Si c’est un homme – Primo Levi

Se questo è un uomo

Éditeur : Pocket

Collection : Presses Pocket

Date de parution originale : 1947

Date de parution française : 1987

272 pages

Fiche Dialogues

Fiche Livraddict

4ème de couverture :

« Ce livre est sans conteste l’un des témoignages les plus bouleversants sur l’expérience indicible des camps d’extermination. Primo Levi y décrit la folie meurtrière du nazisme qui culmine dans la négation de l’appartenance des juifs à l’humanité. Le passage où l’auteur décrit le regard de ce dignitaire nazi qui lui parle sans le voir, comme s’il était transparent et n’existait pas en tant qu’homme, figure parmi les pages qui font le mieux comprendre que l’holocauste a d’abord été une négation de l’humain en l’autre.

Si rien ne prédisposait l’ingénieur chimiste qu’était Primo Levi à écrire, son témoignage est pourtant devenu un livre qu’il importe à chaque membre de l’espèce humaine d’avoir lu pour que la nuit et le brouillard de l’oubli ne recouvrent pas à tout jamais le souvenir de l’innommable, pour que jamais plus la question de savoir « si c’est un homme » ne se pose. De ce devoir de mémoire, l’auteur s’est acquitté avant de mettre fin à ses jours, tant il semble difficile de vivre hanté par les fantômes de ces corps martyrisés et de ces voix étouffées. »

Paul Klein

Mon avis :

Difficile d’écrire mon avis sur ce livre tant ma lecture a été laborieuse. Difficile du fait du sujet en lui-même, la déportation durant la seconde guerre mondiale, qui est évidemment très dur, mais également du fait de la manière dont l’auteur a traité le sujet. J’avoue avoir eu beaucoup de mal à finir cette lecture, que j’ai d’ailleurs du étaler sur plusieurs semaines. Même si je lis régulièrement des livres traitant de cette période et plus particulièrement de l’Holocauste, j’ai rarement été confrontée à une description aussi « brute » (je ne trouve pas de mot plus approprié, je m’en excuse) des évènements.

 » Plus rien ne nous appartient : ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux ; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s’ils nous écoutaient, il ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu’à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.  » p.34

Primo Levi nous décrit dans son livre toute l’inhumanité d’Auschwitz, de la façon la plus glaçante qui soit. J’ai parfois eu du mal à comprendre la quasi-objectivité avec laquelle certains passages sont traités, laissant presque penser à une sorte de guide de survie en camp de concentration. C’est justement là que « Si c’est un homme » prend toute sa dimension pour moi : le système concentrationnaire d’Auschwitz, en déshumanisant l’auteur, parvient également à rendre ce récit autobiographique quasiment objectif et neutre.

Il n’en demeure pas moins que ce livre m’a profondément émue et marquée. C’est un livre « à lire », comme on dit, pour demeurer conscient, si cela demeure encore nécessaire, de la perte d’humanité dont les hommes ont été capables. Un livre dans lequel les phrases claquent, choquent et marquent. Un livre nécessaire.

 » Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n’est pas un homme. Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s’il n’est pas fautif, plus éloigné du modèle de l’homme pensant que le plus fruste des Pygmées et le plus abominable des sadiques.  »  p.185

Autour du livre :

  • Primo Levi est né en 1919 Turin en Italie. Chimiste de métier, il est déporté en février 1944 à Auschwitz, dont il est libéré en janvier 1945. Il se met rapidement à écrire « Si c’est un homme » (dont le nom est issu d’un de ses poèmes), qu’il termine en décembre 1946. Bien que publié en 1947, il faudra attendre les années 60 pour que le livre soit remarqué et traduit dans d’autres langues. Il n’est publié en français qu’en 1987.
  • Primo Levi a également publié d’autres écrits, tels que le recueil d’histoires courtes « Le Système Périodique » ou le roman « La Clé à Molette« .
  • Toute sa vie, Primo Levi s’est battu pour que l’horreur des camps de concentration ne soit pas oubliée, discutant avec des étudiants, donnant des conférences et visitant les sites des anciens camps de concentration. Il meurt le 11 avril 1987 après une chute dans les escaliers.

Cette lecture rentre dans le cadre du Challenge Livraddict 2011 (dont le résultat risque d’être très médiocre à la fin de l’année..) :

17/100

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10 réflexions sur “Si c’est un homme – Primo Levi

  1. J’ai eu du mal à être émue de ce livre du fait de son caractère très objectif avec peu d’émotions. Seule quelques passages de la fin sont plus personnels au final.

    Bon courage pour le Big Challenge :p

    • Oui, c’est vrai que c’est un peu ce qui m’a gênée tout au long de l’histoire. En fait, j’ai un peu de mal à décrire ce que j’ai ressenti en lisant ce livre, j’étais émue sans être émue.. Au final, je ne pense pas que ce soit l’écriture de Levi en elle-même qui m’ait émue..
      Pour le Big Challenge je n’y crois plus, il faudrait à la limite que je lise et chronique avant la fin du mois « Les raisins de la colère », « Geisha », « Le clan des Otori », « La trilogie berlinoise », « Dix petits nègres », « L’assassin royal » 1, 2 et 3, et/ou « Alcools » d’Apollinaire, qui sont tous chez moi. Autant dire que je n’y crois pas trop !

  2. Dans sa biographie, Simone Veil dit être étonnée de la rapidité de la publication de ce livre… Un an après la libération d’Auschwitz je crois.
    Et c’est vrai que ça se retrouve assez dans se livre : il est vraiment détaillé.

    Ce qui m’a « gênée » c’est l’absence de colère… Je m’attendais à en lire, mais non.

    • Oui c’est vrai qu’il l’a écrit très rapidement, dès son retour en Italie.. Ce n’est pas le cas de la plupart des témoignages de cette époque. Petite remarque en passant, ta remarque me donne envie de lire la biographie de Simone Veil, j’avais lu ton article, ça m’avait bien donné envie..

      L’absence de colère, c’est vrai qu’elle est frappante. Levi décrit la déshumanisation de tout le monde, déportés comme kapos, de manière tellement minutieuse et descriptive qu’il n’y a plus de place pour la colère. Peut-être que ce n’était pas son but en même temps. Je crois que ce livre va me faire me poser des questions pendant longtemps..

  3. Ce que tu dis sur ce livre est tout à fait vrai, particulièrement cette distance de l’auteur par rapport à ce qu’il a vécu et du coup, je me suis assez ennuyée à sa lecture, même si c’est un témoignage fort. J’avais hâte de le terminer.

    • Oui pareil pour moi. J’étais même presque gênée de ne pas être autant touchée par cette lecture que je pensais devoir l’être.. Il faudrait que j’arrête de culpabiliser quand je lis quand même..

  4. As-tu lu « Etre sans destin », d’Imre Kertesz (Prix Nobel), un récit très fort et assez dérangeant sur la vie à Auschwitz, beaucoup plus « littéraire » que « Si c’est un homme » ? Je te le conseille.
    J’ai découvert récemment le Journal d’Hélène Berr, qui ne parle pas des camps mais de la vie d’une juive à Paris sous l’occupation. J’ai été très touchée par cette lecture (voir billet sur mon blog).
    Bref, je suis moi aussi passionnée par cette période de l’histoire. As-tu d’autres titres à me recommander ?

    • Je n’ai pas lu le livre d’Imre Kertesz, même s’il me semble connaître le titre.. Je le note, merci pour ce conseil ! J’ai lu « Le journal d’Hélène Berr » il y a quelque temps maintenant (bien avant ce blog en tout cas), j’avais beaucoup aimé.
      Sur la même époque, je peux te conseiller « Un sac de billes » de Joseph Joffo, dans lequel deux frères juifs fuient à travers la France (en tout cas, c’est comme cela que je m’en souviens), que j’ai lu étant petite, et « Le journal d’Anne Frank » évidemment. J’ai également lu « Elle s’appelait Sarah » il y a quelques semaines, qui est très émouvant aussi (enfin du moins en ce qui concerne l’histoire de Sarah, la deuxième histoire racontée dans le roman m’a moins intéressée..). « L’enfant de Noé » de Eric-Emmanuel Schmitt traite aussi de la même époque, à travers un prêtre qui cache un enfant juif durant la guerre. C’est pour moi un très bon souvenir de lecture, très tendre.. « Le silence de la mer » (regarde mon article si ça t’intéresse) parle aussi de la même époque, mais plutôt du point de vue de la vie quotidienne pour les personnes non juives durant la guerre. Un point de vue également intéressant. Enfin, du point de vue jeunesse, j’ai bien aimé plus jeune « Juillet 42 sous la même étoile », « Quand Anna riait » de Yaël Hassan, et plus récemment « Taille 42 » de Malika Ferdjoukh, aux éditions de L’Ecole des Loisirs. Sinon, je dirais aussi « Le garçon aux yeux gris » de Gilles Perrault, qui traite de l’exode, « Un secret » de Philippe Grimbert, qui parle également de cette époque.
      Pour ce qui est des livres traitant de la guerre en Allemagne, j’ai lu pas mal de romans jeunesse quand j’étais ado, notamment « Mon enfance en Allemagne nazie » d’Ilse Koehn, « Mon ami Frédéric » de Hans Peter Richter. J’aime également « L’ami retrouvé » de Fred Uhlman, « La voleuse de livres » de Markus Zusak, et « Lettres et carnets » de Sophie et Hans Scholl. Ce dernier livre réunit les lettres et carnets du frère et de la soeur, qui étaient des membres du mouvement de résistance allemand « La rose blanche », et qui ont été condamnés à la peine de mort durant la guerre, à à peine 20 ans.. Passionnant là encore. Je te conseille également « Inconnu à cette adresse », écrit par une Américaine juste avant la guerre, qui est vraiment super.. J’ai aussi parlé de « Mon enfant de Berlin » d’Anne Wiazemsky dernièrement, qui parle des infirmières françaises qui travaillaient pour la Croix Rouge à Berlin à la fin de la guerre.
      J’ai aussi lu un autre livre sur Auschwitz en littérature jeunesse, qui s’appelait « Le ring de la mort » (de Jean-Jacques Greif). Très fort également. « Sobibor » de Jean Molla parle également du camp de Sobibor.
      Et si tu souhaites un livre traitant de la 2nde guerre mondiale en Angleterre, je te conseille « Bonne nuit Monsieur Tom » de Michelle Magorian en jeunesse, qui parle des enfants que l’on a envoyés dans des familles à la campagne pendant des années durant la guerre. « La pelouse de Camomille » de Mary Wesley se déroule également durant la 2nde guerre mondiale en Angleterre, mais du point de vue de la petite bourgeoisie anglaise, c’est donc assez différent..
      Voilà, j’espère t’avoir donné des idées de lecture !

  5. Merci beaucoup pour la (longue) réponse !
    J’ai déjà lu Elle s’appelait Sarah, Un sac de billes, Le Journal d’Anne Frank, Mon ami Frédéric, L’ami retrouvé et sa suite (La Lettre de Conrad), Inconnu à cette adresse,sans oublier la Suite Française d’Irène Némirowsky, qui traite de l’Exode..
    Je ne connais pas les autres, ce qui me donne plein de nouvelles piste à explorer. Encore merci ! 🙂

    • J’ai aussi lu « La lettre de Conrad » (tu as raison de le mentionner, il est très bien aussi). Je note pour « Suite française », ça fait longtemps que je veux le lire celui-là, mais à chaque fois un autre livre passe avant lui.. 😉
      De rien pour les titres, c’est ce qui est génial avec internet, pouvoir partager ses lectures !

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