Éditeur : L’École des Loisirs
Collection : Médium
Date de parution : 2007
264 pages
4ème de couverture :
Septembre 1939. J’ai onze ans et je pars à la mer avec l’école. C’est grâce à la guerre qui vient d’éclater. Il paraît que nous, les enfants, nous serons plus à l’abri là-bas qu’à Paris.
Je suis flâneur, rêveur, timide, sentimental. J’aime les illustrés et le cinéma. Mandrake, Fu Manchu, Prince Vaillant, Gary Cooper, Clark Gable.
Je fais un bisou pressé à ma grande sœur. Je ne sais pas encore que je la vois pour la dernière fois.
L’an prochain, je dois passer mon certificat d’études. Je ne sais pas encore que ce petit diplôme va me sauver la vie.
Eugène, mon père, va chercher du travail là où il y en a, dans un village en Baie de Somme. Je ne sais pas encore que bientôt, nous allons tous le rejoindre, changer de vie, tromper la mort, grâce à son aiguille de tailleur qui va faire des miracles.
Je suis Juif, c’est devenu un secret, et je ne comprends pas pourquoi tant de gens ont l’air de trouver que c’est mal.
Cette histoire est vraie. Charles Pollak l’a vécue. Malika Ferdjoukh l’a écrite.
Mon avis :
Suite à ma très appréciée lecture de “Chaque soir à 11 heures“, je me suis replongée avec envie dans la bibliographie de Malika Ferdjoukh. J’ai ainsi décidé de lire (ou relire) une bonne partie de ses romans (vaste programme n’est-ce pas..). J’ai donc commencé par ce roman édité à L’École des Loisirs (comme la plupart des romans de l’auteur d’ailleurs), et dont je n’avais bizarrement pas beaucoup entendu parler jusque là.
“Taille 42” nous raconte donc l’histoire de Charles Pollak, à travers les mots de Malika Ferdjoukh. Le style de cette dernière est d’ailleurs perceptible de temps à autre dans le récit, ce qui est toujours très agréable. J’ai notamment noté les interjections qui rythment le début du récit, ainsi que bien évidemment l’humour toujours présent en toile de fond…
A travers le point de vue du plus jeune fils de la famille, Charles, dit Charly, nous suivons donc le parcours des Pollak, originaires de Hongrie et installés à Paris depuis les années 20. Le père de Charles, Eugène dit Apou, est un tailleur spécialisé dans le gilet, et aidé dans son travail par ses filles et sa femme. Le tissu et la coupe des vêtements est d’ailleurs un thème qui revient souvent dans ce roman, comme un fil rouge : les ourlets, les plis, les doublures, les matières…, élément qui m’a beaucoup plu durant ma lecture.
“Tu vois, répète mon père avec ce vibrato admiratif dans la voix dont il n’use que pour parler de la fortune des Rothschild ou de la cuisine de ma mère. Tu vois pourquoi M. Rosenfeld, il nous dépasse tous ? Personne ne sait, comme lui, cacher les bords et les replis de la coupe ! C’est un artiste. ” p.15
La vie est parfois dure, et la guerre s’installe peu à peu dans les esprits comme quelque chose d’inévitable, mais ce récit reste tout de même en grande partie pour Charles celui de souvenirs joyeux et tendres, partagés entre l’école, le cinéma, la vie quotidienne à la maison, et les jeux avec son frère et ses amis.
Avec l’arrivée de la guerre, la vie devient cependant plus dure pour les Français, et plus particulièrement pour les personnes juives comme la famille Pollak. Les fils sont contraints de partir avec leur classe loin de Paris, où ils seront tous les deux plus en sécurité. Décidé à garder sa famille en vie coûte que coûte, Apou décide de son côté de partir en Baie de Somme, afin d’y faire ce pour quoi il est le plus doué, la taille de costumes, et ensuite pouvoir y installer toute sa famille.
Au final, il est assez difficile de parler de ce récit sans trop en dévoiler sur l’histoire de cette famille. J’ai aimé le fait que ce récit nous soit raconté du point de vue de Charles, qui du haut de ses 12 ans n’a pas toujours des préoccupations aussi sérieuses que les adultes de sa famille… Cela mène d’ailleurs régulièrement à des scènes assez comiques. Et c’est là encore un point qui m’a beaucoup touchée dans ce roman, car malgré la gravité et la tristesse des évènements qui se déroulent autour d’eux, la famille Pollak reste toujours unie, aimante et prête à tout pour survivre et protéger au maximum les enfants.
J’ai du mal à en dire plus sur ce roman, mais selon moi il propose une approche de la vie durant la Seconde Guerre Mondiale différente de ce que j’ai eu l’habitude de lire sur ce sujet. Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’être moi-même “protégée” des évènements extérieurs par les parents de Charles, comme eux-mêmes parviennent à protéger leurs enfants des privations et des atrocités de la guerre.
“Il avait parlé en hongrois. Il tira sur sa cigarette, fixant la pointe étincelante de ses bottes. Ma mère continua de remuer son bois, mon père de repasser sa doublure, André de jouer avec Moska, Madeleine de coudre son ourlet, moi de caresser Frimousse. […] Le bois brûlait, le fer repassait, l’ourlet se cousait, la chienne remuait les oreilles, le chat ronronnait… Le tankiste leva les yeux derrière la fumée de sa cigarette. A brûle-pourpoint, il demanda : – Et vous ? Vous êtes de quelle religion ? ” p.231
J’ai été très touchée par les passages traitant de la religion et des efforts que les parents de Charles doivent faire pour abandonner leurs habitudes et rituels religieux, afin de ne pas dévoiler leur véritable identité. Particulièrement les passages sur la viande de porc, interdite par leur religion, mais qu’ils sont cependant contraints de manger afin de ne pas éveiller les soupçons mais aussi de survivre, ou encore ceux se déroulant à l’église, lorsque la famille doit faire semblant d’être catholique, comme toute le monde. Ces scènes sont touchantes et tristes à la fois, car elles mettent en évidence cette partie d’eux-mêmes que les Pollak doivent peu à peu mettre de côté, s’il veulent survivre à cette guerre… Mais elles restent aussi très drôles, à travers les remarques et questionnements de Charles et de son frère.
” Le curé lui remit une effigie peinte, toute brillante, de Jésus. Mon père la prit, l’air de savoir parfaitement de quoi il retournait. L’assistance se cogna la poitrine en répétant : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri… » Ensuite, ils allèrent à la queue leu leu devant le père Jean pour avaler un truc qui leur donnait un air crispé quand ils retournaient à leur place, comme s’ils avaient avalé du plâtre qui aurait durci dans leur bouche.
- C’est quoi ? chuchota mon frère.
- Le corps du Christ ! murmurai-je, me référant à ce que venait de dire le curé.
- Beurk… Si c’est comme la viande séchée, j’en prends pas.
On resta immobiles devant nos prie-Dieu, en priant (on ne savait plus tellement qui, à vrai dire) pour que personne ne remarque qu’on n’était pas allés avaler le plâtre ou viande séchée. ” p.201
Un autre point qui m’a plu est la réelle tendresse qu’on ressent entre Charles, ses sœurs et son frère. La scène durant laquelle Charles va à la pharmacie le ventre vide dans le seul but de demander des échantillons de crème de jour au pharmacien, et ainsi faire plaisir à sa grande sœur, alors que le plus important est surtout de se trouver à manger, est particulièrement touchante. J’ai enfin particulièrement aimé les relations que la famille Pollak noue petit à petit avec les habitants du village, et la façon avec laquelle elle parvient à s’y intégrer.
” – Une reine des reinettes ! nota Nadine, la bouche pleine.
- La mienne, c’est une pomme à cidre.
- Les pommes, c’est comme les humains, soupira Eliane entre deux bouchées. Plein de variétés pour une seule espèce.
Croc, croc, dans un bruit de chair de fruit, tout fut bientôt englouti, les pommes et la philosophie. ” p.193
“Taille 42” est un livre que je conseille à tout le monde, et qui est je pense particulièrement adapté aux enfants et adolescents qui souhaitent découvrir la vie quotidienne d’une famille juive touchante et attachante sous l’Occupation.
Autour du livre :
- Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme “Sombres citrouilles“, “Minuit-cinq“, “Fais-moi peur”, “Aggie change de vie“ ou encore “”Chaque soir à 11 heures“”. Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
- Après la guerre, Charles Pollak est resté dans le village de Feuquières-en-Vimeu jusqu’en 1948. Il s’est ensuite marié et est aujourd’hui père de deux filles, grand-père et arrière-grand-père. C’est sa fille Ida qui lui a fait rencontrer Malika Ferdjoukh.
Autres petits papiers :
- Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
- Chaque soir à 11 heures, le dernier roman de Malika Ferdjoukh, sorti en 2011.
- Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.
En attendant de prochains avis, qui devraient normalement arriver rapidement, je vous fais patienter avec ce joli billet de ce très cher Monsieur François Morel, daté du 9 mars dernier.
Si cela vous plaît, n’oubliez pas que vous avez la possibilité d’écouter ses chroniques tous les vendredis sur France Inter à 8h55. Vous pouvez aussi consulter son site internet ici.
Une autre façon de parler de ce débat (en est-ce vraiment un ?) sur l’utilisation du terme Mademoiselle…
De pierre et de cendre – Linda Newbery
Set in stone
Éditeur : Le Livre de Poche
Collection : Littérature & Documents
Date de parution originale : 2006
Date de parution française : 2009
384 pages
4ème de couverture :
Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux deux filles de Mr. Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d’un passé scandaleux. Entre désirs de possession, obsessions et illusions, les deux demoiselles, leur père, l’ombre de leur mère décédée et leur gouvernante entament devant Samuel une subtile danse aussi fascinante que macabre…
Mon avis :
“De pierre et de cendre” étant un livre que j’ai lu en juin 2011, je m’excuse par avance si mes lointains souvenirs ne me permettent pas de vous offrir un avis très détaillé… Quand je suis tombée sur ce roman, j’ai tout de suite été attirée par sa jolie couverture, son résumé et l’atmosphère qui s’en dégage. Nous sommes en 1898 en Angleterre, dans un contexte tout à fait adapté à mes goûts donc.
A travers le personnage de Samuel Godwin, le récit commence par la découverte de la magnifique demeure des Farrow, Fourwinds. Celle-ci, qui tient son nom des quatre vents qui la parcourent depuis les différents points cardinaux, semble entourer d’une aura particulière. Samuel le perçoit rapidement, et les dires des deux demoiselles de la maison ne font que confirmer son impression. Tout au long du roman, cette demeure restera d’ailleurs un personnage à part entière, renfermant ses mystères, ses secrets et ses drames…
Au sein de cette propriété vivent Mr. Farrow, ses deux filles, Marianne et Juliana, ainsi que leur gouvernante Charlotte Agnew, dont le dévouement pour les deux adolescentes semble absolu. Samuel comprend vite que de nombreux secrets tournent autour de cette famille, et que l’apparente sérénité avec laquelle Mr. Farrow le reçoit n’est qu’illusion…
J’ai beaucoup aimé dans ce roman découvrir peu à peu les mystères qui se cachent derrière cette famille et cette propriété. Samuel étant le professeur de peinture des deux adolescentes, j’ai également apprécié la manière avec laquelle l’auteure intègre le thème de l’art dans cette intrigue : les gargouilles encadrant la maison, qui semblent si importantes, mais pour des raisons différentes, à chacun des membres de cette famille, les cours de peinture données sur la terrasse, le rapport entre l’artiste et son œuvre, le rapport entre le statut d’homme et d’artiste…
Durant ce roman, je me suis d’ailleurs souvent surprise à stopper ma lecture pour observer le tableau illustrant la couverture, que je trouve magnifique et très onirique… J’avais la sensation que ce tableau représentait parfaitement l’atmosphère qui se dégage de ce roman : onirique et doux, mystérieux et intriguant.
Les personnages sont également intéressants : Marianne et Juliana aux caractères si différents, Charlotte Agnew si proche des jeunes filles et bien plus intelligente qu’elle ne le laisse voir, Mr. Farrow, à la fois charismatique, épuisant et dérangeant, et enfin Samuel Godwin, l’un des deux narrateurs (l’autre étant Charlotte), qui tente de percer les mystères de cette demeure sans se douter que c’est en partie elle qui le dirige…
Cependant, alors que j’ai beaucoup apprécié, pour des raisons diverses, les premiers personnages, le personnage de Samuel m’a plus gênée et énervée. J’ai eu du mal à comprendre son comportement et sa quête d’ascension sociale.. La famille Farrow représente son unique chance d’être enfin reconnu pour ses œuvres, d’être enfin accepté dans cette société qui l’attire tant. Mais les sacrifices qu’il est prêt à faire et les pactes moraux qu’il est prêt à conclure m’ont rendu ce personnage dérangeant sous certains aspects, même si l’on comprend vite qu’il est lui-même déchiré entre ses devoirs et ses envies.
Le personnage de Charlotte Agnew, la gouvernante, m’a elle beaucoup plu. Son intelligence, sa perspicacité et sa droiture me l’ont rendue très sympathique. J’ai particulièrement aimé la légère intrigue tournant autour de sa propre famille. C’est plus précisément dans ces passages que l’on se rend compte de l’origine de la force et du courage qui émanent d’elle.
Les références à des romans tels que “Jane Eyre” sont palpables (j’ai lu dans d’autres avis des références aux livres de Wilkie Collins, que je n’ai encore jamais lus), que ce soit dans l’atmosphère qui se dégage du roman ou dans les thèmes traités comme l’hystérie et les secrets de famille. Peut-être trop justement. Car contrairement à de tels romans, j’ai trouvé dans celui-ci certains éléments trop évidents et trop simples. J’ai du mal à comprendre qu’un roman dont l’intrigue occupe la quasi-totalité du livre ne nous propose qu’un dénouement rapide et trop facile. Je pense que c’est cet aspect qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cette lecture.
Au final, je suis ressortie de ce roman très partagée, puisque je me suis imprégnée et j’ai beaucoup apprécié son atmosphère pendant une grande partie de ma lecture, avant d’être déçue par la facilité des dénouements. Je trouve que ces personnages méritaient quelque chose de plus abouti.
Enfin, cela peut paraître étrange, mais quand j’ai compris à la fin de ma lecture que le personnage de Samuel avait réellement existé, mon point de vue plutôt négatif sur le personnage s’est un peu adouci (voir plus bas dans la partie “Autour du livre” les détails de sa vie)… De même, cet aspect “biographique” du roman pourrait également expliquer la rapidité du dénouement, qui suivrait alors le déroulement réel des évènements. Cela dit, étant donné que je ne sais pas jusqu’à quel point ce roman s’inspire de la vie du peintre et où commence la fiction, je reste sur ce que j’ai dit concernant les quelques points négatifs que j’ai précisés plus haut.
Mais puisque j’aime finir mes avis sur une note positive, je dirais que “De pierre et de cendre” est un roman qui m’a beaucoup touchée et dont on ne voit pas passer la lecture. On est totalement pris dans les aventures de ce jeune peintre et surtout dans le cadre merveilleux et mystérieux de cette famille. Si le mélange de mystère, d’art et d’aventures vous intéresse, n’hésitez donc pas !
Autour du livre :
- Linda Newbery est un écrivain britannique qui a d’abord surtout écrit des romans pour enfants, adolescents et jeunes adultes. Sur de nombreux sites, “De pierre et de cendre” est d’ailleurs considéré comme un roman pour jeunes adultes. Personnellement, je ne le rangerai pas forcément dans cette catégorie…
- Peu de ses romans ont actuellement été traduits en français : “Sisterland“, “The Shell House“, “The Treasure House“…
- Vous pouvez obtenir plus d’informations sur cette auteure sur son site internet.
- En commençant ce roman, je me suis demandée si le personnage de Samuel Godwin était réel ou imaginaire. Les quelques recherches faites sur internet n’ayant pas été fructueuses, j’ai donc imaginé durant ma lecture que son personnage était fictif. Cependant, à la fin de ma lecture, j’ai pu lire la notice bibliographique écrite par l’auteure et donc constater que le peintre Samuel James Godwin avait réellement existé (même si je n’en trouve aucune trace sur Internet). Né en 1878 et disparu en 1941, il faisait partie d’un petit groupe de peintres mineurs dont les œuvres ont suscité l’intérêt au début du 20ème siècle. Son œuvre a ensuite eu son heure de gloire après la Première Guerre Mondiale, en partie grâce au mécénat de Rupert Vernon-Dale (personnage présent dans le roman). Après une exposition particulière en 1920, il a cessé définitivement d’exposer et n’a plus participé à la vie artistique de l’époque. Ses tableaux les plus célèbres sont “La Sauvageonne“, mentionné dans le roman et qui semble représenter Marianne Farrow, ainsi que “Les Quatre Vents“, représentant les gargouilles de la demeure décrites là encore dans le roman.
Illustration de la couverture :
- Mon édition est illustrée par un extrait d’un tableau peint par Charles Courtney Curran en 1909 et intitulé “Sur les hauteurs“. Curran était un peintre impressionniste américain né en 1861 et décédé en 1942. Vous pouvez voir une partie de ses magnifiques tableaux ici.
“Sur les hauteurs”, Charles Courtney Curran (1909) – Source
“Songs of childhood”, Charles Courtney Curran – Source
“The Lanterns”, Charles Courtney Curran (1910) – Source
“On the cliff”, Charles Courtney Curran (1910) – Source
“A breezy day”, Charles Courtney Curran (1887) – Source
Chaque soir à 11 heures – Malika Ferdjoukh
Éditeur : Flammarion
Collection : Émotion
Date de parution : 2011
401 pages
4ème de couverture :
Willa Ayre s’est classée dans la catégorie des filles que les garçons ne voient jamais, des insignifiantes, des petits chats caustiques mais frileux. Iago, lui, attire tous les regards. Il est le garçon dont rêvent toutes les filles du lycée.
Dès la rentrée, Iago pose les yeux sur Willa et la choisit. Mais à une fête, Willa rencontre le bizarre et ténébreux Edern. Dès lors, sa vie prend une tournure étrange. De la grande maison obscure cachée au fond de l’impasse, la jeune fille doit découvrir les secrets, sonder son coeur, et faire un choix…
Mon avis :
Depuis le temps que j’attendais de lire ce livre, je ne regrette pas de l’avoir enfin commencé ! Après avoir lu beaucoup de ses romans durant mon adolescence, j’ai donc retrouvé Malika Ferdjoukh avec ce nouveau livre, publié dans la nouvelle collection “Émotion” de chez Flammarion (ladite émotion étant ici l’amûûûr…).
Dès le début, nous plongeons directement dans un univers so Ferdjoukhien, dans lequel les personnages ont des prénoms étranges (Wilhelmina, Iago, Isebelle, Roch, Melville, Rosemonde et j’en passe), un humour ravageur et des références culturelles plein la tête (on prend le temps de s’arrêter devant “Beau fixe sur New-York” de Stanley Donen ou “La joyeuse divorcée” de Mark Sandrich, mais aussi “Massacre à la tronçonneuse” ou Tim Burton, on y lit “Papa longues jambes” de Jean Webster ou “L’invitation à la valse” de Rosamond Lehmann, on y écoute Charlie Parker, on y croise les œuvres de Gustave Moreau ou Niki de Saint Phalle…). Et surtout, et c’est ce qui m’a fait le plus grand bien, on est face à une héroïne irrésistiblement attachante, qui n’a pas sa langue dans sa poche, est intelligente, sérieuse, courageuse, curieuse et se passionne donc pour tout et n’importe quoi. Qu’est-ce que ça fait du bien de temps en temps une fille pas nunuche comme Willa !
A noter également l’importance de la ville de Paris dans ce roman, à travers les rues de laquelle Willa court toute la journée… On la suit dans le métro, dans le bus, en voiture et en taxi, dans l’hôtel de luxe particulier de son amie Fran, dans la lugubre mais tellement attirante maison d’Edern, mystérieusement appelée “Fausse Malice” (et qui n’est pas sans rappeler la Vill’Hervé des romans “Quatre sœurs“…), dans l’appartement glauque de son professeur de saxo, et enfin dans son appartement cosy dans lequel on mange des Bounty glacés en regardant des comédies musicales.
Au-delà du cadre et des personnages, on se laisse rapidement emporter par l’intrigue de ce roman et les nombreuses aventures qui jalonnent la vie de Willa. L’enquête qu’elle mène peut parfois paraître tarabiscotée, mais cela ne gâche en rien le roman. Certains passages en présence des camarades de classe de Willa, toutes nunuches et de vraies gosses de riche, m’ont parfois un peu énervée. Mais c’est le milieu très parisien dans lequel évolue Willa qui veut ça j’imagine… Heureusement que les trois personnages principaux relèvent un peu le niveau de réflexion (Willa, Edern et Iago) et rendent ce livre totalement addictif. J’oubliais le personnage de Marni, qui est adorable et m’a fait penser à Enid des “Quatre sœurs“. Enfin, chose qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps, j’ai eu des papillons dans le ventre en lisant une scène de ce livre en particulier, j’espère qu’elle vous fera le même effet !
En bref, “Chaque soir à 11 heures” est un livre que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher et que je conseille donc fortement, que l’on connaisse Malika Ferdjoukh ou que l’on souhaite la découvrir…
Autour du livre :
- Malika Ferdjoukh est une écrivaine française née en 1957, auteure de scénarios pour la télévision et le cinéma, ainsi que de nombreux romans jeunesse, comme “Sombres citrouilles“, “Minuit-cinq“, “Fais-moi peur” ou encore “Aggie change de vie“. “Chaque soir à 11 heures” est son dernier roman. Elle est passionnée de cinéma, plus particulièrement des comédies musicales et mélodrames de la première moitié du 20ème siècle. Pour plus d’informations sur l’auteure, un entretien réalisé par le forum Whoopsy Daisy (forum des amoureux de la Littérature anglaise) est disponible ici.
- On retrouve les prénoms de plusieurs personnages de ce livre dans de célèbres romans. Wilhelmina est ainsi présent dans “Dracula” de Bram Stoker, puisqu’il est porté par le personnage féminin principal, Wilhelmina “Mina” Murray. Iago est quant à lui le prénom du personnage manipulateur de la tragédie de Shakespeare “Othello“.
Autres petits papiers :
- Du même auteur, j’ai aussi donné mon avis sur :
- Quatre sœurs, tome 1 : Enid (2011) : adaptation en bande dessinée par Cati Baur du premier tome de la série de romans “Quatre sœurs”, écrit par Malika Ferdjoukh et publié en 2003.
- Taille 42, écrit par Malika Ferdjoukh et Charles Pollak, et sorti en 2007.
Passeuse de rêves – Lois Lowry
Gossamer
Éditeur : École des Loisirs
Collection : Medium
Date de parution originale : 2006
Date de parution française : 2010
164 pages
4ème de couverture :
Petite est toute nouvelle, mais elle est très douée. Quand elle effleure de ses doigts translucides le bouton d’un pull, elle capte l’histoire de ce bouton : un pique-nique sur une colline, une nuit d’hiver au coin du feu, et même la fois où on lui a renversé dessus un peu de thé…
Bientôt, Petite sera capable de combiner ces fragments d’histoires avec d’autres souvenirs collectés à partir d’une photo, d’une assiette ou d’un tapis afin d’en faire des rêves très doux pour les humains. Chaque nuit, elle s’entraîne à devenir passeuse de rêves dans la maison où vivent une vieille femme et son chien.
Mais la formation s’accélère brutalement lorsque la vieille femme se voit confier par les services sociaux un jeune garçon. Il s’appelle John et il est très en colère. Une colère si profonde que les Saboteurs, maîtres des cauchemars, risquent de le repérer. Petite sera-t-elle suffisamment forte pour leur résister?
Mon avis :
Lois Lowry est une auteure en qui j’ai confiance depuis mon adolescence, lorsque j’avais découvert son superbe livre “Le passeur” (j’espère d’ailleurs pouvoir en parler ici un de ces jours). Encore une fois, je n’ai pas été déçue avec ce court roman de l’auteure.
Nous suivons donc l’apprentissage de Petite, qui aspire à devenir un jour comme ses pairs une “Passeuse de Rêves”. Ces minuscules êtres, qui vivent dans les murs de nos maisons, ont en effet pour mission de récolter au sein de nos foyers des souvenirs, qu’ils combinent ensuite du mieux qu’ils peuvent afin de nous les envoyer sous forme de rêves…
Accompagnée de son professeur Vieux et Mince, elle va donc apprendre à collecter les souvenirs d’une personne auprès des objets qui composent sa maison. Apprendre à combiner ces fragments pour en faire des rêves qui font du bien et rendent plus forts. Apprendre également l’importance de sa mission, et le rôle qu’elle tient petit à petit dans la vie des humains dont elle s’occupe. Apprendre à lutter contre les Hordes de Saboteurs, qui viennent insuffler des cauchemars aux hommes et détruisent en une nuit son travail d’une semaine.
J’ai beaucoup aimé l’explication de l’origine des rêves qui est donnée ici par Lois Lowry. Ces petits Passeurs de Rêves qui passent la nuit dans nos maisons à récolter des parts de nous sur les objets que nous avons touchés. La façon de combiner ces fragments pour en faire un rêve le plus agréable possible. Je trouve l’imagination de Lois Lowry vraiment débordante et poétique…
Le lien inconscient qui se tisse petit à petit entre John et la Passeuse de Rêves est touchant, j’aurais presque aimé qu’il aille plus loin. John, qui a connu plus de moments tristes qu’heureux dans sa vie, représente un exercice difficile pour Petite, qui doit puiser dans son énergie pour assembler ces quelques instants en un rêve réconfortant. J’ai également beaucoup aimé le personnage de la vieille dame, dont la vie a été jalonnée elle aussi de difficultés, mais de laquelle émane une force bienveillante et émouvante.
Ce livre est vraiment une pépite, pleine de poésie et de douceur, que je vous conseille vraiment.
Autour du livre :
- Lois Lowry est une écrivain américaine née en 1937 à Honolulu, à Hawaï. Elle a beaucoup écrit pour les enfants. Parmi ses romans, on trouve entre autres “Le Passeur“, “L’élue“, “Compte les étoiles“, “Messager” et la série des Anastasia, l’essentiel ayant été traduit en français par l’écrivain Agnès Desarthe.
- Elle compare les livres à “des torrents qui dégringolent des montagnes, emportant avec eux cailloux et filets d’eau qui viennent petit à petit les transformer en rivières. À l’instar des rivières, les livres se nourrissent de souvenirs, d’images, de blessures et ce faisant “ouvrent les portes d’un Ailleurs”.” (Source : L’École des Loisirs)
- Elle a remporté deux fois la médaille Newbery (à laquelle j’ai consacré un article il y a quelque temps), qui récompense chaque année le meilleur livre américain pour la jeunesse, pour ses romans “Le passeur” et “Compte les étoiles”.
- Vous pouvez consulter son site internet ici.
16 Lunes – Kami Garcia & Margaret Stohl
Beautiful creatures
Éditeur : Hachette Roman
Collection : Black Moon
Date de parution originale : 2009
Date de parution française : 2010
656 pages
4ème de couverture :
J’ai longtemps rêvé de cette fille. Elle apparaissait dans un cauchemar où, malgré tous mes efforts, elle tombait sans que je ne puisse la sauver. Je me savais lié à elle d’une façon particulière. Et puis un jour, elle est arrivée en chair et en os dans au lycée de Gatlin, notre petite bourgade du Sud des Etats-Unis. Elle était belle et mystérieuse. Si j’avais su qu’en même temps que cette fille, dont j’allais tomber éperdument amoureux, surgirait aussi une malédiction… Nous étions menacés. Et cette fois, j’allais devoir la sauver… L’amour sera-t-il plus fort que le destin ?
Mon avis :
Un court avis pour ce livre auquel je n’ai pas vraiment accroché (après relecture, mon avis n’est en fait pas si court, désolé je me suis laissée emportée comme d’habitude..). Après avoir littéralement dévoré la série des “Hunger Games” et avoir été agréablement surprise par “Divergent“, j’ai décidé de m’intéresser de plus près au mouvement de la littérature young adult (qui est bien fournie en ce moment il faut le dire..). Je pensais apprécier ce roman écrit à quatre mains, d’autant plus que j’en avais lu de très bonnes critiques ici ou là. Malheureusement, je crois que j’adhère largement plus aux écrits de Suzanne Collins ou Veronica Roth…
Bon, tout n’est pas négatif, quelques points m’ont quand même plu dans ce roman, notamment les références au passé de la ville de Gatlin à l’époque de la guerre de Sécession. J’ai trouvé très agréable d’être plongée dans cette époque à travers les flashbacks que subissent Lena et Ethan. Cela m’a d’ailleurs donné envie de lire d’autres romans se déroulant à cette époque (Scarlett O’Hara me voilà !). J’ai aussi beaucoup aimé les personnages d’Amma, de Marian, de Macon ou des vieilles tantes, même si je trouve qu’ils ne sont pas assez présents.
J’aurais aimé en savoir plus sur les parents d’Ethan, personnages qui semblaient tellement intéressants à creuser, ou sur le manoir dans lequel vit Lena avec son oncle… D’autant plus que vue la longueur du livre, il y avait de la place pour en parler.
Durant ma lecture, j’ai en fait été plus intéressée par les détails annexes (la bibliothèque de Marian, les révélations sur les parents d’Ethan…) que par l’histoire entre Ethan et Lena. Le fait que je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à Ethan ne m’a pas non plus aidée.. Lena remonte un peu le niveau, heureusement. J’ai qui plus est trouvé l’intrigue un peu tarabiscotée et facile, avec quelques lourdeurs et incohérences.
Au final, je pense que je ne suis pas parvenue à suffisamment croire en l’intrigue pour l’apprécier, et j’ai donc eu du mal à finir les 600 pages de ce livre (étaient-elles nécessaires d’ailleurs ?).
Enfin, dernier point, après lequel je m’arrêterai, j’ai eu la désagréable impression, et ce pendant au moins tout le 1er quart du livre, d’être dans une intrigue littéralement calquée sur celle de “Twilight” :
- un personnage principal qui vit dans une ville un peu paumée du sud des États-Unis / du nord des États-Unis, dans laquelle il ne se passe rien, mais où tout le monde se connaît,
- ce même personnage qui a des copains au lycée, mais qui ne se sent pas pleinement “lui” / “elle” dans cet environnement, à qui il manque quelque chose sans qu’il sache quoi, l’amour fou peut-être ?
- un autre personnage étrange, autour duquel des phénomènes étranges se produisent, qui a une famille étrange autour de laquelle des rumeurs étranges circulent…
- des scènes qui se déroulent pour 90% au lycée, notamment sur le parking, qui comme chacun sait est toujours le lieu le plus important dans un lycée, le lieu où tout se passe : une manif anti-élèves turbulents / un accident de voiture miraculeusement sans victime (non mais franchement, moi dans mon lycée le parking était beaucoup plus calme..)
- une rencontre entre ces deux personnages qui aboutit au coup de foudre quasi immédiat, pour l’un d’entre eux au moins.. malheureusement pour eux, cet amour est IMPOSSIBLE !!
- un personnage principal qui jusque-là était un enfant modèle (qui lisait beaucoup et nous parlait toujours de ses livres préférés), mais qui est bientôt prêt à tout (même à se faire gronder par sa gouvernante / à se faire punir par son papa) pour voir son amour, et même si cette dernière / ce dernier le rejette un peu au début..
- …
Bref, je m’arrête là, mais j’aurais pu aussi parler des espèces de décharges électriques qu’Ethan reçoit quand il touche Lena, de la famille de Lena plus que bizarre avec chacun des dons différents, du père pas bavard, des histoires anciennes que la ville se traîne depuis des siècles, de l’unique magasin qui vend de tout et devant lequel les jeunes se retrouvent, des capacités musicales ou littéraires du personnage “étrange”… Je trouve ces éléments tellement gros qu’ils en sont presque grotesques.
D’autant plus qu’il y avait quand même du potentiel, notamment, comme je l’ai dit, au niveau du passé de la ville et du lien avec la Guerre de Sécession, ou des personnages secondaires.. Je vous redirige vers les quelques points positifs que j’ai cités au début de cet article, il ne faudrait pas non plus croire que j’ai tout détesté quand même !
Bon voilà, comme vous pouvez le constater je n’ai pas trop accroché et je ne pense pas que je lirai les suites de ce premier tome. Mais comme j’ai lu de très nombreux avis positifs sur ce livre, je vous invite à aller les lire, peut-être vous donneront-ils plus envie de le lire que le mien !
Autour du livre :
- Kami Garcia et Margaret Stohl sont deux écrivains américaines vivant à Los Angeles. Vous pouvez consulter leur site internet ici.
- Ce roman est le premier d’une série intitulée en français “Chroniques des Enchanteurs“, et est suivi de “17 Lunes” et “18 Lunes“.
- Cette série va bientôt faire l’objet d’une adaptation cinématographique.
Une petite remarque :
Je voulais dans cet article masquer en partie les spoilers, car je me rends compte que c’est un truc auquel je ne pense jamais dans mes articles, alors que pourtant je n’aime pas trop en lire moi-même dans ceux des autres… Cependant, en me relisant, je n’ai rien trouvé qui valait le coup que je le masque. Mais peut-être que je ne me rends pas compte.. Voilà pourquoi je vous demande votre avis, pour ceux qui ont déjà lu ce livre ou non, y a-t-il des détails dans mon article qui dévoilent trop l’intrigue et que j’aurais du taire ou masquer ? Merci pour vos éventuels conseils !
Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog d’Iani.
Voici donc pour ma seconde participation :
Les 10 livres qui m’ont fait pleurer :
1°) Harry Potter et l’ordre du phénix et Harry Potter et le prince de sang-mêlé – J.K. Rowling :
Parce que les fins respectives de ces deux tomes m’ont beaucoup surprise à ma 1ère lecture et émue. D’autant plus que dans ces deux tomes, il y a je trouve une sorte de tension permanente tout au long du récit. Même maintenant lorsque je relis ces livres, j’ai du mal à me retenir de verser quelques larmes à la fin… Et bizarrement, le dernier tome de la série m’a de son côté moins émue, même si je l’étais quand même un peu parce que je savais qu’un pan de mon enfance/adolescence se refermait avec ce tome.
Un livre qui m’a profondément touchée et que j’ai littéralement terminé en pleurs. Et pourtant dès le début, la Mort nous prévient d’une partie des évènements dès le début.. Mais ce qui est justement magnifique dans ce livre, c’est qu’on a beau connaître une partie du dénouement, l’auteur parvient tout de même à nous le faire oublier, et à nous emporter dans son récit pour finalement nous surprendre totalement.
J’ai lu les 50 dernières pages de ce roman dans un état à la fois de fébrilité et d’émotion intense. J’ai même dû les relire une deuxième fois pour être sûre d’avoir bien tout compris. Je ne m’attendais pas vraiment à tous les évènements qui se déroulent dans ces derniers chapitres, et je trouve que l’auteur y conclue magistralement sa série.
6°) Speak – Laurie Halse Anderson :
Un roman que j’avais découvert un peu au hasard, grâce à l’adaptation qui en a été faite pour la télévision américaine, et qui n’est pas encore traduit en français. Je ne vous en ai pas encore parlé bien que ce soit un roman qui m’ait beaucoup touchée (l’adaptation également, Kristen Stewart y est d’ailleurs impressionnante..). On y suit donc Melinda Sordino, une jeune adolescente cachant un lourd secret. Elle décide de ne plus parler, en se demandant si quelqu’un s’en rendra compte. Renfermée sur elle-même, elle a perdu ses anciennes amies et ne parvient pas à communiquer avec sa mère. “Speak” est vraiment un beau roman sur l’adolescence et le mutisme qui peut survenir suite à un traumatisme. C’est d’ailleurs dommage qu’il ne soit pas traduit en français.

Dans ce roman, ce sont les personnages de Paloma et de Renée qui m’ont vraiment touchée, et en particulier la relation de cette dernière avec son voisin japonais. Un point en particulier m’a bien évidemment touchée encore plus touchée, d’autant plus qu’il est relativement surprenant.
8°) La nostalgie de l’ange – Alice Sebold :
L’émotion que j’ai ressentie en lisant ce roman est en grande partie due au récit que Susie nous fait de sa vie, du haut de son Ciel. Elle observe ses proches qui continuent à vivre malgré sa mort, et ça m’a souvent fait monter les larmes aux yeux…
9°) La petite fille de Monsieur Linh – Philippe Claudel :
Ce roman lu il y a quelques années m’avait lui aussi beaucoup touchée, même si ce sentiment s’est surtout manifesté dans les dernières pages. Quand j’ai compris ce qu’il en était réellement de Monsieur Linh, je me souviens avoir bien une grande claque, qui nous fait regarder le roman avec un œil neuf.
10°) Sur la route de Madison – Robert James Waller :
Ce roman, que j’avais découvert dans un premier temps à travers son adaptation (avec Clint Eastwood et Meryl Streep), m’a vraiment émue durant ma lecture. C’est surtout le personnage de Francesca qui est sublime dans ce récit, elle qui a sacrifié son amour pour le bien de sa famille et assumé son choix toute sa vie. La nostalgie qui émane de ce roman est puissante, et j’en garde encore aujourd’hui un souvenir très fort.
Divergent, tome 1 – Veronica Roth
Divergent
Éditeur : Nathan Jeunesse
Collection : Blast
Date de parution originale : 2011
Date de parution française : 2011
444 pages
4ème de couverture :
Dans un monde post-apocalyptique, la société est divisée en 5 factions. A 16 ans, Béatrice, issue de la faction des Altruistes, doit choisir sa nouvelle appartenance, pour la vie ! Cas rarissime, ses tests d’évaluation lui donnent le choix : elle est divergente… Elle doit cacher ce secret, susceptible de la mettre en danger de mort…
Mon avis :
“Divergent” est un livre à côté duquel il aurait été difficile de passer en 2011. Mais malgré le matraquage commercial qui a été réalisé autour de ce roman, j’ai décidé de lui laisser une chance, et au final je ne suis pas mécontente de cette découverte !
Dès le début, on est plongé dans cette société régie par une organisation différente et divisée en cinq factions, censées matérialiser les différents caractères existants : les Altruistes, les Sincères, les Érudits, les Fraternels et les Audacieux. Chaque faction occupe un rôle bien défini au sein de la société : les Fraternels soignent et assistent les personnes, les Sincères s’occupent essentiellement de la justice, les Érudits de l’enseignement et de la recherche, les Audacieux de la défense et de la protection de la société, et enfin les Altruistes s’occupent des autres et, du fait de leur incorruptibilité, des services politiques.
Alors que l’on est élevé durant son enfance dans la faction de sa famille, à 16 ans arrive le moment de choisir soi-même sa voie, et de quitter ou non son clan d’origine afin d’intégrer celui qui correspond le mieux à sa personnalité et à ses goûts. S’ajoutent à cela les inévitables rivalités entre les différentes factions, et les tensions qui émergent forcément lorsqu’une personne quitte sa faction pour adhérer à une autre..
Tris, le personnage principal, appartient à la faction des Altruistes, même si elle a du mal à s’adapter aux convenances de celle-ci. L’année de ses 16 ans et du test censé les aider à faire leur choix, elle se rend compte qu’elle est “divergente”, c’est-à-dire qu’elle ne rentre dans aucune case et ne correspond théoriquement à aucune faction spécifique… Elle comprend vite que cette information doit être gardée secrète, sans quoi sa vie serait en danger.
Je vous vois déjà avec votre air sceptique, le même que celui que j’ai pris à l’annonce de cette nouvelle.. Durant cette lecture, je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de me demander à quelle faction j’aurais pu appartenir, avant de me rendre compte que c’était en fait impossible pour moi d’en choisir une, comme pour beaucoup j’imagine.. Aurions-nous tous été divergents et en danger de mort ??
Comme vous l’avez compris, j’ai trouvé cette notion de divergence (sur laquelle repose quand même une grande partie de l’intrigue…) un peu facile, car pour moi, la moitié au moins des adolescents de cette société aurait du l’être. Comment se contenter d’être rangé dans des cases aussi fermées à cet âge-là (à cet âge-là ou à n’importe quel autre d’ailleurs..) ? Comment choisir de quitter la seule faction que l’on ait jamais connue, dans le but de rejoindre un groupe d’inconnus (les membres des différentes factions ne se mélangeant pas du tout) ?
Cette séparation en 5 factions me semblait donc peu crédible, d’autant plus qu’à cela s’ajoutent les clichés associés à chacun de ces clans : les Audacieux sont courageux, donc ont une grande gueule, des piercings et des tatouages ; les Érudits sont des rats de bibliothèque pète-secs et incapables de ne pas étaler leurs connaissances ; au contraire les Altruistes sont tellement… altruistes, qu’ils s’écrasent devant les autres et font toujours passer les besoins des autres avant les leurs. Cela m’a un peu gênée car ce n’est pas forcément l’image que je me fais de l’audace, de l’érudition ou de l’altruisme… A ce moment de l’intrigue, je trouvais donc le concept de cette société assez peu crédible, et je restais sceptique sur la capacité de l’auteure à me convaincre du contraire. Au final, disons qu’elle ne s’en sort pas trop mal, notamment grâce au personnage de Quatre qui apporte des réflexions intéressantes sur l’altruisme et le courage, mais également sur les choix qu’il a été amené à faire.
Je pense aussi que le fait d’être happée dans l’intrigue de ce roman m’a parfois fait oublier de me pencher sur la crédibilité du tout.. Et oui, car faible que je suis, j’ai finalement beaucoup aimé suivre l’apprentissage de Tris et les nombreuses épreuves qu’elle est amenée à affronter. Je me suis surprise à trouver séduisant la faction dans laquelle elle entre brusquement, même si je ne partage absolument pas les principes sur lesquels elle repose (trop de violence, d’injustice, de faux courage et de bluff..). Les personnes qu’elle y rencontre sont souvent mystérieuses et imprévisibles, en particulier Quatre (oui le prénom est étrange..), qui est de loin mon personnage préféré dans ce début de série. Dommage que j’aie moins accroché au personnage de Tris, souvent épuisante et très longue à la détente (ah ! si on pouvait entrer dans l’esprit des personnages et leur expliquer tout ce qu’on a compris 3 chapitres avant qu’ils ne le comprennent par eux-mêmes..), même si elle s’améliore largement sur la deuxième partie du livre, quand elle se met à réfléchir un peu plus.. La relation qui se noue peu à peu entre ces deux personnages est sans doute l’un des aspects qui m’a le plus plu dans ma lecture, car j’ai eu du mal à cerner le personnage de Quatre et l’auteure est réellement parvenue à me surprendre !
J’aurais aimé que les autres membres de la famille de Tris soient plus présents et plus travaillés, notamment sa mère, mais en même temps cela s’accorde bien avec le détachement de Tris de sa fratrie d’origine.. De même, j’aurais souhaité mieux comprendre le fonctionnement des autres factions que l’on connaît moins, mais j’imagine que les prochains tomes seront l’occasion de les découvrir. Enfin, j’aurais vraiment apprécié d’en savoir plus sur l’histoire de cette société, et sur les raisons qui ont poussé ses habitants à s’organiser de cette manière, sous forme de factions. Il y avait vraiment matière à développer selon moi, mais là encore j’imagine et j’espère que cela sera présent dans les prochains tomes.
Au final, “Divergent” est un premier tome qui se défend très bien, et qui donne envie d’en savoir davantage sur Tris et la société dans laquelle elle évolue. Les réflexions autour des notions de courage, des choix que l’on peut être amenés à faire dans sa vie, et du sentiment d’appartenance que l’on peut avoir par rapport à son milieu d’origine, sont également des points que j’ai trouvés intéressant, même si pas suffisamment développés à mon goût. Je lirai sûrement le deuxième tome, qui sort en mai prochain en langue anglaise (je pense par contre que j’attendrai la sortie française).
Autour du livre :
- Veronica Roth est une écrivaine américaine née en 1988 près de Chicago. “Divergent” est son premier roman.
- Le second tome de cette série, “Insurgent“, sera disponible en langue anglaise en mai 2012. Vous pouvez cependant le réserver sur cette page. Un troisième tome est également prévu, qui devrait sortir en 2013.
- Les droits du livre ont été vendus à Summit Entertainment (distributeur notamment des films “Twilight“..) et un scénario en a été écrit, un film devrait donc voir le jour dans un avenir proche..
Cette lecture entre dans le cadre du Baby Challenge Jeunesse organisé par Livraddict.




































