Le monde dans la main – Mikaël Ollivier

Éditeur :  Thierry Magnier

Collection : Grands Romans

Date de parution : 2011

288 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Dans la vie de Pierre, adolescent timide et sans histoire, tout semble normal et lisse. Il partage son temps entre le lycée et le conservatoire, et entretient une correspondance assidue avec sa sœur partie de la maison.
Un samedi après-midi, après des courses chez Ikea, sa mère leur tourne le dos, à lui et à son père. Elle disparaît, sans rien dire. Quelques heures plus tard, elle envoie un SMS : « Ne vous inquiétez pas pour moi. Je n’en peux plus, c’est tout. »
Après le choc, la peur et de vaines recherches policières, la vie s’organise autour de cette absence inexplicable. Les repères s’écroulent. Le vernis se fendille et dans cette famille où l’on parlait peu, les langues se délient soudain, révélant des secrets et des drames insoupçonnés. La violence de ce bouleversement transforme le jeune homme réservé, lui apprenant à se débarrasser de ses peurs et de son excessive sagesse.

Mon avis :

Mikaël Ollivier est un auteur que j’ai découvert lorsque j’étais au lycée à travers deux de ses précédents romans, « La vie, en gros » et « Star-crossed lovers« , que j’avais tous deux beaucoup appréciés (il faudrait que je le relise d’ailleurs..). Voilà pourquoi je n’ai pas hésité longtemps à lire son nouveau roman, dont la couverture me plaisait en plus beaucoup..

Malgré le sujet pas forcément heureux traité dans ce livre, on comprend dès les premières pages que sa lecture ne sera pas triste, au contraire. Mikaël Ollivier est particulièrement doué pour faire rire, ou au moins sourire, en toutes circonstances, et il le prouve parfaitement dans ce roman. Il maîtrise en fait très bien ce que j’appellerais le « comique de situation », soit quelque chose qui me fait très souvent rire. Dans le cas présent, on assiste en particulier à une scène assez mémorable à Ikea où Pierre et ses parents, munis d’un « chariot aussi facilement maniable qu’un âne mort » (p.19), s’impatientent un à un au fur et à mesure de leur lente progression dans le magasin…

« Pour parvenir aux rayons des chambres, il fallait passer par les salons, les canapés, faire un arrêt aux bureaux puis traverser les cuisines. Pas le choix. Chez Ikea, on n’avance pas, on chemine, on piétine, on tourne, on a l’impression de faire des kilomètres alors qu’on fait du surplace entre les fausses cloisons qui abrite les faux intérieurs. » (p.14)

Au final, comme le dit si bien Pierre, « Ikea, c’est drôle au début. » (p.13). Et je ne vous parle pas des scènes en présence du vieux couple voisin des grands-parents de Pierre, dont la femme a été renommée par Pierre Madame Faisandée, du fait de son âge et de la couleur de sa peau…

Pour en revenir au sujet du roman en lui-même, on assiste donc au départ de la mère de Pierre, qui disparaît un jour sans prévenir, et ne donne plus de signe de vie mis à part un SMS leur demandant de ne pas s’inquiéter. Commence alors pour Pierre et son père une vie à deux un peu bancale, dans laquelle les rôles sont vite inversés.. Pierre récupère, étrangement avec un certain plaisir, le rôle du chef de famille devant veiller sur son père.

« J’avais envie de le prendre dans mes bras mais est-ce qu’on est capable, à seize ans, de serrer son père pour le consoler ? » (p.142)

J’ai beaucoup aimé la relation qui se noue petit à petit entre ces deux personnages.. Pierre semble redécouvrir son père à travers cette épreuve, et l’on sent que leur relation en sort renforcée. J’ai particulièrement aimé le fait qu’on ne tombe pas dans un scénario qui aurait pu être classique : l’adolescent qui part en vrille, les relations avec son père qui se détériorent, les notes qui diminuent inexorablement à l’école, et éventuellement pour finir : la drogue et la fugue qui sait ! Mais non, rien de tout cela ici, les changements qui s’opèrent au sein de ces deux êtres s’avèrent au final bien plus subtils..

 » Pierre, quand je serai vieux, vraiment vieux, et que tu seras un homme, un père peut-être, avec des responsabilités, des soucis, une vie à toi dont je ne saurai rien, n’oublie pas qui j’ai été. N’oublie pas, même si je n’ai plus toute ma tête, même si j’ai rapetissé, que je suis tout tassé et que je pue le vieux, n’oublie pas que j’ai été ton père, que j’ai mené ma vie, essayer de guider le début de la tienne. Que j’ai été un homme. » (p.180)

J’ai été surprise que l’absence de la mère, qui demeure à l’origine l’élément déclencheur de ce récit, reste malgré tout en toile de fond et ne constitue pas forcément l’essentiel de l’intrigue. C’est un point qui pourrait déconcerter mais que j’ai finalement trouvé ici intéressant. Je pense que cela permet en effet au lecteur de s’attacher ainsi plus aux changements qui s’opèrent dans la vie de Pierre et de son père. Cela dit, le départ de la mère et les éléments qui auraient pu la conduire à les quitter ne sont pas non plus totalement absents du roman, et heureusement. Au final, on a comme l’impression à la fin de ce roman d’en savoir très peu sur cette femme, qui semble être toujours restée une sorte de mystère pour ses proches.. Et c’est d’ailleurs ce que Pierre semblait ressentir dès le début. Connait-il vraiment sa mère ? Que sait-il de ses goûts, de son passé, de sa vie ?

 » Mais il faut bien comprendre que ce n’était pas envisageable que ma mère disparaisse pour de bon. C’était ma mère, c’était sa femme, c’était comme le jour qui se lèvre chaque matin, tellement normal qu’on n’y fait plus attention.  » (p.25)

Au cours de ses réflexions, Pierre se pose beaucoup de questions sur l’influence que peuvent avoir nos choix sur le cours de notre vie. Quand votre mère quitte la voiture au beau milieu d’un parking et s’en va, faut-il la rattraper ou la laisser partir ? Cela aurait-il changé quelque chose à sa disparition ? Notre vie dépend-elle vraiment des choix arbitraires que nous sommes amenés à faire, ou existe-t-il une sorte de destin auquel nous sommes voués, peu importe nos choix ?

 » – En prenant à gauche, je choisis sans le savoir une vie et je tourne le dos à une autre ! Comment savoir laquelle aurait été la meilleure, celle de la rue de gauche, ou celle de la rue de droite ?
– On ne peut pas savoir.
– Mais c’est des coups à rester au lit de peur de bouleverser l’avenir au moindre pas!
– Sauf que c’est pas en restant au lit que tu vas la rencontrer, la femme de ta vie. » (p.134)

Pour finir, je crois que le plaisir que j’ai pris à lire ce livre tient en grande partie à la richesse de ses personnages. Au-delà des deux personnages centraux, Pierre et son père, Mikaël Ollivier nous offre une palette de personnages secondaires toujours surprenants et attachants : Mathias le meilleur ami de Pierre, dont les réflexions sont toujours pertinentes et à contre-courant de ce que l’on pourrait imaginer dans un roman destiné aux adolescents, la grand-mère maternelle de Pierre, Bonne Maman, qui sous ses airs bourgeois et froids cache une attitude protectrice qui m’a touchée, la grand-mère paternelle de Pierre cette fois, à l’opposé de l’autre, et aux remarques impertinentes, sans oublier mon personnage préféré : Marie-Bertille (je précise que la famille dont est issue la mère de Pierre est assez bourgeoise, ce qui explique certains des prénoms..), la tante de Pierre, qui sous ses airs timides et coincés cache une personnalité forte et réfléchie (excusez-moi pour la longueur de la citation suivante, mais j’aime vraiment beaucoup ce passage…).

 » J’ai compris ce soir-là ce que j’aimais chez ma tante. C’était qu’elle ne m’avait jamais traité comme un enfant, ni comme un adolescent. Jamais elle ne m’avait demandé comment allait l’école, si j’avais une amoureuse, ce que je voulais faire plus tard. Avec elle, je n’avais même pas l’impression d’être son neveu, mais moi-même, tout simplement. Un individu qu’elle prenait tel qu’il était. S’il était très difficile à quelqu’un qui ne la connaissait pas de lui donner un âge (sans même parler de ses tenues vestimentaires hors d’âge et de modes), c’était parce que le temps n’avait pas de prise sur elle car pas d’importance. Et du coup, il en allait de même pour l’âge des personnes qu’elle fréquentait. Elle s’en moquait et se comportait de la même façon avec tout le monde, ne cherchant à plaire à personne, ni professionnellement […], ni amicalement, ni amoureusement. Elle ne jouait pas à la vie comme nous tous, et cela faisait d’elle un être reposant. Et sans doute plus libre malgré ses airs coincés que bon nombre d’entre nous qui passons notre temps à vouloir démontrer aux autres combien nous le sommes. » (p.189-190)

Et j’allais oublier le personnage qui est sans doute le plus important pour Pierre : sa sœur, Alix, qui n’est plus à la maison mais avec laquelle il communique tout le temps, dès qu’il se sent mal ou se pose des questions.. J’ai trouvé cette relation extrêmement touchante et bien amenée, et c’est sans doute ces dialogues avec sa sœur qui m’ont tant fait aimer le personnage de Pierre, auquel je me suis beaucoup attachée durant ma lecture.

 » La beauté n’a pas besoin qu’on la voit pour exister. » (p.74)

Pour finir, « Le monde dans la main » est un roman que je conseille vraiment, aux adultes comme aux plus jeunes, et qui nous fait nous poser de très belles questions sur l’absence et le souvenir que l’on garde des gens qui ne sont plus là, mais également sur les choix que l’on peut être amené à faire dans la vie. Ce livre insiste également, et ce de manière originale et pertinente, sur la notion de liberté et d’indépendance d’esprit vis-à-vis des autres, ainsi que sur la nécessité qu’il y a à saisir la différence entre ce que nous souhaitons faire de notre vie et ce que les autres attendent de nous. Enfin, les différents personnages nous donnent dans ce roman une discrète leçon de courage et surtout d’espoir, que j’ai eu beaucoup de plaisir à recevoir.

 » Est-ce que tout passe avec le temps ? » (p.181)

Autour du livre :

  • Mikaël Ollivier est un écrivain français né en 1968. Alors qu’il n’aimait pas lire étant enfant (voir son roman « Celui qui n’aimait pas lire »), c’est d’abord pour le cinéma qu’il se passionne. Il travaillera par la suite à Canal Plus. Parmi ses romans destinés aux plus jeunes, on peut citer :
  • Mikaël Ollivier a également publié des romans destinés aux adultes.
  • A noter les références littéraires et musicales présentes dans ce roman, qui font toujours plaisir : la Prélude de la 1ère Suite de Bach, toujours elle (on en parlait aussi dans « Si je reste » de Gayle Forman), une Prélude de Chopin, la Gnossienne n°1 de Satie, le roman « La Quête d’Ewilan » de Pierre Bottero, le Concerto pour piano n°5 de Beethoven (« Concerto Empereur »), et j’en oublie sans doute… J’aime beaucoup découvrir de telles références dans mes lectures, dans le cas présent cela me permet de combler une partie mes lacunes en ce qui concerne la musique classique…

Taille 42 – Malika Ferdjoukh & Charles Pollak

Éditeur :  L’École des Loisirs

Collection : Médium

Date de parution : 2007

264 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Septembre 1939. J’ai onze ans et je pars à la mer avec l’école. C’est grâce à la guerre qui vient d’éclater. Il paraît que nous, les enfants, nous serons plus à l’abri là-bas qu’à Paris.
Je suis flâneur, rêveur, timide, sentimental. J’aime les illustrés et le cinéma. Mandrake, Fu Manchu, Prince Vaillant, Gary Cooper, Clark Gable.
Je fais un bisou pressé à ma grande sœur. Je ne sais pas encore que je la vois pour la dernière fois.
L’an prochain, je dois passer mon certificat d’études. Je ne sais pas encore que ce petit diplôme va me sauver la vie.
Eugène, mon père, va chercher du travail là où il y en a, dans un village en Baie de Somme. Je ne sais pas encore que bientôt, nous allons tous le rejoindre, changer de vie, tromper la mort, grâce à son aiguille de tailleur qui va faire des miracles.
Je suis Juif, c’est devenu un secret, et je ne comprends pas pourquoi tant de gens ont l’air de trouver que c’est mal.

Cette histoire est vraie. Charles Pollak l’a vécue. Malika Ferdjoukh l’a écrite.

Mon avis :

Suite à ma très appréciée lecture de « Chaque soir à 11 heures« , je me suis replongée avec envie dans la bibliographie de Malika Ferdjoukh. J’ai ainsi décidé de lire (ou relire) une bonne partie de ses romans (vaste programme n’est-ce pas..). J’ai donc commencé par ce roman édité à L’École des Loisirs (comme la plupart des romans de l’auteur d’ailleurs), et dont je n’avais bizarrement pas beaucoup entendu parler jusque là.

« Taille 42 » nous raconte donc l’histoire de Charles Pollak, à travers les mots de Malika Ferdjoukh. Le style de cette dernière est d’ailleurs perceptible de temps à autre dans le récit, ce qui est toujours très agréable. J’ai notamment noté les interjections qui rythment le début du récit, ainsi que bien évidemment l’humour toujours présent en toile de fond…

A travers le point de vue du plus jeune fils de la famille, Charles, dit Charly, nous suivons donc le parcours des Pollak, originaires de Hongrie et installés à Paris depuis les années 20. Le père de Charles, Eugène dit Apou, est un tailleur spécialisé dans le gilet, et aidé dans son travail par ses filles et sa femme. Le tissu et la coupe des vêtements est d’ailleurs un thème qui revient souvent dans ce roman, comme un fil rouge : les ourlets, les plis, les doublures, les matières…, élément qui m’a beaucoup plu durant ma lecture.

« Tu vois, répète mon père avec ce vibrato admiratif dans la voix dont il n’use que pour parler de la fortune des Rothschild ou de la cuisine de ma mère. Tu vois pourquoi M. Rosenfeld, il nous dépasse tous ? Personne ne sait, comme lui, cacher les bords et les replis de la coupe ! C’est un artiste.  » p.15

La vie est parfois dure, et la guerre s’installe peu à peu dans les esprits comme quelque chose d’inévitable, mais ce récit reste tout de même en grande partie pour Charles celui de souvenirs joyeux et tendres, partagés entre l’école, le cinéma, la vie quotidienne à la maison, et les jeux avec son frère et ses amis.

Avec l’arrivée de la guerre, la vie devient cependant plus dure pour les Français, et plus particulièrement pour les personnes juives comme la famille Pollak. Les fils sont contraints de partir avec leur classe loin de Paris, où ils seront tous les deux plus en sécurité. Décidé à garder sa famille en vie coûte que coûte, Apou décide de son côté de partir en Baie de Somme, afin d’y faire ce pour quoi il est le plus doué, la taille de costumes, et ensuite pouvoir y installer toute sa famille.

Au final, il est assez difficile de parler de ce récit sans trop en dévoiler sur l’histoire de cette famille. J’ai aimé le fait que ce récit nous soit raconté du point de vue de Charles, qui du haut de ses 12 ans n’a pas toujours des préoccupations aussi sérieuses que les adultes de sa famille… Cela mène d’ailleurs régulièrement à des scènes assez comiques. Et c’est là encore un point qui m’a beaucoup touchée dans ce roman, car malgré la gravité et la tristesse des évènements qui se déroulent autour d’eux, la famille Pollak reste toujours unie, aimante et prête à tout pour survivre et protéger au maximum les enfants.

J’ai du mal à en dire plus sur ce roman, mais selon moi il propose une approche de la vie durant la Seconde Guerre Mondiale différente de ce que j’ai eu l’habitude de lire sur ce sujet. Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’être moi-même « protégée » des évènements extérieurs par les parents de Charles, comme eux-mêmes parviennent à protéger leurs enfants des privations et des atrocités de la guerre.

« Il avait parlé en hongrois. Il tira sur sa cigarette, fixant la pointe étincelante de ses bottes. Ma mère continua de remuer son bois, mon père de repasser sa doublure, André de jouer avec Moska, Madeleine de coudre son ourlet, moi de caresser Frimousse. […] Le bois brûlait, le fer repassait, l’ourlet se cousait, la chienne remuait les oreilles, le chat ronronnait… Le tankiste leva les yeux derrière la fumée de sa cigarette. A brûle-pourpoint, il demanda : – Et vous ? Vous êtes de quelle religion ?  » p.231

J’ai été très touchée par les passages traitant de la religion et des efforts que les parents de Charles doivent faire pour abandonner leurs habitudes et rituels religieux, afin de ne pas dévoiler leur véritable identité. Particulièrement les passages sur la viande de porc, interdite par leur religion, mais qu’ils sont cependant contraints de manger afin de ne pas éveiller les soupçons mais aussi de survivre, ou encore ceux se déroulant à l’église, lorsque la famille doit faire semblant d’être catholique, comme toute le monde. Ces scènes sont touchantes et tristes à la fois, car elles mettent en évidence cette partie d’eux-mêmes que les Pollak doivent peu à peu mettre de côté, s’il veulent survivre à cette guerre… Mais elles restent aussi très drôles, à travers les remarques et questionnements de Charles et de son frère.

 » Le curé lui remit une effigie peinte, toute brillante, de Jésus. Mon père la prit, l’air de savoir parfaitement de quoi il retournait. L’assistance se cogna la poitrine en répétant : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri… » Ensuite, ils allèrent à la queue leu leu devant le père Jean pour avaler un truc qui leur donnait un air crispé quand ils retournaient à leur place, comme s’ils avaient avalé du plâtre qui aurait durci dans leur bouche.
– C’est quoi ? chuchota mon frère.
– Le corps du Christ ! murmurai-je, me référant à ce que venait de dire le curé.
– Beurk… Si c’est comme la viande séchée, j’en prends pas.
On resta immobiles devant nos prie-Dieu, en priant (on ne savait plus tellement qui, à vrai dire) pour que personne ne remarque qu’on n’était pas allés avaler le plâtre ou viande séchée.  » p.201

Un autre point qui m’a plu est la réelle tendresse qu’on ressent entre Charles, ses sœurs et son frère. La scène durant laquelle Charles va à la pharmacie le ventre vide dans le seul but de demander des échantillons de crème de jour au pharmacien, et ainsi faire plaisir à sa grande sœur, alors que le plus important est surtout de se trouver à manger, est particulièrement touchante. J’ai enfin particulièrement aimé les relations que la famille Pollak noue petit à petit avec les habitants du village, et la façon avec laquelle elle parvient à s’y intégrer.

 » – Une reine des reinettes ! nota Nadine, la bouche pleine.
– La mienne, c’est une pomme à cidre.
– Les pommes, c’est comme les humains, soupira Eliane entre deux bouchées. Plein de variétés pour une seule espèce.
Croc, croc, dans un bruit de chair de fruit, tout fut bientôt englouti, les pommes et la philosophie.  » p.193

« Taille 42 » est un livre que je conseille à tout le monde, et qui est je pense particulièrement adapté aux enfants et adolescents qui souhaitent découvrir la vie quotidienne d’une famille juive touchante et attachante sous l’Occupation.

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme “Sombres citrouilles“, “Minuit-cinq“, “Fais-moi peur”, “Aggie change de vie“ ou encore «  »Chaque soir à 11 heures«  ». Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • Après la guerre, Charles Pollak est resté dans le village de Feuquières-en-Vimeu jusqu’en 1948. Il s’est ensuite marié et est aujourd’hui père de deux filles, grand-père et arrière-grand-père. C’est sa fille Ida qui lui a fait rencontrer Malika Ferdjoukh.

Autres petits papiers :

  • Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
    • Chaque soir à 11 heures, le dernier roman de Malika Ferdjoukh, sorti en 2011.
    • Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.

z__montages

Chaque soir à 11 heures – Malika Ferdjoukh

Éditeur :  Flammarion

Collection : Émotion

Date de parution : 2011

401 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Willa Ayre s’est classée dans la catégorie des filles que les garçons ne voient jamais, des insignifiantes, des petits chats caustiques mais frileux. Iago, lui, attire tous les regards. Il est le garçon dont rêvent toutes les filles du lycée.

Dès la rentrée, Iago pose les yeux sur Willa et la choisit. Mais à une fête, Willa rencontre le bizarre et ténébreux Edern. Dès lors, sa vie prend une tournure étrange. De la grande maison obscure cachée au fond de l’impasse, la jeune fille doit découvrir les secrets, sonder son coeur, et faire un choix…

Mon avis :

Depuis le temps que j’attendais de lire ce livre, je ne regrette pas de l’avoir enfin commencé ! Après avoir lu beaucoup de ses romans durant mon adolescence, j’ai donc retrouvé Malika Ferdjoukh avec ce nouveau livre, publié dans la nouvelle collection « Émotion » de chez Flammarion (ladite émotion étant ici l’amûûûr…).

Dès le début, nous plongeons directement dans un univers so Ferdjoukhien, dans lequel les personnages ont des prénoms étranges (Wilhelmina, Iago, Isebelle, Roch, Melville, Rosemonde et j’en passe), un humour ravageur et des références culturelles plein la tête (on prend le temps de s’arrêter devant « Beau fixe sur New-York » de Stanley Donen ou « La joyeuse divorcée » de Mark Sandrich, mais aussi « Massacre à la tronçonneuse » ou Tim Burton, on y lit « Papa longues jambes » de Jean Webster ou « L’invitation à la valse » de Rosamond Lehmann, on y écoute Charlie Parker, on y croise les œuvres de Gustave Moreau ou Niki de Saint Phalle…). Et surtout, et c’est ce qui m’a fait le plus grand bien, on est face à une héroïne irrésistiblement attachante, qui n’a pas sa langue dans sa poche, est intelligente, sérieuse, courageuse, curieuse et se passionne donc pour tout et n’importe quoi. Qu’est-ce que ça fait du bien de temps en temps une fille pas nunuche comme Willa !

A noter également l’importance de la ville de Paris dans ce roman, à travers les rues de laquelle Willa court toute la journée… On la suit dans le métro, dans le bus, en voiture et en taxi, dans l’hôtel de luxe particulier de son amie Fran, dans la lugubre mais tellement attirante maison d’Edern, mystérieusement appelée « Fausse Malice » (et qui n’est pas sans rappeler la Vill’Hervé des romans « Quatre sœurs« …), dans l’appartement glauque de son professeur de saxo, et enfin dans son appartement cosy dans lequel on mange des Bounty glacés en regardant des comédies musicales.

Au-delà du cadre et des personnages, on se laisse rapidement emporter par l’intrigue de ce roman et les nombreuses aventures qui jalonnent la vie de Willa. L’enquête qu’elle mène peut parfois paraître tarabiscotée, mais cela ne gâche en rien le roman. Certains passages en présence des camarades de classe de Willa, toutes nunuches et de vraies gosses de riche, m’ont parfois un peu énervée. Mais c’est le milieu très parisien dans lequel évolue Willa qui veut ça j’imagine… Heureusement que les trois personnages principaux relèvent un peu le niveau de réflexion (Willa, Edern et Iago) et rendent ce livre totalement addictif. J’oubliais le personnage de Marni, qui est adorable et m’a fait penser à Enid des « Quatre sœurs« . Enfin, chose qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps, j’ai eu des papillons dans le ventre en lisant une scène de ce livre en particulier, j’espère qu’elle vous fera le même effet !

En bref, « Chaque soir à 11 heures » est un livre que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher et que je conseille donc fortement, que l’on connaisse Malika Ferdjoukh ou que l’on souhaite la découvrir…

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme « Sombres citrouilles« , « Minuit-cinq« , « Fais-moi peur » ou encore « Aggie change de vie« . « Chaque soir à 11 heures » est son dernier roman. Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • On retrouve les prénoms de plusieurs personnages de ce livre dans de célèbres romans. Wilhelmina est ainsi présent dans « Dracula » de Bram Stoker, puisqu’il est porté par le personnage féminin principal, Wilhelmina « Mina » Murray. Iago est quant à lui le prénom du personnage manipulateur de la tragédie de Shakespeare « Othello« .

Autres petits papiers :

  • Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
    • Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.
    • Taille 42, écrit par Malika Ferdjoukh et Charles Pollak, et sorti en 2007.

        

 

Quatre sœurs, tome 1 : Enid – Malika Ferdjoukh & Cati Baur

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Date de parution : 2011

160 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Bande dessinée adaptée du 1er roman de la série « Quatre sœurs« , « Enid« , par Malika Ferdjoukh.

Résumé (Delcourt) :

Orphelines depuis peu, les sœurs Verdelaine vivent à la Vill’Hervé, une grande maison en bord de mer. Enid, c’est la plus jeune, celle qui ne comprend pas vraiment les choses de l’amour, celle que personne ne croit quand elle dit qu’elle a entendu un fantôme hurler dans le parc. Ni Geneviève, ni Hortense, ni Bettina… Pas même Charlie l’aînée qui s’occupe de toute la petite tribu.

Mon avis :

Ah Malika Ferdjoukh ! On peut dire que cette auteure aura marqué une bonne partie de mes lectures de jeunesse (en collaboration avec Moka, Marie-Aude Murail, Judy Blume, Susie Morgenstern, Brigitte Smadja et j’en passe évidemment…). Parmi ces lectures, la série des « Quatre Sœurs », et plus particulièrement le premier tome nommé « Enid », est sans doute l’une des dernières que j’ai découverte, avant de m’éloigner petit à petit de ce merveilleux éditeur qu’est « L’École des Loisirs » (j’y reviens quand même parfois, ces livres étant pour moi des lectures doudous…). Quelle ne fût pas ma surprise donc de découvrir que Cati Baur avait adapté ce roman en bande dessinée, mais surtout que le résultat n’étais pas mal du tout…

Mais revenons à la Vill’Hervé et à ses habitantes… Comme l’indique ma quatrième de couverture :

« Tout comme les Trois Mousquetaires étaient quatre, les Quatre Sœurs Verdelaine sont cinq ».

Comment peut-on mieux débuter une histoire ? (Et on retrouve là tout l’humour de l’auteure) Nous suivons donc les sœurs Verdelaine, Charlie, Geneviève, Bettina, Hortense et Enid, orphelines depuis peu et vivant seules dans leur grande maison au bord de l’Atlantique, sous la responsabilité de la première.

Dessins issus du site de Cati Baur

Comme son nom l’indique, ce premier tome se concentre essentiellement sur les aventures d’Enid, la plus jeune, un peu perdue au sein de cette fratrie, mais également sur l’arrivée temporaire dans la famille d’une sixième jeune fille, Colombe, la jalousie de Bettina envers cette dernière, ou encore les recherches souterraines effectuées par Enid et son meilleur ami dans le jardin de la maison…

Mais au-delà de tout cela, Malika Ferdjoukh parvient surtout à nous parler d’une fratrie dans laquelle on rêverait de vivre, avec ses hauts et ses bas certes, mais toujours profondément soudée. Dès le début, on est happé dans la vie quotidienne de ces cinq sœurs, tentant de gérer comme elles le peuvent la vie à cinq. Charlie est émouvante en chef de famille à la fois organisée et malicieuse, de même que Geneviève en gestionnaire et mère poule, ou Hortense en timide jeune fille toujours un livre à la main… On a envie de se lover sur le canapé avec celle-ci et d’y lire un bon livre au chaud, de goûter aux confitures de Geneviève, de tester la merveilleuse salle de bains de Bettina, de prendre son petit-déjeuner sur la longue table de la cuisine aux chaises dépareillées et même de réparer la vieille chaudière avec Charlie.

Les dessins de Cati Baur sont joyeux et colorés, et rendent bien selon moi l’univers du roman et de la famille Verdelaine. Elle a su donner une âme à la maison familiale, notamment lors des scènes réunissant tout le monde dans la cuisine, le salon ou le jardin. Un court texte de Malika Ferdjoukh explique d’ailleurs comment les deux auteures se sont rencontrées et ce qui l’a convaincue de travailler avec Cati Baur.

Que l’on ait lu ou non le roman d’origine, cette adaptation en bande dessinée est selon moi vraiment réussie et apporte réellement un plus au roman déjà très bon de Malika Ferdjoukh. Je la conseille donc fortement !

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme « Sombres citrouilles », « Minuit-cinq », « Fais-moi peur » ou encore « Aggie change de vie ». Son dernier roman, « Chaque soir à 11 heures », est sorti en septembre 2011. Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Les personnages de la série des « Quatre sœurs » ont d’ailleurs en partie été inspirés par les acteurs et actrices de cette époque. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • Cati Baur est née en 1973 à Genève. Elle a exercé de nombreux métiers (libraire, manutentionnaire en maison d’édition, « blonde de l’accueil », assistante d’édition), tenu un blog de dessin et publié trois bande dessinées à ce jour (« J’arrête de fumer », « Vacance » et bien sûr « Enid »). Pour plus d’infos, son site internet est ici.

Autres petits papiers :

  • Du même auteur (Malika Ferdjoukh), vous pouvez aussi lire mon avis sur :

                 

Les enfants du marais – Georges Montforez

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution originale : 1958

296 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Résumé :

Ragris et Pignolle sont les derniers habitants du marais. Alors que Pignolle, affligé d’une femme revêche et de trois enfants, cherche dans le vin rouge le souvenir de sa première femme, Ragris, secret et généreux, vit seul et voue un amour chaste et méconnu à Marie. Tane, le conducteur du train local, Amédée, rêveur et oisif, Pépé, ancien du marais devenu un riche industriel, complètent l’équipe.

Ce livre est un livre heureux. Il parle d’amitié et de liberté et raconte les joies, les bonheurs, les attentes des enfants du marais.

Mon avis :

J’ai découvert ce roman à travers son adaptation, que j’avais appréciée il y a quelques années. Même si cela ne m’arrive pas couramment de lire un livre après en avoir vu l’adaptation, le bon souvenir que je gardais de ce film m’a donné envie de me replonger dans l’univers de ces marais…

Comme le résumé l’explique très bien, nous suivons donc dans ce roman Ragris, personnage discret et peu loquace, Pignolle, bon buveur et peu responsable, et toute la troupe de personnages gravitant autour de ces deux amis. Leur vie au marais est rythmée par de petits boulots de cueillette, de pêche ou de jardinage, qui leur permettent de voir venir les mois suivants de manière peu régulière. Ragris soutient Pignolle, rattrape ses nombreuses erreurs et s’occupe en partie de la famille de celui-ci.

La relation qui lie ces deux personnages est une profonde amitié, même si la dépendance de Pignolle vis-à-vis de Ragris a souvent pu m’énerver au cours de ma lecture. Pignolle boit trop, est peu prévoyant, se plaint souvent et dépense son argent sans réfléchir, ce qui oblige souvent son ami à se sacrifier pour lui. Seulement voilà, un lien profond unit tout de même ces deux êtres un peu paumés.

Ce roman est avant tout une ode à la vie auprès de la nature, à la pêche et à la cueillette, aux soirées et repas entre amis… Les incursions des deux personnages principaux dans la ville sont d’ailleurs souvent à l’origine de situations improbables, que ce soit pour y rencontrer leurs amis Amédée et Pépé, pour y rencontrer la jolie Marie ou pour y vendre au marché leurs prises et récoltes de la matinée.

J’ai particulièrement aimé le personnage de Pépé, ancien du marais devenu riche, perdu dans une vie bourgeoise et au sein d’une famille qu’il ne supporte plus. Ses tentatives pour faire découvrir le marais à son petit-fils sont touchantes, et le symbole d’une période perdue qui ne reviendra sans doute pas… Amédée, ancien riche oisif aujourd’hui ruiné, est également émouvant. Il connait tous les livres de sa bibliothèque par cœur, mais ne connaît au final que très peu de la vie…

« Ce sont précisément ceux qui mènent une vie monotone qui tiennent un journal, parce qu’ils en ont le temps, parce qu’ils veulent se persuader, avec le recul, que leur existence a tout de même été bien remplie – remplie de vent. »

Dans ce roman, le marais est lui aussi un personnage à part entière, plein de mystères et riche d’une nature toujours présente dans la vie quotidienne des personnages. Mais ce roman parle surtout de liberté, et de cette vie que les personnages ont choisie, libre mais incertaine.

« Le gars du marais, c’est celui qui vit de l’air et du temps. Il ne touche pas le chômage. Il vend du muguet, du poisson, des grenouilles, selon la saison. Et quand il n’a rien à vendre, il ne vend rien et il vit tout de même. Les bourgeois n’aiment pas cela, Pignolle. Ils pensent que ce n’est pas régulier. »

Adaptation :

Comme je vous l’ai dit, ce beau roman a fait l’objet en 1999 d’une adaptation par Jean Becker, à qui l’on doit également « Elisa », « Effroyables jardins », « Dialogue avec mon jardinier » ou encore plus récemment « La tête en friche ». Ce film a la chance de bénéficier d’un superbe casting : Pignolle (rebaptisé pour l’occasion Pignol) est ainsi interprété par Jacques Villeret, Ragris (rebaptisé Garris) par Jacques Gamblin, Pépé la Reinette par Michel Serrault et Amédée par André Dussollier. On peut également noter la présence rapide d’Eric Cantona (chic chic) et d’Isabelle Carré dans le rôle de Marie.

Ce film m’avait beaucoup marquée étant plus jeune, je me souvenais particulièrement de certaines scènes autour du marais (la pêche à la grenouille) et d’une scène avec Michel Serrault qui m’avait beaucoup touchée (la scène où il neige, pour ceux qui connaissent…). J’avais en tête l’acteur en lisant le livre, ce qui explique en partie pourquoi j’ai tant aimé son personnage.

Mais revenons au film, que j’ai donc revu après avoir lu le livre. Pour tout dire, je trouve que l’adaptation de ce roman est très réussie. Je pense que Jean Becker est particulièrement doué pour peindre les personnages simples, « les petites gens », comme il l’a également très bien fait d’ailleurs dans « La tête en friche » avec le personnage joué par Gérard Depardieu. Sa vision du marais me plaît également. Je pense même qu’il a réussi à rendre le film plus prenant que le livre, sans doute avec la complicité des acteurs encore une fois…

Autour du livre :

  • Georges Montforez est un écrivain français né en 1921, romancier, nouvelliste, auteur d’ouvrages pour la jeunesse, scénarios de bandes dessinées et de nombreux contes pour enfants. Il existe assez peu d’informations le concernant, je peux donc juste vous indiquer qu’il est né en Cochinchine (actuel Viêt-Nam), de parents originaires de Roanne dans la Loire et qu’il a passé son enfance et sa jeunesse à Roanne. C’est d’ailleurs là qu’il a écrit son premier roman. Quatre autres de ses romans ont été publiés après « Les enfants du marais » : « La presqu’île Martin », « L’ombre d’un chêne », « Le pacte » et « La glaisière ».

Cette lecture rentre dans le cadre du Challenge « Regarde ce que tu lis » organisé par Nodrey.

Tom petit Tom tout petit homme Tom – Barbara Constantine

Éditeur : Le Livre de Poche

Collection : Littérature & Documents

Date de parution originale : 2010

224 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Tom a onze ans. Il vit dans un vieux mobile home avec Joss, sa mère (plutôt jeune : elle l’a eu à treize ans et demi). Comme Joss adore faire la fête et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va chaparder dans les potagers voisins… Mais comme il a peur de se faire prendre et d’être envoyé à la Ddass (sa mère lui a dit que ça pouvait arriver et qu’elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention. Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), allongée au milieu de ses choux, en larmes parce qu’elle n’arrive pas à se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom n’était pas passé par là…

Mon avis :

J’ai commencé ce livre car j’avais besoin d’une lecture facile et pleine de bons sentiments, le genre de lecture qui me repose et me rend toute guillerette… Et à ce niveau-là, le roman de Barbara Constantine tient largement ses promesses. On s’attache rapidement au personnage triplement éponyme de ce roman, courageux, intelligent et profondément gentil, qui tente de se faire aimer d’une maman pas tous les jours très tendre.

On sent beaucoup de non-dits dans leur relation, de la brutalité également de la part de Jo, qui est devenue maman avant même de devenir adulte. Mais en toile de fond, on ressent également l’amour et l’attachement qui les relient.

Dans ce roman, on suit donc Tom tout au long de ses journées, qu’il occupe essentiellement à trouver à manger pour le soir. Ceci l’amène à rencontrer un couple d’anglais s’essayant au jardinage, une vieille dame un peu perdue et un jeune employé des pompes funèbres au comportement pas toujours prévisible. J’ai particulièrement aimé tout ce qui touchait au couple anglais, à leur jardin potager et aux raisons qui les ont poussés à venir s’installer en France.

L’amitié entre Tom et la vieille dame est également très touchante. Tom décide de s’occuper d’elle et de la prendre sous son aile, comme il aimerait peut-être parfois le faire avec sa maman, sans que celle-ci ne lui en donne la possibilité. Le personnage de la mère est lui aussi peu à peu attachant, prenant de la hauteur au fur et à mesure du récit.

Petit point négatif, je n’ai par contre pas trop accroché au style de l’auteur, que j’ai trouvé un peu trop proche du langage parlé à mon goût. Malgré cela, j’ai été très touchée par l’histoire de ce roman et je pense retenter l’expérience Barbara Constantine très prochainement avec un autre de ses romans, A Mélie sans mélo sans doute.

Autour du livre :

  • Barbara Constantine est une écrivain française auteure de trois romans : Allumer le chat, A Mélie sans mélo et Tom petit Tom tout petit homme Tom. Elle a également été scripte pour le cinéma, notamment sur le film Les poupées russes de Cédric Klapisch.

L’élégance du hérisson – Muriel Barbery

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution originale : 2006

413 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Mon résumé :

Dans un immeuble bourgeois parisien se rencontrent une concierge grincheuse faisant tout pour cacher sa culture, une adolescente surdouée et déjà fatiguée de ce monde et un esthète japonais amoureux de la France…

Mon avis :

Dur dur de parler de ce roman tant mes sentiments ont été divers durant ma lecture. J’ai eu beaucoup de mal au début, avant d’accrocher littéralement environ au quart du roman. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman à la fois si « récent » et si plaisant… J’ai d’ailleurs eu du mal à m’empêcher de dévorer le reste du livre en quelques heures.

« C’est la première fois que je rencontre quelqu’un qui cherche les gens et qui voit au-delà. » (p.176)

Ce roman est frais et m’a fait du bien, j’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, même si les passages racontés par Renée peuvent être perturbants. Je comprends d’ailleurs que parfois ça ait pu gêner certains lecteurs, qui ont pu y voir une sorte de prétention dans l’écriture… Pour moi, la faire parler dans un style très travaillé et évolué permet de se rendre compte de la culture de Renée et de la contradiction entre l’image qu’elle veut faire passer d’elle et ce qu’elle est réellement.

« Où se trouve la beauté ? Dans les grandes choses qui, comme les autres, sont condamnées à mourir, ou bien dans les petites qui, sans prétendre à rien, savent incruster dans l’instant une gemme d’infini ? » (p.108)

Ce qui est magnifique dans ce livre ce sont les personnages et les portraits qui en sont faits. C’est une simple mais jolie leçon donnée sur les apparences : Renée, concierge cultivée n’aimant pas la télé, Manuela, femme de ménage et « aristocrate du cœur », Paloma gosse de riche tristement consciente de la médiocrité de sa famille… Pour la plupart, les habitants de l’immeuble se sentent privilégiés et beaux mais n’ont finalement rien compris à la seule beauté qui compte, celle du cœur. Le message peut sembler facile (« Les riches sont stupides et méchants, bien qu’éduqués, les pauvres sont gentils et ne demandent rien à personne »), mais pour ma part je trouve que ce roman va bien au-delà…

« Les hommes vivent dans un monde où ce sont les faibles qui dominent. C’est une injure terrible à notre nature animale, un genre de perversion, de contradiction profonde. » (p.63)

Voici un livre que je conseille donc à tout le monde, il est surprenant et frais, émouvant et drôle et devrait être lu par certains à qui cela ferait sans doute du bien…

« Vous seriez surpris de ce que se disent les petites gens. Elles préfèrent les histoires aux théories, les anecdotes aux concepts, les images aux idées. Cela ne les empêche pas de philosopher. » (p.200)

Autour du livre :

  • Muriel Barbery est une auteure française, agrégée de philosophie (ça se sent dans le roman, au travers des nombreuses références à Husserl, Descartes ou Kant…), normalienne et ancienne professeur de philosophie puis de lettres, qui a quitté la Normandie pour aller vivre à Kyoto au Japon avec son mari (là encore sa passion pour le Japon transparait dans ses références aux films du cinéaste japonais Ozu (au sujet duquel la chaîne Arte a réalisé un dossier ici), aux mangas de Taniguchi ou à travers le personnage de Kakuro Ozu).

Illustration de la couverture :

  • La photo présente sur la couverture a été faite par Stéphane Barbery, le mari de l’auteure, et dont le site internet présentant ses photos, vidéos, écrits… est ici.