C’est lundi, que lisez-vous ? #28

Le rendez-vous C’est lundi, que lisez-vous ? est actuellement géré par Galleane. Le principe est de répondre chaque semaine à trois questions sur nos lectures passées, du moment et prévues.

C'est lundi

Qu’ai-je lu la semaine dernière ?

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  • Journal d’une jeune fille russe à Berlin, 1940-1945 de Missie Vassiltchikov : Une lecture que j’ai beaucoup appréciée ! D’une part pour le côté historique, puisque Missie nous décrit la Seconde Guerre Mondiale du point de vue d’une étrangère vivant en Allemagne, ce qui apporte une vision différente sur cet événement historique. Missie appartenait à l’aristocratie russe et sa famille avait fui la Russie soviétique, elle continue donc pendant les premières années de la guerre à passer ses soirées auprès de membres des différentes ambassades encore présentes en Allemagne et des autres membres de l’aristocratie du pays. Le décalage est donc assez frappant avec l’image que l’on peut avoir d’une guerre, c’est surprenant. A partir du moment où Berlin est l’objet des bombardements alliés, qui se déroulent quasiment tous les soirs, l’ambiance change quelque peu. On ressent bien à travers le journal de Missie la terreur que ces raids génèrent, la peur de rester ensevelie sous les décombres pendant des jours, le souci qu’elle se fait pour ses proches après chaque bombardement, la fatigue car elle passe parfois la totalité de sa nuit dans la cave de son habitation du moment, avant de repartir travailler le lendemain, les pertes matérielles, les gens qui se retrouvent du jour au lendemain sans rien… En toile de fond, on comprend également petit à petit que Missie et ses amis ne portent pas du tout les nazis dans leur cœur, et que des préparatifs sont en cours au sujet d’une éventuelle « action ». On comprend rapidement que beaucoup de ses amis sont impliqués dans la résistance anti-nazis, notamment suite à l’attentat raté du 20 juillet 1944 contre Hitler.
    J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, d’une part parce qu’il s’agit d’un témoignage unique sur la Seconde guerre mondiale, et d’autre part parce que Missie et ses amis se révèlent sympathiques et attachants, et qu’on a toujours envie d’en savoir plus sur leur devenir. Un point qui m’a également beaucoup plu dans ce livre, ce sont les passages historiques ajoutés par le frère de Missie (qui a édité le livre) entre les passages du journal, afin de décrire un événement historique, de préciser la biographie d’une personne nommée, ou de compléter voire d’infirmer une remarque de Missie. A la fin, son frère a également écrit un épilogue nous expliquant ce que sont devenues toutes les personnes citées par Missie. Une lecture très intéressante donc, que je vous conseille vivement !
  • Sous le signe du Capricorne de Hugo Pratt : C’est la deuxième fois que je lisais un Corto Maltese, et j’ai beaucoup apprécié cette lecture qui nous emporte sur les côtes de l’Amérique du Sud… Corto est un personnage vraiment attachant et séduisant. J’avais également oublié qu’il y avait tant d’ironie dans les dialogues, certains personnages se moquent parfois de Corto et inversement, c’est vraiment surprenant et sympathique.

Que suis-je en train de lire en ce moment ?

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En ce moment, je lis toujours Pourquoi pas ? de David Nicholls, que je l’ai un peu laissé de côté ces dernières semaines. J’ai également commencé L’éveil de Mademoiselle Prim de Natalia Sanmartin Fenollera, que je souhaitais lire depuis sa sortie. Enfin, j’ai également commencé Zéro déchet de Béa Johnson. L’auteure y explique comment elle et sa famille sont parvenues à ne plus produire aucun déchet.

Que vais-je lire ensuite ?

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Je pense que je lirai les autres livres que j’ai empruntés à la bibliothèques, tels que La déesse des petites victoires de Yannick Grannec ou Le pays du nuage blanc de Sarah Lark. Ou bien un livre de ma PAL peut-être.

Sur ce, bonne semaine à vous et bonnes lectures !

Mon enfant de Berlin – Anne Wiazemsky

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution : Mars 2011

260 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c’est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l’ignorer. Elle souhaite n’exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l’admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu’elle est la fille d’un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l’une d’entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c’est l’amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.

Mon avis :

« Mon enfant de Berlin » est un livre lu il y a un peu trop longtemps pour en écrire un avis très détaillé, mais dont je souhaitais tout de même parler un peu.. J’ai découvert ce livre suite à une émission de radio, dans laquelle j’avais pu entendre qu’Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac, racontait dans ce livre l’histoire de la rencontre de ses parents.

C’est à travers le personnage de Claire Mauriac (la mère de l’auteure donc) que cette histoire nous est racontée. On la suit de 1944 à Béziers à 1945 à Berlin, où elle est ambulancière à la Croix-Rouge et vient donc en aide aux armées alliées. Du haut de ses vingt-sept ans, la jeune femme ressent le besoin de se rendre utile, et s’active sans compter dans la capitale en ruine. C’est dans cette ville détruite qu’elle va rencontrer Yvan (Jean) Wiazemsky, surnommé Wia, émigré russe issu d’une des plus anciennes familles princières de Russie.

J’ai aimé dans ce livre l’atmosphère qui se dégage de cette ville en ruines qu’est devenue Berlin. Les ambulancières de la Croix-Rouge s’affairent autour des armées alliées, et leur sont rapidement indispensables. Mais malgré ce contexte dramatique et cette nécessité d’être toujours sur le qui-vive, c’est une ambiance festive et sympathique qui ressort de ces passages : on fait la fête, on rigole, on s’offre des cadeaux, on voyage même.. J’ai beaucoup aimé l’amitié qui se crée entre ces ambulancières, ainsi que leur courage et leur abnégation face aux missions qui leur sont dévolues..

Le couple formé par Claire et Wia, quant à lui, semble comme une bulle qui se forme au sein de ce groupe d’ami(e)s et de collègues. J’ai été touchée par la douceur avec laquelle Anne Wiazemsky décrit le couple formé par ses parents, de leur rencontre à sa naissance le 14 mai 1947, à Berlin, ville symbole de l’amour du couple.

Mariage de Claire Mauriac et Yvan Wiazemsky – Source : BibliObs

J’ai aussi particulièrement aimé les nombreuses lettres qui ponctuent ce récit, notamment celles entre Claire et ses parents, ainsi que les extraits du journal de Claire, qui apportent une authenticité touchante au roman. La confrontation entre la famille Mauriac et la famille Wiazemsky, issues de milieux totalement différents, se révèle également très intéressante.

« Mon enfant de Berlin » est au final un roman dont j’ai apprécié la lecture. Il se lit rapidement, les évènements s’enchaînant d’une manière à la fois efficace et agréable. Cela dit, je ne suis pas non plus ressortie de cette lecture totalement emportée, même si j’ai du mal à discerner ce qui m’a manqué dans cette lecture, et ce qui m’a empêchée de complétement l’apprécier. J’espère tout de même que les éléments que j’ai indiqués plus haut vous donneront envie de découvrir ce roman.

Autour du livre :

  • Anne Wiazemsky est une écrivaine, comédienne et réalisatrice française née en 1947 à Berlin (d’où le roman..). Elle est la fille de Claire Mauriac et d’Yvan Wiazemsky, dont il est question dans ce roman, et donc la petite-fille de l’écrivain François Mauriac. Elle a été l’épouse du cinéaste Jean-Luc Godard, période dont elle parle dans son nouveau roman, « Une année studieuse« .
  • Un point de vue détaillé de ce roman est disponible sur le site du Nouvel Observateur, ici.
  • A noter dans ce roman, une rapide référence (il est juste cité..) à Stéphane Hessel, l’auteur du court livre « Indignez-vous !« , sorti en 2010.
  • Quelques autres écrits d’Anne Wiazemsky :
  • Filmographie sélective d’Anne Wiazemsky :

Taille 42 – Malika Ferdjoukh & Charles Pollak

Éditeur :  L’École des Loisirs

Collection : Médium

Date de parution : 2007

264 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Septembre 1939. J’ai onze ans et je pars à la mer avec l’école. C’est grâce à la guerre qui vient d’éclater. Il paraît que nous, les enfants, nous serons plus à l’abri là-bas qu’à Paris.
Je suis flâneur, rêveur, timide, sentimental. J’aime les illustrés et le cinéma. Mandrake, Fu Manchu, Prince Vaillant, Gary Cooper, Clark Gable.
Je fais un bisou pressé à ma grande sœur. Je ne sais pas encore que je la vois pour la dernière fois.
L’an prochain, je dois passer mon certificat d’études. Je ne sais pas encore que ce petit diplôme va me sauver la vie.
Eugène, mon père, va chercher du travail là où il y en a, dans un village en Baie de Somme. Je ne sais pas encore que bientôt, nous allons tous le rejoindre, changer de vie, tromper la mort, grâce à son aiguille de tailleur qui va faire des miracles.
Je suis Juif, c’est devenu un secret, et je ne comprends pas pourquoi tant de gens ont l’air de trouver que c’est mal.

Cette histoire est vraie. Charles Pollak l’a vécue. Malika Ferdjoukh l’a écrite.

Mon avis :

Suite à ma très appréciée lecture de « Chaque soir à 11 heures« , je me suis replongée avec envie dans la bibliographie de Malika Ferdjoukh. J’ai ainsi décidé de lire (ou relire) une bonne partie de ses romans (vaste programme n’est-ce pas..). J’ai donc commencé par ce roman édité à L’École des Loisirs (comme la plupart des romans de l’auteur d’ailleurs), et dont je n’avais bizarrement pas beaucoup entendu parler jusque là.

« Taille 42 » nous raconte donc l’histoire de Charles Pollak, à travers les mots de Malika Ferdjoukh. Le style de cette dernière est d’ailleurs perceptible de temps à autre dans le récit, ce qui est toujours très agréable. J’ai notamment noté les interjections qui rythment le début du récit, ainsi que bien évidemment l’humour toujours présent en toile de fond…

A travers le point de vue du plus jeune fils de la famille, Charles, dit Charly, nous suivons donc le parcours des Pollak, originaires de Hongrie et installés à Paris depuis les années 20. Le père de Charles, Eugène dit Apou, est un tailleur spécialisé dans le gilet, et aidé dans son travail par ses filles et sa femme. Le tissu et la coupe des vêtements est d’ailleurs un thème qui revient souvent dans ce roman, comme un fil rouge : les ourlets, les plis, les doublures, les matières…, élément qui m’a beaucoup plu durant ma lecture.

« Tu vois, répète mon père avec ce vibrato admiratif dans la voix dont il n’use que pour parler de la fortune des Rothschild ou de la cuisine de ma mère. Tu vois pourquoi M. Rosenfeld, il nous dépasse tous ? Personne ne sait, comme lui, cacher les bords et les replis de la coupe ! C’est un artiste.  » p.15

La vie est parfois dure, et la guerre s’installe peu à peu dans les esprits comme quelque chose d’inévitable, mais ce récit reste tout de même en grande partie pour Charles celui de souvenirs joyeux et tendres, partagés entre l’école, le cinéma, la vie quotidienne à la maison, et les jeux avec son frère et ses amis.

Avec l’arrivée de la guerre, la vie devient cependant plus dure pour les Français, et plus particulièrement pour les personnes juives comme la famille Pollak. Les fils sont contraints de partir avec leur classe loin de Paris, où ils seront tous les deux plus en sécurité. Décidé à garder sa famille en vie coûte que coûte, Apou décide de son côté de partir en Baie de Somme, afin d’y faire ce pour quoi il est le plus doué, la taille de costumes, et ensuite pouvoir y installer toute sa famille.

Au final, il est assez difficile de parler de ce récit sans trop en dévoiler sur l’histoire de cette famille. J’ai aimé le fait que ce récit nous soit raconté du point de vue de Charles, qui du haut de ses 12 ans n’a pas toujours des préoccupations aussi sérieuses que les adultes de sa famille… Cela mène d’ailleurs régulièrement à des scènes assez comiques. Et c’est là encore un point qui m’a beaucoup touchée dans ce roman, car malgré la gravité et la tristesse des évènements qui se déroulent autour d’eux, la famille Pollak reste toujours unie, aimante et prête à tout pour survivre et protéger au maximum les enfants.

J’ai du mal à en dire plus sur ce roman, mais selon moi il propose une approche de la vie durant la Seconde Guerre Mondiale différente de ce que j’ai eu l’habitude de lire sur ce sujet. Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’être moi-même « protégée » des évènements extérieurs par les parents de Charles, comme eux-mêmes parviennent à protéger leurs enfants des privations et des atrocités de la guerre.

« Il avait parlé en hongrois. Il tira sur sa cigarette, fixant la pointe étincelante de ses bottes. Ma mère continua de remuer son bois, mon père de repasser sa doublure, André de jouer avec Moska, Madeleine de coudre son ourlet, moi de caresser Frimousse. […] Le bois brûlait, le fer repassait, l’ourlet se cousait, la chienne remuait les oreilles, le chat ronronnait… Le tankiste leva les yeux derrière la fumée de sa cigarette. A brûle-pourpoint, il demanda : – Et vous ? Vous êtes de quelle religion ?  » p.231

J’ai été très touchée par les passages traitant de la religion et des efforts que les parents de Charles doivent faire pour abandonner leurs habitudes et rituels religieux, afin de ne pas dévoiler leur véritable identité. Particulièrement les passages sur la viande de porc, interdite par leur religion, mais qu’ils sont cependant contraints de manger afin de ne pas éveiller les soupçons mais aussi de survivre, ou encore ceux se déroulant à l’église, lorsque la famille doit faire semblant d’être catholique, comme toute le monde. Ces scènes sont touchantes et tristes à la fois, car elles mettent en évidence cette partie d’eux-mêmes que les Pollak doivent peu à peu mettre de côté, s’il veulent survivre à cette guerre… Mais elles restent aussi très drôles, à travers les remarques et questionnements de Charles et de son frère.

 » Le curé lui remit une effigie peinte, toute brillante, de Jésus. Mon père la prit, l’air de savoir parfaitement de quoi il retournait. L’assistance se cogna la poitrine en répétant : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri… » Ensuite, ils allèrent à la queue leu leu devant le père Jean pour avaler un truc qui leur donnait un air crispé quand ils retournaient à leur place, comme s’ils avaient avalé du plâtre qui aurait durci dans leur bouche.
– C’est quoi ? chuchota mon frère.
– Le corps du Christ ! murmurai-je, me référant à ce que venait de dire le curé.
– Beurk… Si c’est comme la viande séchée, j’en prends pas.
On resta immobiles devant nos prie-Dieu, en priant (on ne savait plus tellement qui, à vrai dire) pour que personne ne remarque qu’on n’était pas allés avaler le plâtre ou viande séchée.  » p.201

Un autre point qui m’a plu est la réelle tendresse qu’on ressent entre Charles, ses sœurs et son frère. La scène durant laquelle Charles va à la pharmacie le ventre vide dans le seul but de demander des échantillons de crème de jour au pharmacien, et ainsi faire plaisir à sa grande sœur, alors que le plus important est surtout de se trouver à manger, est particulièrement touchante. J’ai enfin particulièrement aimé les relations que la famille Pollak noue petit à petit avec les habitants du village, et la façon avec laquelle elle parvient à s’y intégrer.

 » – Une reine des reinettes ! nota Nadine, la bouche pleine.
– La mienne, c’est une pomme à cidre.
– Les pommes, c’est comme les humains, soupira Eliane entre deux bouchées. Plein de variétés pour une seule espèce.
Croc, croc, dans un bruit de chair de fruit, tout fut bientôt englouti, les pommes et la philosophie.  » p.193

« Taille 42 » est un livre que je conseille à tout le monde, et qui est je pense particulièrement adapté aux enfants et adolescents qui souhaitent découvrir la vie quotidienne d’une famille juive touchante et attachante sous l’Occupation.

Autour du livre :

  • Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme “Sombres citrouilles“, “Minuit-cinq“, “Fais-moi peur”, “Aggie change de vie“ ou encore «  »Chaque soir à 11 heures«  ». Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
  • Après la guerre, Charles Pollak est resté dans le village de Feuquières-en-Vimeu jusqu’en 1948. Il s’est ensuite marié et est aujourd’hui père de deux filles, grand-père et arrière-grand-père. C’est sa fille Ida qui lui a fait rencontrer Malika Ferdjoukh.

Autres petits papiers :

  • Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
    • Chaque soir à 11 heures, le dernier roman de Malika Ferdjoukh, sorti en 2011.
    • Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.

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Si c’est un homme – Primo Levi

Se questo è un uomo

Éditeur : Pocket

Collection : Presses Pocket

Date de parution originale : 1947

Date de parution française : 1987

272 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

« Ce livre est sans conteste l’un des témoignages les plus bouleversants sur l’expérience indicible des camps d’extermination. Primo Levi y décrit la folie meurtrière du nazisme qui culmine dans la négation de l’appartenance des juifs à l’humanité. Le passage où l’auteur décrit le regard de ce dignitaire nazi qui lui parle sans le voir, comme s’il était transparent et n’existait pas en tant qu’homme, figure parmi les pages qui font le mieux comprendre que l’holocauste a d’abord été une négation de l’humain en l’autre.

Si rien ne prédisposait l’ingénieur chimiste qu’était Primo Levi à écrire, son témoignage est pourtant devenu un livre qu’il importe à chaque membre de l’espèce humaine d’avoir lu pour que la nuit et le brouillard de l’oubli ne recouvrent pas à tout jamais le souvenir de l’innommable, pour que jamais plus la question de savoir « si c’est un homme » ne se pose. De ce devoir de mémoire, l’auteur s’est acquitté avant de mettre fin à ses jours, tant il semble difficile de vivre hanté par les fantômes de ces corps martyrisés et de ces voix étouffées. »

Paul Klein

Mon avis :

Difficile d’écrire mon avis sur ce livre tant ma lecture a été laborieuse. Difficile du fait du sujet en lui-même, la déportation durant la seconde guerre mondiale, qui est évidemment très dur, mais également du fait de la manière dont l’auteur a traité le sujet. J’avoue avoir eu beaucoup de mal à finir cette lecture, que j’ai d’ailleurs du étaler sur plusieurs semaines. Même si je lis régulièrement des livres traitant de cette période et plus particulièrement de l’Holocauste, j’ai rarement été confrontée à une description aussi « brute » (je ne trouve pas de mot plus approprié, je m’en excuse) des évènements.

 » Plus rien ne nous appartient : ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux ; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s’ils nous écoutaient, il ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu’à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.  » p.34

Primo Levi nous décrit dans son livre toute l’inhumanité d’Auschwitz, de la façon la plus glaçante qui soit. J’ai parfois eu du mal à comprendre la quasi-objectivité avec laquelle certains passages sont traités, laissant presque penser à une sorte de guide de survie en camp de concentration. C’est justement là que « Si c’est un homme » prend toute sa dimension pour moi : le système concentrationnaire d’Auschwitz, en déshumanisant l’auteur, parvient également à rendre ce récit autobiographique quasiment objectif et neutre.

Il n’en demeure pas moins que ce livre m’a profondément émue et marquée. C’est un livre « à lire », comme on dit, pour demeurer conscient, si cela demeure encore nécessaire, de la perte d’humanité dont les hommes ont été capables. Un livre dans lequel les phrases claquent, choquent et marquent. Un livre nécessaire.

 » Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n’est pas un homme. Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s’il n’est pas fautif, plus éloigné du modèle de l’homme pensant que le plus fruste des Pygmées et le plus abominable des sadiques.  »  p.185

Autour du livre :

  • Primo Levi est né en 1919 Turin en Italie. Chimiste de métier, il est déporté en février 1944 à Auschwitz, dont il est libéré en janvier 1945. Il se met rapidement à écrire « Si c’est un homme » (dont le nom est issu d’un de ses poèmes), qu’il termine en décembre 1946. Bien que publié en 1947, il faudra attendre les années 60 pour que le livre soit remarqué et traduit dans d’autres langues. Il n’est publié en français qu’en 1987.
  • Primo Levi a également publié d’autres écrits, tels que le recueil d’histoires courtes « Le Système Périodique » ou le roman « La Clé à Molette« .
  • Toute sa vie, Primo Levi s’est battu pour que l’horreur des camps de concentration ne soit pas oubliée, discutant avec des étudiants, donnant des conférences et visitant les sites des anciens camps de concentration. Il meurt le 11 avril 1987 après une chute dans les escaliers.

Cette lecture rentre dans le cadre du Challenge Livraddict 2011 (dont le résultat risque d’être très médiocre à la fin de l’année..) :

17/100

84, Charing Cross Road – Helene Hanff

84 Charing Cross Road

Edition : Le Livre de Poche

Collection : Littérature & Documents

Date de parution originale : 1970

156 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Par un beau jour d’octobre 1949, Helene Hanff s’adresse depuis New-York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s’écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l’intime, presque à l’amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies. Livre inattendu, « 84, Charing Cross Road » fait l’objet, depuis les années 1970, d’un véritable culte des deux côtés de l’Atlantique.

Mon avis :

Cela faisait longtemps que je souhaitais lire « 84 Charing Cross Road », un livre semblant faire l’objet d’un véritable culte chez de nombreux lecteurs (cf. la 4ème de couverture et les nombreuses listes de « Livres à avoir lus dans sa vie » ou « Meilleurs livres de tous les temps » qui fourmillent sur le net…). Fidèle à mon habitude de ne lire que rapidement le résumé des livres que je commence, je n’ai compris qu’en lisant la « Note au lecteur » du début du livre que celui-ci était « une transcription authentique de la correspondance » entre Helene Hanff et Frank Doel. Je croyais de mon côté être face à un roman épistolaire, genre que j’avais apprécié avec surprise en dévorant le livre « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ».

Je suis contente de m’être rendue compte de cet élément avant de commencer ma lecture. Je crois en effet que les quelques éléments qui m’ont déplu dans ce livre auraient eu plus de mal à passer si le livre avait été une œuvre de fiction… L’attachement que j’ai peu à peu ressenti face à Frank Doel et ses collègues (Helene Hanff un peu également, mais elle m’a plus souvent épuisée qu’autre chose) est en grande partie dû au fait que ces personnages aient existé. A travers leurs lettres, on prend conscience de la teneur de la vie quotidienne de l’époque en Angleterre, à la sortie de la guerre. Ce sont ces passages qui m’ont le plus intéressée, plus encore je crois que les passages concernant les livres… C’est pourquoi les lettres écrites par l’épouse de Frank Doel m’ont par exemple beaucoup plu.

Au-delà de cela, les échanges concernant les livres sont eux aussi attachants. La différence de comportement et de tempérament entre les deux correspondants, pourtant tous deux aussi passionnés des livres, m’a souvent fait sourire. Pour « Melle » Helene Hanff (ou « HH ») comme pour Frank Doel, le livre est un objet pour lequel on est prêt à attendre des mois voire des années, afin d’en trouver l’édition, la reliure ou la traduction parfaite.

Cela m’a fait penser à moi-même (…petite divagation égocentrique, passage obligé lorsque l’on lit un livre traitant de la relation entre le lecteur et ses livres…), puisque qu’actuellement je me retrouve dans l’impossibilité de lire un nouveau roman de Jane Austen (situation ô combien pénible !), car je suis incapable de choisir entre l’achat d’un 10/18 ou d’un Livre de Poche, tant les débats sont nombreux sur les différences de traduction entre les deux… (Fin de la parenthèse)

J’ai d’ailleurs aimé la petite référence à cette auteure dans la correspondance entre la lectrice et son libraire. En parlant de références, l’une de mes grandes déceptions a été celle-ci : malgré toutes les citations et les titres de livres présents dans « 84 Charing Cross Road », peu de titres m’ont réellement donné envie de me jeter dessus, or c’est souvent ce que je recherche lorsque je lis un livre qui parle des livres (pas que, mais un peu quand même).

Comme vous le constatez, ce très court recueil de correspondances a été pour moi une lecture sympathique mais quelque peu décevante. Il a tout de même le mérite de me donner envie d’acheter plus de livres dans des éditions anciennes et/ou d’occasion, souvent porteurs de signes de leurs anciens propriétaires (dédicaces anciennes sur la page de garde, livres qui s’ouvre toujours à la même page, annotations dans les marges), et qui font des livres de véritables objets vivants…

Autour du livre :

  •  Helene Hanff est une écrivaine américaine née en 1916 et décédée en 1997. Comme on l’apprend dans ce livre, elle a durant sa vie écrit des pièces de théâtre et des scénarios pour la télévision.
  • Cette auteure a également écrit d’autres livres, dont « La duchesse de Bloomsbury Street », qui parle de son premier voyage à Londres en 1971.
  • Une adaptation de ce roman a été réalisée en 1987 par David Hugh-Jones, avec Anthony Hopkins, Anne Bancroft et Judi Dench dans les rôles principaux.

Illustration de la couverture :

  • L’illustration de la couverture de mon édition du Livre de Poche est tirée d’un tableau de Frederic Edwin Church intitulé The Letter Revenge, before 1892.

Le Liseur – Bernhard Schlink

Der Vorleser

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution originale : 1995

Date de parution française : 1996

242 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Mon avis sur le livre :

Tout d’abord, un conseil, ne lisez pas la 4ème de couverture de ce livre, en tout cas pas dans son édition Folio Gallimard, car elle mentionne un à un tous les éléments clés de ce roman… Voilà pourquoi je ne l’ai pas indiquée ici.

J’ai découvert ce livre à travers l’adaptation qu’en a fait Stephen Daldry, et je dois dire que je ne l’aurais peut-être jamais lu si Sybille  ne m’avait pas proposé de m’envoyer son exemplaire dans le cadre de ses livres voyageurs.

Nous suivons donc dans ce roman Michael, qui se remémore son adolescence et notamment la relation qu’il a eue à cette époque avec Hanna, de vingt ans son aînée. On comprendra plus tard les raisons qui l’ont poussé à se remémorer ces instants avec cette femme.

« Sur son visage d’alors sont venus se poser, dans ma mémoire, ses visages ultérieurs. Quand je veux l’évoquer devant mes yeux telle qu’elle était alors, elle apparaît sans visage. Il faut que je la reconstitue. » p.20

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai notamment été rapidement passionnée par les évènements de la vie d’Hanna, qui nous sont racontés par Michael au fur et à mesure que celui-ci les découvre. Les séances au cours desquelles il lui lisait des livres sont émouvantes, elles prendront cependant tous leur sens dans la suite du récit, lorsque l’on découvre les secrets entourant la vie d’Hanna.

Le point m’ayant le plus gênée au cours de cette lecture est sans doute la relation entre Michael et Hanna en elle-même, en tout cas lorsque celui-ci est un adolescent. Au-delà de leur différence d’âge, qui m’a empêchée d’y voir une certaine forme de romantisme, je ne suis pas parvenue à apprécier le personnage d’Hanna, du moins dans la première partie du roman. Je l’ai trouvé froide et brutale, et j’ai eu du mal à comprendre l’attachement obstiné que ressent Michael pour elle. Il est vrai que la suite du récit nous permet de mieux comprendre les attitudes et réactions brusques de Hanna, mais c’est un point qui ne m’a toutefois pas plu. J’ai pu cependant constater que je m’attachais plus facilement à son personnage dans le film que dans le livre, sans doute est-ce dû à l’actrice qui l’incarne (voir plus bas mon avis sur le film)…

Au-delà de cela, l’écriture de Bernhard Schlink est impressionnante de justesse. Il parvient parfaitement à traduire l’influence que cette histoire d’amour précoce a eue sur Michael, en particulier sur ses relations amoureuses ultérieures. La peur d’être abandonné une nouvelle fois, et surtout de ne pas retrouver la même passion que celle qui l’unissait à Hanna l’empêche de s’engager totalement dans une nouvelle relation, même des années plus tard.

« Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il rétrospectivement détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités ? Pourquoi le souvenir d’années de mariage heureux est-il gâché lorsque l’on découvre que, pendant tout ce temps-là, l’autre avait un amant ? […] Parce que le bonheur n’est pas vrai s’il ne dure pas éternellement ? » p.48

Les scènes de procès sont très prenantes, on découvre en même temps que le narrateur les charges pesant contre Hanna, les accusations, les non-dits et leurs conséquences. Paradoxalement, c’est dans cette partie du roman que j’ai apprécié le personnage de Hanna, qui semble si manipulable face au jury et aux autres accusées, incapable de comprendre qu’elle s’enfonce elle-même dans ses explications et se demandant sans cesse ce qu’il aurait fallu qu’elle fasse, plutôt que de se questionner sur ce qu’elle aurait faire. Les réflexions sur la culpabilité et le devoir sont ainsi intéressantes : est-on moins responsable lorsque l’on a agi sous les ordres de quelqu’un d’autre ? A partir de quel moment doit-on arrêter de respecter les ordres et commencer à prendre en compte sa propre conscience ?

J’ai également beaucoup aimé la seconde partie de la relation qui s’instaure entre Michael et Hanna, des années plus tard. Je pense que le fait que ce dernier soit alors adulte m’a permis de dépasser le blocage que j’avais au début du fait de leur différence d’âge. Les cassettes qu’il enregistre pour elle deviennent alors les uniques témoignages d’amitié (d’amour ?) qu’il est encore capable de lui donner.

« Non que j’aie oublié Hanna, mais au bout d’un certain temps, mon souvenir d’elle cessa de m’accompagner. Elle resta en arrière comme une ville quand le train repart. Elle est là quelque part derrière nous, on pourrait s’y rendre et s’assurer qu’elle existe bien. Mais pourquoi ferait-on cela ? »

Mon avis sur le film :

Contrairement à mon habitude, j’ai donc vu ce film avant de lire le livre, mais j’en ai revisionné depuis des passages pour capter les éventuelles différences entre le roman et son adaptation. L’adaptation a été réalisée en 2008 par Stephen Daldry, qui avait également adapté en 2002 un autre roman, « The Hours » de Michael Cunningham, avec Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore dans les rôles principaux.

Michael jeune est incarné par David Kross, acteur de 21 ans que l’on verra bientôt dans le prochain film de Steven Spielberg, « Cheval de guerre »,  et adulte par Ralph Fiennes, acteur que l’on ne présente plus (disons juste qu’il a joué dans de petits films comme « La Liste de Schindler », « Le Patient Anglais », « The Duchess », « Les Hauts de Hurlevent » ou encore la série des « Harry Potter »…).

Hannah pour sa part est jouée du début à la fin par Kate Winslet. Ces deux derniers sont des acteurs dont j’apprécie beaucoup le travail, et ils sont là encore excellents dans leurs rôles. Ralph Fiennes a un visage hallucinant, qui traduit très bien les sentiments de ses personnages, sans avoir besoin de parler. J’ai l’habitude de voir Kate Winslet dans des rôles de femmes fortes et sûres d’elle, souvent incomprises par leurs proches (je pense notamment à son rôle dans « Les noces rebelles », « Little children », « Eternal sunshine of the spotless mind » ou même encore dans « Titanic »).  Le rôle d’Hannah rentre donc selon moi dans ce genre de personnages dans lequel elle excelle.

Le jeune David Kross joue également très bien, notamment durant les scènes qu’il partage avec Kate Winslet, qui ne devaient pas toujours être faciles à jouer du fait de son âge… J’ai retrouvé avec plaisir l’actrice allemande Alexandra Maria Lara, que j’avais déjà pu voir dans les films « Control » ou « L’affaire Farewell », et qui joue ici la jeune victime du procès.

Le film suit globalement le même déroulement que le livre, et les nombreux flashbacks qui ponctuent le récit de Michael s’intègrent très bien dans celui-ci. Je trouve l’adaptation très réussie, l’image est superbe, la musique juste là quand il faut.

Petit effet collatéral non voulu : durant tout le film, j’ai été incapable de regarder l’acteur Ralph Fiennes sans voir en lui Lord Voldemort, dont il incarne le personnage dans les adaptations des Harry Potter. Perturbant donc…

Autour du livre :

  • Stephen Daldry est né en 1944 en Allemagne. En plus d’être écrivain, il exerce également la profession de juge. Il a depuis « Le Liseur » écrit d’autres romans, notamment « Amours en fuite » en 2001 et « La circoncision » en 2003.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de l’édition que j’ai lue est issue du travail de Barnaby Hall, photographe dont les œuvres servent régulièrement à illustrer des romans. Sur son site, on peut voir une partie des livres qu’il a illustrés.

Ce livre rentre dans le cadre du challenge « Regarde ce que tu lis », organisé par Nodrey.

Le goût des pépins de pomme – Katharina Hagena

Der Geschmack von Appelkernen

Éditeur : Anne Carrière

Date de parution originale : 2008

Date de parution française : 2010

268 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

A la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu’elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n’envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu’elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l’entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l’histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes. Katharina Hagena nous livre ici un grand roman sur le thème du souvenir et de l’oubli.

Mon avis :

Ce qui m’a d’abord attirée dans ce livre, je l’avoue, c’est sa couverture. Cette représentation d’une ancienne planche botanique représentant la pomme m’a tout de suite séduite. Petite déjà, j’aimais beaucoup observer ces vieilles planches, découvrant des coupes de tous ces fruits et légumes que je ne connaissais pas toujours… Cette couverture m’a donc rapidement rappelé l’enfance et la nostalgie qui l’entoure souvent. Je lui ai tout de suite trouvé un goût ancien et réconfortant, qui a perduré durant les premiers chapitres de ce roman.

Car dans ce roman il est beaucoup question de goût justement, du goût des pommes et de leurs pépins, des groseilles blanches qui ont un goût de larmes, des mûriers…, de leur parfum, de la sensation des aiguilles de pins sous les pieds nus… On déambule derrière Iris pendant qu’elle redécouvre le jardin et en même temps ses souvenirs, et on voudrait presque y être, passer les doigts dans les herbes aromatiques du potager, s’allonger sous ce pommier magique qui a été témoins de tant de choses… Jusqu’à ce que l’on comprenne qu’Iris n’a pas tourné le dos à ce paradis sans raisons. Car ce jardin est aussi rempli de secrets de familles, de drames remontant parfois à plusieurs générations et de souvenirs qui s’effritent…

« Le sol y était de couleur rouille, nappé d’une épaisse couche d’aiguilles de pin. Le pas, dès que l’on marchait dessus, se faisait élastique, silencieux, et l’on avançait, comme ensorcelé, jusqu’au moment où l’on débouchait de l’autre côté, sur le grand pré planté de fruitiers. » p.56

Ce roman m’a laissé un sentiment étrange. Je l’ai aimé c’est sûr, mais savoir pourquoi m’est plus difficile… J’ai aimé ces histoires de femmes s’étalant sur plusieurs générations, j’ai aimé la symbolique à la fois fertile et dramatique de cette maison et de ce jardin. J’ai aimé les tantes d’Iris, Inga si admirée et pourtant si seule, dont les doigts de fée produisent des étincelles, et que j’ai imaginée comme ces femmes des années folles, à la Louise Brooks. Harriet également, femme frêle mais pourtant si forte, que j’ai imaginée pour sa part comme Scarlett, la petite colocataire rousse de Hugh Grant dans « Quatre mariages et un enterrement ». Bref si vous pensez adapter ce roman, faites-moi signe, j’ai pleins d’idées…

Cela rejoint d’ailleurs ce que je disais précédemment sur l’aspect très « sensitif » de ce roman. Au cours des chapitres, tous mes sens ont tour à tour été stimulés, comme si j’étais moi-même Iris, Bertha, Mira ou Rosemarie. Plusieurs fois j’ai senti le goût des pommes (et des pépins) dans ma bouche.

Je conseille donc la lecture de ce roman, pas fortement mais quand même un petit peu, tant je me demande si je ne suis pas la seule à avoir ressenti cela à la lecture. Allez, si, lisez-le, en particulier si vous aimez les histoire de femmes, les secrets de famille, les jardins, les fleurs, les fruits, les confitures, les écluses, les robes en tulle et à paillettes cachées au fond des placards, les vieux escaliers qui craquent et les vélos qui couinent… Et puis les pommes surtout.

« Vous savez, les enfants, il y a trois choses que l’on peut contempler continuellement sans jamais s’en lasser. L’une de ces choses, c’est l’eau. L’autre, c’est le feu. Et la troisième, c’est le malheur des autres. » p.174

Autour du livre :

  • Katharina Hagena est née en 1967 à Karlsruhe en Allemagne. Elle a enseigné la littérature à Dublin puis à Hambourg. « Le goût des pépins de pomme », qui a été un best-seller en Allemagne, est son premier livre.

Illustration de couverture :

  • La planche botanique en couverture de mon édition a été réalisée par Friedrich Guimpel, un artiste et graveur spécialisé dans la réalisation de ce type de dessins didactiques.

Vous pouvez également consulter ici l’article que Soundandfury a consacré à ce roman il y a quelques mois.