Aller au contenu principal

La malédiction du cloporte – Christine Coustau & Olivier Hertel

18/02/2011

Éditeur : Points

Collection : Série Sciences

Date de parution originale : 2008

187 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Pourquoi des bactéries changent-elle le sexe des cloportes ? Pourquoi ne faut-il jamais tuer les rats lors d’une épidémie de peste ? Pourquoi le paludisme a-t-il résisté jusqu’ici à toutes les méthodes de lutte ? Le parasitisme est un phénomène aussi vieux que l’évolution. Entre des hôtes multipliant les tactiques de défense et des parasites redoublant d’innovations jusqu’à changer d’identité génétique pour contourner ces défenses, la bataille n’est pas près de s’arrêter. Aucune espèce n’échappe au monde des parasites, pique-assiettes et autres profiteurs. Ils sont partout et prennent toutes les formes : vers, virus, bactéries, microbes, mollusques, crustacés, insectes et même oiseaux. Et chacun a ses petites ruses. Celui-ci jette ses hôtes dans la gueule de prédateurs pour mieux les coloniser, celui-là les bourre de toxines assassines quand tel autre s’occupe de régler tous les détails de leur vie sexuelle. De petites histoires savoureuses, où parasites et parasités s’affrontent clans une lutte dont l’enjeu est simple : survivre.

Mon avis :

Je suis tombée sur ce livre par hasard, car j’aime bien parfois traîner au rayon "Sciences" des librairies, où les livres de vulgarisation scientifique notamment me permettent de me remettre dans les domaines scientifiques que j’étudiais au lycée ou au début des mes études.

Comme vous l’avez donc compris, ce livre traite de toutes les formes de parasitisme possibles, qui sont  bien plus présentes sur la planète que je ne l’aurais cru. Ainsi, des milliers voire des millions de bactéries, de microbes, de virus, d’insectes, d’invertébrés, de poissons et d’oiseaux utilisent chaque jour ce système afin de survivre et d’assurer leur descendance. Ce qui est intéressant, c’est également de constater que parfois le parasitisme mène à la mort de l’espèce parasitée, mais que dans d’autres cas le parasite et la parasité cohabitent très bien ensemble, dans une sorte de relation donnant-donnant.

Puisqu’à mon humble avis, l’unique manière de convaincre quelqu’un de lire un tel livre est de susciter sa curiosité, voici pour vous les quelques exemples qui m’ont le plus intéressée :

  • Le coucou est une espèce d’oiseau qui a choisi le parasitisme pour survivre. Pas très motivée à élever seule ses rejetons, la femelle coucou a trouvé une méthode imparable pour contrer ce problème : leur trouver des parents adoptifs, sans que ceux-ci s’en rendent compte, qui plus est. En effet, les femelles de cette espèce pondent leur œuf dans le nid d’une autre espèce, qui ne se doute a priori de rien. Lorsque l’oisillon naît, il va alors jeter par-dessus bord les autres œufs non éclos du nid (ceux du couple d’oiseaux parasité donc), devenant l’unique oiseau de la couvée. Il sera ainsi élevé par ses parents adoptifs, pendant que sa mère biologique continuera de parasiter d’autres nids.
  • La douve du foie, Dicrocoelium dentriticum de son petit nom, est un ver qui est contraint pour survivre de suivre un cycle assez complexe, puisqu’il doit passer successivement dans le corps d’un escargot, d’une fourmi et d’un mouton. Les choses se compliquent lors du passage de la fourmi au mouton, car celui-ci est végétarien et la fourmi ne fait pas partie de son régime alimentaire. Le Dicrocoelium dentriticum va donc prendre le contrôle du cerveau de la fourmi et ainsi la forcer à se faire manger par le mouton. L’insecte "manipulé"  s’installe donc au sommet d’un brin d’herbe, et persiste dans son attitude suicidaire jusqu’à ce qu’un mouton passe par là et le mange par mégarde. Le parasite se retrouve ainsi dans le corps du mouton, où il pourra enfin de reproduire et perpétuer son espèce.
  • Le Botox, produit connu notamment pour permettre à certaines personnes d’avoir un visage figé (mais sans rides) pendant quelques semaines, est désigné dans le monde des parasites sous le terme d’acide botulinique, qui n’est rien de moins que le poison le plus violent pour l’espèce humaine. Il est synthétisé par la bactérie Clostridium botulinum, qui est l’agent responsable du botulisme, maladie grave menant à la paralysie et qui a fait des ravages en Europe entre le 18ème et le 19ème siècle. Lorsque des médecins utilisent du Botox afin d’estomper les rides de leurs patient(e)s, ils n’injectent le produit paralysant que dans les muscles responsables de la formation des rides, qui sont donc bloqués. S’ils visent mal, le Botox pourra être injecté par erreur dans un muscle proche, ce qui pourra provoquer un affaissement de la paupière par exemple. Rassurez-vous, l’effet s’estompe heureusement en quelques semaines…
  • Le lapin, espèce aujourd’hui bien connue de nos régions, était jusqu’en 1859 absent des terres australiennes. Mais c’était sans compter sur le colon britannique Thomas Austin, qui libère un jour 24 lapins dans sa propriété, afin de s’entraîner au tir. Au bout de dix ans, les lapins se sont reproduits et répandus dans le pays, atteignant une population de 10 milliards d’individus en 1926. Même en éliminant 80% de la population à coups de pièges et de tirs au lapin, les 20% restants parviennent toujours à se reproduire et à reconstituer leur communauté. C’est alors que les spécialistes s’intéressent au virus de la myxomatose afin d’éradiquer le mammifère. Après quelques décennies durant lesquelles les Australiens préfèrent bien étudier le problème afin d’éviter une épidémie dangereuse au sein de l’île, le virus  s’échappe accidentellement en 1951, tuant 99,8% de la population de lapins de l’île. Ce qui aurait pu être une bonne nouvelle révèle uniquement les limites et les dangers des parasites, puisque les 0,2% des lapins restants, les plus résistants au virus donc, parviennent à se multiplier et à transmettre peu à peu leur immunité face au virus à leurs descendants. Au final, au cours d’une troisième épidémie, seulement 30 à 40% de la population de lapins sera décimée…

Si ces quelques exemples vous ont intéressés, sachez que ce court livre regorge d’autres anecdotes plus intéressantes les unes que les autres sur d’autres formes de parasitisme. Celles-ci vont des plus graves en termes de santé publique, comme l’anthrax, le paludisme (maladie causée par un parasite transmis à l’homme par l’anophèle, une espèce de moustique, et qui tue chaque année entre 1 et 3 millions de personnes dans le monde), la mouche tsé-tsé, les salmonelles ou encore les tiques, à celles présentes dans la nature comme la Wolbachia, qui parasite coccinelles et  cloportes ou encore la sacculine, crustacé parasite qui castre et féminise son hôte afin d’assurer sa survie…

Ce livre propose également en introduction une réflexion sur la vulgarisation scientifique et le langage technique ou non qu’elle nécessite. Ainsi, parler comme je l’ai fait parfois dans cet article d’un virus qui choisit, décide ou pense gêne parfois les spécialistes, puisqu’on ne considère pas actuellement que ces espèces soient conscientes de ce qu’elles font, mais plutôt que leur comportement résulte de leur évolution…

J’ai trouvé ce livre très intéressant, car il est accessible et qu’il propose souvent une approche historique  du sujet à l’origine plutôt technique, notamment lorsqu’il mentionne les différentes épidémies qui ont touché les hommes au cours du temps. D’autre part, même si de nombreux sujets graves comme les pandémies sont étudiés, les autres formes de parasitisme sont plutôt traitées sur le ton de l’humour, ce qui rend la lecture plus facile et agréable. "La malédiction du cloporte" est donc un livre que je conseille aux personnes curieuses, intéressées ou non par le sujet, et qui souhaiteraient agrémenter leurs discussions dans les repas de famille de quelques anecdotes intéressantes…

About these ads
10 Commentaires leave one →
  1. 19/02/2011 10:00

    Le voici donc, ce fameux livre! Je suis de plus en plus convaincue! Pour la douve et les fourmis zombies, j’avais lu ça dans Les fourmis de Werber et ça m’avait presque traumatisée un truc aussi tordu.

    Le coup des lapins… C’est vraiment intéressant!!

    • 19/02/2011 16:41

      Et oui, je l’ai enfin écrite cette critique ! J’ai essayé de mettre les exemples les plus passionnants, ça ne m’étonne donc pas qu’ils soient déjà dans un Weber ! Je ne me souviens pas de l’avoir lu dans le 1er des fourmis en tout cas… Après, j’avoue j’ai abandonné. Pour les lapins, je trouve aussi très intéressant de savoir la manière dont certaines maladies se sont retrouvées dans la nature.

  2. 03/03/2011 11:01

    Très sympa ta critique. Il a l’air vraiment accessible. Tu as lu les fourmis de BW?

    • 03/03/2011 20:10

      Merci Shanaa !

      Ah Bernard Werber… J’ai une relation étrange avec cet auteur. Il écrit a priori le genre de livres que j’aime, des romans agrémentés de science, mais pourtant je n’ai plus envie de le lire en ce moment. Je crois que je sature de le voir partout, et puis il m’a un peu déçu sur certains points. Je m’explique…

      J’ai lu le tome 1 des Fourmis, mais je n’ai pas vraiment accroché. Ensuite, j’ai adoré "Les Thanatonautes" et "L’empire des Anges", alors j’ai voulu continuer. Et puis j’ai été déçue par le 1er tome du cycle des Dieux, donc je ne suis pas allée plus loin non plus. Ensuite, j’ai aimé "L’arbre des possibles". Et enfin j’ai découvert et adoré par-dessus tout "L’encyclopédie du savoir relatif et absolu", livre qui reste un des livres m’ayant le plus marquée dans ma vie ! Mais un jour, horreur, je me suis rendue compte que tout ce qu’il disait dans ce livre n’était pas forcément vrai, alors que j’avais une foi absolue en cet auteur… .

      Et bah depuis, tous les livres de lui que j’ai tentés m’ont déçue et je n’arrive donc plus à le lire… Mais je n’attends que tes remarques pour changer d’avis, après tout ça a bien marché avec Stephen King !

  3. 03/03/2011 22:46

    Arg! J’ai manqué cet échange sur Werber, mon Dieu à l’adolescence. Me suis mise à m’occuper des fourmis comme une dingue, j’ai lu tout ce qu’il y avait au CDI…
    J’ai lu les 3 tomes, mais seul le 1er me plaît vraiment. Et certains passages du trois (je crois) sur les tentatives de création de communautés utopiques.

    Après, j’ai tenté quelques titres, mais rien ne m’a marquée… Les Dieux me suis arrêtée… quelque part.
    Les thanatonautes pas essayé.

    L’encyclopédie, suis sûre que ça me plairait mais j’ai toujours cru que ce n’était qu’une compilation des trucs présents dans les 3 tomes des fourmis. Il y a de nouveaux articles?
    S’ils sont mensongers… quelle déception… tu ne te souviendrais pas en quoi précisément, par hasard? Tu me brises le coeur, là, tu sais?

    • 04/03/2011 08:17

      Et bien moi, bizarrement, je n’avais pas accroché aux Fourmis, mais il faudrait que je retente un de ces jours… (Ah, cette habitude que j’ai de toujours donner une seconde chance à un livre qui ne m’a pas plu va me tuer !) Par contre, j’avoue que les informations du début du livre sur les fourmis m’avaient aussi passionnée.

      Pour l’autre série, il me semble que le "Cycle des Dieux" fait suite aux "Thanatonautes" et à "L’Empire des Anges", cycle lui-même intitulé "Cycle des anges" d’après ce cher Livraddict. Je te conseille donc plutôt de lire ce premier cycle avant les Dieux (il faut suivre une certaine logique après tout : d’abord thanatonaute, puis ange, puis Dieu… Tu suis ?). Peut-être que cela passerait mieux.

      Moi le livre qui m’a le plus marquée avec l’encyclopédie, c’est "L’arbre des possibles", j’avais trouvé passionnant d’étudier ces sociétés imaginaires, mais pas toujours si éloignées de la nôtre que ça pour autant…

      Concernant l’encyclopédie, en effet, j’y avais retrouvé beaucoup d’informations contenues dans les livres, mais comme je ne les avais pas tous lus, je préférais lire l’encyclopédie. Et enfin, concernant ma révélation sur la fausseté de certaines de ces informations, je te prie de mettre cela de coté et de ne plus y penser le temps que je vérifie tout ça. Je suis quasiment persuadée que certaines de ces infos sont erronées voire fausses (oui j’ose le dire), mais tant que je n’en aurais pas la preuve, je mets tout ça entre parenthèses car je ne veux pas te briser le cœur sans raison ! (Et je ne veux même pas te briser le cœur tout court..)

  4. 08/03/2011 18:27

    J’adore l’histoire de la Douve, je pense que j’ai bien dû la raconter trois ou quatre fois depuis que j’ai lu ton article!

    • 13/03/2011 16:07

      Excuse-moi de répondre si tard mais j’étais absente !

      Je suis très contente que ces histoires parasitent tes conversations (^^). Moi aussi depuis que j’ai lu ce livre, je suis parvenue à parler du choléra, de la douve ou du lapin avec plein de personnes, ça permet d’égayer les discussions à table…

  5. 21/03/2011 14:15

    Ce n’est pas le genre de lecture que je lis normalement, mais tes exemples ont vraiment piqué mon intérêt ! Je le note :)

    • 21/03/2011 20:45

      Ah, je suis contente que mon avis donne envie à des gens qui ne lisent pas d’habitude ce genre de livres ! En plus, c’est un livre qu’on peut lire en plusieurs fois, puisque chaque mini-chapitre parle d’une forme de parasitisme différente. N’hésite pas !

Laisser un p'tit papier...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d bloggers like this: