Northanger Abbey – Jane Austen

Éditeur : 10/18

Collection : Domaine étranger

Date de parution originale : Décembre 1817 (achevé en 1803)

Date de parution française : 1824

285 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Une jeune provinciale de bonne famille est envoyée à Bath, prendre les eaux, pour faire son apprentissage du monde et des intermittences du cœur. L’héroïne se retrouve égarée au milieu de conjonctures qui la rabaissent aux yeux du lecteur. En toute occasion, elle se comporte en référence à son livre de chevet, « Les mystères d’Udolphe » de Mrs Radcliffe.

Mon avis :

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en commençant ce roman de Jane Austen. « Northanger Abbey » n’étant pas le roman de l’auteure dont on parle le plus, je m’attendais peut-être à être un peu déçue par rapport aux quatre autres romans que j’avais lus, me disant qu’il ne serait peut-être pas aussi bien.. Et bien je dois dire que je me suis trompée, et que pour la 5ème fois, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures des personnages mis en scène par cette chère Jane, et plus particulièrement celles entourant le personnage de Catherine Morland.

Je trouve d’ailleurs que les 4èmes de couverture que l’on peut lire de ce roman sont un peu sévères avec ce personnage principal. Alors oui, Catherine Morland vit dans ses livres et est un peu naïve, oui elle croit aux histoires racontées dans ses romans gothiques et ne rêve que d’une chose, vivre dans une ancienne abbaye en ruine, mais j’ai personnellement trouvé sa naïveté très touchante. Tout au long de ma lecture, je me suis attendue à un retournement de situation qui me ferait ne plus apprécier ce personnage, mais non, il faut bien dire ce qui est, j’ai trouvé cette Catherine Morland droite et honnête, et elle fait même partie des personnages de Jane Austen auxquels je me suis le plus attachée.

J’ai beaucoup aimé mon incursion dans la ville de Bath, dans laquelle la bonne société anglaise de l’époque « prenait les eaux ». Comme d’habitude dans les romans de Jane Austen, on observe les journées fort remplies et mouvementées des personnages : on se balade, on va au bal, on discute, on va au théâtre, on critique les autres, on s’esclaffe, et finalement on ne fait rien d’autre… Comment mieux retranscrire cela qu’à travers la tournure de la page 73, « une laborieuse journée d’oisiveté« . Au milieu de cela, Catherine découvre pour la première fois la vie mondaine, l’amitié aussi, et les premiers émois amoureux évidemment.. J’ai beaucoup aimé la voir appréhender ce monde mystérieux pour elle, j’ai aussi eu un peu peur pour elle, notamment qu’elle se fasse manipuler par ses nouveaux « amis », mais non, Catherine reste droite dans ses bottines et c’est pour cela que j’ai beaucoup aimé ce personnage.

Comme toujours, Jane Austen égraine son roman de quelques pointes d’humour, que j’ai parfois trouvées un peu moins subtiles que d’habitude, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient moins drôles. Dès le début, on comprend que l’auteure se moque gentiment de son héroïne et justement de son caractère de non-héroïne. L’amie de Catherine, Mrs Allen, a elle aussi droit à quelques remarques ironiques très plaisantes, qui m’ont fait apprécier mon irruption dans cette société mondaine aux relations superficielles. Les gens se parlent, mais ne s’écoutent pas.. On s’extasie de se retrouver, mais on préfèrerait être ailleurs. Mais le summum de l’exaspération revient pour moi à Mr. Thorpe (et à sa sœur dans une certaine mesure), symboles de l’hypocrisie et de la fierté mal placée… Comme d’habitude dans les romans de Jane Austen, j’ai été ravie de la fin de ce roman, et du destin dévolu à chacun de ces personnages.

Je vous laisse avec quelques extraits du roman que je trouve particulièrement bien écrits et bien sentis, notamment ceux qui se moquent des romans en général. Après cela, qu’on ne vienne pas me dire que les classiques sont ennuyeux et sans humour..

 » Personne ayant jamais vu Catherine Morland dans son enfance ne l’eût supposée née pour être une héroïne. Sa situation dans l’existence, le caractère de son père et celui de sa mère, sa propre personne et son tempérament, tout s’opposait également à ce qu’elle en fût une un jour. Son père était clergyman sans être pour cela ni méprisé ni pauvre, et c’était un monsieur très respectable, bien qu’il eût pour nom celui de Richard*… […] La mère de Catherine était une femme dotée d’un gros sens pratique, d’un caractère aimable et, ce qui est plus remarquable, d’une bonne constitution. Elle avait eu trois fils avant la naissance de Catherine et au lieu de mourir en mettant cette dernière au monde, comme on pourrait s’y attendre, continua à vivre, et cela pour avoir encore six enfants, les voir grandir autour d’elle et jouir elle-même d’une excellente santé. On dit toujours d’une famille de dix enfants que c’est une belle famille, du moment qu’elle compte assez de têtes, bras et jambes pour chacun, mais les Morland avaient peu d’autres droits pour prétendre à ce titre, car ils étaient dans l’ensemble des plus quelconques, et Catherine fut pendant de nombreuses années aussi quelconque que n’importe lequel d’entre eux.  » p.9-10
* Dans mon édition, il est écrit que « ce prénom de Richard que Jane Austen semble reprocher à Mr. Morland serait une allusion à une plaisanterie entre Jane et sa sœur Cassandra au sujet d’un certain Richard Harvey ».

« Elle lut tous ces ouvrages que doivent lire les héroïnes pour emplir leur mémoire de ces citations qui s’avèrent tellement utiles et tellement apaisantes dans les vicissitudes de leur existence mouvementée. » p.12

« Il faut à présent décrire un peu Mrs. Allen, pour que le lecteur puisse juger dans quelle mesure ses actions favoriseront par la suite le climat de désolation de cette œuvre, et comprendre comment elle risque de contribuer à réduire la pauvre Catherine à l’infortune et au désespoir que peut décrire le dernier tome d’un roman, si elle y contribuera par son imprudence, sa vulgarité ou sa jalousie, en interceptant ses lettres, en ruinant sa réputation ou en la chassant de chez elle. » p.17 (cet extrait fait un peu peur à la première lecture, mais rassurez-vous, Jane Austen s’amuse..)

« Mrs. Allen appartenait à cette nombreuse catégorie de femmes dont la société ne peut éveiller d’autre émotion que la surprise à la pensée qu’il s’est trouvé au monde un homme capable de les aimer au point de les épouser. Elle n’avait ni beauté, ni esprit, ni talent, ni distinction. » p.17

« Mrs. Allen avait toujours le plus grand désir d’avoir à Bath des relations nombreuses, et elle le répétait chaque jour après avoir eu la preuve qu’elle n’y connaissait absolument personne. » p.23

« Il parlait avec beaucoup d’aisance et d’esprit, et il y avait dans ses manières une malice et une gaieté qui forçaient l’attention, bien que Catherine ne s’en rendît pas très bien compte. » p.23

« Mrs. Thorpe était une veuve et une veuve sans fortune. Elle avait un excellent caractère ; c’était une femme bonne et une mère indulgente. Sa fille aînée était pour sa part d’une grande beauté et les plus jeunes, en ayant la prétention d’être aussi belles que leur sœur, en imitant son air et en s’habillant dans le même style, étaient tout à fait charmantes.
Cette brève description de la famille Thorpe a pour but de remplacer l’inévitable, interminable et minutieux récit détaillé que Mrs. Thorpe ferait elle-même sur ses aventures passées, ses souffrances… récit que l’on devrait s’attendre à voir occuper les trois ou quatre chapitres suivants ; on y verrait l’indignité des lords et des avoués occuper le devant de la scène et l’on y trouverait rapportées par le menu des conversations vieilles de vingt ans. » p.34

« Si une matinée pluvieuse les privait d’autres plaisirs, elles tenaient quand même à se voir au mépris de la pluie et de la boue, et s’enfermaient ensemble pour lire des romans. Des romans, oui, car je refuse d’obéir à cette coutume mesquine et peu politique qu’adoptent si souvent les auteurs et qui consiste à déconsidérer, par une censure des plus méprisantes, le genre d’œuvres même dont ils sont en train d’accroître le nombre. Ils rejoignent là leurs pires ennemis pour octroyer à de tels ouvrages les épithètes les plus cruelles et n’autorisent presque jamais leur héroïne à lire des romans. […] Je ne saurais défendre une telle attitude. Laissons aux critiques le soin de dénigrer à loisir toute effusion d’imagination, laissons-leur le soin de parler, à propos de tout nouveau roman et en un style rebattu, de la camelote sur laquelle ahanent de nos jours les presses. […] Bien que nos productions aient offert aux lecteurs un plaisir plus grand, plus sincère que celles d’aucune autre corporation littéraire en ce monde, aucun genre, jamais, ne fût plus décrié. Quelle qu’en soit la cause, la vanité, l’ignorance ou la mode, nous avons presque autant d’ennemis que de lecteurs, et […] il semble presque correspondre à une volonté générale de décrier le talent et de mésestimer le travail du romancier, de dédaigner des œuvres qui n’ont pour les recommander que le génie, l’esprit et le bon goût. » p.37-38 (je m’excuse pour la longueur de celle-ci..)

« Par la force de l’habitude, elle n’était guère dérangée par les remarques et exclamations de Mrs. Allen qui, étant donné le vide de son esprit et son incapacité à penser, ne parlait jamais beaucoup mais ne pouvait jamais non plus rester tout à fait silencieuse. » p.65

« Elle souffrit cependant le mercredi soir d’une insomnie de dix minutes […] » p.80

Et enfin, pour finir, un extrait que je trouve particulièrement bien écrit, et qui m’a fait aimer plus encore le personnage d’Henry Tilney :

« Je dois finir de lire quelques brochures avant de pouvoir aller dormir, dit-il à Catherine, et les affaires de la nation m’occuperont peut-être encore quand vous serez endormie depuis bien longtemps déjà. Pouvons-nous, chacun de notre côté, mieux employer notre temps ? Mes yeux se fatigueront pour le bien d’autrui, et les vôtres, par le sommeil, prépareront les ravages qu’ils feront demain. » p. 204

Autour du livre :

  • Jane Austen est une écrivaine anglaise née le 16 décembre 1775 et décédée le 18 juillet 1817. Elle a d’abord connu le succès avec la parution de « Raison et sentiments » en 1811 (publié de façon anonyme), « Orgueil et préjugés » en 1813, « Mansfield Park » en 1814 et « Emma » en 1816. Deux autres de ses romans, « Northanger Abbey » et « Persuasion« , ont tous deux été publiés de manière posthume en 1818. Elle a commencé en janvier 1817 son dernier roman, qui sera nommé « Sanditon« , mais ne l’a pas achevé.
  • La page Wikipédia qui lui est consacrée est tellement bien faite que je ne peux que vous diriger vers elle pour en savoir plus sur cette superbe auteure.

Cette lecture entre dans le cadre du challenge « Gilmore Girls » organisée par Karine.

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De pierre et de cendre – Linda Newbery

Set in stone

Éditeur :  Le Livre de Poche

Collection : Littérature & Documents

Date de parution originale : 2006

Date de parution française : 2009

384 pages

Fiche Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux deux filles de Mr. Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d’un passé scandaleux. Entre désirs de possession, obsessions et illusions, les deux demoiselles, leur père, l’ombre de leur mère décédée et leur gouvernante entament devant Samuel une subtile danse aussi fascinante que macabre…

Mon avis :

« De pierre et de cendre » étant un livre que j’ai lu en juin 2011, je m’excuse par avance si mes lointains souvenirs ne me permettent pas de vous offrir un avis très détaillé… Quand je suis tombée sur ce roman, j’ai tout de suite été attirée par sa jolie couverture, son résumé et l’atmosphère qui s’en dégage. Nous sommes en 1898 en Angleterre, dans un contexte tout à fait adapté à mes goûts donc.

A travers le personnage de Samuel Godwin, le récit commence par la découverte de la magnifique demeure des Farrow, Fourwinds. Celle-ci, qui tient son nom des quatre vents qui la parcourent depuis les différents points cardinaux, semble entourer d’une aura particulière. Samuel le perçoit rapidement, et les dires des deux demoiselles de la maison ne font que confirmer son impression. Tout au long du roman, cette demeure restera d’ailleurs un personnage à part entière, renfermant ses mystères, ses secrets et ses drames…

Au sein de cette propriété vivent Mr. Farrow, ses deux filles, Marianne et Juliana, ainsi que leur gouvernante Charlotte Agnew, dont le dévouement pour les deux adolescentes semble absolu. Samuel comprend vite que de nombreux secrets tournent autour de cette famille, et que l’apparente sérénité avec laquelle Mr. Farrow le reçoit n’est qu’illusion…

J’ai beaucoup aimé dans ce roman découvrir peu à peu les mystères qui se cachent derrière cette famille et cette propriété. Samuel étant le professeur de peinture des deux adolescentes, j’ai également apprécié la manière avec laquelle l’auteure intègre le thème de l’art dans cette intrigue : les gargouilles encadrant la maison, qui semblent si importantes, mais pour des raisons différentes, à chacun des membres de cette famille, les cours de peinture données sur la terrasse, le rapport entre l’artiste et son œuvre, le rapport entre le statut d’homme et d’artiste…

Durant ce roman, je me suis d’ailleurs souvent surprise à stopper ma lecture pour observer le tableau illustrant la couverture, que je trouve magnifique et très onirique… J’avais la sensation que ce tableau représentait parfaitement l’atmosphère qui se dégage de ce roman : onirique et doux, mystérieux et intriguant.

Les personnages sont également intéressants : Marianne et Juliana aux caractères si différents, Charlotte Agnew si proche des jeunes filles et bien plus intelligente qu’elle ne le laisse voir, Mr. Farrow, à la fois charismatique, épuisant et dérangeant, et enfin Samuel Godwin, l’un des deux narrateurs (l’autre étant Charlotte), qui tente de percer les mystères de cette demeure sans se douter que c’est en partie elle qui le dirige…

Cependant, alors que j’ai beaucoup apprécié, pour des raisons diverses, les premiers personnages, le personnage de Samuel m’a plus gênée et énervée. J’ai eu du mal à comprendre son comportement et sa quête d’ascension sociale.. La famille Farrow représente son unique chance d’être enfin reconnu pour ses œuvres, d’être enfin accepté dans cette société qui l’attire tant. Mais les sacrifices qu’il est prêt à faire et les pactes moraux qu’il est prêt à conclure m’ont rendu ce personnage dérangeant sous certains aspects, même si l’on comprend vite qu’il est lui-même déchiré entre ses devoirs et ses envies.

Le personnage de Charlotte Agnew, la gouvernante, m’a elle beaucoup plu. Son intelligence, sa perspicacité et sa droiture me l’ont rendue très sympathique. J’ai particulièrement aimé la légère intrigue tournant autour de sa propre famille. C’est plus précisément dans ces passages que l’on se rend compte de l’origine de la force et du courage qui émanent d’elle.

Les références à des romans tels que « Jane Eyre » sont palpables (j’ai lu dans d’autres avis des références aux livres de Wilkie Collins, que je n’ai encore jamais lus), que ce soit dans l’atmosphère qui se dégage du roman ou dans les thèmes traités comme l’hystérie et les secrets de famille. Peut-être trop justement. Car contrairement à de tels romans, j’ai trouvé dans celui-ci certains éléments trop évidents et trop simples. J’ai du mal à comprendre qu’un roman dont l’intrigue occupe la quasi-totalité du livre ne nous propose qu’un dénouement rapide et trop facile. Je pense que c’est cet aspect qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cette lecture.

Au final, je suis ressortie de ce roman très partagée, puisque je me suis imprégnée et j’ai beaucoup apprécié son atmosphère pendant une grande partie de ma lecture, avant d’être déçue par la facilité des dénouements. Je trouve que ces personnages méritaient quelque chose de plus abouti.

Enfin, cela peut paraître étrange, mais quand j’ai compris à la fin de ma lecture que le personnage de Samuel avait réellement existé, mon point de vue plutôt négatif sur le personnage s’est un peu adouci (voir plus bas dans la partie « Autour du livre » les détails de sa vie)… De même, cet aspect « biographique » du roman pourrait également expliquer la rapidité du dénouement, qui suivrait alors le déroulement réel des évènements. Cela dit, étant donné que je ne sais pas jusqu’à quel point ce roman s’inspire de la vie du peintre et où commence la fiction, je reste sur ce que j’ai dit concernant les quelques points négatifs que j’ai précisés plus haut.

Mais puisque j’aime finir mes avis sur une note positive, je dirais que « De pierre et de cendre » est un roman qui m’a beaucoup touchée et dont on ne voit pas passer la lecture. On est totalement pris dans les aventures de ce jeune peintre et surtout dans le cadre merveilleux et mystérieux de cette famille. Si le mélange de mystère, d’art et d’aventures vous intéresse, n’hésitez donc pas !

Autour du livre :

  • Linda Newbery est un écrivain britannique qui a d’abord surtout écrit des romans pour enfants, adolescents et jeunes adultes. Sur de nombreux sites, « De pierre et de cendre » est d’ailleurs considéré comme un roman pour jeunes adultes. Personnellement, je ne le rangerai pas forcément dans cette catégorie…
  • Peu de ses romans ont actuellement été traduits en français : « Sisterland« , « The Shell House« , « The Treasure House« …
  • Vous pouvez obtenir plus d’informations sur cette auteure sur son site internet.
  • En commençant ce roman, je me suis demandée si le personnage de Samuel Godwin était réel ou imaginaire. Les quelques recherches faites sur internet n’ayant pas été fructueuses, j’ai donc imaginé durant ma lecture que son personnage était fictif. Cependant, à la fin de ma lecture, j’ai pu lire la notice bibliographique écrite par l’auteure et donc constater que le peintre Samuel James Godwin avait réellement existé (même si je n’en trouve aucune trace sur Internet). Né en 1878 et disparu en 1941, il faisait partie d’un petit groupe de peintres mineurs dont les œuvres ont suscité l’intérêt au début du 20ème siècle. Son œuvre a ensuite eu son heure de gloire après la Première Guerre Mondiale, en partie grâce au mécénat de Rupert Vernon-Dale (personnage présent dans le roman). Après une exposition particulière en 1920, il a cessé définitivement d’exposer et n’a plus participé à la vie artistique de l’époque. Ses tableaux les plus célèbres sont « La Sauvageonne« , mentionné dans le roman et qui semble représenter Marianne Farrow, ainsi que « Les Quatre Vents« , représentant les gargouilles de la demeure décrites là encore dans le roman.

Illustration de la couverture :

  • Mon édition est illustrée par un extrait d’un tableau peint par Charles Courtney Curran en 1909 et intitulé « Sur les hauteurs« . Curran était un peintre impressionniste américain né en 1861 et décédé en 1942. Vous pouvez voir une partie de ses magnifiques tableaux ici.

« Sur les hauteurs », Charles Courtney Curran (1909) – Source

« Songs of childhood », Charles Courtney Curran – Source

« The Lanterns », Charles Courtney Curran (1910) – Source

« On the cliff », Charles Courtney Curran (1910) – Source

« A breezy day », Charles Courtney Curran (1887) – Source

Top Ten Tuesday n°1 – 10 univers que les livres m’ont donné envie de découvrir

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog d’Iani.

Voici donc pour ma première participation :

Les 10 endroits ou univers que les livres m’ont donné envie de découvrir :

1°) Poudlard (ou Hogwarts en version originale, je trouve que cela sonne mieux…) et le Chemin de Traverse, dans la série « Harry Potter » de J. K. Rowling :

Le château de Poudlard dans les films Harry Potter

Parce que les différents tomes de la série Harry Potter sont les seuls à ce jour que je peux lire et relire chaque année sans m’en lasser, parce que sans eux je ne pense pas que je lirais autant aujourd’hui, et surtout parce que J. K. Rowling est parvenue dans ses livres à faire de Poudlard un personnage à part entière, avec son histoire (« L’histoire de Poudlard« , livre fétiche d’Hermione…), ses habitants (les elfes, les statues, les armures qui s’animent quand il le faut, les fantômes et même les professeurs, qui ne semblent pas avoir de vie en dehors de cette école…), ses alentours (la Forêt Interdite pas si interdite que ça, le Lac et ses habitants, les pelouses, les serres, le terrain de Quidditch, Pré-au-Lard…), ses pièces merveilleuses (la Grande Salle, les dortoirs dans lesquels je rêve de dormir, les salles communes, le bureau de Dumbledore, la Salle sur Demande, les escaliers qui bougent, la bibliothèque (!)…) et toutes les histoires qui lui sont reliées (la Chambre des Secrets, l’histoire des quatre fondateurs de l’école et des Quatre Maisons, et tout ce que l’on trouve dans les 7 tomes).

2°) L’Angleterre georgienne, victorienne ou édouardienne, dans de nombreux romans (J’ai fait des recherches wikipédiennes pour éviter de dire des bêtises, car je ne suis pas trop spécialiste et que j’ai encore parfois du mal à différencier ces époques.. Je pense quand même être parvenue à cerner la période dont je parle, soit entre la fin du 18ème siècle et les premières décennies du 20ème siècle) :

Sylvia Pankhurst, fille d'Emmeline, une des premières suffragettes

Alors je sais, ce n’est pas vraiment un univers propre à un livre en particulier, mais comme cette période se retrouve dans beaucoup de mes livres préférés, je ne pouvais pas ne pas la citer. J’aime la première de ces trois périodes car elle me rappelle « L’innocence » de Tracy Chevalier, qui se déroule à Londres à l’époque de la Révolution Française, les romans de Jane Austen, publiés entre 1811 et 1818 pour l’essentiel, et « Prodigieuses créatures« , encore une fois de Tracy Chevalier, qui se déroule cette fois-ci sur la côte du Dorset à partir des années 1810.

La seconde période, qui se déroule de 1837 à 1901, évoque pour moi les romans des sœurs Brontë, « Nord et Sud » d’Elizabeth Gaskell et la série « Charlotte et Thomas Pitt » d’Anne Perry.

Enfin, dans les romans « Le récital des anges » de Tracy Chevalier et « Une Anglaise à bicyclette » de Didier Decoin, on observe la fin du règne de la Reine Victoria, et donc le début de la période édouardienne (qui sera courte)… J’aime cette période durant laquelle les suffragettes se sont battues pour obtenir le droit de vote. Emmeline Pankhurst et ses filles, figures du mouvement, sont d’ailleurs présentes ou citées dans « Le récital des anges » et dans « Une Anglaise à bicyclette ». J’aime le fait que tous ces romans décrivent, sur plus d’un siècle, l’évolution lente mais certaine du statut des femmes dans la société britannique.

3°) La Vill’Hervé des sœurs Verdelaine, dans la série « Quatre sœurs » de Malika Ferdjoukh :

La Vill'Hervé dessinée par Cati Baur dans la bande dessinée adaptée du premier tome

La maison des romans « Quatre sœurs » de Malika Ferdjoukh… Pas vraiment un univers là non plus, mais plutôt une propriété perdue sur une falaise face à l’Atlantique, et dans laquelle vivent les cinq sœurs Verdelaine. Cette maison est vraiment un endroit qui donne envie d’y vivre, à la fois douillet et gothique (il y a une sorte de fantôme dans le jardin quand même !). Durant ma lecture du tome 1 et de la bande dessinée adaptée, j’ai adoré partager le quotidien des cinq sœurs dans leur cuisine (dans laquelle il y a toujours quelqu’un en train de cuisiner des confitures, du gâteau aux noix ou encore de la crème de marrons…), leur salon (ainsi qu’Hortense et ses livres, Bettina et son ordinateur, Charlie et ses factures…), leurs chambres auxquelles on accède grâce au superbe escalier rebaptisé le « Macaroni », ou encore le jardin, lieu de nombreuses péripéties pour la jeune Enid…

4°) Ingary, dans « Le château de Hurle » de Diana Wynne Jones :

Le château ambulant de Hauru dans le film de Miyazaki

Le royaume magique du roman de Diana Wynne Jones (« Howl’s moving Castle » en VO), adapté en film par Miyazaki sous le titre « Le Château ambulant« , et dans lequel on suit Sophie Hatter, jeune créatrice de chapeaux au sein de la ville de Market Chipping, et dont la vie est bouleversée par sa rencontre avec le magicien Hurle/Howl/Hauru (français/anglais/film). J’ai adoré suivre les aventures de ces deux personnages, particulièrement lorsqu’elles se déroulent dans le château ambulant de ce dernier. Il faut dire que ce château est un monde à lui tout seul, permettant aux personnages de se rendre à quatre endroits différents du royaume sans même se déplacer…

5°) Le collège à Oxford, Bovlangar et Svalbard, dans la série « Les Royaumes du Nord » de Philip Pullman :

Lya et Iorek Byrnison dans l'adaptation ciné de Chris Weitz

Bien que je n’ai lu que le premier tome de cette série, j’ai adoré y suivre Lyra dans ses découvertes… Mais l’élément qui reste à mes yeux le plus intéressant dans l’univers créé par Philip Pullman, ce sont sans doute les dæmons, ces êtres représentés sous forme animale, et qui sont associés à la naissance à chaque individu et leur sont attachés par un lien invisible. J’ai beaucoup aimé cette incarnation de l’âme des personnages, du Pantalaimon de Lyra au Stelmaria de Lord Asriel, en passant par le singe horrible de Mme Coutler…

6°) Le Japon imaginaire  de la série de roman « Le clan des Otori » de Lian Hearn :

La carte des Trois Pays imaginés par Lian Hearn

Parce que dans le seul tome que j’ai pour l’instant lu, j’ai déjà pris plaisir à suivre Takeo et Shigeru Otori dans leurs aventures au sein des Trois Pays dirigés chacun par un clan différent : le Pays de l’Est des Tohan, le Pays du Milieu des Otori et le Pays de l’Ouest des Seishuu. Parce que ce Japon, qui s’inspire du Japon féodal du 16ème siècle du point de vue de sa structure en classes, m’a souvent fait penser au film « Princesse Mononoké » de Hayao Miyazaki que j’aime énormément. Parce que j’ai adoré imaginer le plancher rossignol et aller en voir de vrais en vidéo sur internet (ici par exemple).

7°) Le Québec de l’entre-deux-guerres, dans la bande dessinée « Magasin Général » de Loisel et Tripp :

Une planche extraite de la bande dessinée de Loisel et Tripp

Parce que j’ai aimé observer le village de Notre-Dame-des-Lacs évoluer pendant 7 tomes, autour de Marie, Serge et les autres. Parce qu’on y suit Marie pendant une courte durée dans le Montréal des années folles… Parce que j’ai aimé observer en quoi les décisions prises par Marie à la suite du décès de son mari vont petit à petit bouleverser les habitudes du village.

Edit : j’ai un peu de mal à cerner l’époque de cette BD finalement. Sur quelques sites marchands, on parle des années 40, mais sur son site Loisel parle des années 20. Je penche donc vers les années folles…

8°) Eckmül, et plus largement la planète Troy, dans la bande dessinée « Lanfeust de Troy » d’Arleston et Tarquin :

Vue sur la ville d'Eckmül dans la bande dessinée de Tarquin et Arleston

Parce que tout au long de cette série, j’ai adoré suivre Lanfeust et ses compagnons C’ian, Cixi, Hébus et Nicomède dans les rues de la ville d’Eckmül, et plus largement dans tous les territoires de la planète Troy. Ses aventures extraordinaires racontées avec un ton très drôle et toujours beaucoup d’ironie m’ont suivie pendant plusieurs années.

J’aime l’idée que chaque habitant y ait un pouvoir distinct, qu’il soit utile ou non (par exemple avoir le pouvoir de changer la couleur des pierres, comme le dit très bien Tarquin dans cette interview). Pour la petite histoire, sachez que la ville d’Eckmül tire son nom du Phare maritime d’Eckmühl, situé sur la Pointe de Saint-Pierre à Penmarc’h, dans le Finistère. 

9°) Le Delft du 17ème siècle, dans « La jeune fille à la perle » de Tracy Chevalier :

La ville de Delft vue par le peintre Vermeer, dans son tableau "Vue sur Delft"

Parce que j’ai aimé voir vivre cette ville dans ce roman, y découvrir la vie quotidienne des deux communautés principales : les Protestants et les Catholiques. Parce que j’ai aimé suivre Griet dans ses activités quotidiennes au marché, à la maison ou à l’église, et découvrir avec elle l’atelier du peintre Vermeer. Parce que j’ai adoré entrer dans l’univers créatif de ce peintre qui a peint de si beaux tableaux.

10°) Et enfin… La terre du Milieu, dans la série « Le Seigneur des Anneaux » de J. R. R. Tolkien :

Carte de la Terre du Milieu créée par Tolkien dans son œuvre

Parce que même si je n’en ai lu que le premier tome, je suis déjà sous le charme de l’univers créé par Tolkien. Parce que je suis admirative devant le monde qu’il est parvenu à créer, avec ses langues, ses légendes, ses peuples et ses territoires. Parce que je suis quasiment sûre que je vais aimer les deux prochains tomes quand je les lirai…

Une Anglaise à bicyclette – Didier Decoin

Éditeur : Stock

Collection : La Bleue

Date de parution originale : Juin 2011

336 pages

Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

Résumé (Source : Éditions Stock) :

Tout commence par un massacre d’Indiens en décembre 1890 dans le Dakota du Sud. Jayson Flannery, un photographe anglais veuf de son état, recueille une petite fille de trois ans dont la mère a été victime du massacre. Il songe bien sûr à confier Emily à un orphelinat, s’apprête à reprendre son paquebot pour l’Angleterre, mais il ne repartira pas seul et décide d’enlever la petite Emily aux sœurs qui l’ont prise en charge.
On les retrouve tous les deux dans un manoir du Yorkshire où Jayson a toujours vécu. Emily grandit, va à l’école, apprend à lire. Tous dans le village se posent mille questions à son sujet. Jayson l’a-t-il adoptée, kidnappée ? Viendra-t-on un jour la chercher ? […]

(Sur le lien des Éditions Stock, vous pouvez lire ce résumé en entier, mais personnellement je considère qu’il en dévoile beaucoup trop sur le livre, je le tronque donc là…)

Mon avis :

« Cette enfant est mon enfant parce que je l’ai sauvée. »

« Une Anglaise à bicyclette » est un roman que j’avais repéré à sa sortie, mais comme en général j’attends la sortie poche pour lire un livre, je l’avais un peu mis de côté dans ma tête… C’était sans compter sur ma médiathèque qui me l’a mis sous le nez sur sa table des nouveautés il y a quelques semaines. Et bien je ne regrette pas de m’être laissée tenter…

Quand j’ai commencé à lire, je ne connaissais rien du roman si ce n’est sa 4ème de couverture, assez succincte il faut le dire (celle située sur la fiche Livraddict du livre). Alors c’est sûr qu’avec les mots « massacre », « Indiens », « Dakota du Sud », « Angleterre victorienne », « bicyclette », « photographie », « Sir Arthur Conan Doyle » et « fées », on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Au final Didier Decoin touche justement à tout cela, comme une sorte de biopic de la vie d’Emily, du Dakota du Sud à l’Angleterre, de l’état d’orpheline à celui de jeune mariée, de la nature sauvage américaine à la campagne anglaise.

Le personnage d’Emily, jeune enfant Sioux Lakota recueillie par un photographe anglais, m’a tout de suite touchée. De ses terres d’origine à New-York, puis dans le bateau qui l’emmène en Angleterre, et enfin dans le manoir du Yorkshire dans lequel elle va grandir, elle semble être spectatrice de sa propre vie, parlant très peu mais acquérant rapidement la langue et les coutumes anglaises. Sa soif de liberté est émouvante, sa relation avec Jayson Flannery, le photographe, également.

Je n’ai pas toujours saisi la pertinence des passages traitant de Sir Arthur Conan Doyle, j’ai même trouvé qu’ils arrivaient parfois de manière impromptue et peu justifiée. Mais ils permettent cependant d’intégrer dans le récit l’affaire des « Fées de Cottingley », qui avait provoqué de vives réactions à l’époque. Pour info, cette affaire est liée à cinq photographies réalisées en 1917 par deux cousines, Elsie Wright et Frances Griffiths, âgées de 16 et 10 ans, qui seraient parvenues à photographier des fées dans leur jardin. L’affaire prit une plus grande proportion lorsque l’écrivain Sir Arthur Conan Doyle les défendit en quelque sorte en utilisant leurs photos. (Pour plus d’informations, voir la page Wikipedia)

J’ai trouvé que ce roman laissait la part belle aux sensations, notamment visuelles. La profession de Flannery amène de jolis passages traitant de la richesse des lumières, des couleurs et des textures. Cela se ressent jusque dans les descriptions qui sont faites d’Emily, à travers la sensualité que celle-ci dégage. Le goût est également mis en avant, notamment par l’intermédiaire des repas et menus de fêtes décrits dans le roman (j’ai essayé de retrouver un menu de repas de l’époque qui me donnait vraiment envie, mais je ne suis pas parvenue à retrouver la page après ma lecture).

La description de la vie quotidienne ou culturelle de l’époque (début du 20ème siècle en Angleterre) m’a encore une fois beaucoup plu. Les repas, comme je l’ai dit plus haut, mais également les passages sur la médecine de l’époque (à travers le personnage inconsciemment humoristique du médecin), le déroulement des mariages, l’école, les loisirs, la photographie, les relations mondaines ou encore le théâtre (à travers les vieilles actrices de Londres que Flannery photographie dans son atelier).

J’ai particulièrement apprécié retrouver rapidement les personnages de Christabel et Emmeline Pankhurst, grandes féministes anglaises des 19ème et 20ème siècles qui militèrent pour le droit de vote des femmes et créèrent l’Union Féminine Sociale et Politique en 1903. J’avais déjà pu rencontrer ces figures du mouvement des suffragettes dans le roman « Le récital des anges » de Tracy Chevalier, que j’avais beaucoup apprécié également.

Il ne me reste plus qu’à vous conseiller ce très joli roman de Didier Decoin (dont quelques-uns de ses autres ouvrages sont cités plus bas), qui parle des femmes, de féminisme, de couleurs, de parfums, de photographie, de féérie et bien évidemment de bicyclette.

« Rien, ni dans son langage ni dans ses manières, ne peut laisser supposer qu’Emily n’est pas irlandaise – et une irlandaise élevée en Angleterre, avec les exigences et la sévérité que cela implique. Désormais, ce qui pourrait trahir ses origines sioux lakotas n’est plus de l’ordre du visible : elle ne s’est pas contentée d’emprunter aux vieilles comédiennes leur accent irréprochablement anglais, elle a appris d’elles l’art d’enfouir sa propre vérité pour en endosser une autre .» p. 181

Autour du livre :

  • Didier Decoin est un scénariste et écrivain français né en 1945 à Boulogne-Billancourt. Il a débuté sa carrière en tant que journaliste, tout en écrivant en parallèle des romans. A ce jour, il a publié une vingtaine de romans, dont « John l’Enfer » (1977, Prix Goncourt), « Les trois vies de Babe Ozouf » (1983), « La femme de chambre du Titanic » (1991), « La promeneuse d’oiseaux » (1996) ou encore « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? » (2009), ainsi que des essais traitant souvent de la religion.
  • Il a également signé les scénarios des mini-séries « Le Comte de Monte-Cristo » diffusée sur TF1 en 1998, adaptation du roman d’Alexandre Dumas, et « Les Misérables » diffusée sur TF1 en 2000, adaptation de l’œuvre de Victor Hugo.
  • Savez-vous ce qu’est un « tussy-mussy » (ou « tussie-mussie ») ? C’est le bouquet de mariée traditionnel de l’époque victorienne en Angleterre. Dans ce roman, il est composé de roses miniatures, de fougères, de gypsophile et de fenouil, « disposés dans un cône en argent ».
  • Pour aller plus loin, n’hésitez pas à aller lire les articles de Télérama, du Point ou de RFI, l’interview de Didier Decoin réalisée par RTBF, ainsi que les cinq questions posées à l’auteur par la librairie Dialogues de Brest.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de mon édition est illustrée par une photographie réalisée en 1857 par Lewis Carroll, l’auteur d' »Alice au pays des merveilles« . Plus d’informations sur la photo ici (page en anglais). Il est à noter que dans l’un de ses essais, « Lewis et Alice » (1992), Didier Decoin inventait une correspondance imaginaire entre Dickens et Lewis Carroll…

Source

Penguin’s Clothbound Classics

Je ne pense pas être la seule dans ce cas, mais j’accorde une grande importance aux couvertures des livres que j’achète, particulièrement quand il s’agit de classiques pour lesquels plusieurs éditions sont disponibles. J’ai notamment une crise de conscience à chaque fois que je souhaite acheter un Jane Austen, car je ne suis pas fan des couvertures françaises…

Alors quand j’ai découvert les couvertures en tissu imaginées par la graphiste Coralie Bickford-Smith (dont le site internet est ici) pour Penguin Classics, je me suis rendue compte que j’avais enfin trouvé les couvertures parfaites pour moi : graphiques, originales, colorées, en un mot magnifiques. J’aime beaucoup le principe de l’objet/animal/plante choisi(e) comme symbole pour chaque roman et utilisé sur la couverture. Les couleurs sont également superbes, la bichromie donnant un aspect à la fois déluré et classique. Je ne vais toutes vous les montrer, seulement mes préférées :

Si cela vous intéresse, toutes les autres couvertures sont visibles sur le site des éditions Penguin Classics ici (il en existe 24 au total). Si je ne suis pas encore parvenue à vous convaincre, observez le superbe effet que cela donne sur une bibliothèque :

A noter également pour les admirateurs de Francis Scott Fitzgerald (je ne vise personne…), les couvertures de ses œuvres réalisées par la même graphiste, Coralie Bickford-Smith (la page de Penguin Classics pour les acheter est ici) :

Toutes ces éditions sont vendues au prix de £14.99, mis à part Pride and Prejudice et Little Women (Les Quatre Filles du Dr. March) qui sont à £29.98 (ne me demandez pas pourquoi) et certains titres qui sont à £12.99 (Treasure Island de R.L. Stevenson, The Woman in White de Wilkie Collins, The Odyssey de Homère, The Hound of the Baskervilles d’Arthur Conan Doyle et Oliver Twist de Charles Dickens).

Je me répète, mais n’hésitez surtout pas à aller faire un tour sur le site de Coralie Bickford-Smith, qui a réalisé ces couvertures. On y trouve de nombreuses autres éditions, notamment celles des 1001 Nuits ou de romans jeunesse d’aventure pour petits garçons (ce n’est pas moi qui le dis…).

Nord et Sud – Elizabeth Gaskell

North and South

Éditeur : Points

Collection : Les Grands Romans

Date de parution originale : 1854-1855

Date de parution française : 2010

685 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Après une enfance passée dans un village riant du Hampshire, Margaret Hale, fille de pasteur, s’installe dans une ville du Nord. Témoin des luttes entre ouvriers et patrons, sa conscience sociale s’éveille. John Thornton, propriétaire d’une filature, incarne tout ce qu’elle déteste : l’industrie, l’argent et l’ambition […].

Mon avis :

En commençant ce livre, je m’attendais à y trouver le même style d’écriture que celui de Jane Austen, sans doute parce qu’avec Charlotte et Emily Brontë, celle-ci est la seule auteure du 19ème siècle que j’ai jamais lue. Le début du récit m’a confortée dans cette idée : une jeune femme, sûre d’elle et n’ayant pas peur d’exprimer ses opinions, Margaret Hale, se retrouve confrontée à un monde auquel elle n’a jamais été habituée.

Cela m’a rappelé le début de Mansfield Park ou même de Persuasion, lorsque Anne s’éloigne des repères qu’elle a toujours connus. Elizabeth Gaskell réussit également à placer quelques notes d’humour tout au long de son récit, et se moque gentiment des habitudes des membres de la haute société anglaise.

« Cependant, depuis peu, son état de santé lui inspirait de l’appréhension ; elle souffrait d’une petite toux nerveuse qui survenait toutes les fois qu’elle y pensait ; et un docteur complaisant lui avait prescrit précisément ce qu’elle souhaitait, à savoir de passer l’hiver en Italie. Mrs Shaw avait des désirs aussi impérieux que la plupart des gens, mais il lui déplaisait de faire quoi que ce fût en admettant ouvertement qu’elle obéissait à sa propre initiative ou à son bon plaisir ; elle préférait être contrainte de satisfaire ses inclinations en se pliant aux ordres ou aux désirs d’une autre personne. Véritablement persuadée alors qu’elle se soumettait à une dure nécessité extérieure, elle pouvait gémir et se plaindre à sa manière discrète tout en faisant exactement ce dont elle avait envie. » p.27-28

La légère différence entre les romans que j’ai pu lire de Jane Austen et celui-ci réside essentiellement je trouve dans la description qui est faite ici de la classe ouvrière de Milton (même si l’on retrouve en partie cela dans Mansfield Park, lors des scènes se déroulant dans la famille de Fanny). On assiste ici à la vie dans la cité ouvrière de Milton, durant une période de grève touchant les filatures de coton. La famille Higgins, dont le père est ouvrier et la fille gravement malade, décide de se mettre en grève afin d’obtenir une hausse des salaires.

«  […] je préfère mourir à mon poste plutôt que céder. Chez un soldat on appelle ça de l’honneur. Alors pourquoi pas chez un pauvre ouvrier des filatures ? » p.214

A l’arrivée du personnage de M. Thornton, patron d’une des filatures de la ville, on se demande comment l’auteur va réussir à nous le faire aimer, tant il représente l’idée que l’on se fait de l’égoïsme patronal de l’époque.

« Mais M. Thornton n’était pas un philanthrope et ne pratiquait pas la bienveillance universelle. » p. 338 (c’est dit au moins…)

Mais, sans savoir comment, elle y parvient malgré tout, et on se laisse avoir par ce personnage finalement juste, travailleur et toujours désireux d’apprendre de nouvelles choses. Le personnage de Margaret Hale a une position difficile. Elle tente de se retrouver entre les connaissances qui lui sont chères au sein des ouvriers et les personnes plus proches de son rang qu’elle fréquente aux dîners mondains, mais se sent rapidement une « fieffée hypocrite ».

« Fais quelque chose, ma sœur, fais du bien si tu le peux, mais fais quelque chose. » p.391

Les relations qu’elle noue avec Nicholas Higgins et sa fille Beth d’un côté, et avec John Thornton d’un autre côté, sont attendrissantes et permettent de réduire en partie le fossé qui existe entre le monde des ouvriers et celui des patrons. Margaret prend position pour les premiers, mais tout en restant attachée au monde au sein duquel elle a grandi. J’ai également beaucoup aimé la relation qui lie peu à peu Margaret et son parrain, M. Bell, qui a envers elle un comportement à la fois protecteur et admiratif devant son courage et sa franchise.

 « Vous pensez que c’est pour moi que je fais la grève cette fois ? C’est tout autant pour les autres que ce soldat que vous parliez, seulement lui, il meurt pour quelqu’un qu’il a jamais vu ni entendu causer […] » p.214

Juste une petite remarque en passant. Dans ce livre, lorsque les femmes pleurent, elles « pleurent » donc tout simplement, mais lorsqu’il s’agit d’hommes, ce sont des « larmes viriles » qui leur montent aux yeux (j’ai repéré cet euphémisme au moins deux fois…). Savez-vous ce que sont des larmes viriles ? Ce sont les larmes dont on n’a pas honte parce qu’on est un homme ? J’aurais bien apprécié un traitement plus équitable des scènes de pleurs…

« Margaret l’anglicane, son père le dissident et Higgins le mécréant s’agenouillèrent ensemble. Cela ne leur fit aucun mal. »

Pour conclure, Nord et Sud est un classique que je vous conseille avidement de lire et qui m’a donné envie de découvrir d’autres romans de l’auteure.

Adaptation :

Ce livre a été adapté en mini-série par la BBC en 2004. C’est Brian Percival qui a réalisé les 4 épisodes réunissant dans les rôles de Margaret Hale et de John Thornton les acteurs Daniela Denby-Ashe et Richard Armitage.

Suite à la lecture de ce roman, j’étais toute heureuse de découvrir l’adaptation qu’en avait fait la BBC, d’autant plus que les adaptations de cette chaîne sont souvent à la hauteur des classiques dont elles sont inspirées. Malheureusement, j’ai été un peu déçue par cette adaptation…

J’aime regarder les adaptations des romans qui m’ont plu, car elles me permettent de prolonger l’œuvre que je viens de finir, et de passer encore un peu de temps avec ses personnages. Le grand reproche que je fais justement à cette mini-série, c’est de ne pas avoir réussi d’après moi à retranscrire les caractères des différents personnages du roman.

J’ai ainsi trouvé Margaret largement moins indépendante que dans le livre. Alors que dans ce dernier elle cache beaucoup de choses à ses parents, soit pour ne pas les effrayer, soit parce qu’elle aime gérer les choses à sa manière, j’ai eu l’impression que dans l’adaptation elle était traitée comme n’importe quelle jeune femme de son époque, ne sachant taire ses secrets à son entourage (l’exemple que j’ai particulièrement en tête est la proposition d’Henry Lennox, qui dans le livre demeure en quelque sorte un secret jusqu’au bout).

De même, le personnage de la mère de Margaret, qui dans le livre critiquait en continu sa vie à la campagne lorsqu’elle y était et se calmait à son arrivée à Milton, a dans le film le comportement inverse. J’ai également noté des changements similaires dans les comportements de Mr et Mrs Thornton, de Mr Bell ou encore de Nicholas Higgins et de sa fille.

Je sais bien qu’une adaptation ne peut pas toujours respecter à la moindre virgule l’œuvre originale, et que les quelques ajustements du metteur en scène peuvent même parfois ajouter un petit quelque chose à l’œuvre, mais là j’ai trouvé que ces changements modifiaient l’opinion que l’on pouvait se faire des personnages. Je crois que quand j’aime un personnage dans un roman, il faut que je l’aime également dans son adaptation pour apprécier celle-ci.

Mis à part cela, de très jolies scènes tout de même dans cette adaptation, notamment certains plans de la filature (on y voit notamment voler des bouts de coton dans la lumière du jour) qui m’ont particulièrement marquée. A noter également la présence de l’acteur Brendan Coyle dans le rôle de Higgins, et que j’avais déjà repéré dans le rôle de John Bates dans la série Downton Abbey, diffusée sur la chaîne ITV1.

Cette adaptation est donc une petite déception pour moi, pour ce livre que j’ai pour sa part trouvé très bon.

Autour du livre :

  • Elizabeth Gaskell était une femme de lettres anglaise. Elle est née en 1810 et décédée en 1865. Mariée à un pasteur, amie de Charles Dickens et de Charlotte Brontë, dont elle a écrit la première biographie, elle est connue pour ses romans industriels décrivant la société anglaise industrielle du 19ème siècle, aux personnages féminins prononcés.
  • Elle a également publié les romans Wives and Daughters, an Every-Day Story en 1865 et Cranford entre 1851 et 1853.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de cette édition est tirée d’un tableau de John Dawson Watson de 1871, Jeune femme à l’éventail. Ce tableau illustre d’ailleurs également le roman Chez les heureux du monde de la romancière américaine Edith Wharton.

Ce livre entre dans le cadre du challenge Regarde ce que tu lis organisé par Nodrey :

84, Charing Cross Road – Helene Hanff

84 Charing Cross Road

Edition : Le Livre de Poche

Collection : Littérature & Documents

Date de parution originale : 1970

156 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Par un beau jour d’octobre 1949, Helene Hanff s’adresse depuis New-York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s’écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l’intime, presque à l’amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies. Livre inattendu, « 84, Charing Cross Road » fait l’objet, depuis les années 1970, d’un véritable culte des deux côtés de l’Atlantique.

Mon avis :

Cela faisait longtemps que je souhaitais lire « 84 Charing Cross Road », un livre semblant faire l’objet d’un véritable culte chez de nombreux lecteurs (cf. la 4ème de couverture et les nombreuses listes de « Livres à avoir lus dans sa vie » ou « Meilleurs livres de tous les temps » qui fourmillent sur le net…). Fidèle à mon habitude de ne lire que rapidement le résumé des livres que je commence, je n’ai compris qu’en lisant la « Note au lecteur » du début du livre que celui-ci était « une transcription authentique de la correspondance » entre Helene Hanff et Frank Doel. Je croyais de mon côté être face à un roman épistolaire, genre que j’avais apprécié avec surprise en dévorant le livre « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ».

Je suis contente de m’être rendue compte de cet élément avant de commencer ma lecture. Je crois en effet que les quelques éléments qui m’ont déplu dans ce livre auraient eu plus de mal à passer si le livre avait été une œuvre de fiction… L’attachement que j’ai peu à peu ressenti face à Frank Doel et ses collègues (Helene Hanff un peu également, mais elle m’a plus souvent épuisée qu’autre chose) est en grande partie dû au fait que ces personnages aient existé. A travers leurs lettres, on prend conscience de la teneur de la vie quotidienne de l’époque en Angleterre, à la sortie de la guerre. Ce sont ces passages qui m’ont le plus intéressée, plus encore je crois que les passages concernant les livres… C’est pourquoi les lettres écrites par l’épouse de Frank Doel m’ont par exemple beaucoup plu.

Au-delà de cela, les échanges concernant les livres sont eux aussi attachants. La différence de comportement et de tempérament entre les deux correspondants, pourtant tous deux aussi passionnés des livres, m’a souvent fait sourire. Pour « Melle » Helene Hanff (ou « HH ») comme pour Frank Doel, le livre est un objet pour lequel on est prêt à attendre des mois voire des années, afin d’en trouver l’édition, la reliure ou la traduction parfaite.

Cela m’a fait penser à moi-même (…petite divagation égocentrique, passage obligé lorsque l’on lit un livre traitant de la relation entre le lecteur et ses livres…), puisque qu’actuellement je me retrouve dans l’impossibilité de lire un nouveau roman de Jane Austen (situation ô combien pénible !), car je suis incapable de choisir entre l’achat d’un 10/18 ou d’un Livre de Poche, tant les débats sont nombreux sur les différences de traduction entre les deux… (Fin de la parenthèse)

J’ai d’ailleurs aimé la petite référence à cette auteure dans la correspondance entre la lectrice et son libraire. En parlant de références, l’une de mes grandes déceptions a été celle-ci : malgré toutes les citations et les titres de livres présents dans « 84 Charing Cross Road », peu de titres m’ont réellement donné envie de me jeter dessus, or c’est souvent ce que je recherche lorsque je lis un livre qui parle des livres (pas que, mais un peu quand même).

Comme vous le constatez, ce très court recueil de correspondances a été pour moi une lecture sympathique mais quelque peu décevante. Il a tout de même le mérite de me donner envie d’acheter plus de livres dans des éditions anciennes et/ou d’occasion, souvent porteurs de signes de leurs anciens propriétaires (dédicaces anciennes sur la page de garde, livres qui s’ouvre toujours à la même page, annotations dans les marges), et qui font des livres de véritables objets vivants…

Autour du livre :

  •  Helene Hanff est une écrivaine américaine née en 1916 et décédée en 1997. Comme on l’apprend dans ce livre, elle a durant sa vie écrit des pièces de théâtre et des scénarios pour la télévision.
  • Cette auteure a également écrit d’autres livres, dont « La duchesse de Bloomsbury Street », qui parle de son premier voyage à Londres en 1971.
  • Une adaptation de ce roman a été réalisée en 1987 par David Hugh-Jones, avec Anthony Hopkins, Anne Bancroft et Judi Dench dans les rôles principaux.

Illustration de la couverture :

  • L’illustration de la couverture de mon édition du Livre de Poche est tirée d’un tableau de Frederic Edwin Church intitulé The Letter Revenge, before 1892.