Otages intimes – Jeanne Benameur

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Éditeur : Actes Sud

Date de parution : 19 août 2015

176 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, « la petite fille qui vient de loin », devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. « Otages intimes » trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

Mon avis :

J’ai eu l’occasion de lire ce livre de Jeanne Benameur dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire organisés par PriceMinister.

Je connaissais plutôt Jeanne Benameur en tant qu’auteur jeunesse, car j’ai eu l’habitude de croiser ses romans (notamment ceux des éditions Thierry Magnier) sur les étagères de ma bibliothèque quand j’étais plus jeune. C’est donc avec plaisir que j’ai redécouvert cette auteure dans ce roman d’un autre genre.

Le sujet abordé dans ce roman peut effrayer. On y suit Etienne, ancien otage qui vient d’être libéré et revient en France. Plus encore que la thématique de la captivité, ce livre traite surtout de son retour à la vie, auprès de sa famille, de ses amis, et de sa réadaptation au monde.

Etienne revient auprès de sa mère, dans ce village où il a grandi auprès de ses amis d’enfance, Enzo et Jofranka. Ce village près du petit torrent et de la forêt où ils ont évolué tous les trois, suivant ensuite chacun leur propre chemin.

L’écriture de Jeanne Benameur est belle et surprenante. On passe des pensées d’un personnage à l’autre sans s’en rendre compte, d’une intimité à l’autre. Ces fréquents changements de point de vue pourraient gêner, ils nous entraînent en fait dans l’esprit des autres personnages, dont les émotions, les pensées, les envies ou les choix sont agités par le retour d’Etienne.

J’ai aimé la relation qui existe entre Etienne et sa mère d’une part, et entre lui et ses deux amis d’enfance d’autre part. Une relation à la fois pudique et respectueuse, attentive et juste, parfois confuse également. Je me suis sentie proche de tous ces personnages et j’ai eu l’impression de partager leurs doutes et leurs prises de décision pendant ces quelques 200 pages.

J’ai également pu effleurer à travers ce roman ce que peuvent ressentir les proches d’une personne retenue en otage : doit-on l’attendre ? Doit-on continuer à vivre durant son absence ? Et au fond le peut-on ?

Ce roman renvoie également à ce qui fait de nous des êtres humains : les émotions que l’on ressent, les choix que l’on fait, les automatismes auxquels on ne réfléchit plus… Toutes ces choses qu’Etienne a appris à contrôler et à taire durant sa captivité, ou qu’il a au contraire tenté de préserver. Ces choses qui font de lui un être vivant et libre.

Rien. Ne plus être rien. Ne plus rien savoir du monde, de personne. S’obligeant à parler à voix haute pour ne pas perdre la langue. Il paraît qu’on peut perdre jusqu’à l’articulation des mots. Peur de devenir une bête. Juste une bête qui attend de quoi se nourrir et tenir en vie, encore. Peur de ne plus jamais pouvoir être un visage face à un autre visage. Peur de devenir un sans-âme un plus rien.

« Otages intimes » est un roman que j’ai beaucoup aimé, malgré son sujet difficile et les vives émotions qu’il a pu parfois provoquer chez moi. Je pense que je relirai avec plaisir un autre roman de cette auteure.

Quelques citations de ce roman :

Ce soir, il laisse sa main ouvrir lentement les pages. Il a besoin du silence des mots écrits. L’évidence, elle est là. Il a besoin des mots. Lui qui a rapporté tant d’images qui laissent sans voix il lui faut des mots. Pour tenter de comprendre. Il a besoin de retrouver le sens à sa racine. Il lui faut retourner à l’étymologie pour se guider. Comprendre.

[…] Vous savez vraiment ce que ça va être votre vie si vous partez là-dedans ? On vous a avertis ? Les grands reportages, les guerres, on vous a dit que ça peut tuer la vie de ceux qui bêtement vous attendent pour vous tenir la main, vous dire qu’ils vous aiment. On vous a avertis que tout ça au fil des années ça s’effrite et qu’un jour il n’y a plus personne qui vous attend ?

Se remettre… non, il ne se remettra pas. On ne peut pas se remettre de ça. Les atrocités vues dans le monde vous prennent une part de vous. Pour toujours. Alors non, on ne se remet pas. Pour vivre, il faut inventer une nouvelle façon. On ne peut pas juste reprendre la vie d’avant. Son fils a connu la peur dans tout son être, la barbarie possible en chacun. Il lui faut inventer la douceur quand même, la paix quand même, la beauté quand même.
Il lui faut inventer le visage neuf des jours neufs.

Son pas aura désormais cette fragilité de qui sait au plus profond du cœur qu’en donnant la vie à un être on l’a voué à la mort. Et plus rien pour se mettre à l’abri de cette connaissance que les jeunes mères éloignent instinctivement de leur sein. Parce qu’il y a dans le premier cri de chaque enfant deux promesses conjointes : je vis et je mourrai. Par ton corps je viens au monde et je le quitterai seul.

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Ce livre a été lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2015 organisés par PriceMinister. Merci à Noukette d’avoir sélectionné ce livre à cette occasion !

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Northanger Abbey – Jane Austen

Éditeur : 10/18

Collection : Domaine étranger

Date de parution originale : Décembre 1817 (achevé en 1803)

Date de parution française : 1824

285 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Une jeune provinciale de bonne famille est envoyée à Bath, prendre les eaux, pour faire son apprentissage du monde et des intermittences du cœur. L’héroïne se retrouve égarée au milieu de conjonctures qui la rabaissent aux yeux du lecteur. En toute occasion, elle se comporte en référence à son livre de chevet, « Les mystères d’Udolphe » de Mrs Radcliffe.

Mon avis :

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en commençant ce roman de Jane Austen. « Northanger Abbey » n’étant pas le roman de l’auteure dont on parle le plus, je m’attendais peut-être à être un peu déçue par rapport aux quatre autres romans que j’avais lus, me disant qu’il ne serait peut-être pas aussi bien.. Et bien je dois dire que je me suis trompée, et que pour la 5ème fois, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures des personnages mis en scène par cette chère Jane, et plus particulièrement celles entourant le personnage de Catherine Morland.

Je trouve d’ailleurs que les 4èmes de couverture que l’on peut lire de ce roman sont un peu sévères avec ce personnage principal. Alors oui, Catherine Morland vit dans ses livres et est un peu naïve, oui elle croit aux histoires racontées dans ses romans gothiques et ne rêve que d’une chose, vivre dans une ancienne abbaye en ruine, mais j’ai personnellement trouvé sa naïveté très touchante. Tout au long de ma lecture, je me suis attendue à un retournement de situation qui me ferait ne plus apprécier ce personnage, mais non, il faut bien dire ce qui est, j’ai trouvé cette Catherine Morland droite et honnête, et elle fait même partie des personnages de Jane Austen auxquels je me suis le plus attachée.

J’ai beaucoup aimé mon incursion dans la ville de Bath, dans laquelle la bonne société anglaise de l’époque « prenait les eaux ». Comme d’habitude dans les romans de Jane Austen, on observe les journées fort remplies et mouvementées des personnages : on se balade, on va au bal, on discute, on va au théâtre, on critique les autres, on s’esclaffe, et finalement on ne fait rien d’autre… Comment mieux retranscrire cela qu’à travers la tournure de la page 73, « une laborieuse journée d’oisiveté« . Au milieu de cela, Catherine découvre pour la première fois la vie mondaine, l’amitié aussi, et les premiers émois amoureux évidemment.. J’ai beaucoup aimé la voir appréhender ce monde mystérieux pour elle, j’ai aussi eu un peu peur pour elle, notamment qu’elle se fasse manipuler par ses nouveaux « amis », mais non, Catherine reste droite dans ses bottines et c’est pour cela que j’ai beaucoup aimé ce personnage.

Comme toujours, Jane Austen égraine son roman de quelques pointes d’humour, que j’ai parfois trouvées un peu moins subtiles que d’habitude, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient moins drôles. Dès le début, on comprend que l’auteure se moque gentiment de son héroïne et justement de son caractère de non-héroïne. L’amie de Catherine, Mrs Allen, a elle aussi droit à quelques remarques ironiques très plaisantes, qui m’ont fait apprécier mon irruption dans cette société mondaine aux relations superficielles. Les gens se parlent, mais ne s’écoutent pas.. On s’extasie de se retrouver, mais on préfèrerait être ailleurs. Mais le summum de l’exaspération revient pour moi à Mr. Thorpe (et à sa sœur dans une certaine mesure), symboles de l’hypocrisie et de la fierté mal placée… Comme d’habitude dans les romans de Jane Austen, j’ai été ravie de la fin de ce roman, et du destin dévolu à chacun de ces personnages.

Je vous laisse avec quelques extraits du roman que je trouve particulièrement bien écrits et bien sentis, notamment ceux qui se moquent des romans en général. Après cela, qu’on ne vienne pas me dire que les classiques sont ennuyeux et sans humour..

 » Personne ayant jamais vu Catherine Morland dans son enfance ne l’eût supposée née pour être une héroïne. Sa situation dans l’existence, le caractère de son père et celui de sa mère, sa propre personne et son tempérament, tout s’opposait également à ce qu’elle en fût une un jour. Son père était clergyman sans être pour cela ni méprisé ni pauvre, et c’était un monsieur très respectable, bien qu’il eût pour nom celui de Richard*… […] La mère de Catherine était une femme dotée d’un gros sens pratique, d’un caractère aimable et, ce qui est plus remarquable, d’une bonne constitution. Elle avait eu trois fils avant la naissance de Catherine et au lieu de mourir en mettant cette dernière au monde, comme on pourrait s’y attendre, continua à vivre, et cela pour avoir encore six enfants, les voir grandir autour d’elle et jouir elle-même d’une excellente santé. On dit toujours d’une famille de dix enfants que c’est une belle famille, du moment qu’elle compte assez de têtes, bras et jambes pour chacun, mais les Morland avaient peu d’autres droits pour prétendre à ce titre, car ils étaient dans l’ensemble des plus quelconques, et Catherine fut pendant de nombreuses années aussi quelconque que n’importe lequel d’entre eux.  » p.9-10
* Dans mon édition, il est écrit que « ce prénom de Richard que Jane Austen semble reprocher à Mr. Morland serait une allusion à une plaisanterie entre Jane et sa sœur Cassandra au sujet d’un certain Richard Harvey ».

« Elle lut tous ces ouvrages que doivent lire les héroïnes pour emplir leur mémoire de ces citations qui s’avèrent tellement utiles et tellement apaisantes dans les vicissitudes de leur existence mouvementée. » p.12

« Il faut à présent décrire un peu Mrs. Allen, pour que le lecteur puisse juger dans quelle mesure ses actions favoriseront par la suite le climat de désolation de cette œuvre, et comprendre comment elle risque de contribuer à réduire la pauvre Catherine à l’infortune et au désespoir que peut décrire le dernier tome d’un roman, si elle y contribuera par son imprudence, sa vulgarité ou sa jalousie, en interceptant ses lettres, en ruinant sa réputation ou en la chassant de chez elle. » p.17 (cet extrait fait un peu peur à la première lecture, mais rassurez-vous, Jane Austen s’amuse..)

« Mrs. Allen appartenait à cette nombreuse catégorie de femmes dont la société ne peut éveiller d’autre émotion que la surprise à la pensée qu’il s’est trouvé au monde un homme capable de les aimer au point de les épouser. Elle n’avait ni beauté, ni esprit, ni talent, ni distinction. » p.17

« Mrs. Allen avait toujours le plus grand désir d’avoir à Bath des relations nombreuses, et elle le répétait chaque jour après avoir eu la preuve qu’elle n’y connaissait absolument personne. » p.23

« Il parlait avec beaucoup d’aisance et d’esprit, et il y avait dans ses manières une malice et une gaieté qui forçaient l’attention, bien que Catherine ne s’en rendît pas très bien compte. » p.23

« Mrs. Thorpe était une veuve et une veuve sans fortune. Elle avait un excellent caractère ; c’était une femme bonne et une mère indulgente. Sa fille aînée était pour sa part d’une grande beauté et les plus jeunes, en ayant la prétention d’être aussi belles que leur sœur, en imitant son air et en s’habillant dans le même style, étaient tout à fait charmantes.
Cette brève description de la famille Thorpe a pour but de remplacer l’inévitable, interminable et minutieux récit détaillé que Mrs. Thorpe ferait elle-même sur ses aventures passées, ses souffrances… récit que l’on devrait s’attendre à voir occuper les trois ou quatre chapitres suivants ; on y verrait l’indignité des lords et des avoués occuper le devant de la scène et l’on y trouverait rapportées par le menu des conversations vieilles de vingt ans. » p.34

« Si une matinée pluvieuse les privait d’autres plaisirs, elles tenaient quand même à se voir au mépris de la pluie et de la boue, et s’enfermaient ensemble pour lire des romans. Des romans, oui, car je refuse d’obéir à cette coutume mesquine et peu politique qu’adoptent si souvent les auteurs et qui consiste à déconsidérer, par une censure des plus méprisantes, le genre d’œuvres même dont ils sont en train d’accroître le nombre. Ils rejoignent là leurs pires ennemis pour octroyer à de tels ouvrages les épithètes les plus cruelles et n’autorisent presque jamais leur héroïne à lire des romans. […] Je ne saurais défendre une telle attitude. Laissons aux critiques le soin de dénigrer à loisir toute effusion d’imagination, laissons-leur le soin de parler, à propos de tout nouveau roman et en un style rebattu, de la camelote sur laquelle ahanent de nos jours les presses. […] Bien que nos productions aient offert aux lecteurs un plaisir plus grand, plus sincère que celles d’aucune autre corporation littéraire en ce monde, aucun genre, jamais, ne fût plus décrié. Quelle qu’en soit la cause, la vanité, l’ignorance ou la mode, nous avons presque autant d’ennemis que de lecteurs, et […] il semble presque correspondre à une volonté générale de décrier le talent et de mésestimer le travail du romancier, de dédaigner des œuvres qui n’ont pour les recommander que le génie, l’esprit et le bon goût. » p.37-38 (je m’excuse pour la longueur de celle-ci..)

« Par la force de l’habitude, elle n’était guère dérangée par les remarques et exclamations de Mrs. Allen qui, étant donné le vide de son esprit et son incapacité à penser, ne parlait jamais beaucoup mais ne pouvait jamais non plus rester tout à fait silencieuse. » p.65

« Elle souffrit cependant le mercredi soir d’une insomnie de dix minutes […] » p.80

Et enfin, pour finir, un extrait que je trouve particulièrement bien écrit, et qui m’a fait aimer plus encore le personnage d’Henry Tilney :

« Je dois finir de lire quelques brochures avant de pouvoir aller dormir, dit-il à Catherine, et les affaires de la nation m’occuperont peut-être encore quand vous serez endormie depuis bien longtemps déjà. Pouvons-nous, chacun de notre côté, mieux employer notre temps ? Mes yeux se fatigueront pour le bien d’autrui, et les vôtres, par le sommeil, prépareront les ravages qu’ils feront demain. » p. 204

Autour du livre :

  • Jane Austen est une écrivaine anglaise née le 16 décembre 1775 et décédée le 18 juillet 1817. Elle a d’abord connu le succès avec la parution de « Raison et sentiments » en 1811 (publié de façon anonyme), « Orgueil et préjugés » en 1813, « Mansfield Park » en 1814 et « Emma » en 1816. Deux autres de ses romans, « Northanger Abbey » et « Persuasion« , ont tous deux été publiés de manière posthume en 1818. Elle a commencé en janvier 1817 son dernier roman, qui sera nommé « Sanditon« , mais ne l’a pas achevé.
  • La page Wikipédia qui lui est consacrée est tellement bien faite que je ne peux que vous diriger vers elle pour en savoir plus sur cette superbe auteure.

Cette lecture entre dans le cadre du challenge « Gilmore Girls » organisée par Karine.

2/3

L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

The Vanishing Act of Esme Lennox

Éditeur :  10-18

Collection :  Domaine Étranger

Date de parution originale : 2006

Date de parution française : 2008

231 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

A Édimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées ressurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l’existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l’isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d’une enfance douloureuse ? De l’amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu’une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ?

Mon avis :

« L’étrange disparition d’Esme Lennox » est un roman que j’ai découvert un peu par hasard, notamment grâce à sa couverture que je trouvais très jolie et captivante. Je l’ai lu il y a quelques mois, à une époque où je lisais peut-être un peu trop de romans traitant de familles et de leurs secrets enfouis (« Le goût des pépins de pomme » de Katharina Hagena, « La pluie, avant qu’elle tombe » de Jonathan Coe…), ce qui explique le léger flou dans lequel je place aujourd’hui ce livre. Je me souviens l’avoir beaucoup apprécié, mais je crois que je confonds beaucoup d’éléments avec le livre de Jonathan Coe. On va donc voir ce que j’arrive à récupérer de mes souvenirs.

Dans ce roman, on suit Iris, une jeune femme indépendante et bien dans sa peau vivant à Édimbourg. Un jour, elle découvre avec surprise qu’elle a une grande-tante , prénommée Esme, ayant vécu toute sa vie dans un hôpital psychiatrique. Rapidement touchée par cette femme dont elle se sent proche, elle va tenter de découvrir les raisons du mystère qui entoure cette femme haute en couleurs : pourquoi n’a-t-elle jamais entendu parler d’elle ? Pourquoi Esme a-t-elle été enfermée dans cet hôpital à l’âge de 16 ans ?

Au début de ma lecture, j’ai parfois été quelque peu décontenancée par les changements de narration, puisqu’on passe de scènes racontées par un narrateur extérieur à l’histoire à des passages reprenant les pensées de certains personnages du roman. Ces derniers passages sont au début assez obscurs à saisir, d’autant plus qu’ils sont racontés par des personnages dont la mémoire s’effrite peu à peu..

Passé cela cependant, on entre rapidement dans le cœur même de la vie d’Esme, et des évènements qui l’ont menée dans cet hôpital. On débute avec son enfance en Inde (les ambiances m’ont d’ailleurs fait penser à la bande dessinée « India dreams » de Maryse et Jean-François Charles), auprès de sa sœur Kitty et de ses parents, jusqu’à l’année fatidique de ses 16 ans. Sa courte enfance puis adolescence voit défiler des évènements pour le moins traumatisants, mais elle vit malheureusement à une époque où l’on ne montre pas ses sentiments, et où la meilleure chose à faire est d’encaisser et de se taire..

Dès le début, j’ai été touchée par le personnage atypique d’Esme. Ses proches ne la comprennent pas, la voyant capricieuse quand elle est d’une sensibilité extrême, irrespectueuse et désobéissante quand elle se montre anticonformiste. A travers ce personnage, on conçoit les difficultés que pouvait éprouver une femme éprise de liberté et d’autonomie, à une époque où la société ne l’y autorisait pas.

J’ai aimé également le lien tendre et teinté de respect mutuel qui se tisse rapidement entre Esme et Iris. Ces deux femmes, qui ont vécu à des décennies d’écart, sont pourtant éprises des mêmes envies de liberté dans leurs choix de vie. La redécouverte du quotidien par Esme, elle qui n’a jamais été libre de ses mouvements durant ces années en hôpital psychiatrique, est particulièrement touchante. C’est avec une joie parfois enfantine qu’elle s’approprie peu à peu la vie dans l’appartement d’Iris.

Ce roman est pour moi un roman fort sur la liberté de vivre, mais qui traite également des notions de jalousie, de pardon et de souvenir. Ce n’est pas un roman extrêmement gai, c’est certain, plutôt un livre émouvant et parfois révoltant, dans lequel on est rapidement happé par la vie trop tôt brisée de cette drôle et touchante Esme Lennox.

 » Toute sa famille […] se résume à présent à cette fille, la seule qui reste. Ils se sont tous réduits à cette brune assise sur le sable, qui ignore que ses mains, ses yeux, sa façon de pencher la tête, le mouvement de ses cheveux sont ceux de la mère d’Esme. Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent des identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres. » p.119

 » « Pose ton livre, Esme, lui avait dit sa mère. Tu as assez lu pour ce soir. »
Elle en était incapable, car les personnages et le lieu de l’action la captivaient. Soudain, voilà que son père se tenait devant elle, lui arrachait le livre, le fermait sans marquer la page. Ne restait plus alors que la pièce dans laquelle elle se trouvait. « Fais ce que dit ta mère, pour l’amour de Dieu », disait-il.
Elle se redressa, la rage bouillonnant en elle, et, au lieu de demander : « S’il te plaît, rends-moi mon livre », elle lâcha : « Je veux continuer l’école ».
Ce n’était pas prévu. Elle savait que le moment était mal choisi pour aborder ce sujet, que la discussion ne servirait à rien, mais ce désir était aigu en elle, et elle n’avait pas pu s’en empêcher. Les mots avaient jailli de leur cachette. Sans son livre, ses mains se sentaient curieuses et inutiles, et le besoin de continuer l’école s’était exprimé par sa bouche à son insu.
Un silence s’empara de la pièce. La grand-mère regarda son fils, Kitty leva les yeux sur leur mère, puis les baissa sur son ouvrage. […]
« Non, répondit son père.
– S’il te plaît ». Esme se leva, s’étreignant les mains pour les empêcher de trembler. « Mlle Murray dit que je pourrais obtenir une bourse et ensuite, peut-être, tenter l’université et…
– Ça ne servirait à rien, trancha son père en se rasseyant dans son fauteuil. Pas question que mes filles travaillent pour vivre. » « 

Autour du livre :

  • Maggie O’Farrell est une écrivaine britannique née en 1972 en Irlande du Nord. Elle a grandi au Pays de Galles et en Écosse. Après une courte carrière de critique littéraire, elle se consacre totalement à l’écriture à la suite du succès de son premier roman, « Quand tu es parti« , publié en 2000. Elle a publié par la suite « La Maîtresse de mon amant » en 2002, « La distance entre nous » en 2004, qui a reçu le prix Somerset-Maugham, et « Cette main qui a pris la mienne » en 2010.
  • Sur la page Wikipédia consacrée à l’écrivaine, une analyse très intéressante des thèmes récurrents dans ses romans est proposée. On y apprend que ses romans se caractérisent avant tout par une intrigue se déroulant dans des pays anglo-saxons dans lesquels Maggie O’Farrell a vécu, par une pluralité des voix, un mélange du passé et du présent dans la narration, ainsi qu’un sujet souvent centré autour d’une famille, généralement sur plusieurs générations. L’émancipation des femmes, la difficulté des relations fraternelles, la perte des être chers et la sentimentalité extrême des personnages sont également des thèmes fortement développés par l’auteure dans ses œuvres.

Le monde dans la main – Mikaël Ollivier

Éditeur :  Thierry Magnier

Collection : Grands Romans

Date de parution : 2011

288 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Dans la vie de Pierre, adolescent timide et sans histoire, tout semble normal et lisse. Il partage son temps entre le lycée et le conservatoire, et entretient une correspondance assidue avec sa sœur partie de la maison.
Un samedi après-midi, après des courses chez Ikea, sa mère leur tourne le dos, à lui et à son père. Elle disparaît, sans rien dire. Quelques heures plus tard, elle envoie un SMS : « Ne vous inquiétez pas pour moi. Je n’en peux plus, c’est tout. »
Après le choc, la peur et de vaines recherches policières, la vie s’organise autour de cette absence inexplicable. Les repères s’écroulent. Le vernis se fendille et dans cette famille où l’on parlait peu, les langues se délient soudain, révélant des secrets et des drames insoupçonnés. La violence de ce bouleversement transforme le jeune homme réservé, lui apprenant à se débarrasser de ses peurs et de son excessive sagesse.

Mon avis :

Mikaël Ollivier est un auteur que j’ai découvert lorsque j’étais au lycée à travers deux de ses précédents romans, « La vie, en gros » et « Star-crossed lovers« , que j’avais tous deux beaucoup appréciés (il faudrait que je le relise d’ailleurs..). Voilà pourquoi je n’ai pas hésité longtemps à lire son nouveau roman, dont la couverture me plaisait en plus beaucoup..

Malgré le sujet pas forcément heureux traité dans ce livre, on comprend dès les premières pages que sa lecture ne sera pas triste, au contraire. Mikaël Ollivier est particulièrement doué pour faire rire, ou au moins sourire, en toutes circonstances, et il le prouve parfaitement dans ce roman. Il maîtrise en fait très bien ce que j’appellerais le « comique de situation », soit quelque chose qui me fait très souvent rire. Dans le cas présent, on assiste en particulier à une scène assez mémorable à Ikea où Pierre et ses parents, munis d’un « chariot aussi facilement maniable qu’un âne mort » (p.19), s’impatientent un à un au fur et à mesure de leur lente progression dans le magasin…

« Pour parvenir aux rayons des chambres, il fallait passer par les salons, les canapés, faire un arrêt aux bureaux puis traverser les cuisines. Pas le choix. Chez Ikea, on n’avance pas, on chemine, on piétine, on tourne, on a l’impression de faire des kilomètres alors qu’on fait du surplace entre les fausses cloisons qui abrite les faux intérieurs. » (p.14)

Au final, comme le dit si bien Pierre, « Ikea, c’est drôle au début. » (p.13). Et je ne vous parle pas des scènes en présence du vieux couple voisin des grands-parents de Pierre, dont la femme a été renommée par Pierre Madame Faisandée, du fait de son âge et de la couleur de sa peau…

Pour en revenir au sujet du roman en lui-même, on assiste donc au départ de la mère de Pierre, qui disparaît un jour sans prévenir, et ne donne plus de signe de vie mis à part un SMS leur demandant de ne pas s’inquiéter. Commence alors pour Pierre et son père une vie à deux un peu bancale, dans laquelle les rôles sont vite inversés.. Pierre récupère, étrangement avec un certain plaisir, le rôle du chef de famille devant veiller sur son père.

« J’avais envie de le prendre dans mes bras mais est-ce qu’on est capable, à seize ans, de serrer son père pour le consoler ? » (p.142)

J’ai beaucoup aimé la relation qui se noue petit à petit entre ces deux personnages.. Pierre semble redécouvrir son père à travers cette épreuve, et l’on sent que leur relation en sort renforcée. J’ai particulièrement aimé le fait qu’on ne tombe pas dans un scénario qui aurait pu être classique : l’adolescent qui part en vrille, les relations avec son père qui se détériorent, les notes qui diminuent inexorablement à l’école, et éventuellement pour finir : la drogue et la fugue qui sait ! Mais non, rien de tout cela ici, les changements qui s’opèrent au sein de ces deux êtres s’avèrent au final bien plus subtils..

 » Pierre, quand je serai vieux, vraiment vieux, et que tu seras un homme, un père peut-être, avec des responsabilités, des soucis, une vie à toi dont je ne saurai rien, n’oublie pas qui j’ai été. N’oublie pas, même si je n’ai plus toute ma tête, même si j’ai rapetissé, que je suis tout tassé et que je pue le vieux, n’oublie pas que j’ai été ton père, que j’ai mené ma vie, essayer de guider le début de la tienne. Que j’ai été un homme. » (p.180)

J’ai été surprise que l’absence de la mère, qui demeure à l’origine l’élément déclencheur de ce récit, reste malgré tout en toile de fond et ne constitue pas forcément l’essentiel de l’intrigue. C’est un point qui pourrait déconcerter mais que j’ai finalement trouvé ici intéressant. Je pense que cela permet en effet au lecteur de s’attacher ainsi plus aux changements qui s’opèrent dans la vie de Pierre et de son père. Cela dit, le départ de la mère et les éléments qui auraient pu la conduire à les quitter ne sont pas non plus totalement absents du roman, et heureusement. Au final, on a comme l’impression à la fin de ce roman d’en savoir très peu sur cette femme, qui semble être toujours restée une sorte de mystère pour ses proches.. Et c’est d’ailleurs ce que Pierre semblait ressentir dès le début. Connait-il vraiment sa mère ? Que sait-il de ses goûts, de son passé, de sa vie ?

 » Mais il faut bien comprendre que ce n’était pas envisageable que ma mère disparaisse pour de bon. C’était ma mère, c’était sa femme, c’était comme le jour qui se lèvre chaque matin, tellement normal qu’on n’y fait plus attention.  » (p.25)

Au cours de ses réflexions, Pierre se pose beaucoup de questions sur l’influence que peuvent avoir nos choix sur le cours de notre vie. Quand votre mère quitte la voiture au beau milieu d’un parking et s’en va, faut-il la rattraper ou la laisser partir ? Cela aurait-il changé quelque chose à sa disparition ? Notre vie dépend-elle vraiment des choix arbitraires que nous sommes amenés à faire, ou existe-t-il une sorte de destin auquel nous sommes voués, peu importe nos choix ?

 » – En prenant à gauche, je choisis sans le savoir une vie et je tourne le dos à une autre ! Comment savoir laquelle aurait été la meilleure, celle de la rue de gauche, ou celle de la rue de droite ?
– On ne peut pas savoir.
– Mais c’est des coups à rester au lit de peur de bouleverser l’avenir au moindre pas!
– Sauf que c’est pas en restant au lit que tu vas la rencontrer, la femme de ta vie. » (p.134)

Pour finir, je crois que le plaisir que j’ai pris à lire ce livre tient en grande partie à la richesse de ses personnages. Au-delà des deux personnages centraux, Pierre et son père, Mikaël Ollivier nous offre une palette de personnages secondaires toujours surprenants et attachants : Mathias le meilleur ami de Pierre, dont les réflexions sont toujours pertinentes et à contre-courant de ce que l’on pourrait imaginer dans un roman destiné aux adolescents, la grand-mère maternelle de Pierre, Bonne Maman, qui sous ses airs bourgeois et froids cache une attitude protectrice qui m’a touchée, la grand-mère paternelle de Pierre cette fois, à l’opposé de l’autre, et aux remarques impertinentes, sans oublier mon personnage préféré : Marie-Bertille (je précise que la famille dont est issue la mère de Pierre est assez bourgeoise, ce qui explique certains des prénoms..), la tante de Pierre, qui sous ses airs timides et coincés cache une personnalité forte et réfléchie (excusez-moi pour la longueur de la citation suivante, mais j’aime vraiment beaucoup ce passage…).

 » J’ai compris ce soir-là ce que j’aimais chez ma tante. C’était qu’elle ne m’avait jamais traité comme un enfant, ni comme un adolescent. Jamais elle ne m’avait demandé comment allait l’école, si j’avais une amoureuse, ce que je voulais faire plus tard. Avec elle, je n’avais même pas l’impression d’être son neveu, mais moi-même, tout simplement. Un individu qu’elle prenait tel qu’il était. S’il était très difficile à quelqu’un qui ne la connaissait pas de lui donner un âge (sans même parler de ses tenues vestimentaires hors d’âge et de modes), c’était parce que le temps n’avait pas de prise sur elle car pas d’importance. Et du coup, il en allait de même pour l’âge des personnes qu’elle fréquentait. Elle s’en moquait et se comportait de la même façon avec tout le monde, ne cherchant à plaire à personne, ni professionnellement […], ni amicalement, ni amoureusement. Elle ne jouait pas à la vie comme nous tous, et cela faisait d’elle un être reposant. Et sans doute plus libre malgré ses airs coincés que bon nombre d’entre nous qui passons notre temps à vouloir démontrer aux autres combien nous le sommes. » (p.189-190)

Et j’allais oublier le personnage qui est sans doute le plus important pour Pierre : sa sœur, Alix, qui n’est plus à la maison mais avec laquelle il communique tout le temps, dès qu’il se sent mal ou se pose des questions.. J’ai trouvé cette relation extrêmement touchante et bien amenée, et c’est sans doute ces dialogues avec sa sœur qui m’ont tant fait aimer le personnage de Pierre, auquel je me suis beaucoup attachée durant ma lecture.

 » La beauté n’a pas besoin qu’on la voit pour exister. » (p.74)

Pour finir, « Le monde dans la main » est un roman que je conseille vraiment, aux adultes comme aux plus jeunes, et qui nous fait nous poser de très belles questions sur l’absence et le souvenir que l’on garde des gens qui ne sont plus là, mais également sur les choix que l’on peut être amené à faire dans la vie. Ce livre insiste également, et ce de manière originale et pertinente, sur la notion de liberté et d’indépendance d’esprit vis-à-vis des autres, ainsi que sur la nécessité qu’il y a à saisir la différence entre ce que nous souhaitons faire de notre vie et ce que les autres attendent de nous. Enfin, les différents personnages nous donnent dans ce roman une discrète leçon de courage et surtout d’espoir, que j’ai eu beaucoup de plaisir à recevoir.

 » Est-ce que tout passe avec le temps ? » (p.181)

Autour du livre :

  • Mikaël Ollivier est un écrivain français né en 1968. Alors qu’il n’aimait pas lire étant enfant (voir son roman « Celui qui n’aimait pas lire »), c’est d’abord pour le cinéma qu’il se passionne. Il travaillera par la suite à Canal Plus. Parmi ses romans destinés aux plus jeunes, on peut citer :
  • Mikaël Ollivier a également publié des romans destinés aux adultes.
  • A noter les références littéraires et musicales présentes dans ce roman, qui font toujours plaisir : la Prélude de la 1ère Suite de Bach, toujours elle (on en parlait aussi dans « Si je reste » de Gayle Forman), une Prélude de Chopin, la Gnossienne n°1 de Satie, le roman « La Quête d’Ewilan » de Pierre Bottero, le Concerto pour piano n°5 de Beethoven (« Concerto Empereur »), et j’en oublie sans doute… J’aime beaucoup découvrir de telles références dans mes lectures, dans le cas présent cela me permet de combler une partie mes lacunes en ce qui concerne la musique classique…

Mon enfant de Berlin – Anne Wiazemsky

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution : Mars 2011

260 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c’est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l’ignorer. Elle souhaite n’exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l’admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu’elle est la fille d’un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l’une d’entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c’est l’amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.

Mon avis :

« Mon enfant de Berlin » est un livre lu il y a un peu trop longtemps pour en écrire un avis très détaillé, mais dont je souhaitais tout de même parler un peu.. J’ai découvert ce livre suite à une émission de radio, dans laquelle j’avais pu entendre qu’Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac, racontait dans ce livre l’histoire de la rencontre de ses parents.

C’est à travers le personnage de Claire Mauriac (la mère de l’auteure donc) que cette histoire nous est racontée. On la suit de 1944 à Béziers à 1945 à Berlin, où elle est ambulancière à la Croix-Rouge et vient donc en aide aux armées alliées. Du haut de ses vingt-sept ans, la jeune femme ressent le besoin de se rendre utile, et s’active sans compter dans la capitale en ruine. C’est dans cette ville détruite qu’elle va rencontrer Yvan (Jean) Wiazemsky, surnommé Wia, émigré russe issu d’une des plus anciennes familles princières de Russie.

J’ai aimé dans ce livre l’atmosphère qui se dégage de cette ville en ruines qu’est devenue Berlin. Les ambulancières de la Croix-Rouge s’affairent autour des armées alliées, et leur sont rapidement indispensables. Mais malgré ce contexte dramatique et cette nécessité d’être toujours sur le qui-vive, c’est une ambiance festive et sympathique qui ressort de ces passages : on fait la fête, on rigole, on s’offre des cadeaux, on voyage même.. J’ai beaucoup aimé l’amitié qui se crée entre ces ambulancières, ainsi que leur courage et leur abnégation face aux missions qui leur sont dévolues..

Le couple formé par Claire et Wia, quant à lui, semble comme une bulle qui se forme au sein de ce groupe d’ami(e)s et de collègues. J’ai été touchée par la douceur avec laquelle Anne Wiazemsky décrit le couple formé par ses parents, de leur rencontre à sa naissance le 14 mai 1947, à Berlin, ville symbole de l’amour du couple.

Mariage de Claire Mauriac et Yvan Wiazemsky – Source : BibliObs

J’ai aussi particulièrement aimé les nombreuses lettres qui ponctuent ce récit, notamment celles entre Claire et ses parents, ainsi que les extraits du journal de Claire, qui apportent une authenticité touchante au roman. La confrontation entre la famille Mauriac et la famille Wiazemsky, issues de milieux totalement différents, se révèle également très intéressante.

« Mon enfant de Berlin » est au final un roman dont j’ai apprécié la lecture. Il se lit rapidement, les évènements s’enchaînant d’une manière à la fois efficace et agréable. Cela dit, je ne suis pas non plus ressortie de cette lecture totalement emportée, même si j’ai du mal à discerner ce qui m’a manqué dans cette lecture, et ce qui m’a empêchée de complétement l’apprécier. J’espère tout de même que les éléments que j’ai indiqués plus haut vous donneront envie de découvrir ce roman.

Autour du livre :

  • Anne Wiazemsky est une écrivaine, comédienne et réalisatrice française née en 1947 à Berlin (d’où le roman..). Elle est la fille de Claire Mauriac et d’Yvan Wiazemsky, dont il est question dans ce roman, et donc la petite-fille de l’écrivain François Mauriac. Elle a été l’épouse du cinéaste Jean-Luc Godard, période dont elle parle dans son nouveau roman, « Une année studieuse« .
  • Un point de vue détaillé de ce roman est disponible sur le site du Nouvel Observateur, ici.
  • A noter dans ce roman, une rapide référence (il est juste cité..) à Stéphane Hessel, l’auteur du court livre « Indignez-vous !« , sorti en 2010.
  • Quelques autres écrits d’Anne Wiazemsky :
  • Filmographie sélective d’Anne Wiazemsky :

Taille 42 – Malika Ferdjoukh & Charles Pollak

Éditeur :  L’École des Loisirs

Collection : Médium

Date de parution : 2007

264 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Septembre 1939. J’ai onze ans et je pars à la mer avec l’école. C’est grâce à la guerre qui vient d’éclater. Il paraît que nous, les enfants, nous serons plus à l’abri là-bas qu’à Paris.
Je suis flâneur, rêveur, timide, sentimental. J’aime les illustrés et le cinéma. Mandrake, Fu Manchu, Prince Vaillant, Gary Cooper, Clark Gable.
Je fais un bisou pressé à ma grande sœur. Je ne sais pas encore que je la vois pour la dernière fois.
L’an prochain, je dois passer mon certificat d’études. Je ne sais pas encore que ce petit diplôme va me sauver la vie.
Eugène, mon père, va chercher du travail là où il y en a, dans un village en Baie de Somme. Je ne sais pas encore que bientôt, nous allons tous le rejoindre, changer de vie, tromper la mort, grâce à son aiguille de tailleur qui va faire des miracles.
Je suis Juif, c’est devenu un secret, et je ne comprends pas pourquoi tant de gens ont l’air de trouver que c’est mal.

Cette histoire est vraie. Charles Pollak l’a vécue. Malika Ferdjoukh l’a écrite.

Mon avis :

Suite à ma très appréciée lecture de « Chaque soir à 11 heures« , je me suis replongée avec envie dans la bibliographie de Malika Ferdjoukh. J’ai ainsi décidé de lire (ou relire) une bonne partie de ses romans (vaste programme n’est-ce pas..). J’ai donc commencé par ce roman édité à L’École des Loisirs (comme la plupart des romans de l’auteur d’ailleurs), et dont je n’avais bizarrement pas beaucoup entendu parler jusque là.

« Taille 42 » nous raconte donc l’histoire de Charles Pollak, à travers les mots de Malika Ferdjoukh. Le style de cette dernière est d’ailleurs perceptible de temps à autre dans le récit, ce qui est toujours très agréable. J’ai notamment noté les interjections qui rythment le début du récit, ainsi que bien évidemment l’humour toujours présent en toile de fond…

A travers le point de vue du plus jeune fils de la famille, Charles, dit Charly, nous suivons donc le parcours des Pollak, originaires de Hongrie et installés à Paris depuis les années 20. Le père de Charles, Eugène dit Apou, est un tailleur spécialisé dans le gilet, et aidé dans son travail par ses filles et sa femme. Le tissu et la coupe des vêtements est d’ailleurs un thème qui revient souvent dans ce roman, comme un fil rouge : les ourlets, les plis, les doublures, les matières…, élément qui m’a beaucoup plu durant ma lecture.

« Tu vois, répète mon père avec ce vibrato admiratif dans la voix dont il n’use que pour parler de la fortune des Rothschild ou de la cuisine de ma mère. Tu vois pourquoi M. Rosenfeld, il nous dépasse tous ? Personne ne sait, comme lui, cacher les bords et les replis de la coupe ! C’est un artiste.  » p.15

La vie est parfois dure, et la guerre s’installe peu à peu dans les esprits comme quelque chose d’inévitable, mais ce récit reste tout de même en grande partie pour Charles celui de souvenirs joyeux et tendres, partagés entre l’école, le cinéma, la vie quotidienne à la maison, et les jeux avec son frère et ses amis.

Avec l’arrivée de la guerre, la vie devient cependant plus dure pour les Français, et plus particulièrement pour les personnes juives comme la famille Pollak. Les fils sont contraints de partir avec leur classe loin de Paris, où ils seront tous les deux plus en sécurité. Décidé à garder sa famille en vie coûte que coûte, Apou décide de son côté de partir en Baie de Somme, afin d’y faire ce pour quoi il est le plus doué, la taille de costumes, et ensuite pouvoir y installer toute sa famille.

Au final, il est assez difficile de parler de ce récit sans trop en dévoiler sur l’histoire de cette famille. J’ai aimé le fait que ce récit nous soit raconté du point de vue de Charles, qui du haut de ses 12 ans n’a pas toujours des préoccupations aussi sérieuses que les adultes de sa famille… Cela mène d’ailleurs régulièrement à des scènes assez comiques. Et c’est là encore un point qui m’a beaucoup touchée dans ce roman, car malgré la gravité et la tristesse des évènements qui se déroulent autour d’eux, la famille Pollak reste toujours unie, aimante et prête à tout pour survivre et protéger au maximum les enfants.

J’ai du mal à en dire plus sur ce roman, mais selon moi il propose une approche de la vie durant la Seconde Guerre Mondiale différente de ce que j’ai eu l’habitude de lire sur ce sujet. Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’être moi-même « protégée » des évènements extérieurs par les parents de Charles, comme eux-mêmes parviennent à protéger leurs enfants des privations et des atrocités de la guerre.

« Il avait parlé en hongrois. Il tira sur sa cigarette, fixant la pointe étincelante de ses bottes. Ma mère continua de remuer son bois, mon père de repasser sa doublure, André de jouer avec Moska, Madeleine de coudre son ourlet, moi de caresser Frimousse. […] Le bois brûlait, le fer repassait, l’ourlet se cousait, la chienne remuait les oreilles, le chat ronronnait… Le tankiste leva les yeux derrière la fumée de sa cigarette. A brûle-pourpoint, il demanda : – Et vous ? Vous êtes de quelle religion ?  » p.231

J’ai été très touchée par les passages traitant de la religion et des efforts que les parents de Charles doivent faire pour abandonner leurs habitudes et rituels religieux, afin de ne pas dévoiler leur véritable identité. Particulièrement les passages sur la viande de porc, interdite par leur religion, mais qu’ils sont cependant contraints de manger afin de ne pas éveiller les soupçons mais aussi de survivre, ou encore ceux se déroulant à l’église, lorsque la famille doit faire semblant d’être catholique, comme toute le monde. Ces scènes sont touchantes et tristes à la fois, car elles mettent en évidence cette partie d’eux-mêmes que les Pollak doivent peu à peu mettre de côté, s’il veulent survivre à cette guerre… Mais elles restent aussi très drôles, à travers les remarques et questionnements de Charles et de son frère.

 » Le curé lui remit une effigie peinte, toute brillante, de Jésus. Mon père la prit, l’air de savoir parfaitement de quoi il retournait. L’assistance se cogna la poitrine en répétant : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri… » Ensuite, ils allèrent à la queue leu leu devant le père Jean pour avaler un truc qui leur donnait un air crispé quand ils retournaient à leur place, comme s’ils avaient avalé du plâtre qui aurait durci dans leur bouche.
– C’est quoi ? chuchota mon frère.
– Le corps du Christ ! murmurai-je, me référant à ce que venait de dire le curé.
– Beurk… Si c’est comme la viande séchée, j’en prends pas.
On resta immobiles devant nos prie-Dieu, en priant (on ne savait plus tellement qui, à vrai dire) pour que personne ne remarque qu’on n’était pas allés avaler le plâtre ou viande séchée.  » p.201

Un autre point qui m’a plu est la réelle tendresse qu’on ressent entre Charles, ses sœurs et son frère. La scène durant laquelle Charles va à la pharmacie le ventre vide dans le seul but de demander des échantillons de crème de jour au pharmacien, et ainsi faire plaisir à sa grande sœur, alors que le plus important est surtout de se trouver à manger, est particulièrement touchante. J’ai enfin particulièrement aimé les relations que la famille Pollak noue petit à petit avec les habitants du village, et la façon avec laquelle elle parvient à s’y intégrer.

 » – Une reine des reinettes ! nota Nadine, la bouche pleine.
– La mienne, c’est une pomme à cidre.
– Les pommes, c’est comme les humains, soupira Eliane entre deux bouchées. Plein de variétés pour une seule espèce.
Croc, croc, dans un bruit de chair de fruit, tout fut bientôt englouti, les pommes et la philosophie.  » p.193

« Taille 42 » est un livre que je conseille à tout le monde, et qui est je pense particulièrement adapté aux enfants et adolescents qui souhaitent découvrir la vie quotidienne d’une famille juive touchante et attachante sous l’Occupation.

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme “Sombres citrouilles“, “Minuit-cinq“, “Fais-moi peur”, “Aggie change de vie“ ou encore «  »Chaque soir à 11 heures«  ». Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • Après la guerre, Charles Pollak est resté dans le village de Feuquières-en-Vimeu jusqu’en 1948. Il s’est ensuite marié et est aujourd’hui père de deux filles, grand-père et arrière-grand-père. C’est sa fille Ida qui lui a fait rencontrer Malika Ferdjoukh.

Autres petits papiers :

  • Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
    • Chaque soir à 11 heures, le dernier roman de Malika Ferdjoukh, sorti en 2011.
    • Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.

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De pierre et de cendre – Linda Newbery

Set in stone

Éditeur :  Le Livre de Poche

Collection : Littérature & Documents

Date de parution originale : 2006

Date de parution française : 2009

384 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux deux filles de Mr. Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d’un passé scandaleux. Entre désirs de possession, obsessions et illusions, les deux demoiselles, leur père, l’ombre de leur mère décédée et leur gouvernante entament devant Samuel une subtile danse aussi fascinante que macabre…

Mon avis :

« De pierre et de cendre » étant un livre que j’ai lu en juin 2011, je m’excuse par avance si mes lointains souvenirs ne me permettent pas de vous offrir un avis très détaillé… Quand je suis tombée sur ce roman, j’ai tout de suite été attirée par sa jolie couverture, son résumé et l’atmosphère qui s’en dégage. Nous sommes en 1898 en Angleterre, dans un contexte tout à fait adapté à mes goûts donc.

A travers le personnage de Samuel Godwin, le récit commence par la découverte de la magnifique demeure des Farrow, Fourwinds. Celle-ci, qui tient son nom des quatre vents qui la parcourent depuis les différents points cardinaux, semble entourer d’une aura particulière. Samuel le perçoit rapidement, et les dires des deux demoiselles de la maison ne font que confirmer son impression. Tout au long du roman, cette demeure restera d’ailleurs un personnage à part entière, renfermant ses mystères, ses secrets et ses drames…

Au sein de cette propriété vivent Mr. Farrow, ses deux filles, Marianne et Juliana, ainsi que leur gouvernante Charlotte Agnew, dont le dévouement pour les deux adolescentes semble absolu. Samuel comprend vite que de nombreux secrets tournent autour de cette famille, et que l’apparente sérénité avec laquelle Mr. Farrow le reçoit n’est qu’illusion…

J’ai beaucoup aimé dans ce roman découvrir peu à peu les mystères qui se cachent derrière cette famille et cette propriété. Samuel étant le professeur de peinture des deux adolescentes, j’ai également apprécié la manière avec laquelle l’auteure intègre le thème de l’art dans cette intrigue : les gargouilles encadrant la maison, qui semblent si importantes, mais pour des raisons différentes, à chacun des membres de cette famille, les cours de peinture données sur la terrasse, le rapport entre l’artiste et son œuvre, le rapport entre le statut d’homme et d’artiste…

Durant ce roman, je me suis d’ailleurs souvent surprise à stopper ma lecture pour observer le tableau illustrant la couverture, que je trouve magnifique et très onirique… J’avais la sensation que ce tableau représentait parfaitement l’atmosphère qui se dégage de ce roman : onirique et doux, mystérieux et intriguant.

Les personnages sont également intéressants : Marianne et Juliana aux caractères si différents, Charlotte Agnew si proche des jeunes filles et bien plus intelligente qu’elle ne le laisse voir, Mr. Farrow, à la fois charismatique, épuisant et dérangeant, et enfin Samuel Godwin, l’un des deux narrateurs (l’autre étant Charlotte), qui tente de percer les mystères de cette demeure sans se douter que c’est en partie elle qui le dirige…

Cependant, alors que j’ai beaucoup apprécié, pour des raisons diverses, les premiers personnages, le personnage de Samuel m’a plus gênée et énervée. J’ai eu du mal à comprendre son comportement et sa quête d’ascension sociale.. La famille Farrow représente son unique chance d’être enfin reconnu pour ses œuvres, d’être enfin accepté dans cette société qui l’attire tant. Mais les sacrifices qu’il est prêt à faire et les pactes moraux qu’il est prêt à conclure m’ont rendu ce personnage dérangeant sous certains aspects, même si l’on comprend vite qu’il est lui-même déchiré entre ses devoirs et ses envies.

Le personnage de Charlotte Agnew, la gouvernante, m’a elle beaucoup plu. Son intelligence, sa perspicacité et sa droiture me l’ont rendue très sympathique. J’ai particulièrement aimé la légère intrigue tournant autour de sa propre famille. C’est plus précisément dans ces passages que l’on se rend compte de l’origine de la force et du courage qui émanent d’elle.

Les références à des romans tels que « Jane Eyre » sont palpables (j’ai lu dans d’autres avis des références aux livres de Wilkie Collins, que je n’ai encore jamais lus), que ce soit dans l’atmosphère qui se dégage du roman ou dans les thèmes traités comme l’hystérie et les secrets de famille. Peut-être trop justement. Car contrairement à de tels romans, j’ai trouvé dans celui-ci certains éléments trop évidents et trop simples. J’ai du mal à comprendre qu’un roman dont l’intrigue occupe la quasi-totalité du livre ne nous propose qu’un dénouement rapide et trop facile. Je pense que c’est cet aspect qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cette lecture.

Au final, je suis ressortie de ce roman très partagée, puisque je me suis imprégnée et j’ai beaucoup apprécié son atmosphère pendant une grande partie de ma lecture, avant d’être déçue par la facilité des dénouements. Je trouve que ces personnages méritaient quelque chose de plus abouti.

Enfin, cela peut paraître étrange, mais quand j’ai compris à la fin de ma lecture que le personnage de Samuel avait réellement existé, mon point de vue plutôt négatif sur le personnage s’est un peu adouci (voir plus bas dans la partie « Autour du livre » les détails de sa vie)… De même, cet aspect « biographique » du roman pourrait également expliquer la rapidité du dénouement, qui suivrait alors le déroulement réel des évènements. Cela dit, étant donné que je ne sais pas jusqu’à quel point ce roman s’inspire de la vie du peintre et où commence la fiction, je reste sur ce que j’ai dit concernant les quelques points négatifs que j’ai précisés plus haut.

Mais puisque j’aime finir mes avis sur une note positive, je dirais que « De pierre et de cendre » est un roman qui m’a beaucoup touchée et dont on ne voit pas passer la lecture. On est totalement pris dans les aventures de ce jeune peintre et surtout dans le cadre merveilleux et mystérieux de cette famille. Si le mélange de mystère, d’art et d’aventures vous intéresse, n’hésitez donc pas !

Autour du livre :

  • Linda Newbery est un écrivain britannique qui a d’abord surtout écrit des romans pour enfants, adolescents et jeunes adultes. Sur de nombreux sites, « De pierre et de cendre » est d’ailleurs considéré comme un roman pour jeunes adultes. Personnellement, je ne le rangerai pas forcément dans cette catégorie…
  • Peu de ses romans ont actuellement été traduits en français : « Sisterland« , « The Shell House« , « The Treasure House« …
  • Vous pouvez obtenir plus d’informations sur cette auteure sur son site internet.
  • En commençant ce roman, je me suis demandée si le personnage de Samuel Godwin était réel ou imaginaire. Les quelques recherches faites sur internet n’ayant pas été fructueuses, j’ai donc imaginé durant ma lecture que son personnage était fictif. Cependant, à la fin de ma lecture, j’ai pu lire la notice bibliographique écrite par l’auteure et donc constater que le peintre Samuel James Godwin avait réellement existé (même si je n’en trouve aucune trace sur Internet). Né en 1878 et disparu en 1941, il faisait partie d’un petit groupe de peintres mineurs dont les œuvres ont suscité l’intérêt au début du 20ème siècle. Son œuvre a ensuite eu son heure de gloire après la Première Guerre Mondiale, en partie grâce au mécénat de Rupert Vernon-Dale (personnage présent dans le roman). Après une exposition particulière en 1920, il a cessé définitivement d’exposer et n’a plus participé à la vie artistique de l’époque. Ses tableaux les plus célèbres sont « La Sauvageonne« , mentionné dans le roman et qui semble représenter Marianne Farrow, ainsi que « Les Quatre Vents« , représentant les gargouilles de la demeure décrites là encore dans le roman.

Illustration de la couverture :

  • Mon édition est illustrée par un extrait d’un tableau peint par Charles Courtney Curran en 1909 et intitulé « Sur les hauteurs« . Curran était un peintre impressionniste américain né en 1861 et décédé en 1942. Vous pouvez voir une partie de ses magnifiques tableaux ici.

« Sur les hauteurs », Charles Courtney Curran (1909) – Source

« Songs of childhood », Charles Courtney Curran – Source

« The Lanterns », Charles Courtney Curran (1910) – Source

« On the cliff », Charles Courtney Curran (1910) – Source

« A breezy day », Charles Courtney Curran (1887) – Source