon poste plutôt que céder. Chez un soldat on appelle ça de l’honneur. Alors pourquoi pas chez un pauvre ouvrier des filatures ? » p.214

A l’arrivée du personnage de M. Thornton, patron d’une des filatures de la ville, on se demande comment l’auteur va réussir à nous le faire aimer, tant il représente l’idée que l’on se fait de l’égoïsme patronal de l’époque.

« Mais M. Thornton n’était pas un philanthrope et ne pratiquait pas la bienveillance universelle. » p. 338 (c’est dit au moins…)

Mais, sans savoir comment, elle y parvient malgré tout, et on se laisse avoir par ce personnage finalement juste, travailleur et toujours désireux d’apprendre de nouvelles choses. Le personnage de Margaret Hale a une position difficile. Elle tente de se retrouver entre les connaissances qui lui sont chères au sein des ouvriers et les personnes plus proches de son rang qu’elle fréquente aux dîners mondains, mais se sent rapidement une « fieffée hypocrite ».

« Fais quelque chose, ma sœur, fais du bien si tu le peux, mais fais quelque chose. » p.391

Les relations qu’elle noue avec Nicholas Higgins et sa fille Beth d’un côté, et avec John Thornton d’un autre côté, sont attendrissantes et permettent de réduire en partie le fossé qui existe entre le monde des ouvriers et celui des patrons. Margaret prend position pour les premiers, mais tout en restant attachée au monde au sein duquel elle a grandi. J’ai également beaucoup aimé la relation qui lie peu à peu Margaret et son parrain, M. Bell, qui a envers elle un comportement à la fois protecteur et admiratif devant son courage et sa franchise.

 « Vous pensez que c’est pour moi que je fais la grève cette fois ? C’est tout autant pour les autres que ce soldat que vous parliez, seulement lui, il meurt pour quelqu’un qu’il a jamais vu ni entendu causer […] » p.214

Juste une petite remarque en passant. Dans ce livre, lorsque les femmes pleurent, elles « pleurent » donc tout simplement, mais lorsqu’il s’agit d’hommes, ce sont des « larmes viriles » qui leur montent aux yeux (j’ai repéré cet euphémisme au moins deux fois…). Savez-vous ce que sont des larmes viriles ? Ce sont les larmes dont on n’a pas honte parce qu’on est un homme ? J’aurais bien apprécié un traitement plus équitable des scènes de pleurs…

« Margaret l’anglicane, son père le dissident et Higgins le mécréant s’agenouillèrent ensemble. Cela ne leur fit aucun mal. »

Pour conclure, Nord et Sud est un classique que je vous conseille avidement de lire et qui m’a donné envie de découvrir d’autres romans de l’auteure.

Adaptation :

Ce livre a été adapté en mini-série par la BBC en 2004. C’est Brian Percival qui a réalisé les 4 épisodes réunissant dans les rôles de Margaret Hale et de John Thornton les acteurs Daniela Denby-Ashe et Richard Armitage.

Suite à la lecture de ce roman, j’étais toute heureuse de découvrir l’adaptation qu’en avait fait la BBC, d’autant plus que les adaptations de cette chaîne sont souvent à la hauteur des classiques dont elles sont inspirées. Malheureusement, j’ai été un peu déçue par cette adaptation…

J’aime regarder les adaptations des romans qui m’ont plu, car elles me permettent de prolonger l’œuvre que je viens de finir, et de passer encore un peu de temps avec ses personnages. Le grand reproche que je fais justement à cette mini-série, c’est de ne pas avoir réussi d’après moi à retranscrire les caractères des différents personnages du roman.

J’ai ainsi trouvé Margaret largement moins indépendante que dans le livre. Alors que dans ce dernier elle cache beaucoup de choses à ses parents, soit pour ne pas les effrayer, soit parce qu’elle aime gérer les choses à sa manière, j’ai eu l’impression que dans l’adaptation elle était traitée comme n’importe quelle jeune femme de son époque, ne sachant taire ses secrets à son entourage (l’exemple que j’ai particulièrement en tête est la proposition d’Henry Lennox, qui dans le livre demeure en quelque sorte un secret jusqu’au bout).

De même, le personnage de la mère de Margaret, qui dans le livre critiquait en continu sa vie à la campagne lorsqu’elle y était et se calmait à son arrivée à Milton, a dans le film le comportement inverse. J’ai également noté des changements similaires dans les comportements de Mr et Mrs Thornton, de Mr Bell ou encore de Nicholas Higgins et de sa fille.

Je sais bien qu’une adaptation ne peut pas toujours respecter à la moindre virgule l’œuvre originale, et que les quelques ajustements du metteur en scène peuvent même parfois ajouter un petit quelque chose à l’œuvre, mais là j’ai trouvé que ces changements modifiaient l’opinion que l’on pouvait se faire des personnages. Je crois que quand j’aime un personnage dans un roman, il faut que je l’aime également dans son adaptation pour apprécier celle-ci.

Mis à part cela, de très jolies scènes tout de même dans cette adaptation, notamment certains plans de la filature (on y voit notamment voler des bouts de coton dans la lumière du jour) qui m’ont particulièrement marquée. A noter également la présence de l’acteur Brendan Coyle dans le rôle de Higgins, et que j’avais déjà repéré dans le rôle de John Bates dans la série Downton Abbey, diffusée sur la chaîne ITV1.

Cette adaptation est donc une petite déception pour moi, pour ce livre que j’ai pour sa part trouvé très bon.

Autour du livre :

  • Elizabeth Gaskell était une femme de lettres anglaise. Elle est née en 1810 et décédée en 1865. Mariée à un pasteur, amie de Charles Dickens et de Charlotte Brontë, dont elle a écrit la première biographie, elle est connue pour ses romans industriels décrivant la société anglaise industrielle du 19ème siècle, aux personnages féminins prononcés.
  • Elle a également publié les romans Wives and Daughters, an Every-Day Story en 1865 et Cranford entre 1851 et 1853.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de cette édition est tirée d’un tableau de John Dawson Watson de 1871, Jeune femme à l’éventail. Ce tableau illustre d’ailleurs également le roman Chez les heureux du monde de la romancière américaine Edith Wharton.

Ce livre entre dans le cadre du challenge Regarde ce que tu lis organisé par Nodrey :

Paola – Vita Sackville-West

The Death of Noble Godavary

Éditeur : Le Livre de Poche

Collection : Biblio Romans

Date de parution originale : 1932

126 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Soudain une jeune femme apparut en haut des marches, adossée à la fenêtre, avec la pluie qui frappait violemment les vitres et, à l’arrière-plan, les sommets embrumés. Aucun doute, c’était Paola, la star des bals du Westmorland. Bien qu’elle fût en contre-jour, elle me fit d’entrée beaucoup d’effet : elle était brune, svelte avec pourtant quelques rondeurs, l’allure souple, élancée et féline des Italiennes. […] Comment la qualifier ? Elle avait du style. Du chic.

V. S.-W.

Mon avis :

Je me suis intéressée à l’écrivain Vite Sackville-West après avoir lu de bonnes critiques de ses romans « Haute société » et « Toute passion abolie » (dont les résumés sont disponibles ici et ici). Mais c’est avec cette nouvelle publiée en 1932 sous le titre « The Death of Noble Godavary » que j’ai découvert son écriture.

Nous suivons donc dans cette nouvelle le récit de Gervase, Londonien revenant dans la maison familiale après des années d’absence, à l’occasion du décès de son oncle. Dès le début, nous savons très peu de choses sur la famille du narrateur et l’histoire de cette demeure perdue au fin fond du Westmorland, ancien comté du nord de l’Angleterre. Le peu d’informations sur celle-ci nous est dévoilé au travers d’un article de presse, d’anecdotes recueillies au cours des longues journées précédant l’enterrement ou lors des rares dialogues que le narrateur engage avec les membres de sa famille.

On fait cependant peu à peu connaissance avec l’oncle taciturne, le cousin fier et énervé, le frère amoureux et naïf, la femme du défunt, Italienne secrète et étrange, ou encore avec les hommes de la vallée, forts, respectueux et discrets. Mais dès notre rencontre avec Paola, la majestueuse et fascinante cousine du narrateur, on comprend que c’est elle le personnage central de cette nouvelle, celle vers qui se dirigent toutes les haines, les rancœurs et les envies de la famille, une femme mystérieuse au comportement méditerranéen tellement éloigné du silence anglais de la famille Godavary.

« Personne ne parlait. Plus familiers des pentes raides que des routes plates, les hommes de la vallée marchaient d’un pied ferme ; le museau baissé, leurs bêtes avançaient sur leurs talons ; un homme, un chien, un homme, un chien, un homme, un chien. Les chiens étaient des petits traits d’union entre les hommes. » p.72

Cette nouvelle est une bonne découverte pour moi, même si je n’ai pas totalement accroché au récit et à ses personnages (on en revient toujours à ma grande difficulté avec les nouvelles…). Le récit est assez sombre, froid, très « victorien » (même si je suis consciente d’inclure dans ce terme très en vogue une quantité d’éléments très éloignés de sa définition originelle). On entre ici dans une grande famille, au sein de laquelle personne ne se parle et où la rancune est présente derrière chaque parole. J’aurais aimé (comme toujours) pouvoir prolonger ma lecture au-delà des 126 pages de cette nouvelle, connaître plus précisément le caractère des personnages et leur passé, les raisons de leur mutisme, de leur méchanceté ou de leur timidité. Mais peut-être que la force de ce récit tient justement à sa brièveté, rendant le déroulement des évènements à la fois lent et inexorable…

Autour du livre :

  • Vita Sackville-West, de son vrai prénom Victoria Marie, est née le 9 mars 1892 dans le Kent. En plus d’être poète, romancière, essayiste, biographe et traductrice, elle était également une jardinière de talent, et a participé elle-même à la création des jardins de Sissinghurst Castle, dans le Kent, propriété qu’elle avait achetée avec son mari Harold Nicolson (si cela vous intéresse, ce blog propose une très jolie présentation de la propriété et de ses jardins…). L’auteure a toujours apprécié la vie dans ce comté d’Angleterre, dans lequel ses parents avaient une propriété dont elle ne put hériter, étant une femme (j’imagine que le sujet traité dans « Paola » n’est donc pas très éloigné de son histoire personnelle).
  • Vita Sackville-West est en partie connue pour sa vie exubérante et ses liaisons avec de nombreuses femmes célèbres, telles que l’écrivain Virginia Woolf, dont le roman « Orlando » lui est dédié.
  • L’auteure a écrit de nombreux poèmes, romans, essais et traductions, dont certains n’ont été traduit que récemment. Au cours de sa vie, Vita Sackville-West a été lauréate à deux reprises du prestigieux Prix Hawthornden, qui récompense « la meilleure œuvre littéraire d’imagination », fait unique dans l’histoire de ce prix.

Illustration de la couverture :

  • La photographie représentée sur la couverture est issue du travail de Toni Frissell (sa biographie en anglais ici), photographe américaine réputée pour ses clichés de mode, ses portraits ou ses photos de la Seconde Guerre Mondiale. La photographie suivante est intitulée « Weeki Wachee Springs » et a été prise en Floride en 1947 :

Le joueur d’échecs – Stefan Zweig

Schachnovelle

Éditeur : Le Livre de Poche

Collection : Libretti

Date de parution originale : 1943

Date de parution française : 1944

94 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Qui est cet inconnu capable d’en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu’antipathique ? Peut-on croire, comme il l’affirme, qu’il n’a pas joué depuis plus de vingt ans ? Les circonstances dans lesquelles l’homme a acquis cette science sont terribles. Elles nous renvoient aux expérimentations nazies sur les effets de l’isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.

Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit un personnage avec une ironie douloureuse, « pourrait servir d’illustration à la charmante époque où nous vivons ».

Mon avis :

J’avais depuis longtemps envie de découvrir l’auteur Stefan Zweig, c’est chose faite à travers cette nouvelle. On y suit donc le narrateur, voyageant sur un paquebot, et sa rencontre avec deux joueurs d’échecs. On se penche d’abord sur l’impressionnante carrière du champion du monde d’échecs, Mirko Czentovic, homme froid qui se montre hautain et cupide, puis sur le passé douloureux du docteur B., homme fragile déclarant ne pas avoir joué aux échecs depuis des années.

A travers l’histoire du docteur B., ce récit traite d’obsession et de folie, et revient sur les méthodes, « non violentes » mais toujours abjectes, des nazis durant la seconde guerre mondiale. On est happé par l’évocation de la vie de ces deux hommes, et par la place que représente le jeu d’échecs dans leurs vies respectives. Pour l’un c’est le moyen à travers lequel il a pu sortir de sa vie monotone, pour l’autre c’est une porte de sortie qui a viré à l’obsession.

Je suis déçue de n’avoir pas réellement accroché à cette nouvelle, car je me rends bien compte que je suis sans doute passée à côté de quelque chose. Savoir par ailleurs qu’elle a été écrite par Stefan Zweig peu de temps avant sa mort en 1942 m’a émue, et je pense me replonger bientôt avec plaisir dans un autre de ses romans.

6/20

Le silence de la mer – Vercors

Éditeur : Le Livre de Poche

Collection : Libretti

Date de parution originale : 1942

187 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Ce récit est le premier qu’a publié clandestinement Jean Bruller alias Vercors, en 1942. Il fut d’ailleurs critiqué pour une apparente tolérance vis à vis de l’envahisseur.

Hiver 1940, la France est défaite. En province, dans une ancienne demeure, un vieil homme et sa nièce voient une partie de leur habitat réquisitionnée pour héberger un officier allemand. Lors des veillées, dans la grande cuisine, seule pièce chauffée, au coin de l’âtre, l’officier leur rend visite et essaye d’établir un contact. Enfermés dans leur mutisme, les deux hôtes écoutent sans mot dire. De longs monologues sur l’amour des peuples, la coopération, l’admiration de la culture française émanent de cet homme fin et cultivé, musicien de profession. Il croit à l’avenir d’une Europe unifiée où chacun respecte l’autre et y apporte son particularisme. Il croit en la pluralité des cultures et des idées. En face de lui, seul le silence lui répond.

Avec le recul et au regard de l’histoire, ce récit nous révèle une très grande subtilité d’esprit pour une œuvre composée en pleine tourmente.

Mon avis :

J’ai commencé ce livre en pensant que c’était un roman, du fait de la 4ème de couverture. Il s’agit en fait de plusieurs nouvelles, se déroulant pour la plupart en France durant la Seconde Guerre Mondiale, et traitant de la Résistance, des lois anti-juives du régime de Vichy ou encore de la vie sous l’Occupation.

Je suis agréablement surprise par cette lecture, moi qui ai souvent du mal à lire des nouvelles (je pense que j’ai du mal à m’attacher aux personnages sur des textes courts, ce qui explique en partie pourquoi j’adhère d’habitude et malheureusement peu à cette forme de récits…). Le sujet traité est dur, et ces nouvelles ne font souvent qu’esquisser un évènement ou un personnage, mais j’ai pourtant rapidement accroché à ces textes.

On sent dans ce livre les prises de position de Vercors, qui traite de manière discrète mais superbement efficace de la résistance (en particulier de la résistance pacifique et silencieuse), du courage, de la confiance, du patriotisme (le beau et parfois naïf amour pour son pays, pas le chauvinisme têtu…), mais aussi de la lâcheté, de la fierté mal placée et de la haine. C’est d’autant plus émouvant lorsque l’on sait que la nouvelle principale, « Le silence de la mer », a été écrite en pleine Occupation. L’auteur semble particulièrement conscient des évènements.

Comme vous l’avez sans doute compris, je vous conseille vivement ce livre, ne serait-ce que pour la beauté de certaines phrases (même si j’ai trouvé le style de l’une des nouvelles plutôt difficile). J’y ai de plus trouvé un écho à ma lecture précédente, « Indignez-vous » de Stéphane Hessel, dans lequel l’auteur nous exhorte à ne jamais laisser faire, et à toujours être capable de se révolter contre les injustices.

Je tiens à préciser que j’ai tenté d’écrire un court article cette fois-ci, afin de m’adapter au genre de ce livre, mais je ne suis pas sûre d’y être parvenue…

Autour du livre :

  • Résistant, Vercors a fondé en 1941 avec Pierre de Lescure les Éditions de Minuit, maison d’édition clandestine sous l’Occupation. Sa nouvelle « Le silence de la mer » est la première à y être publiée en 1942.
  • La nouvelle « Le silence de la mer » a été adaptée deux fois au cinéma : une première fois par Jean-Pierre Melville en 1947, et une seconde fois sous la forme d’un téléfilm sorti en 2004 et dans lequel joue Michel Galabru.