Nord et Sud – Elizabeth Gaskell
North and South
Éditeur : Points
Collection : Les Grands Romans
Date de parution originale : 1854-1855
Date de parution française : 2010
685 pages
4ème de couverture :
Après une enfance passée dans un village riant du Hampshire, Margaret Hale, fille de pasteur, s’installe dans une ville du Nord. Témoin des luttes entre ouvriers et patrons, sa conscience sociale s’éveille. John Thornton, propriétaire d’une filature, incarne tout ce qu’elle déteste : l’industrie, l’argent et l’ambition [...].
Mon avis :
En commençant ce livre, je m’attendais à y trouver le même style d’écriture que celui de Jane Austen, sans doute parce qu’avec Charlotte et Emily Brontë, celle-ci est la seule auteure du 19ème siècle que j’ai jamais lue. Le début du récit m’a confortée dans cette idée : une jeune femme, sûre d’elle et n’ayant pas peur d’exprimer ses opinions, Margaret Hale, se retrouve confrontée à un monde auquel elle n’a jamais été habituée.
Cela m’a rappelé le début de Mansfield Park ou même de Persuasion, lorsque Anne s’éloigne des repères qu’elle a toujours connus. Elizabeth Gaskell réussit également à placer quelques notes d’humour tout au long de son récit, et se moque gentiment des habitudes des membres de la haute société anglaise.
« Cependant, depuis peu, son état de santé lui inspirait de l’appréhension ; elle souffrait d’une petite toux nerveuse qui survenait toutes les fois qu’elle y pensait ; et un docteur complaisant lui avait prescrit précisément ce qu’elle souhaitait, à savoir de passer l’hiver en Italie. Mrs Shaw avait des désirs aussi impérieux que la plupart des gens, mais il lui déplaisait de faire quoi que ce fût en admettant ouvertement qu’elle obéissait à sa propre initiative ou à son bon plaisir ; elle préférait être contrainte de satisfaire ses inclinations en se pliant aux ordres ou aux désirs d’une autre personne. Véritablement persuadée alors qu’elle se soumettait à une dure nécessité extérieure, elle pouvait gémir et se plaindre à sa manière discrète tout en faisant exactement ce dont elle avait envie. » p.27-28
La légère différence entre les romans que j’ai pu lire de Jane Austen et celui-ci réside essentiellement je trouve dans la description qui est faite ici de la classe ouvrière de Milton (même si l’on retrouve en partie cela dans Mansfield Park, lors des scènes se déroulant dans la famille de Fanny). On assiste ici à la vie dans la cité ouvrière de Milton, durant une période de grève touchant les filatures de coton. La famille Higgins, dont le père est ouvrier et la fille gravement malade, décide de se mettre en grève afin d’obtenir une hausse des salaires.
« […] je préfère mourir à mon poste plutôt que céder. Chez un soldat on appelle ça de l’honneur. Alors pourquoi pas chez un pauvre ouvrier des filatures ? » p.214
A l’arrivée du personnage de M. Thornton, patron d’une des filatures de la ville, on se demande comment l’auteur va réussir à nous le faire aimer, tant il représente l’idée que l’on se fait de l’égoïsme patronal de l’époque.
« Mais M. Thornton n’était pas un philanthrope et ne pratiquait pas la bienveillance universelle. » p. 338 (c’est dit au moins…)
Mais, sans savoir comment, elle y parvient malgré tout, et on se laisse avoir par ce personnage finalement juste, travailleur et toujours désireux d’apprendre de nouvelles choses. Le personnage de Margaret Hale a une position difficile. Elle tente de se retrouver entre les connaissances qui lui sont chères au sein des ouvriers et les personnes plus proches de son rang qu’elle fréquente aux dîners mondains, mais se sent rapidement une « fieffée hypocrite ».
« Fais quelque chose, ma sœur, fais du bien si tu le peux, mais fais quelque chose. » p.391
Les relations qu’elle noue avec Nicholas Higgins et sa fille Beth d’un côté, et avec John Thornton d’un autre côté, sont attendrissantes et permettent de réduire en partie le fossé qui existe entre le monde des ouvriers et celui des patrons. Margaret prend position pour les premiers, mais tout en restant attachée au monde au sein duquel elle a grandi. J’ai également beaucoup aimé la relation qui lie peu à peu Margaret et son parrain, M. Bell, qui a envers elle un comportement à la fois protecteur et admiratif devant son courage et sa franchise.
« Vous pensez que c’est pour moi que je fais la grève cette fois ? C’est tout autant pour les autres que ce soldat que vous parliez, seulement lui, il meurt pour quelqu’un qu’il a jamais vu ni entendu causer […] » p.214
Juste une petite remarque en passant. Dans ce livre, lorsque les femmes pleurent, elles « pleurent » donc tout simplement, mais lorsqu’il s’agit d’hommes, ce sont des « larmes viriles » qui leur montent aux yeux (j’ai repéré cet euphémisme au moins deux fois…). Savez-vous ce que sont des larmes viriles ? Ce sont les larmes dont on n’a pas honte parce qu’on est un homme ? J’aurais bien apprécié un traitement plus équitable des scènes de pleurs…
« Margaret l’anglicane, son père le dissident et Higgins le mécréant s’agenouillèrent ensemble. Cela ne leur fit aucun mal. »
Pour conclure, Nord et Sud est un classique que je vous conseille avidement de lire et qui m’a donné envie de découvrir d’autres romans de l’auteure.
Adaptation :
Ce livre a été adapté en mini-série par la BBC en 2004. C’est Brian Percival qui a réalisé les 4 épisodes réunissant dans les rôles de Margaret Hale et de John Thornton les acteurs Daniela Denby-Ashe et Richard Armitage.
Suite à la lecture de ce roman, j’étais toute heureuse de découvrir l’adaptation qu’en avait fait la BBC, d’autant plus que les adaptations de cette chaîne sont souvent à la hauteur des classiques dont elles sont inspirées. Malheureusement, j’ai été un peu déçue par cette adaptation…
J’aime regarder les adaptations des romans qui m’ont plu, car elles me permettent de prolonger l’œuvre que je viens de finir, et de passer encore un peu de temps avec ses personnages. Le grand reproche que je fais justement à cette mini-série, c’est de ne pas avoir réussi d’après moi à retranscrire les caractères des différents personnages du roman.
J’ai ainsi trouvé Margaret largement moins indépendante que dans le livre. Alors que dans ce dernier elle cache beaucoup de choses à ses parents, soit pour ne pas les effrayer, soit parce qu’elle aime gérer les choses à sa manière, j’ai eu l’impression que dans l’adaptation elle était traitée comme n’importe quelle jeune femme de son époque, ne sachant taire ses secrets à son entourage (l’exemple que j’ai particulièrement en tête est la proposition d’Henry Lennox, qui dans le livre demeure en quelque sorte un secret jusqu’au bout).
De même, le personnage de la mère de Margaret, qui dans le livre critiquait en continu sa vie à la campagne lorsqu’elle y était et se calmait à son arrivée à Milton, a dans le film le comportement inverse. J’ai également noté des changements similaires dans les comportements de Mr et Mrs Thornton, de Mr Bell ou encore de Nicholas Higgins et de sa fille.
Je sais bien qu’une adaptation ne peut pas toujours respecter à la moindre virgule l’œuvre originale, et que les quelques ajustements du metteur en scène peuvent même parfois ajouter un petit quelque chose à l’œuvre, mais là j’ai trouvé que ces changements modifiaient l’opinion que l’on pouvait se faire des personnages. Je crois que quand j’aime un personnage dans un roman, il faut que je l’aime également dans son adaptation pour apprécier celle-ci.
Mis à part cela, de très jolies scènes tout de même dans cette adaptation, notamment certains plans de la filature (on y voit notamment voler des bouts de coton dans la lumière du jour) qui m’ont particulièrement marquée. A noter également la présence de l’acteur Brendan Coyle dans le rôle de Higgins, et que j’avais déjà repéré dans le rôle de John Bates dans la série Downton Abbey, diffusée sur la chaîne ITV1.
Cette adaptation est donc une petite déception pour moi, pour ce livre que j’ai pour sa part trouvé très bon.
Autour du livre :
- Elizabeth Gaskell était une femme de lettres anglaise. Elle est née en 1810 et décédée en 1865. Mariée à un pasteur, amie de Charles Dickens et de Charlotte Brontë, dont elle a écrit la première biographie, elle est connue pour ses romans industriels décrivant la société anglaise industrielle du 19ème siècle, aux personnages féminins prononcés.
- Elle a également publié les romans Wives and Daughters, an Every-Day Story en 1865 et Cranford entre 1851 et 1853.
Illustration de la couverture :
- La couverture de cette édition est tirée d’un tableau de John Dawson Watson de 1871, Jeune femme à l’éventail. Ce tableau illustre d’ailleurs également le roman Chez les heureux du monde de la romancière américaine Edith Wharton.
Ce livre entre dans le cadre du challenge Regarde ce que tu lis organisé par Nodrey :























je veux le lire depuis un bout de temps, j’espère avoir l’occasion de le lire bientôt ! En plus, tu m’as donné envie de voir l’adaptation ^^ !
Et bien, si je t’ai donné envie de voir cette adaptation malgré mes réticences, c’est bon signe ! En ce qui concerne le livre, n’hésite surtout pas !
J’ai adoré le roman… Et ce qui m’a le plus marquée dans l’adaptation, ce sont les yeux de Richard Armitage
)
Moi j’ai d’abord cru que c’était Hugh Jackman en plus maigre. Mais en fait non..
Je ne connaissais pas mais j’ai bien envie de découvrir!
Et en voyant la photo de l’acteur, j’ai aussi cru que c’était Hugh mais non
Je suis contente si je t’ai fait découvrir ce livre. N’hésite pas surtout ! Concernant l’acteur, je trouve qu’il ressemble à Hugh Jackman période “Scoop” (en gros, quand il n’est pas tout musclé à la Wolverine..).
Dans ma PAL, mais j’ai peur qu’il doive y rester encore quelques temps ….
Il vaut le coup en tout cas ! J’espère que tu trouveras le temps de le lire un de ces jours..