Le Liseur – Bernhard Schlink

Der Vorleser

Éditeur : Gallimard

Collection : Folio

Date de parution originale : 1995

Date de parution française : 1996

242 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

Mon avis sur le livre :

Tout d’abord, un conseil, ne lisez pas la 4ème de couverture de ce livre, en tout cas pas dans son édition Folio Gallimard, car elle mentionne un à un tous les éléments clés de ce roman… Voilà pourquoi je ne l’ai pas indiquée ici.

J’ai découvert ce livre à travers l’adaptation qu’en a fait Stephen Daldry, et je dois dire que je ne l’aurais peut-être jamais lu si Sybille  ne m’avait pas proposé de m’envoyer son exemplaire dans le cadre de ses livres voyageurs.

Nous suivons donc dans ce roman Michael, qui se remémore son adolescence et notamment la relation qu’il a eue à cette époque avec Hanna, de vingt ans son aînée. On comprendra plus tard les raisons qui l’ont poussé à se remémorer ces instants avec cette femme.

« Sur son visage d’alors sont venus se poser, dans ma mémoire, ses visages ultérieurs. Quand je veux l’évoquer devant mes yeux telle qu’elle était alors, elle apparaît sans visage. Il faut que je la reconstitue. » p.20

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai notamment été rapidement passionnée par les évènements de la vie d’Hanna, qui nous sont racontés par Michael au fur et à mesure que celui-ci les découvre. Les séances au cours desquelles il lui lisait des livres sont émouvantes, elles prendront cependant tous leur sens dans la suite du récit, lorsque l’on découvre les secrets entourant la vie d’Hanna.

Le point m’ayant le plus gênée au cours de cette lecture est sans doute la relation entre Michael et Hanna en elle-même, en tout cas lorsque celui-ci est un adolescent. Au-delà de leur différence d’âge, qui m’a empêchée d’y voir une certaine forme de romantisme, je ne suis pas parvenue à apprécier le personnage d’Hanna, du moins dans la première partie du roman. Je l’ai trouvé froide et brutale, et j’ai eu du mal à comprendre l’attachement obstiné que ressent Michael pour elle. Il est vrai que la suite du récit nous permet de mieux comprendre les attitudes et réactions brusques de Hanna, mais c’est un point qui ne m’a toutefois pas plu. J’ai pu cependant constater que je m’attachais plus facilement à son personnage dans le film que dans le livre, sans doute est-ce dû à l’actrice qui l’incarne (voir plus bas mon avis sur le film)…

Au-delà de cela, l’écriture de Bernhard Schlink est impressionnante de justesse. Il parvient parfaitement à traduire l’influence que cette histoire d’amour précoce a eue sur Michael, en particulier sur ses relations amoureuses ultérieures. La peur d’être abandonné une nouvelle fois, et surtout de ne pas retrouver la même passion que celle qui l’unissait à Hanna l’empêche de s’engager totalement dans une nouvelle relation, même des années plus tard.

« Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il rétrospectivement détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités ? Pourquoi le souvenir d’années de mariage heureux est-il gâché lorsque l’on découvre que, pendant tout ce temps-là, l’autre avait un amant ? […] Parce que le bonheur n’est pas vrai s’il ne dure pas éternellement ? » p.48

Les scènes de procès sont très prenantes, on découvre en même temps que le narrateur les charges pesant contre Hanna, les accusations, les non-dits et leurs conséquences. Paradoxalement, c’est dans cette partie du roman que j’ai apprécié le personnage de Hanna, qui semble si manipulable face au jury et aux autres accusées, incapable de comprendre qu’elle s’enfonce elle-même dans ses explications et se demandant sans cesse ce qu’il aurait fallu qu’elle fasse, plutôt que de se questionner sur ce qu’elle aurait faire. Les réflexions sur la culpabilité et le devoir sont ainsi intéressantes : est-on moins responsable lorsque l’on a agi sous les ordres de quelqu’un d’autre ? A partir de quel moment doit-on arrêter de respecter les ordres et commencer à prendre en compte sa propre conscience ?

J’ai également beaucoup aimé la seconde partie de la relation qui s’instaure entre Michael et Hanna, des années plus tard. Je pense que le fait que ce dernier soit alors adulte m’a permis de dépasser le blocage que j’avais au début du fait de leur différence d’âge. Les cassettes qu’il enregistre pour elle deviennent alors les uniques témoignages d’amitié (d’amour ?) qu’il est encore capable de lui donner.

« Non que j’aie oublié Hanna, mais au bout d’un certain temps, mon souvenir d’elle cessa de m’accompagner. Elle resta en arrière comme une ville quand le train repart. Elle est là quelque part derrière nous, on pourrait s’y rendre et s’assurer qu’elle existe bien. Mais pourquoi ferait-on cela ? »

Mon avis sur le film :

Contrairement à mon habitude, j’ai donc vu ce film avant de lire le livre, mais j’en ai revisionné depuis des passages pour capter les éventuelles différences entre le roman et son adaptation. L’adaptation a été réalisée en 2008 par Stephen Daldry, qui avait également adapté en 2002 un autre roman, « The Hours » de Michael Cunningham, avec Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore dans les rôles principaux.

Michael jeune est incarné par David Kross, acteur de 21 ans que l’on verra bientôt dans le prochain film de Steven Spielberg, « Cheval de guerre »,  et adulte par Ralph Fiennes, acteur que l’on ne présente plus (disons juste qu’il a joué dans de petits films comme « La Liste de Schindler », « Le Patient Anglais », « The Duchess », « Les Hauts de Hurlevent » ou encore la série des « Harry Potter »…).

Hannah pour sa part est jouée du début à la fin par Kate Winslet. Ces deux derniers sont des acteurs dont j’apprécie beaucoup le travail, et ils sont là encore excellents dans leurs rôles. Ralph Fiennes a un visage hallucinant, qui traduit très bien les sentiments de ses personnages, sans avoir besoin de parler. J’ai l’habitude de voir Kate Winslet dans des rôles de femmes fortes et sûres d’elle, souvent incomprises par leurs proches (je pense notamment à son rôle dans « Les noces rebelles », « Little children », « Eternal sunshine of the spotless mind » ou même encore dans « Titanic »).  Le rôle d’Hannah rentre donc selon moi dans ce genre de personnages dans lequel elle excelle.

Le jeune David Kross joue également très bien, notamment durant les scènes qu’il partage avec Kate Winslet, qui ne devaient pas toujours être faciles à jouer du fait de son âge… J’ai retrouvé avec plaisir l’actrice allemande Alexandra Maria Lara, que j’avais déjà pu voir dans les films « Control » ou « L’affaire Farewell », et qui joue ici la jeune victime du procès.

Le film suit globalement le même déroulement que le livre, et les nombreux flashbacks qui ponctuent le récit de Michael s’intègrent très bien dans celui-ci. Je trouve l’adaptation très réussie, l’image est superbe, la musique juste là quand il faut.

Petit effet collatéral non voulu : durant tout le film, j’ai été incapable de regarder l’acteur Ralph Fiennes sans voir en lui Lord Voldemort, dont il incarne le personnage dans les adaptations des Harry Potter. Perturbant donc…

Autour du livre :

  • Stephen Daldry est né en 1944 en Allemagne. En plus d’être écrivain, il exerce également la profession de juge. Il a depuis « Le Liseur » écrit d’autres romans, notamment « Amours en fuite » en 2001 et « La circoncision » en 2003.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de l’édition que j’ai lue est issue du travail de Barnaby Hall, photographe dont les œuvres servent régulièrement à illustrer des romans. Sur son site, on peut voir une partie des livres qu’il a illustrés.

Ce livre rentre dans le cadre du challenge « Regarde ce que tu lis », organisé par Nodrey.

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10 réflexions sur “Le Liseur – Bernhard Schlink

  1. Lu le livre et vu le film… Mais ce qui tu notes comme ton point négatif, la froideur d’Hanna du début, m’a empêchée de m’attacher à l’histoire. Je n’ai pas « senti » les personnages. Pas le garçon non plus. Les passages plus réfléchis, autour du procès n’ont pas suffit à sauver le roman à mes yeux.

    • Tiens, tu es la première personne à me parler également de la froideur d’Hanna dans ce livre ! Je pense que voir le film en premier m’a aidée à mieux apprécier le livre… Je savais à quoi m’attendre, et j’ai trouvé qu’on arrivait plus rapidement au procès dans le livre que dans le film. Et puis je pense que j’ai aimé le film en grande partie grâce aux acteurs, que j’apprécie beaucoup. Voilà !

  2. Le fait d’avoir vu le film avant permet de mieux rentrer dans l’histoire, pour le coup, je trouve. Parce qu’on sait pourquoi Hanna est si bourrue. Du coup je ne me souviens pas avoir eu du mal avec le début du livre.
    Mais j’aime beaucoup le fait que le livre amène plus de réflexion sur la culpabilité que le film, qui pose les questions tout de même, mais de manière bien moins insistante !

    Héhé, en tout cas c’est chouette de voir que le livre fait son bonhomme de chemin 🙂 (j’étais un peu plus haut dans le chemin, mais j’imagine que tu as vu, grâce au carnet ^^)
    Et puis, je ne commente pas souvent, donc j’en profite cette fois pour le dire : j’aime beaucoup lire tes billets, tes avis sont toujours très bien équilibrés entre ressenti personnel et informations à propos de ce qu’il y a autour du livre/film, c’est très agréable !

    • C’est vrai que c’est plus simple quand on a vu le film avant, pour une fois. Il est sans doute plus facile de rentrer dans l’histoire, et le fait de connaître le passé ou le futur des personnages n’est même pas forcément dérangeant… Concernant la culpabilité, ce que tu dis est vrai également, je m’en suis entre autres rendue compte en lisant vos commentaires sur le carnet. En fait, je trouve que le livre et le film sont au final très complémentaires !

      Je trouve aussi le principe du livre voyageur très intéressant, je pense que je retenterai l’expérience prochainement..

      Et enfin, merci beaucoup pour tes jolis compliments Sita, je suis très flattée.. C’est agréable de se dire qu’on est lu avec plaisir. Et venant de toi c’est d’autant plus agréable, étant donné que j’apprécie beaucoup le concept de tes critiques dessinées, qui possèdent toujours une petite dose d’humour très appréciable !

      Au plaisir de te relire !

  3. Je viens de me rendre compte que je n’avais même pas mis ce livre dans ma wish-list. Bon je crois que je ne vais pas le mettre car même si j’ai envie de le lire « pour voir » je n’ai pas l’impression que je vais adorée (après je peux être surprise …) donc je pense l’emprunter. Je n’ai pas non plus vu le film.

    • Si tu n’es pas plus que ça motivée à le lire, ne te force surtout pas ! Moi en tout cas, j’avais beaucoup aimé le film. Le livre m’a également plu, mais de manière différente…

  4. J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, et le film aussi (je trouve que kate Winslet est excellente dedans) ! Je suis ravie de te l’avoir prêté en tout cas !

    • Et moi, je suis ravie d’avoir pu tester le concept des livres voyageurs ! Merci beaucoup et au plaisir de renouveler l’expérience !

    • Maintenant que j’y repense, je me rends compte que ce livre m’a beaucoup gênée.. (je ne sais plus si j’en parlais déjà dans mon article, je vais aller voir après..)
      Je crois d’ailleurs que j’ai préféré le film, car j’ai pu m’attacher à l’esthétique de celui-ci, et je crois donc qu’au final je me suis moins posée de questions sur le contenu, contrairement au livre où je n’avais pas l’image pour atténuer tout cela.. (je ne sais pas si je suis très claire)
      En fait, je crois que le personnage jouée par Kate Winslet m’a perturbée tout du long.
      Cela dit, je garde tout de même un souvenir poignant de cette histoire.

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