Une Anglaise à bicyclette – Didier Decoin

Éditeur : Stock

Collection : La Bleue

Date de parution originale : Juin 2011

336 pages

Librairie Dialogues

Fiche Livraddict

Résumé (Source : Éditions Stock) :

Tout commence par un massacre d’Indiens en décembre 1890 dans le Dakota du Sud. Jayson Flannery, un photographe anglais veuf de son état, recueille une petite fille de trois ans dont la mère a été victime du massacre. Il songe bien sûr à confier Emily à un orphelinat, s’apprête à reprendre son paquebot pour l’Angleterre, mais il ne repartira pas seul et décide d’enlever la petite Emily aux sœurs qui l’ont prise en charge.
On les retrouve tous les deux dans un manoir du Yorkshire où Jayson a toujours vécu. Emily grandit, va à l’école, apprend à lire. Tous dans le village se posent mille questions à son sujet. Jayson l’a-t-il adoptée, kidnappée ? Viendra-t-on un jour la chercher ? […]

(Sur le lien des Éditions Stock, vous pouvez lire ce résumé en entier, mais personnellement je considère qu’il en dévoile beaucoup trop sur le livre, je le tronque donc là…)

Mon avis :

« Cette enfant est mon enfant parce que je l’ai sauvée. »

« Une Anglaise à bicyclette » est un roman que j’avais repéré à sa sortie, mais comme en général j’attends la sortie poche pour lire un livre, je l’avais un peu mis de côté dans ma tête… C’était sans compter sur ma médiathèque qui me l’a mis sous le nez sur sa table des nouveautés il y a quelques semaines. Et bien je ne regrette pas de m’être laissée tenter…

Quand j’ai commencé à lire, je ne connaissais rien du roman si ce n’est sa 4ème de couverture, assez succincte il faut le dire (celle située sur la fiche Livraddict du livre). Alors c’est sûr qu’avec les mots « massacre », « Indiens », « Dakota du Sud », « Angleterre victorienne », « bicyclette », « photographie », « Sir Arthur Conan Doyle » et « fées », on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Au final Didier Decoin touche justement à tout cela, comme une sorte de biopic de la vie d’Emily, du Dakota du Sud à l’Angleterre, de l’état d’orpheline à celui de jeune mariée, de la nature sauvage américaine à la campagne anglaise.

Le personnage d’Emily, jeune enfant Sioux Lakota recueillie par un photographe anglais, m’a tout de suite touchée. De ses terres d’origine à New-York, puis dans le bateau qui l’emmène en Angleterre, et enfin dans le manoir du Yorkshire dans lequel elle va grandir, elle semble être spectatrice de sa propre vie, parlant très peu mais acquérant rapidement la langue et les coutumes anglaises. Sa soif de liberté est émouvante, sa relation avec Jayson Flannery, le photographe, également.

Je n’ai pas toujours saisi la pertinence des passages traitant de Sir Arthur Conan Doyle, j’ai même trouvé qu’ils arrivaient parfois de manière impromptue et peu justifiée. Mais ils permettent cependant d’intégrer dans le récit l’affaire des « Fées de Cottingley », qui avait provoqué de vives réactions à l’époque. Pour info, cette affaire est liée à cinq photographies réalisées en 1917 par deux cousines, Elsie Wright et Frances Griffiths, âgées de 16 et 10 ans, qui seraient parvenues à photographier des fées dans leur jardin. L’affaire prit une plus grande proportion lorsque l’écrivain Sir Arthur Conan Doyle les défendit en quelque sorte en utilisant leurs photos. (Pour plus d’informations, voir la page Wikipedia)

J’ai trouvé que ce roman laissait la part belle aux sensations, notamment visuelles. La profession de Flannery amène de jolis passages traitant de la richesse des lumières, des couleurs et des textures. Cela se ressent jusque dans les descriptions qui sont faites d’Emily, à travers la sensualité que celle-ci dégage. Le goût est également mis en avant, notamment par l’intermédiaire des repas et menus de fêtes décrits dans le roman (j’ai essayé de retrouver un menu de repas de l’époque qui me donnait vraiment envie, mais je ne suis pas parvenue à retrouver la page après ma lecture).

La description de la vie quotidienne ou culturelle de l’époque (début du 20ème siècle en Angleterre) m’a encore une fois beaucoup plu. Les repas, comme je l’ai dit plus haut, mais également les passages sur la médecine de l’époque (à travers le personnage inconsciemment humoristique du médecin), le déroulement des mariages, l’école, les loisirs, la photographie, les relations mondaines ou encore le théâtre (à travers les vieilles actrices de Londres que Flannery photographie dans son atelier).

J’ai particulièrement apprécié retrouver rapidement les personnages de Christabel et Emmeline Pankhurst, grandes féministes anglaises des 19ème et 20ème siècles qui militèrent pour le droit de vote des femmes et créèrent l’Union Féminine Sociale et Politique en 1903. J’avais déjà pu rencontrer ces figures du mouvement des suffragettes dans le roman « Le récital des anges » de Tracy Chevalier, que j’avais beaucoup apprécié également.

Il ne me reste plus qu’à vous conseiller ce très joli roman de Didier Decoin (dont quelques-uns de ses autres ouvrages sont cités plus bas), qui parle des femmes, de féminisme, de couleurs, de parfums, de photographie, de féérie et bien évidemment de bicyclette.

« Rien, ni dans son langage ni dans ses manières, ne peut laisser supposer qu’Emily n’est pas irlandaise – et une irlandaise élevée en Angleterre, avec les exigences et la sévérité que cela implique. Désormais, ce qui pourrait trahir ses origines sioux lakotas n’est plus de l’ordre du visible : elle ne s’est pas contentée d’emprunter aux vieilles comédiennes leur accent irréprochablement anglais, elle a appris d’elles l’art d’enfouir sa propre vérité pour en endosser une autre .» p. 181

Autour du livre :

  • Didier Decoin est un scénariste et écrivain français né en 1945 à Boulogne-Billancourt. Il a débuté sa carrière en tant que journaliste, tout en écrivant en parallèle des romans. A ce jour, il a publié une vingtaine de romans, dont « John l’Enfer » (1977, Prix Goncourt), « Les trois vies de Babe Ozouf » (1983), « La femme de chambre du Titanic » (1991), « La promeneuse d’oiseaux » (1996) ou encore « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? » (2009), ainsi que des essais traitant souvent de la religion.
  • Il a également signé les scénarios des mini-séries « Le Comte de Monte-Cristo » diffusée sur TF1 en 1998, adaptation du roman d’Alexandre Dumas, et « Les Misérables » diffusée sur TF1 en 2000, adaptation de l’œuvre de Victor Hugo.
  • Savez-vous ce qu’est un « tussy-mussy » (ou « tussie-mussie ») ? C’est le bouquet de mariée traditionnel de l’époque victorienne en Angleterre. Dans ce roman, il est composé de roses miniatures, de fougères, de gypsophile et de fenouil, « disposés dans un cône en argent ».
  • Pour aller plus loin, n’hésitez pas à aller lire les articles de Télérama, du Point ou de RFI, l’interview de Didier Decoin réalisée par RTBF, ainsi que les cinq questions posées à l’auteur par la librairie Dialogues de Brest.

Illustration de la couverture :

  • La couverture de mon édition est illustrée par une photographie réalisée en 1857 par Lewis Carroll, l’auteur d' »Alice au pays des merveilles« . Plus d’informations sur la photo ici (page en anglais). Il est à noter que dans l’un de ses essais, « Lewis et Alice » (1992), Didier Decoin inventait une correspondance imaginaire entre Dickens et Lewis Carroll…

Source

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6 réflexions sur “Une Anglaise à bicyclette – Didier Decoin

  1. Je ne connaissais pas du tout, mais je pense que je vais également me laisser tenter ! La quatrième de couverture m’a convaincu mais ton avis aussi 🙂

    • Ah bon tu trouves ? Moi pourtant quand je me relis, j’ai l’impression d’avoir oublié des milliers de trucs.. Mais merci, et j’espère que tu le liras prochainement alors ! (Je me répète, mais les autres livres du Monsieur ont l’air pas mal non plus..)

    • Merci beaucoup, ça me fait très plaisir.. Ce livre est un peu à part dans mes lectures, car il est très rare que je lise des nouveautés (j’achète plutôt des poches..). Mais celui-ci il est venu directement à ma rencontre à la bibliothèque et j’en suis bien contente ! Et il m’a donné envie de lire les autres livres de Didier Decoin, notamment « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? » (dont le film « 38 témoins » sorti dernièrement est en parti inspiré..) et « La femme de chambre du Titanic » que j’ai acheté dernièrement..
      J’espère que tu l’apprécieras si tu le lis ! 😉

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