La voleuse de livres – Markus Zusak

The book Thief

Éditeur : Pocket

Collection : Presses Pocket

Date de parution originale : 2005

Date de parution française : 2007

633 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenue. Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s’est arrêtée. Est-ce son destin d’orpheline dans l’Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? A moins que ce ne soit son secret… Celui qui l’a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres…

Mon avis :

J’ai trouvé plutôt difficile de débuter cette critique. Il faut dire que « La voleuse de livres » a été pour moi un gros coup de cœur, et que je trouve assez compliqué de parler de manière claire d’un livre que j’ai adoré. Cette lecture s’est pourtant étendue pour moi sur plusieurs semaines, mais cela fait bien longtemps qu’un livre ne m’avait autant marquée…

Ce qui ressort surtout pour moi dans ce livre, c’est la puissance des personnages. C’est simple, ils sont tous superbement travaillés. Je ne vois pas un seul personnage de ce roman pour lequel je n’ai pas eu peur, pour lequel je n’ai pas eu un sentiment maternel ou encore face à la bêtise duquel je ne me suis pas sentie impuissante ou agacée…

En premier lieu évidemment, Liesel Meminger. Déjà, je trouve que son nom sonne très bien, je ne sais pas si ça a eu une influence sur mon attachement au personnage, mais ça m’a tout de suite plu. Voilà, c’était juste une petite remarque comme ça… Pour revenir à cette chère Liesel, au début du livre, lorsque j’ai compris que pendant ces 600 pages j’allais la suivre à travers le point de vue de la narratrice, je me suis tout de suite attachée à ce personnage. Liesel vit des évènements tragiques, mais parvient toujours à surpasser sa tristesse quand il s’agit de remonter le moral de ses proches, de sauver l’honneur de quelqu’un ou surtout de faire une bêtise. A travers cette petite fille, l’auteur semble vouloir nous donner une leçon d’espoir et de volonté face au malheur et surtout face à la bêtise humaine.

Ensuite vient Hans Hubermann, personnage qui m’a certainement le plus émue dans ce roman. Liesel a tout de suite confiance en lui, et j’ai aimé la relation de protection mutuelle qui se lie petit à petit entre eux…

« Parfois je me dis que mon Papa est un accordéon. Quand il respire et me regarde en souriant, j’entends les notes. »

Pour ma part, il représente l’homme parfait (oui, pas moins que ça !) : il est discret…

« [Il] pouvait faire partie du décor même quand il était sur le devant de la scène. »

…humain, intègre, drôle, plein d’amour et de compassion… et surtout, accordéoniste. Connaître l’histoire de cet accordéon du début à la fin m’a d’ailleurs passionnée…

« L’accordéon vit parce qu’il respire. »

J’ai pris l’habitude durant ce roman de me représenter Hans, toujours une cigarette à la bouche, d’ailleurs d’après la narratrice, « ce qu’il préfère c’est les rouler ». J’ai vraiment été émue par cet homme qui ne voit pas l’intérêt de la guerre et du régime nazi mais qui se voit contraint parfois d’y participer afin de protéger sa famille.

« Ils aimaient mieux rouler des cigarettes que rouler dans la neige et dans la boue. Ils préféraient tirer des cartes plutôt que tirer des balles. »

Il serait peut-être un peu long de citer tous les autres personnages de ce roman, mais disons que Rosa Hubermann , la « maman » de Liesel, m’a fait rire à chacune de ses insultes en allemand (« Saumensch », « Saukerl » et j’en passe…). J’ai été émue de son amour discret pour Hans et Liesel… Il faut également citer Max Vandenburg, dont la « bande dessinée » tendre, poétique et émouvante qu’il offre à Liesel, « L’homme qui se penchait », mériterait à elle seule d’être publiée. Je n’oublie pas non plus Rudy Steiner, le voisin de Liesel, qui m’a également beaucoup plu. Malgré son jeune âge, il a déjà quelques opinions sur le régime nazi et la guerre. C’est sans doute un des personnages les plus courageux du roman, à sa manière…

Enfin, je crois que le personnage le plus intéressant, le plus observateur, le plus drôle, le plus poète par moment, c’est certainement le narrateur, ou plutôt la narratrice, j’ai nommé la Mort. Car oui, le propre de ce superbe roman est d’être écrit par la Mort herself, et c’est ce qui le rend si original et surprenant. Mais attention, ce n’est pas une Mort macabre, sadique et obstinée que nous avons face à nous, mais un personnage pas toujours sûr de lui, parfois épuisé et dépité devant les bêtises humaines, quelqu’un qui se pose même des questions sur son rôle sur Terre…

« […] J’ai besoin de me distraire. Cela me permet de conserver mon équilibre et de tenir le coup, étant donné que je fais ce métier depuis une éternité. »

« Trois langues s’entremêlaient. Le russe, les balles, l’allemand. »

Sa façon d’appréhender le monde à travers les couleurs qu’elle perçoit donne lieu à des descriptions très poétiques.

« D’abord les couleurs, ensuite les humains. C’est comme ça que je vois les choses, d’habitude. Ou que j’essaie du moins. »

« Le jour était gris, la couleur de l’Europe. »

Cette Mort-là ne semble jamais aller chercher ses victimes avec nonchalance ou négligence, elle « vient les chercher »,  « se penche vers eux », « libère leur âme », « [les] emporte avec douceur »… Elle ressent de la compassion pour les humains et les décrit souvent avec humour et tendresse. Dès sa première rencontre avec Lisel, elle est touchée par cette fillette et ne peut résister à s’intéresser davantage à la vie de celle-ci.

Du fait du statut plus que particulier de cette narratrice omnisciente, le récit est régulièrement marqué par des bonds dans le temps. On pourrait croire que ceux-ci dérangent la lecture, d’autant plus qu’ils nous apprennent souvent des éléments fondamentaux de la suite du roman, et qu’il n’est donc pas rare que nous connaissions le destin d’un personnage dès son entrée dans le récit. Malgré cela, ça n’est jamais le cas. Et pourtant, j’avoue faire partie des personnes qui détestent par dessus tout qu’on leur raconte ne serait-ce qu’un élément insignifiant d’un roman avant de le lire. Dans « La voleuse de livres », Markus Zusak intègre tellement bien ces passages qu’ils n’en sont que plus intéressants.

De même, la narratrice distille au cours du roman de petites informations, en lien direct ou non avec le récit. Ces éléments permettent de se poser au cours de la lecture et sont, contrairement à ce que je craignais au début, très agréables et souvent drôles. Cette originalité dans la structure du roman est sûrement pour beaucoup dans le plaisir que j’ai eu à lire ce livre.

Voilà, il me semble que je suis presque parvenue à décrire ce que j’ai ressenti en lisant ce livre, que je conseille tout simplement à tout le monde. Ce livre rentre dans le cadre du « Big Challenge 2011 » de Livraddict, et me permet d’atteindre pour ce challenge le résultat de 16 titres lus sur 100 (il y a encore du boulot…).

16/100

Autour du livre :

  • L’auteur, Markus Zusak, est un écrivain australien né en 1975, d’un père autrichien et d’une mère allemande. Il est l’auteur de plusieurs romans pour jeunes adultes, largement récompensés en Australie, aux États-Unis ou en Europe : « The Underdog », « Fighting Ruben Wolfe », « When Dogs Cry » ou encore « I am the Messenger ».
  • Dans le livre, la triste musique « Sombre dimanche » est mentionnée comme ayant provoqué une vague de suicides en Hongrie (« Szomorú Vasárnap » en hongrois). Je ne sais pas si cette information est véridique, mais cette superbe chanson, dont vous pouvez écouter une version ici, est également connue pour être présente au début du film « La Liste de Schindler » de Steven Spielberg. Elle a également été reprise en anglais sous le tire de « Gloomy Sunday », dont vous pouvez écouter la version de Billie Holiday ici.
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12 réflexions sur “La voleuse de livres – Markus Zusak

  1. Je l’ai lu l’année dernière et c’était un vrai coup de coeur.
    C’est poétique, touchant et différent des autres livres sur la Seconde Guerre Mondiale.

    • Oui je suis tout à fait d’accord avec toi, Walpurgis. Quand j’étais ado, je lisais beaucoup de livres sur la Seconde Guerre Mondiale ou la Shoah, mais je trouve que c’était souvent traité d’une manière similaire… Sous la forme d’un témoignage par exemple. Et même si je trouvais ça très bien aussi, c’est vrai qu’avec « La voleuse de livres », le changement est plus radical et qu’on accroche donc d’autant plus.

  2. Il est dur de parler d’un roman qu’adore ! Je sais ce que c’est ! =) En tout cas, jolie critique ! J’ai le livre dans ma wish, je pense bientôt lui faire rejoindre miss pal lol

  3. pourquoi classer ce livre dans la littérature jeunesse ? J’ai 53 ans et je viens de le terminer dans sa version originale, et j’ai rarement autant vibré, autant pleuré et autant craint pour des personnages de fiction> J’ajoute que la construction de l’ouvrage est très réussie, la mort comme narratrice, c’est une sacrée trouvaille, et puis enfin une voix pour parler de la souffrance des allemands et du courage de certains d’entre eux, dans cette absurdité qu’a été la WWII. Bref, une réussite. J’ai hâte de voir ce que cela donnera en version filmée

    • Effectivement, ce livre n’est pas uniquement destiné aux enfants et heureusement !
      Je suis d’accord avec vous pour ce qui est de l’originalité de la narratrice, cela apporte énormément à ce roman.
      Je le conseille souvent autour de moi, peu importe l’âge de la personne.
      Je ne savais pas qu’un film était prévu, je vais voir cela de plus près !

  4. Vos commentaires sont l’exact reflet de mes propres emotions a propos de ce superbe livre, brillant, un livre auquel on ne peut rester indifferent.
    Merci pour toutes vos emotions si bien partagees.

    • Merci pour votre commentaire, ça me fait plaisir. Ça me fait d’ailleurs penser que je relirais bien ce livre, 3 ans après..

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